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SIXIÈME ORDRE

INSECTES LÉPIDOPTÈRES

On a donné le nom de Lépidoptères aux insectes qui ont quatre ailes semblables, couvertes de petites écailles , ordinairement colorées, et dont la bouche est composée de deux lames qui forment un petit canal ( PI. ni, fig. 14, a), et qui se roulent le plus souvent en spirale , en se cachant entre deux palpes (c), plus ou moins alongés et couverts de poils. On nomme langue cette sorte de trompe. Leur tête est le plus souvent munie de longues antennes de forme variable, et privée de stemmates ou d’yeux lisses.

DES INSECTES LÉPIDOPTÈRES

L’ordre des lépidoptères réunit des insectes qui ont entre eux la plus grande analogie. Tous proviennent d’une larve (PI. v, fîg. 18-23) qui n’a jamais plus de seize pattes, dont six seulement sont articulées et placées du côté de la tête (aaa ), et sont dites écailleuses : les autres {bbb) , dont le nombre varie, sont membraneuses, situées plus en arrière 5 elles forment deux sortes de tubercules munis de cercles ou de couronnes de crochets rétractiles (fig. 23), à l’aide desquels la chenille agrippe les surfaces, et adhère sur les plantes qui font sa nourriture principale^ leur corps est partagé en douze anneaux , et leur tête est enveloppée dans une sorte de casque de corne ; elles ont des mâchoires ; la plupart se nourrissent de feuilles et de fruits, quelques unes cependant de matières animales privées de la vie.

Toutes ces larves , qu’on nomme chenilles, subissent des métamorphoses complètes, semblables à celles de la chenille du mûrier (793.) Leurs chrysalides ne sont pas toujours enveloppées dans un cocon. 11 en est qui ne filent pas , mais qui s’accrochent seulement par la queue (PI. v, fig. 27).

Elles sont ordinairement plus grosses du côté qui correspond à la tête. La peau qui les recouvre alors semble tenir l’insecte parfait comme emmailloté ; on en distingue très-bien la tète , les yeux, les pattes , les antennes, les ailes.

Les eprnes que ces insectes portent sur la tête , et qu’on appelle antennes , ont conduit à les ranger dans quatre familles dilTérentes ; les uns ont les antennes en masses, on les nomme glohulicornes ; d’autres les ont renflées au milieu , on les appelle Jusicornes; les antennes à peu près d’égale grosseur caractérisent les Jilicornes; enfin , dans la famille des séticornes, on a placé tous les lépidoptères à antennes plus grêles à l’extrémité , ou en forme de soies de cochon.

Les papillons, qu’on a partagés en plusieurs sous - genres , appartiennent à la famille des Globdocoekes ou Ropalocères. Tous vivent sur les plantes , sous leur premier état. Leurs chenilles, qui ont seize pattes, ne se filent jamais de cocon ; leur

chrysalide est le plus ordinairement suspendue par la queue ; quelques unes ont pris seulement la précaution de placer plusieurs fils en travers de leur corps pour ne point être trop ballottées par le vent. On, connoit près de quinle cents espèces dans ce genre. Toutes sont diurnes ou ne volent que pendant le jour.

Pour se reconnoître dans cette immense quantité, on a divisé les papillons en plusieurs tribus. Quelques uns ont la masse des antennes recourbée en crochet, d’autres l’ont droite. On a nommé les premiers hespéries et hétéroplères , suivant qu’ils ont les ailes droites ou comme renversées. Tous les autres appartiennent au genre papillon; mais il falloit donner des noms à ce grand nombre d’espèces, et Linné a trouva un moyen trè-ingénieux pour les désigner. Voici à peu près l’ordre qu’il a suivi ; il a nommé chevaliers ou guerriers tous ceux qui ont des ailes supérieures plus longues au bord externe 5 ils forment deux tribus 5 on remarque chez les uns des taches rouges sur la poitrine , et des couleurs ordinairement sombres; on les a appelés Troyens, en leur assignant les noms des personnages les plus célèbres , tels que Pâris, Priam, Hector , Anchise, Énée , Ascagne, etc. Les guerriers de la seconde tribu sont nommés Grecs , parce qu’ils n'ont jamais de taches rouges aur la poitrine. C’est parmi ceux-là qu’on retrouve les noms d’Agamemnon , d’Ulysse, d’Ajax, d’Achille, etc. Presque tous proviennent des pays chauds. Les papillons qui ont les quatre ailes étroites , excessivement aloogées, et les inférieures très-courtes, ont été appelés Héliconiens, et on les a désignés par des noms de déesses ou de femmes. On a appelé Danàicles les espèces qui ont les ailes très - entières , et Nymphales celles qui les ont dentelées.

On trouve souvent sur les carottes , les panais , le fenouil , et sur beaucoup d’autres plantes voisines, une très-belle chenille sans poils, dont le corps est d’un beau vert, avec des points rouges et des anneaux noirs.

Elle fait sortir de son cou un appendice charnu 'en forme d’Y , de couleur jaune.

Celte chenille donne le plus grand papillon de ce pays-ci ; c’est un guerrier grec qui a reçu le nom de Machaon : ses ailes sont

DES INSECTES LÉPIDOPTÈRES

d’un beau jaune, bordées et tachetées de noir ; les inférieures sont alongées en forme de queue. Les chenilles vertes qui mangent les choux et les capucines , donnent des papillonsdanaïdes blancs. La chenille noirCj épineuse , avec des petits points blancs , qui vit en société sur l’ortie et le houblon , donne un beau papillon , noir en dessous , rougeâtre en dessus, avec une grande tache arrondie en forme d’œil, qu’on nomme Vio ou Væil de paon, et qui est de la tribu des nymphales. On connoît plus de cent espèces différentes de papillons en France.

Les antennes des lépidoptères de la seconde famille sont en forme de fuseau ou en prisme plus gros au milieu ; voilà pourquoi, avons-nous dit, on les a nommés Fusicornes ou clostérocères. Leur corselet est en général plus gros que dans les papillons; leurs ailes inférieures s’accrochent, par un poil roide qui est reçu dans une sorte d'anneau , au bord interne des supérieures près de leur base. La plupart ne volent qu’au crépuscule , pi'incipalement le soir. Les uns ont les ailes horizontales dans le repos , on les appelle sphinx et sèsies ; d’autres les portent en toit sur le dos , ce sont les T^gènes. Jamais ces ailes ne peuvent se relever à la perpendiculaire sur le corps , principalement les supérieures.

Les sphinx ne volent guère que le soir , et bourdonnent très-fort; leurs ailes sont longues, triangulaires , portées et mues sur un corselet très-développé ; leur abdomen est le plus souvent coniqde, pointu ; leurs antennes, plus grosses ou renflées au milieu, sont dites en fuseau ; le plus souvent elles sont terminées par des articles plus grêles 5 en soie. Ils sucent les sucs des fleurs à l’aide d’une langue très-longue, sans s’arrêter sur la plante. Leurs chenilles ont seize pattes ; elles sont rases ; ordinairement elles sont armées d'une corne sur la queue ; lorsqu’elles sont sur le point de se métamorphoser, elles s’enfoncent dans la terre, et y restent quelquefois une année sous la forme de chrysalides, dans une cavité qu’elles se sont creusée, mais elles ne se filent pas de cocon.

Une très-grosse espèce de sphinx se nourrit, sous la forme de chenille , des feuilles de la pomme de terre ; on la nomme Àtropos ou sphinx à tête de mort, parce qu'on a

cru voir sur des taches de son corselet le contour et le croquis de la face d’un squelette humain. Les sésies ont le ventre plat, comme tronqué à l’exti'êmité et bordé de poils roides. Les zjgènes ont les antennes prismatiques simples ou pectinées ; leur port ressemble à celui des phalènes ; elles se filent des cocons sur les tiges des plantes. L’espèce la plus commune en France se nourrit des feuilles de la plante appelée filipendule : elle est d’un noir bronzé, avec des taches rouges.

Tous les insectes lépidoptères, dont les antennes ont leur tige centrale à-peu-près de même grosseur dans toute son étendue , sont dits nèmatocères ou Fieicornes. Ils ont été distribués en trois genres : deux d’entre eux ne contiennent que quelques espèces ; tel est celui du cossus. Les insectes qu’il comprend n’ont point de trompe , et leui’s antennes sont courtes et un peu dentelées.

Lne espèce vit sous l'écorce des ormes et des saules ; elle les fait souvent périr. Lyonnet a écrit un ouvrage m-4o de plus de six cents pages sur l’anatomie de sa chenille.

Cet auteur a gravé lui-même dix-huit planches , auxquelles il a travaillé pendant dix ans ; c’est un chef-d’œuvre de patience et d’exécution , qui est très-utile pour diriger dans l’anatomie de tous les autres insectes.

Les hèpiales , qui appartiennent au second genre, ont des antennes formées d'articles arrondis comme des grains enfilés ; ils ressemblent aux cossus par leur manière de vivre sous l’état de chenille, car on les trouve sous l’écorce ou dans l intérieur de la tige des plantes vivantes.

Les ôowôyces constitue le troisième genre:

ils ont une langue courte. C’est à cette division qu’appartient la chenille qui donne la soie. Il y a maintenant près de cinq cents espèces connues dans ce genre. Les principales du pays sont, lo le grand paon de n«j’f,dont la chenille, qui esf d’un beau vert, avec des tubercules bleus, porte des poils terminés par des globules. Onlatroüve ordinairement sur l’orme ou sur les pommiers. Elle se file un gros cocon, à la pointe duquel elle s’est ménagé une issue qu’on ne peut forcer qu’en dedans, 2° la feuille de chêne , qui ressemble à un paquet de feuilles séchées ; 3o le bombjce du mûrier, qui

DES OsSECTES LÉPIDOPTÈRES.

donne la soie, et dont nous a^ons indiqué I histoire ( "93 ) ; 4« la processionnaire, ainsi nommée parce que les cheliUles de celle espèce vivent en société, et marchent toujoars par bandes et en lignes panstUèles j 5® la disparate , dont le mile , de couleur gx-ise, est beaucoup plus petit que la femelle, qui est blanchâtre. Celle-ci arrache les poils de son ventre pour en couvrir ses œufs et les préserver de la gelée. Sa chenille est très-commune sur le tilleul : elle ne se file px'esque pas de cocon. Lorsqu’on touche sa chrysalide, qui est attachée par la queue, elle se roule sur elle-même avec une trèsgrande rapidité j mais craignant de rompie, à force de le tordre, le fil qui la retient, elle change alternativement le sens de sa rotation, etc., etc.

Sâ7.

On a nommé Sèticosses ou chètocères la dernière famille de cehordre , parce que les insectes qu'elle comprend ont les antennes en forme de soie , ou plus grêles à leur extrémité libre. Ces genres sont très nombreux en espèces ; on les a distingués comme il suit, d'après la forme et U disposition des ailes : les uns les portent en toit, telles s«nt les noctudles et les py notes;d'autres les ont étendues, comme les phalènes et lesptênophores ; enfin , dans quelques uns, les ailes sont disposées comme un fourreau autour du corps, telles sont les teignes.

Les deux genres des noctuelles et des P fraies se distingnexxtpar la forme de leurs ailes , qui sont élargies à la base dans les pj’^mles , et qui ne le sont point dans les noctuelles. Celles-à ont reçu ce nom parce qu elles volent principalement la nuit. H y en a un très-grand nombre d’espèces : presqxxe toutes subissent leurs métamorphoses dans la terre. On remarque principalement dans ce genre , à cause de leur couleur, la chrjsite\ dont les ailes supérieures sont d'un vert doré poli ; la manée , qui a les ailes infériexires d'un beau rouge, et dont la chenille se nourrit de lichens ; et beaucoup d'espèces sur les ailes desquelles on a cru reconnoître d^ lettres grecques, comme le gamma. Viola , le psi, Tomicron . i’o«*êga, etc. Les pyrales ont été aussi nommées des chappes , à cause de la forme de leurs aik's. Leurs chenilles se cachent ou dans l iatèrieur des fruits qu'elles rongent, ou

dans un fourreau qu'elles .se font elles-mêmes avec une feuille qu’elles roulent trèsarlislement pendant la nuit et qu’elles dévorent dans la Journée, après s'être ainsi mises à l’abri du bec des oiseaux.

Les phalènes sont aussi des insectes nocturnes , comme leur nom grec l'indique.

Les chenilles rases qui les produisent n ont que dix à quatorxe pattes en tout, dont six onguiculées du célé de la tète ; les autres, placées à l'extrémité opposée du corps, ne sont pas articulées. Elles sont tellement disposées , que l'insecte ne peut marcher qu’en rapprochant considérablement la queue de la tète, ce qui a fait donner à ces chenilles le nom d'arpenieuses ou de géomèti-es .• elles semblent exx effet arpenter le terrain, ou mesurer les espaces qu'elles parcourent (PL T, fig. 22). La plupart jouissent en outre de la faculté de se dresser et de rester des heures entières immobiles sur une branche . afin d’éviter leurs ennemis, ce qui les a fait encore appeler chenilles en bétons.

Quelques unes lessemblent tellement aux extrémités des branches d'arbres sur lesquelles elles vivent, qu'on les décriroit, pour ainsi dire, en détaillant les particularités de ces branches avec lesquelles on les confond toujours au premier aperçu , tant est grande l analogie de grosseur, de figure, de couleurs, d’aspérités et de saillies de certains tubercules qui simulent l’apparence des gemmes. Toutes ces phalènes, dans l’état de repos , portent leurs ailes étendues. Leurs antennes sont en soie, simples ou pectinées, et leur trompe est gièle. On les a désignées par lé nom des plantes dont elles se nourrissent, ou d’après leur forme et leur couleur ; telles sont celles dites du prunier , de l'aulne, du groseiiler, du sureau, et celles qu'on a appelées charbonnière, laitière , barrée, pourprée, etc.

On a nommé ptét'ophotes des insectes trèsvoisins des phalènes, dont les ailes ressemblent à des plumes. Ordinairement chacune des ailes est formée de plusieurs divisions dont le nombre et la couleur servent à déterminer les espèces. Lear chrysalide est velue, souvent suspendue au bout d’un long fil ; la chenille de l'une d'elles vit sur le chèvrefeuille ; on nomme l'insecte parfait, ptérophore en éventail ou hexadactyle,

DES INSECTES HÉMIPTÈRES

parce que chacune de ses ailes se divise en six parties.

Les teignes sont des insectes très-destructeurs , sous leur première forme ou sous celle de chenille; elles sont d’autant plus à craindre qu’on ne s'aperçoit de leur présence que lorsqu’elles ont produit de très-grand ravages. Toutes vivent et se retirent dans des fourreaux qu’elles se construisent avec les matières mêmes qu’elles dévorent. On reconnoit les teignes à leurs ailes roulées en fourreau autour du corps , et à une sorte de toupet de poils situé au-devant de leur tête. Les principales espèces de ce genre sont la teigne de la cire , qui pénètre dans les ruches et y vit à l’abri dans un fourreau trèssolide ; celles des tapisseries, des pelleteries , des habits , qui sont des espèces trèsdifférentes. La plus pernicieuse de toutes est sans contredit celle des grains. C’est un petit papillon , tacheté de noir et de blanc, dont la tête est toute blanche. La chenille vit au milieu des tas de blé dans les greniers : elle se file un fourreau auquel elle agglutine des grains de blé qui la masquent entièrement. Retirée ainsi dans cette demeure , elle ronge d’autres grains dont elle ne laisse que le son; et, lorsqu'elle est près de se métamorphoser , elle emporte son étui et les grains qui la recouvrent, pour aller s’accrocher dans un lieu écarté.

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