‹ Élémens des sciences naturellesChapitre 101 sur 147 · CINQUIÈME ORDRE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME ORDRE

IlfSECTES HÉMIPTÈRES.

Le principal caractère des Hémiptères ne réside pas dans la forme des ailes , comme on pouri’oit le croire d’après leur nom ; mais bien dans celle de la bouche, qui a déterminé la nature de leurs alimens et par conséquent leurs mœurs. Elle consiste dans un tuyau formé de plusieurs pièces articulées les unes au bout des autres, comme les parties du tube d’une lunette d’approche qui seroit ouvert en dessous pour former un canal : il n’est jamais accompagné de palpes. On observe dans l’intérieur trois soies terminées par une pointe très-acérée, au moyen desquelles ces insectes percent la peau des animaux et des plantes. Cette bouche se nomme un bec { PI. iii, fig. 9). C’est un organe qui produit l'effet dUne piqûre , en même temps qu’il sert à absorber. Les

Ddméril.

trois soies reçues dans le canal sont disposées de manière que celle du milieu est la plus longue, cylindrique, et cachée entre les latérales qui sont creusées en gouttière, de sorte qu’il est nécessaire de faire pénéentre elles quelque corps très-pointu pour les séparer. Il paroît que l’absorption des liquides s’opère par le mouvement fort rapide qu’exerce la soie du milieu entre celles qui lui servent de gaine.

Les hémiptères sont agiles sous leurs trois états ,de larve, de nymphe et d'inseclc parfait. Ils acquièrent seulement des ailes , et ne sont propres à la génération que sous leur dernière forme { PI. v, fig. Il, 12). Il en est quelcjues uns qui ne prennent jamais d’ailes , et qui ne font que changer de peau : telle est la punaise des lits. Quoique tous les hémiptères n’offrent pas ces demi-élytres, qui n’appartiennent qu’à quelques familles, l’ordre qui les réunit n’en est pas moins très-naturel , puisque leur métamorphose est incomplète, c’est-à-dire que l’insecte est mobile, et semblable à lui-même sous les trois états, les ailes et les rudimens d’ailes exceptés, et que la manière de l’ivre ne cesse pas d’être la même dans toutes les espèces.

La forme des ailes permet d'établir deux sections dans cet ordre ; l'une comprend les véritables hémiptères , qui ont des ailes supérieures à demi coriaces , presque opaques, membraneuses dans l'autre moitié (PI, 1, fig. 4 ) , et dont le bec part du devant de la tête ,comme dans la punaise des choux, la naucore. Lorsque les ailes sont à-peu-près d'égale consistance, et que le bec paroit naître du cou, comme chez les cigales chanteuses et les pucerons, les hémiptères ainsi conformés appartiennent à la seconde section.

On peut partager les vrais hémiptères en deux autres sous-divisions ; car sur les uns, on aperçoit des antennes plus longues que la tête, et tous ceux-là vivent hors de l’eau :

chez les autres , au contraire , les antennes sont très-courtes , à peine visibles, et les pattes de den-ière sont alongées , aplaties, boi-dées de poils et en forme de rames (PI. IV, fig. 3fi); aussi tous ces insectes vivent-

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ils dans l'eau ou à sa surface , et les nommet-on rémipèdes.

C’est dans la première sous division que se trouvent placées les punaises de Linné.

Mais on a observé que les douze genres qu’elles constituent comprennent des insectes très-différens par les mœurs. A la vérité, toutes ont des antennes très-visibles ; mais chez plusieurs , elles sont terminées eu une pointe très-fine. Celles-là sont toutes carnassières , et on les a nommées Sa.kgüisiiges ou Zoadelges , car elles sucent les humeurs des animaux. Leur bec paroit être aussi un prolongement arqué du front. Telle est la punaise des lits qui fuit la lumière , et qui se nourrit du sang des animaux endormis , eu particulier de celui de 1 homme et des hirondelles. Telles sont encore les l èdui'es , ainsi nommées , parce que leurs larves, et surtout celle de l’espèce appelée masquée , qui, pour ne point être aperçue des araignées, des punaises de lits et des autres insectes qu’elle détruit, se couvre de poussière, de poils, de plâtre et d'ordures, dont elle ne se débarrasse que lorsque, munie de ses ailes , elle peut attaquer sa proie à force ouverte et fondre dessus. Telles sont encore les ploïères , qui ont le corps muni d’ailes et excessivement alongé , qui ne marchent que la nuit, pour se nourrir principalement de cousins et de tipules : leurs antennes sont excessivement développées en forme de pattes : celles-ci sont très-longues; au moins la paire moyenne et posléi-ieure , car celles de devant sont très-courtes. On ne compte que trois articles à tous leurs tarses. Les hydromètres , qui ressemblent aux ploïères, mais qui n'ont pas d’ailes et qui marchent sur l’eau des étangs, appartiennent aussi à cette famille, ainsi que les mirides, AonV les yeux sont très-gros , qui ont le corps triangulaire, et qui sucent les insectes mous qu’ils saisissent sur les plantes.

Toutes les autres espèces ont un bec qui paroit naître du front ; on les a nommées, à cause decela, Frontiuostres ou Rhinostomes. Elles n’onl pas les antennes terminées par une soie; les unes les ont en masse , comme les podicèreset les corées; les autres les ont en fil , comme les pe/ifato/nes, les scutellaires, les Ijgées, les gerres , les acanthies, etc. Tous ces genres , sans excej^ion,

comprennent des espèces qu'on ne rencontre que sur les plantes dont elles sucent la sève , qui est leur seule nourriture , sous les trois états de larves, de nymphes mobiles et d’insectes parfaits. La plupart, lorsqu’on les sai.sit, exhalent une odeur très-forte , et ordinairement fort désagréable.

Les punaises aquatiques ont été nommées les Uydrocorées ou les Rémipèdes , parce que leurs pattes postér ieures sont très-aplaties , ainsi que leurs tarses qui sont souvent ciliés sur les bords et composés de deux articles. Elles ont des antennes si courtes , qu’on a beaucoup de peine à les apercevoir.

Elles sucent le sang des poissons et des autres habitans de l’eau. Il eu est qui ne font que se traîner sur le sable au fond de l’eau, et qui déposent leurs œufs dans les tiges des roseaux ; telles sont les ranatreset les nèpes. c{ui volent quelquefois , mais avec peine. Leur abdomen , est le plus souvent terminé par des filets réunis en une longue pointe qui leur sert de poncloir ou de tuyau propre à introduire dans le corps , l’air destiné à la respiration. Leurs pattes de devant (PI. iv , fig. 27 et 28) ne sont composées que de deu.x pièces ; la cuisse a et un crochet b qui tient lieu de la jambe et du tarse. Parmi celles qui nagent très-bien , les unes ont la forme d un petit bateau ; on les a appelées nau~ cores et sigares ou corises ; d'autres sont nommées notonectes ^ parce qu’elles nagent habituellement sur le dos.

On divise en deux familles fort naturelles les espèces d'hémiptères de la seconde section , ou celles qui ont les ailes de consistance à-peu-près égale dans toute leur longueur : les unes ont trois articles aux tarses, et leur bec paroit naître du cou, il reste courbé entre les pattes sous le ventre , au moins dans l’état de repos ; c’est pour cela qu'on les a nommées Collirostres ou Auchénorhinques : les autres n'ont que deux articles aux tarses, les ailes non croisées:

ce sont les Plantisgges ou Phjtadelges ; tels sont les pucerons, les cochenilles , etc. C’est à la première famille qu’appartiennent les cigales, qu’on a partagées en plusieurs genres. La plupart de ces espèces sont trèslentes , et restent fixées sur les végétaux dans le lieu même où leur mère les a déposées toutes vivantes, ou sur ceux où les

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transportent les fourmis qui les soignent et les tiennent en captivité, comme des troupeaux dont ils traient ou absorbent les humeurs sécrétées.

Les vraies cigales sont des pays chauds et des parties méridionales de la France :

elles vivent sur les arbres dans l’état parfait; leurs larves sucent la sève des arbres ; leurs nymphes fouissent la terre : c’est le mâle seul qui rend ce son monotone, appelé chant, à l’aide de deux instrumens placés sous le ventre. Ces instrumens consistent en deux membranes élastiques, sur lesquelles frottent des parties rudes situées dans leur cavité. On voit souvent en été sur les saules , sur le caillelait et sur d’autres plantes, une matière écumeuse ; c’est la sève de la plante qui a été sucée, puis rendue par la larve ou par la nymphe d’une petite espèce d’un genre voisin des cigales , appelé cercope , d’un mot grec qui signifie rusé, parce qu’elle se cache et se met à l’abri sous cette mousse. On trouve à Cayenne an insecte rapproché de ceux-ci, dont la tête, considérablement renflée , comme une vessie, brille pendant la nuit d'un éclat si phosphorique, qu’on l’a nommée porte-lanterne. C’est une espèce du genre fulgore. Les centrâtes ou les membraces sont des genres remarquables, dans la même famille , par la disposition de leur corselet, qui est difforme, bossu, prolongé, cornu , voûté ou foliacé et dilaté de manières fort bizarres, ce qui a valu à ces insectes le nom de diables.

Les pucerons sont de petits insectes qui vivent en société sur les plantes. On les reconnoît à leurs longues pattes, à la lenteur de leurs mouvemens , et à deux mamelons qui laissent suinter une humeur que les fourmis vont recueillir. Presque toutes les plantes ont leurs pucerons particuliers. Une des plus grosses espèces vit sui* le chêne.

On a fait sur la génération de ces insectes des observations très-curieuses. Tous les pucerons qu'on voit l’été sont des femelles, qui sont nées agiles et fécondées d’avance. En automne seulement on trouve parmi cellesci des mâles beaucoup plus petits , qui s’accouplent, et meurent bientôt après. Les femelles continueutde vivre jusqu’à ce qu’elles aient pondu. Car, dans cette dernière portée elles ne produisent plus de petits vivans ,

mais seulement des espèces de coques qui restent immobiles pendant l’hiver, et dont il sort, au printemps suivant, des individus tous femelles ; celles - ci n’ont pas besoin d’être fécondées pour en produire d'autres, lesquelles naîtront fécondées elles-mêmes, et ainsi pendant plusieurs générations successives. De cet accouplement d’automne , il naît donc des filles, des arrière-petites-filles et des sur-arrière-petites-filles, et particulièrement enfin des sur-arrière-petits-fils.

Celte observation paroîtroit incroyable , si elle n’avoit été répétée plusieurs fois. Les pucerons laissent suinter par les deux cornes ou prolongemens qui surmontent leur abdomen , une liqueur sucrée dont les fourmis sont fort avides et qu’elles viennent sucer. Aussi a-t-on dit que ces insectes étoient les vaches des fourmis. La matière qui recouvre au printemps les faces supérieures des feuilles des tilleuls et autres végétaux, et qu'on nomme le miellet ou la miellée , est le produitde cette sorte de sécrétion que lancent les familles des pucerons, qui couvi'ent alors toute la partie inférieure des feuilles de ces arbres.

Les femelles des cochenilles n’ont jamais d’ailes, et leurs pattes sont si courtes qu’elles ne marchent que dilficilement, de sorte qu'on les prendroit pour des excroissances :

ce qui leur a fait donner le nom de gallinsectes. Les mâles sont beaucoup plus petits ; ils ont des ailes et de longs filets à la queue. La femelle ne pond point ses œufs , elle meurt avant ; son corps se gonfle, se dessèche ensuite , et au printemps suivant, les petits sortent vivans de son cadavre. Il y a beaucoup d'espèces dans ce genre ; la plus remarquable est celle qui sert à teindre en écarlate et à faire du carmin. E11& vit dans le Mexique sur une espèce de cactier, appelée nopal. On vend ces cochenilles desséchées et racornies ; mais en les laissant tremper quelque temps dans l’eau tiède, on peut très-bien étudier leurs formes et leurs parties. On est parvenu à nourrir-cette espèce sur des 'cactiers , dans les serres de France ; à la longue elles font périr les plantes sur lesquelles on les place et elles font le même tort que les pucerons. Une autre espèce de cochenille ou de kermès, qui se développe sur les jeunes tiges de quelques espèces de figuier ou de jujubier des forêts voisines du Gange au Bengale , produit la laque , sorte

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de résine dans laquelle on trouve en outre une substance colorante. Ces deux matières sont fort précieuses dans les arts; la première fournissant des vernis très-beaux et très-solides, et entrant en grande partie dans la confection de la cire à cacheter ; Pautre procurant aux teinturiers une substance qui colore les laines, la soie et tous les tissus de matière animale , eu rouge plus ou moins foncé , suivant la nature des mordans et des préparations qu’on lui fait subir. On a encore rangé dans cette famille des pucerons, les psylles qui ont reçu leur nom de la faculté qu’ont beaucoup d’espèces de sauter comme les puces ; de même que les aleymelesoni pris le leur, de la poussière Idancbe, semblable à de la farine très-ûne, qui recouvre toutes les parties du corps.

Il est une petite famille d'insectes hémiptères qui n’est encore composée que du seul genre thrips , et qui semble tenir le milieu entre les hémiptères à ailes membraneuses et ceux à ailes demi-coriaces. Ces petites insectes, dont les plus grands n atteignent guères une ligne de longueur, présentent à la loupe des élytres planes, étroits, couchés sur le dos ; leurs pattes sont courtes et terminées par une petite vessie à l’aide de laquelle ils s’accrochent sur les corps les plus lisses ; on les trouve communément sur les âeurs. On les a nommés Vésitabses ou physapodes.

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