‹ Élémens des sciences naturellesChapitre 114 sur 147 · CHÉLONIENS · texte numérisé non relu

CHÉLONIENS

le nom de luth , dont les dimensions deviennent considérables , et dont la carapace est couverte d’une sorte de cuir sous toute la longueur duquel on distingue trois lignes saillantes.

Le nom de trjonix, qui signifie trois ongles, indique le caractère principal de quelques espèces de tortues, dont la carapace privée d’écailles, couverte aussi d’une sorte de cuir, est molle sur les bords. Leurs mâchoires sont revêtues d’une portion de peau qui fait l’office de lèvres, et leurs narines sont prolongées en une sorte de trompe courte ou de tube cylindrique; toutes les pattes sont palmées, et deux des doigts sont constamment sans ongles. On n'a encore trouvé d’espèces de ce genre que dans les grands fleuves des pays chauds , comme le Nil, l’Euphrate, le Niger, le Mississipi.

Elles sont très-carnassières ; elles se nourrissent de poissons et elles atteignent de grandes dimensions.

Les émjrdes, qui ont des pattes palmées , membraneuses , et dont les doigts sont armés d’ongles crochus, habitent les bords des fleuves, des lacs et des rivières. Les unes , dont on a fait un genre, sous le nom à'émjsaure, ont la queue très-longue, et se nourrissent principalement de petits animaux; elles vivent presque toutes dans les rivières d’Amérique : telles sont les espèces nommées lézardine et serpentine. Les autres ont la queue courte : elles se nourrissent de végétaux. On en l'encontre plusieurs dans les rivières du midi de la France ; telles sont là jaune, ainsi nommée parce qu’on observe des points et des taches de cette couleur sur le fond brun de sa carapace ; et la bourbeuse, qui est toute brune. On conseille l’usage de leur chair et du bouillon qu'on en obtient par la cuisson dans l’eau, pour les maladies de la poitrine. Il y a beaucoup d’espèces rapportées à ce genre, qu’on a subdivisé d’après la forme etla structure du pla.stron. Ainsi les émydes a hoiie, ou sternothyres , ont tantôt les deux pièces antérieures et supérieures mobiles, et la moyenne soudée à la carapace, tantôt l’antérieure seule peut se mouvoir, et enfin tantôt la totalité même. Les chélydes forment un petit genre auquel on n’a encore rapporté que Xémyde frangée ou matamata de Bruguiè-

DES REPTILES SAURIENS

rçs , qui se trouve à Cayenne et dans la Guiane ; elle a quelques rapports avec les pipas et plusieurs crapauds, parce que ses mâchoires sont plates et que sa bouche est fendue au-delà des yeux ; sa carapace est bien couverte d’écailles, mais elles sont flexibles. La tête et les pattes ne peuvent pas être cachées ; ces dernières ont cinq doigts palmés et distincts seulement par les ongles. Son nez se prolonge en une trompe molle, comme dans les tortues molles ou trionyx.

Les tortues proprement dites ne vivent jamais dans l'eau. Leurs pattes sont arrondies comme des moignons ; leurs ongles seuls indiquent ta position des doigts. Plusieurs ont la carapace très-bombée : le plastron ou la partie inférieure est concave en dessous dans les mâles. On trouve en Sardaigne l'espèce qu’on nomme la grecque^ àovA la carapace est recouverte de plaques carrées, noires et jaunes , avec des stries sur la moitié de la longueur et de la largeur j elle ne pèse guère au-delà de deux kilogrammes , et vit près de soixante ans. Les plus remarquables pour les couleurs sont la géométrique , Yélégante et la rayonnée ou cotii.

Les reptiles de l’ordre des Sadriens ont le corps alongé, écailleux ou chagriné , sans carapace; ils ont un sternum et le plus souvent des pattes dont les doigts sont garnis d’ongles, un tympan, des paupières, les branches des mâchoires soudées , armées de dents enchâssées, dont la forme varie suivant les genres ; leur queue, ordinairement trèslongue, offre en dessous à sa base un cloaque à orifice transversal. Ils sont beaucoup moins lents que les tortues, quoique leur marche soit oblique , parce que leurs pattes sont souvent très-courtes et fort éloignées du milieu du corps. Leurs mouvemens sont variés comme leurs habitudes, et comme le milieu et les circonstances dans lesquelles ils vivent. Ils sont souvent très-vifs. On observe dans cette famille tous les modes de progression. Il en est qui marchent, qui courent, qui grimpent, sautent, se suspendent, serpentent, etc. ; d’autres qui nagent trèsbien ; enfin quelques espèces volent, ou peuvent au moins rester suspendues quelque temps sur Tair. Les sauriens diffèrent des chëloniena par le défaut de carapace et par

la pi'ésence des dents ; des ophidiens, parce qu’ils ont des paupières, le plus souvent u.u conduit auditif et les branches des mâchoires réunies, un sternum et deux poumons; des batraciens , parce qu’ils ont des côtes , des ongles, la peau écailleuse ou chagrinée, et qu’ils ne subissent pas de métamorphoses.

La plupart des sauriens n’ont pas le col mince ou un étranglement bien marqué après la tête : ils ont toujours une poitrine alongée, protégée par des côtes et un sternum.

Leur queue, toujours longue, est le plus souvent arrondie, quelquefois déprimée ou aplatie de droite h gauche, et elle sert alors de nageoire ; rarement elle est propre à saisir les objets ou à suspendre le corps. Les membres, qui sont presque toujours courts, manquent quelquefois exi tout ou en partie :

le nombre des doigts et de leurs phalanges varie beaucoup, ainsi que leurs formes et leur disposition respective. Tou! es les espèces changent entièrement d’épiderme, au moins une fois l’an et à chaque printemps.

On leur remarque constamment des paupières. Leur langue offre plusieurs modifications , selon les genres; ce qui tient eu particulier à la manière de saisir les alimens. Leurs mâchoires ne peuvent pas se dilater, comme chez beaucoup de serpens. Tous se nourrissent d’animaux yivans. Leur cœur a deux oreillettes, mais le ventricule varie par les cloisons qui le divisent à l’intérieur.

Leur voi.x est foible : c’est souvent un sifflement sourd, excepté les crocodiles et les geckos qui ont un cri assez remarquable.

Ils s’accouplent,pondent des œufs dont l’enveloppe est calcaire ou coriace : ils les déposent dans la terre ou dans le sable, et ne les couvent pas.

On a distribué les sauriens en une vingtaine de geni’es, d’après leur manière de vivre. Les uns sont de véritables amphibies , et leur queue est en généi-al comprimée de droite à gauche : elle leur sert de nageoire. Ils forment une petite famille sous le nom de planicaudes ou Ubonectes , c’est-à-dire qui nagent avec la queue. Parmi ceux-là , il en est qui ont les écailles du dos de grandeur inégale, et tantôt leurs pattes de derrière sont palmées et leur tète plate, comme dans les croùodiles; tantôt les doigts de derrière sont libres et la tète est carrée, comme

DES REPTILES SAURIENS

dans la dragone. Quand les écailles du dos sont semblables entre elles, on observe que certaines espèces ont une crête soutenue par quelques rayons osseux, comme les basilics, ou qu'il n’y a point de crête dorsale, comme dans le tupinambis.

Toutes les autres espèces de sauriens n’ont pas la queue comprimée : la plupart vivent sur la terre ou sur les arbres. On les rapporte à deux familles suivant que leur queue est distincte du reste^du corps, et qu’ils offrent une sorte de cou entre le crâne et les épaules. Ceux-là sont dits grimpeurs ou Eu- MÉRODEs (1061) ; les autres dont la queue n’est pas distincte du reste du corps, et qui n'ont pas de véritable cou , et qui par cela même ressemblent souvent tout-à-fait aux ophidiens, sont appelés scrpentans ou Uro- BÈNES (1062), parce qu’ils se servent de leur queue pour s’aider dans le transport.

On a rangé parmi les Eumérodes toutes les espèces de lézards dont les diverses parties (lu tronc sont distinctes, et les pattes munies de cinq doigts alongés. Tels sont les caméléons qui ont les doigts réunis en deux paquets ou faisceaux opposés , comme dans les oiseaux grimpeurs, qui de plus ont la queue prenante et la langue très-longue terminée par un tubercule. Les anolis et les geckos dont les doigts sont aplatis et garnis en dessous de lames entoilées (PI. i, fig. 15). Tous les autres ont les doigts arrondis, coniques, distincts (fig. 13, 14) ; tantôt, comme dans les dragons, les flancs sont prolongés et garnis de membranes en forme d'ailes soutenues par les côtes, tantôt les flancs sont arrondis. Alors on distingue sous le nom de stelUons , les espèces dont la queue est épineuse, couverte d’écailles disposées en anneaux, quelquefois osseuses, carénées. Celles qui n'ont pas la queue épineuse sont appelées iguanes , quand elles ont sous la gorge un repli de la peau ou un goitre dentelé en scie, et lézards quand ces espèces n’ont pas de goitre et que leur tête est couverte de plaques.

La troisième famille des sauriens, celle des urobènes ( 1073 , comprend ceux qui ont la queue et le cou confondus avec le tronc j dont les pattes, si elles existent, sont le plus

souvent très-courtes ou non développées, et servant peu à la marche. D’abord les chalcides et les chiroles qui ont le corps nu , annelé , ou divisé par compartimens carrés, sans plaques ni écailles, et dont les pattes sont au nombre de quatre ou de deux; puis tous les autres genres qui ont le corps couvert d'écailles. Celles-ci sont verticillées dans les tachydromes qui ont quatre pattes, et dans les ophisaures , ainsi nommés parce qu’ils ressemblent aux serpens, et que, comme eux, ils n’ont pas de pattes. Elles sont en recouvrement -ou entuilées dans les orvets qui n’ont ni pattes, ni tympans ; dans les hystéropes qui ont deux pattes postérieures seulement; et enfin dans les scin^ues qui en ont constamment quatre.

Le corps des crocodiles est couvert d’écailles carrées ou de boucliers osseux dont plusieurs forment des lignes saillantes qui se prolongent en une ou deux crêtes sur la queue. Leurs dents sont pointues, coniques, et sur une seule rangée; il n’y en a point au palais. Leur langue est plate, courte, charnue, et ne peut sortir de la bouche. Leur tête est longue et pesante; leurs mâchoires sont articulées tout-à-fait en arrière de la tête. Leurs narines forment un long canal qui s’ouvre dans la gorge et aboutit au bout (lu museau où leur orifice en croissant s’ouvre'et se ferme à volonté; leurs yeux vifs, à prunelle en fente, sont munis de trois paupières ; leurs oreilles ou tympans sont recouverts d’une sorte de valvule; leurs pattes courtes, écartées , ont cinq doigts devant et quati’e seulement derrière, le doigt externe est toujours sans ongle, et ces doigts sont retenus entre eux par des membranes qui facilitent leur nager ; on dit qu’ils sont palmés ou demi-palmés. Leur cloaque est fendu en longueur comme dans les salamandres.

L’organe du mâle est simple comme dans l'autruche. Il est des espèces qui atteignent jusqu’à plus de dix mètres de longueur. On les a rapportés à trois sous-genres : les crocodiles proprement dits, comme celui du Nil, le léviathan ou le sucAos, adoré autrefois en Égypte, et ceux des Indes et des autres parties de l’Afrique qui ont le museau échaucré en dehors pour recevoir la quatrième dent de la mâchoire inféi'ieure qui est très-grosse ; les caïmans d’Amérique, dont les grosses dents d’en bas sont reçues dans des trous correspondaus de la mâchoire supérieure ; et

DES REPTILES SAURIENS

enfin les gavials qui ont le museau étroit, alongé, presque cylindrique, les dents égales entre elles : tel est celui du Gange.

Les dvagones ressemblent aux crocodiles, mais leurs dents sont plates et leurs pattes non palmées ont leurs cinq doigts alongés, garnis d’ongles ; elles ont de grandes écailles carénées sur le dos, formant des crêtes sur la queue. La principale espèce a été observée à Cayenne et à la Guiane : elle grimpe facilement sur les arbres pour aller à la recherche des nids d'oiseaux dont elle dévore les œufs et les petits. Sa chair est estime'e : on en fîiit la chasse dans les savannes, où l’on dresse des chiens à l’attaquer, et à découvrir les terriers qu’elle se creuse. Les tupinambis , sauve-gardes ou monilors ne se rencontrent aussi que dans les pays chauds, sur les bords des fleuves des Indes, de Surinam, de Cayenne. Tel est le varan ou ouaran d’Égypte, dont on trouve la figure gravée sur les monumens. Leur tête n’est pas garnie de plaques; leur queue est trèslongue , comprimée, carénée.

Le principal caractère des basilics consiste dans une nageoire verticale écailleuse, soutenue par des rayons osseux et ])lacéesur la queue. On n'en connoît encore que deux espèces originaires des Indes orientales , ce ne sont peut être même que des individus qui diffèrent par le sexe. Le mâle seul porte sur la tête une sorte de capuchon ou de couronne; ce qui lui a fait donner le nom de basilic, qui signifie royal ; la femelle n’a ni capuchon ni crête dorsale. Ces reptiles vivent sur le bord des rivières, grimpent aux arbres et se nourrissent d'insectes et de fruits. On mange leur chair qui est très-délicate et fort recherchée. Ce sont des animaux craintifs et stupides. C’est un préjugé ridicule qui fait croire que leur seul regard fait mourir. On a donné ce nom à beaucoup d’animaux fabuleux.

Les lophjfves ont reçu leur nom de la crête écailleuse qu’ils portent sur toute la longueur du dos et sur la queue, dans laquelle il n’y a pas de rayons osseux. On en connoit cinq ou six espèces , telles que : le galéole, le sourcilleux, celle à casque ou fourchue. La plupart sont des Indes. Quant

aux uroplates, c’est un exemple unique parmi les reptiles que la forme de leur queue qui est déprimée, à bords plus minces , comme membraneux. Leur tête est large, aplatie.

Leur peau presque nue , à grains tuberculeux , très-finement chagrinée, est souvent frangée. Ces sauriens ont beaucoup de rapports avec les geckos ; les deux espèces rapportées à ce genre singulier proviennent l’une de Madagascar,l’autre du Pérou ou du Chili.

Parmi les sauriens eumérodes ou grimpeurs, nous distinguerons les iguanes qui sont des lézards d’Amérique, dont le dos, la queue et la gorge supportent des crêtes ou des replis de la peau le plus souvent dentelés sur leurs bords. L'espèce la plus anciennement connue a été nommée délicatissimcj parce qu’on rQcherche beaucoup sa chair, qui est blanche et très-agréable au goût : on la reconnoit à de grandes plaques arrondies, situées au-dessous des joues. On la trouve dans toutes les parties de l’Amérique du sud. La femelle pond trente œufs à coquille calcaire , dont le jaune est foncé en couleur et enveloppé dans une membrane solide. On mange aussi ses œufs. Les autres espèces principales ont reçu les noms de cornue , de Jasciée ou à bandes,et de marbrée.

Les dragons ressemblent un peu aux iguanes : ils ont aussi une crête ou un goitre sous lagorge ; mais leur queue est longue, cylindrique et grêle, et la peau de leurs flancs est prolongée, étendue sur les premières côtes qui la soutiennent et lui fournissent des rayons osseux en forme d’aile ou de parachute. C’est à l’aide de cette membrane que les dragons volent, ou au moins qu'ils se suspendent dans l’air, et qu’ils tombent lentement, comme en parachute. On n’a encore rencontré ces petits lézards, qui atteignent au plus trois décimètres de longueur, que dans les îles de l’Archipel indien. On en connoît trois espèces. On a long-temps désigné sous ce nom de dragons des animaux fabuleux, qu’on a supposé avoir trois ou sept têtes armées d’un bec crochu , et deux pattes garnies de griffes tranchantes. On trouve même des figures de ces monstres imaginaires dans les ouvrages de Gesner, d’Aldrovande, de Jonston, ainsi que dans celui de Séba. Souvent on montre dans les cabinets, des animaux

DES REPTILES SAURIENS

qu'on nomme dt'agons, basilics , sirènes : ce sont des raies, dont les parties divisées avec adresse, contournées et séchées dans des positions très-singulières, ressemblent en effet à ces êtres fabuleux décrits par plusieurs auteurs.

La forme des stellions est fort remarquable ; ils resemblent un peu aux crapauds; leur corps est ramassé, aplati; leur peau chagrinée, couverte de tubercules ; leur tête déprimée, plus large en arrière; leur queue courte est formée d’auneaux, dont les écailles sont épineuses. On ne rencontre ces animaux que dans les parties les plus chaudes de l’Amérique et de l’Afrique ; ils se retirent sous les pierres et dans les fentes des vieux édifices pour ne sortir que la nuit. L’espèce la plus connue se trouve en Égypte ; on l’appelle cordjle. Ce n’est pas cependant l’animal décrit sous le même nom par les Grecs.

Le stellion le plus remarquable pour les couleurs, estVazuré ou courte queue ; vit en Amérique : sa couleur est d’un beau bleu , avec des bandes en travers plus foncées. La plus grosse espèce se rencontre en Égypte; elle atteint plus de sept décimètres de longueur. Les Arabes la nomcaeatharbajr.

Les caméléons, qu’on regarde comme le symbole de I hypocrisie, parce qu’on a cru long temps que^ces animaux changeoient de forme à volonté , et qu'ils prenoient la couleur des objets voisins (1) pour ne point être aperçus, sont faciles à distinguer de tous les autres sauriens; leur corps est comprimé, couvert d'une peau chagrinée ou tuberculeuse, à dos convexe tranchant, terminé par une queue prenante, recourbée en dessous; leur tête est anguleuse, et leur langue, longue, cylindrique, peut sortir de la bouche sous la forme d'un ver ; son extrémité est terminée par un tubercule visqueux; enfin leurs doigts sont réunis jusqu’aux ongles en deux faisceaux, deux d’un côté, trois de l’autre. Les caméléons ne se rencontrent que dans les parties les plus chaudes de l'Afrique et de l’Inde : leur marche est lente et singulière ; ils grimpent aux arbres, et s'accrochent aux branches avec deux ou Irois pattes ; ils restent immobiles des heures en-

(1) Peuple caméléon, peuple singe du maître, La Font.

DüMÉBin.

tières ; leurs yeux , grands dans l’obscurité de la nuit, sont couverts dans le jour par une paupière unique qui ne laisse qu’un trèspetit trou faisant l'office de la pupille; ils peuvent se mouvoir isolément, et dans un sens opposé ; leurs poumons sont très-volumineux, et se prolongent sous la peau. Aussi ces animaux peuvent-ils se gonfler et rester plus de deux heures de suite le corps balloné, et offrant le double de leur grosseur ordinaire. Les caméléons sont foibles et timides ; ils vivent d'insectes. On en connoît quatre espèces différentes. En captivité, ils supportent le jeûne pendant une année entière; ils pondent au moins dix œufs. L'espèce la plus connue se trouve en Égypte et en Barbarie.

Les geckos et les anolis n’ont entre eux quelques rapports , que par la forme des doigts qui sont comme lobés et garnis de lames embriquées sous toute leur longueur chez lés premiers {fig. I5,a,a,a, a), et seulement sous l’avant-dernière phalange dans les espèces du second genre. Ces sauriens adhèrent sur les corps les plus lisses , s'y collent et s’y soutiennent contre leur propre poids. Les geckos sont des animaux hideux, à ventre aplati, à doigts larges, k tête plate, à gros yeux dont la fente de la prunelle est linéaire ; ils paroissent changer de couleur k volonté. Leurs ongles sont souvent rétractiles. Les anolis se rapprochent beaucoup plus des lophyres et des iguanes ; la plupart sont d’Amérique. Tel est le roquet qui porte sous la gorge une sorte de goitre soutenu par l’os hyoïde et dont la peau dans certains cas prend, dit-on, la couleur rouge vive de la cerise, ce qui le fait aussi nommer rouge-gorge.

Les lézards., qui sont les seuls sauriens que nous trouvions en France, ont le corps couvert d’écailles en dessus , et de plaques en dessous et sur la tête; leur queue est longue et conique. Ce sont des animaux innocens, très agiles, qui grimpent sur les murailles et sur les troncs d’arbres. II s’en trouve des espèces dans les régions tempérées des deux continens. On en connaît un grand nombre ; les plus grosses espèces de France se trouvent dans le midi; presque toutes s'engourdissent pendant l’hiver. II y a beaucoup plus de femelles que de mâles.

La queue de ces lézards est formée d'an-

DES REPTILES OPHIDIENS

neaux ouileverticilles, qui se détachent trèsfaciJement; et cette partie, lorsqu’elle est rompue, remue encore long-temps après as>oir été séparée du corps. Cette queue se régénère, mais elle est souvent difforme; quelquefois il en pousse deu-x au lieu d’une. On a trouvé des lézards à deux tètes ,mais c'étoit une monstruosité observée chez des individus sortant de l’eau.

Parmi les urobènes, ou les lézards dont la tête et la queue sont à peine distinctes du reste du coi'ps (1062) , on doit placer d’abord les scin^ues qui ont le corps entièrement revêtu d’écailles placées en recouvrement à la manière de celles des poissons, la langue non extensible, les pattes courtes à doigts libres , distincts et munis d’ongles. On en connoit beaucoup d’espèces, toutes ont la queue très-grosse à la base. L’une d’elles se trouve en Égypte, où les habitans la font sécher pour la livrer au commerce de.s drogueries , principalement eu Asie.

Ces sciuques sont gns , à zones noirâtres ; les bords de leurs doigts sont dentelés.

Ce prétendu médicament ne jouit pas des propriétés qu'on lui attribue. Les chalcides ont le corps couvert de plaques carrées , non entuilces ; leurs quatre pattes sont trèscourtes , de sorte que ces animaux rampent plutôt qu’ils ne marchent. Les chirotes n’ont que deux pattes de devant. On n'en connoît encore qu’une seule espèce qui a été trouvée au Mexique.

Les ophisaures ressemblent aux orvets , ils ont aussi des paupières mobiles; mais de plus un conduit auditif externe. Ou les distingue en outre par un pli qui règne sur leurs flancs , dans toute la longueur du tronc , jusqu'à l’origine de la queue qui est aussi très-fragile et souvent plus longue que tout le reste du corps. Les hjrstéropes, au.xquels on a laissé aussi le nom russe de scheltopusik , sont des ophisaures avec des rudimens de pattes postérieures. Les oruets , dont on trouve plusieurs espèces eu France, sont des animaux très-innocens qui ne se nourrissent que de lombrics, d'insectes et autres petits animaux ; ils ressemblent toutà-fait à des serpens. Leurs dents sont courtes, leur langue est protractile, mais sembla ble à celle des lézards. Leur queue essi fragile qu’elle se rompt par les seules

contractions de l’animal , lorsqu'il est saisi de crainte , et qu’il cherche à s'échapper ; mais elle se reproduit. L’espèce la plus commune se nomme vulgairement arn^oie ou anguille de haie. On la mange dans quelques cantons; mais sa chair est huileuse. Les autres espèces ont été observées aux Indes et en Amérique : tels sont le miguel ou oivet tacheté l’orvet rouge on corallin , dont les couleurs sont très-agréablement disposées.

Le caractère des serpens ou OpHinrENS réside , ainsi que nous l’avons vu { 1049 ), dans la forme de leur corps qui ne consiste qu’en un tronc alongé , sans pattes; dans leur défaut de paupières et de tympan distinct. Ce sont des animaux froids au toucher , qui habitent les lieux solitaires , humides et chauds ; qui inspirent une certaine horreur et une répugnance très-grande à cause de leur peau nue, souvent livide, huileuse et puante ; de leurs yeux fixes et menaçiuis ; de leur sifflement lent et souri! ; de leurs mouvemens obliques et rapides, et enfin par le poison terrible dont plusieurs espèces sont armées.

L'échine des ophidiens est composée d'un grand nombre de vertèbres , qui ont à-pcuprès la même forme depuis la tète jusqu’à la queue : elles se meuvent les unes sur les autres , principalement de droite à gauche , à l’aide d'une véritable articulation eu genou revêtue de cartilages d’incrustation et d'une membrane synoviale. Leur tète est peu mobile sur l’échine , quoiqu’elle suit articulée par un seul condyle à trois faces.

Toutes les espèces ont des côtes nombreuses , mais jamais on n'observe chez elles de sternuçn. Leur progression s’opère à l'aide des sinuosités et des sauts dans l’eau et sur la terre, ainsi que par la faculté dont plusieurs jouissent de s’entortiller et de grimper en s’enroulant autour des branches ; tous l’ampent en glissant en s’approchant sur les corps : plusieurs peuvent en outre s élancer, bondir et se suspendre aux brandies ; quelques autres nagent trèS-bien et peuvent plonger.

Quoique la tête de beaucoup de serpens soit très-volumineuse, leur crâne n’en forme

DES REPTILES OPHIDIENS

que ia moindre partie : il contient un trèspetit cerveau qu il enveloppe étroitement.

Leur œil est fixe, toujours sec à la surface , et constamment recouvert par la peau ; car iln'j a point chez eux de paupières ni d’humeur des larmes apparente au-dehors. A ucun n’a d’ouverture extérieure pour l'oreille; leurs narines sont courtes, peu développées, ordinairement simples et situées à l’extrémité ou sur les côtés du museau ; leur langue varie beaucoup , mais , quoique molle , humide , longue et fendue , elle paroit plutôt destinée à saisir les alimens , qu’à en faire percevoir les saveurs ; la proie étant toujours avalée sans être mâchée. Le toucher réside dans toutes les parties du corps qui peuvent entourer les objets , mais il est émoussé par les écailles et par l'épiderme de corne, qui l'enveloppent de toutes parts.

Cet épiderme s’enlève au moins une fois tous les ans, même dans la partie qui recouvre les yeux, et l’animal s'en dépouille en une seule pièce , qui est retournée comme un gant, lorsqu'on ia trouve abandonnée.

Tous les serpens ont la bouche garnie de dents coniques, courbées , mais qui ne servent jamais à mâcher ; ce sont seulement des crochets destinés à retenir la proie qu'ils saisissent toujours vivante. Ces dents sont quelquefois en très-grand nombre (fig,2 , (J, d), et portées sur des os particuliers de la voûte du palais. Les crochets à venin ne se rencontrent que dans un petit nombre d’espèces. Très-souvent les deux mâchoires ne sont point réunies au milieu : elles peuvent se séparer et dilater ainsi considérablement l'ouverture de la bouche. La langue est le plus souvent fourchue à son extrémité (fig. 2, g)] elle sort de la bouche et vibre avec vitesse. C’est à tort qu’on la nomme dard, dont on a dit que les serpens se servoient pour piquer et introduire leur venin.

Ces animaux boivent rarement et ne peuvent sucer. Leur digestion est très-lente; etquand ils ont avalé des alimens en quantité un peu considérable , ils tombent dans une sorte d'engourdissement léthargique. Il n’y a jamais de vessie urinaire dans ces animaux ; les résidus des alimens et leurs organes de la génération aboutissent dans une même cavité qu’on nomme cloaque, lequel s’ouvre en travers chez le plus grand nombre. Le mécanisme de leur respiration paroit s’opérer d’une manière un peu différente que

dans les autres animaux vertébrés ; les côtes n’étant pas retenues par le sternum, tendent à s’écarter les unes des autres , et à faire pénétrer l’air dans l'espèce de poche celluleuse qui leur tient lieu de poumon, de sorte que l'inspiration paroit être passive, tandis que l’expiration est toujours volontaire. Ces deux mouvemens sont en générai très-lents; mais le serpent peut les accélérer, quand il en sent la nécessité. Leur voix n'est qu’une sorte de soufflement foible et prolongé , ou de sifflement sur la lettre S. La circulation s'opère toujours lentement chez les serpens : elle est cependant subordonnée chez eux à l’acte de la respiration, à la température de l’atmosphère et aux passions. Leur cœur offre deux oreillettes avec un seul ventricule partagé en deux loges. Ils n’ont qu un poumon unique.

Il y a toujours un accouplement dans les ophidiens : les organes qui le permettent dans les mâles sont doubles (fig. 3, a, b, c.) Les femelles pondent, en général, des œufs à coquille légèrement calcaire , réunis le plus ordinairement en chapelets. Quelquefois ces œufs éclosent dans l’intérieur du corps , et les petits naissent vivans ; c’est le cas de la vipère, qui a tiré son nom de cette particularité ; mais un grand nombre d’autres espèces ont offert la même observation.

Les femelles prennent soin de leurs petits dans le premier âge *. on en a vu qui présentoient un refuge très-singulier à leur famille au moment d'un danger imminent; les petits, que la mère semblent alors avaler, se placent dans son œsophage, et ils n’en sortent que lorsque le péril a cessé.

On a disposé les genres de l’ordre des serpens d'une manière fort naturelle et commode pour l’étude. Les uns ontlapeau nue, ou bien également écailleuse en dessous, et les mâchoires le plus ordinairement soudées; on les nomme homodermes : ceux-là sont innoceus , et ne peuvent guère manger que de très-petits animaux , aussi sont-ils généralement de petite taille; tandis que chez les autres on voit sur la peau du ventre des écailles beaucoup plus grandes, qu'on nomme des plaques. Leurs mâchoires supérieure et inférieure sont constamment composées de deux branches qui peuvent s’écarter ; on les appelle hétérodennes (1083). C’est parmi

DES REPTILES OPHIDIENS

ces derniers que se trouvent presque toutes les espèces venimeuses et celles qui atteignent les plus grandes dimensions. Voilà les premières divisions ou le point de départ. Les espèces qui ont la peau nue sont les cpcilies et les ainphisbènes .* celles qui Pont également écailleuse sont les rouleaux^ les tjrphlops , les acvochordes et les hydro~ phides. Dans tous les autres genres le corps est couvert de plaques eu dessous ; mais tantôt on n en voit qu'un simple rang sous la queue {fig. 9 et 4), tels sont les cmlales, les scy taies et les boas; tantôt elles forment là une double rangée {6g. 5 ), comme dans les platui^s, les coideavresj les vipères , les bongares.

Parmi les serpens Homodecmes , les cêcilies et les amphùbènes n'ont quelques rapports entre eus. que par la forme du corps et par leurs habitudes. La peau est nue, à plis longitudinaux dkns les premiers ; ces plis sont trans verses chez les seconds (Bg 8). Sur les uns , l'ouverture du cloaque est arrondie , et à l'e-xtrêmité libre du corps ; chez les autres . elle est située en travers. Les branches de leurs mâchoires sont réunies ,#noa dilatables; ce sont des animaux d’Amérique. On ne connoit pas bien leur manière de vivre. Les cécities diffèrent de la plupart des serpens et semblent . au contraire, se rapprocher des batraciens par beaucoup de caractères anatomiques, tels que les deux condyles de leur occipital'; leui-s vertèbres articulées par des cavités coniques comme chez les poissons ; l’absence des côtes ou l'excessive brièveté de ces os ; leur peau gluante; la double rangée de leurs dents ; enfin leur langue courte, adhérente.

On a débité sur Thistoire des amphisbè/ies beaucoup de contes ridicules. On a supposé que ces serpens avoienl deux tètes , dont l’une conduisoit l’autre qui dormoit pendant ce temps ; qu'ils marchoient en avant et en arrière ; qu’un seul de leurs regards faisoient mourir; qu'ils pou voient lancer leur venin à une grande distance; que lorsqu'ils étoient partagés ou rompus, ils formoient deux animaux différens ; enfin que les emphisbènes réduites en poudre étoient un excellent topique dans les fractures.

Les tjrphlops ont aussi le corps à peu près de même grosseur aux deux extrémi¬

tés; les écailles entuilées qui les recouvrent sont lisses et polies, et recouvrent même les yeux , ils ressemblent à des lombrics.

On connoit peu leurs mœurs : ils ne se rencontrent que dans les pays chauds. Les rouleaux ou lortrixont des écailles en réseau , un peu plus grandes sous le ventre et la .queue; leur tête est protégée par des plaques polygones ; leurs yeux sont placés en dessus et non sur les côtés. Le nom d'acrochorde, qui signifie qui a des verrues , a été donné à une espèce de serpens de Java , dont la peau est couverte de tubercules. On la dit très-venimeuse ; mais il paroît que c’est à tort, car elle n’a pas de crochets propres à inoculer le poison. Les hydrophides sont des serpens qui vivent dans l'eau et dont la queue est comprimé et obtuse ; on les a observés dans les eaux salées des Indes et d'O-Taiti. Ils nagent très-bien : on regarde aussi leur blessure comme dangereuse.

Tous les serpens Hétérodermes ont le corps couvert d écailles en dessus , de plaques en dessous, et leur mâchoire inférieure est dilatable. On recounoit les platures a la forme de leur queue, qui est aplatie , ainsi que l'indique leur nom. Les seules espèces connues dans ce genre se trouvent aux Indes. La plupart ont des crochets venimeux, et paroissent organisés de manière à vivre dans l'eau.

Les couleuvres ont la tête couverte de plaques (fig. 6), et elles n'ont point de dents venimeuses. On observe deux rangs de plaques sur toute l'étendue de leur queue , qui est toujours simple, conique. Les reptiles de ce geni’e se trouvent dans les deux continens; ils vivent isolés, s’engourdissent l'hiver dans les climats tempérés et s’accouplent au printemps : chez quelques-uns , les œufs éclosent dans i'interieur du coi'ps. On les trouve souvent endormis au soleil. Leur voix n’est qu'un sifflement sourd;la plupart ont une odeur désagréable ; les couleuvres se nourrissent de grenouilles , d’insectes , d’œufs, et même de petits oiseaux : quelques-unes grimpent au.x arbres. On en connoit un grand nombre , dont plusieurs sont ornées de couleurs vives. Ce sont des animaux très-innocens pour l'homme. Les principales espèces de France sont la lisse ^ qui est d’un gris cendré en dessus, et noirâ-

DES REPTILES OPHIDIENS

tre irisé en dessous, et celle dite à collier , d une couleur grise aussi, mais avec une bande jaune, bordée de noir, placée en travers sur l'occiput. On trouve cette dernière dans les lieux humides : elle nage souvent dans les étangs et elle pond ses œufs en un groupe formant une sorte de chapelet.

Les vipères ont reçu ce nom parce qu’on a cru long-temps que ces serpens étaient les seuls dont les petits sprtoient vivans du corps de leur mère. Le véritable caractère des vipères consiste dans la présence des crochets à< venin. On désigne sous ce nom des espèces-de dents surnuméraires (fig. Il), portées sur des os particuliers , qui peuvent se redresser ou se cacher dans la bouche à la volonté ne l’animal. Ce sont des épines courbes, sur la convexité desquelles on aperçoit une petite cannelure (rt)qui conduit à un canal où se trouve une humeur particulière produite par une glande située à la base. 11 y a plusieurs germes de ces crochets; mais on n'en remarque ordinairement qu’un ou deux qui peuvent se redresser; les autres sont destinés à remplacer les premiers lorsqu'ils tombent.

Il semble que la nature ait voulu accorder à ces serpens , qui sont en général des êtres très-foibles , le moyen de dompter tout-àcoup les animaux beaucoup plus agiles ou plus forts qu’eux et dont ils doivent cependant se poun'ir. L'humeur du venin est en effet de nature à engourdir ou à tuer presque subitement les animaux sous la peau desquels il en pénètre une petite quantité par des blessures. Cette humeur se dissout dans l’eau et dans l’alcohol : elle se conserve liquide et sèche, pendant troisou quatre ans^ avec toutes ses propriétés. Un quart de milligramme du venin de la vipère suffit pour tuer un oiseau du poids de deux décigrammes.

La vésicule à venin de la vipère ne contient guère qu'un décigramme de cette humeur , qui est très-lente à se séparer. Ce poison ne produit aucun effet sur les animaux qui l’avalent. Les accidens qui accompagnent la morsure varient beaucoup : quelquefois ils causent l'assoupissement; dans d’autres circonstances des convulsions, la jaunisse, la gangrène , une fièvre extrême, des dépôts purulens j mais très-rarement la mort. Les

principaux remèdes «ont l’émétique et les caustiques.

Presque toutes les vipères vivent dans les pays chauds, surtout en Amérique et aux Indes, L’une de ces espèces est surtout remarquable par une ligne noire en forme de porte-agrafe, ou de branches de lunettes, placée sur la peau du cou dans une partie qui peut à volonlé devenir fort large. Elle fait périr les chiens au bout de trente-sept minutes , et les poules en une minute et demie. On la désigne ordinairement sous le nom de serpent à coiffe ou de vipère à lunettes. On reconnoît la vipère commune à sa tête couverte de petites écailles (fig. 7), à sa couleur verdâtre en dessus, avec une ligne brune ou noire ondulée;elle est plus foncée en dessous ; elle a quelques taches sur les flancs. Cette espèce ne peut tuer que les petits animaux ; on prétend même que son venin ne produit aucune action sur les limaçons, les lombrics, les couleuvres, ni sur les gencives et les yeux de l’homme. La xnpère noire est remarquable par les points blancs de ses lèvres , dont le fond est de couleur brune , ainsi que le reste du corps. On la ti’ouve dans le nord de la France. Ou employoit autrefois beaucoup de corps de vipères en médecine ; mais maintenant on n'en fait plus usage.

On désigne sous le nom de scytales des serpens dont le dessous du corps, de la queue , et le sommet de la tête sont garnis de plaques entières ; ils ont des crochets à venin, et leur queue est conique,. simple.

On ne les rencontre qu’aux Indes et en Amérique. Les hoas ressemblent aux scytales , mais iis n’ont pas de crochets à venin ; leur ventre est comprimé, plus mince et beaucoup plus court que le dos. Ce sont les plus grosses espèces de serpens connues j on en a vu de cinquante , et même de quatre-vingfs coudées de longueur. Ils étranglent de très-gros mammifères , comme des faons, des gazelles, en les enveloppant de replis tortueux de leur corps. Quand ils sont parvenus à étouffer ces animaux , ils les étendent et les couvrent d’une couche de salive avant de les avaler en partie. On mange la chair de ces serpens dans les Indes ; on en expose même des tronçons dans les marchés. L’espèce la plus connue est

DES REPTILES BATRACIENS

iiouamée le de\’in ou le rot des serpens. Les nègres de la eète de Mozambique ont beaucoup de vénération pour cet animal. On prétend même qu'ils le considèrent comme une divinité.

Le nom de c/'ofa/e signifie grelot, et il indique le principal caractère des animaux auxquels on l'assigne. Ce sont en effet des espèces venimeuses , dont la ([ueue est terminée par des sortes de vésicules de matière cornée , enfilées et mobiles les unes sur les autres , qui produisent un son particulier, lorsque ces serpens fout le plus petit mouvement; aussi les nomme-t-on en Amérique serpens à sonnettes. Le nombre de ces gaines ou grelots varie suivant i'àge et la grosseur de ranimai ; on en trouve rarement quarante, mais le plus souvent sept ou huit.

Ces serpens portent une odeur désagréable :

tous les animaux les craignent, à l’exception des cochons , qui s’en nourrissent. Leurs blessures sont très-dangereuses : au premier instant on n’éprouve pas de douleur ; mais, après quelques minutes, on ressent un élancement analogue à celui que produit une piqûre de guêpe : la partie s’enfle ; il survient une soif dévorante ; la langue se gonfle si fort, quelle sort de la bouche :

Ion périt alors comme étranglé. Quand on échappe à la mort, on est sujet à des douleurs qui se renouvellent périodiquement. Quelquefois la gangrène se manifeste dans la partie mortîue. Le principal remède connu est l’application d’un fer rouge , ou la prompte e.xtirpation de la partie sur laquelle l’animal a enfoncé ses crochets.

On nomme Batbaciens les reptiles dont la peau est nue, sans carapace, ni écailles; dont les doigts sont toujours distincts et sans ongles ; qui ne s’accouplent pas réellement , et qui subissent le plus ordinairement des métamorphoses. Les batraciens diffèrent beaucoup des autres reptiles parleur organisation ; la plupart n'ont point de côtes, ou ils les ont très-courtes. Quelques espèces portent une queue; les autres en sont p)rivées. Ces dernières sautent plus souvent qu’elles ne marchent : toutes ont l’œil garni de jtaupières, souvent au nombre de trois : leur langue présente beaucoup de variétés : toutes se nourrissent d'animaux vivans; leur bouche est très-large, sans lèvres

mobiles ; leurs dents , for-t courtes, sont implantées dans des mâchoires soudées ; leur cœur est à un seul ventricule et à une seule oreillette ; leurs poumons sont formés d un très petit nombre de cellules, et ressemblent quelquefois à des vessies : ils respirent à l’aide des muscles de la gorge ; ils n ont ni épiglotte ni larjnx ; leur voix, qu’on nomme quelquefois coassement (915) , est produite par l’accès de l air dans certaines vessies.

Aucune espèce ne s’accouple véritablement; quelques unes pondent leurs œufs en chapelet , et sont aidées par les mâles ; d’autres les déposent i.solcment. L’enveloppe de ces œufs est toujours molle est flexible. Les petits qui en naissent se développent constamment dans l'eau, et le plus souvent dans les eaux douces ; ils respirent d’abord par des branchies; iis sont analogues aux poissons; ils éprouvent divers changemens dans leurs formes et dans leur structure, qui sont constamment appropriées à leur manière de vivre.

L’ordre des batraciens peut être partagé en deux grandes familles ; ceux qui ont une queiue , ou les urodèles ; et ceux qui en sont privés, qu’on nomme anoures. Parmi les premiers, les sirènes n’ont que deux pattes ; tandis que les salamandres, les tritons ei les proiées en ont ejuatre. Les raines, les grenouilles, les pipas et les crapauds , qui n’ont pas de queue, se distinguent par la longueur relative des membres de deri’ière , et par la forme de l extrêmité des doigts,

Ce simple défaut de la queue rapproche d’une manière ti'ès-avantageuse les Anoures , dont nous allons parler. Ils se ressemblent par le squelette , par l’organisation générale , et surtout par le mode de génération. Ils ont le corps large, tronqué, déprimé , et leur tête paroit supportée par les épaules ; leur peau nue forme une sorte de sac , non adhérent aux muscles; leurs patles antérieures sont plus courtes que les postérieures ; le plus ordinairement leurs cuisses renflées sont portées sur uïi long bassin mobile , et leurs tarses sont très-alongcs ; leur langue charnue est attachée par sa base dans la concavité de la mâchoire , et libre en arrière ; iis ont souvent un tympan distinct; leur cloaque forme une ouverture arrondie à l'extrémité du corps ; leurs œufs - sont

DES REPTILES BATRACIENS

mous , sphériques, liés.entre eux par une sorte de glu ou de matière glaireuse. Le mâle aide la femelle à se débarrasser de ses œufs ( 6g. 17) ; il les féconde de sa laitance au passage ; quelquefois il s’eu charge luimême, en enveloppant autour de ses cuisses le chapelet de matière flexible et élastique qui les réunit ; ou bien il les place sur le dos de la femelle, où ils doivent se développer dans l'épaissseur de la peau. Lorsque les petits sortent de l’œuf, ils sont aveugles et sans pattes ( 6g, 18 ) ; ils ont une queue ; ils i-espireut par des branchies. Sous cet état, on les nomme têtards ; on a cru jusqu’ici qu’ils se nourrissoîent uniquement de matières végétales ; leur ventre est très-gros , globuleux, et leurs intestins excessivement longs. Bientôt ils changent de peau ; on leur voit des yeux ( 6g. 19); les deux pattes de derrière se développent d’abord a), puis celles de devant ; la queue tombe, puis les branchies. L'animal respire l’air, et paroît en6n sousla forme qu’il doit conserver toute sa vie.

Les crapauds ont le corps large, épais, la peau couverte de verrues , cl principalement de deux grosses glandes situées sur le cou ; leurs pattes de derrière sont à peu près de la longueur du corps. Ce sont des animaux lents et dégoutans , qui fuient la lumière, se retirent dans des lieux sombrgs et humides, ne sortent que la nuit pour aller à la recherche des vers et des insectes, dont ils se nourrissent. Ils s'engourdissent l’hiver , et se rassemblent souvent dans des lieux étroits , où ils s’amoncèlent : ils pondent au printemps et produisent à cette époque un son lent et flûte j ils se gonflent et lâchent leurs urines dans le danger. Ce sont des animaux innocens, qui n’ont pas de venin , et qui ne mordent pas.

On connoît dans ce genre une douzaine d’espèces. On trouve en France la plupart de celles dont nous allons parler. 1°. Le calamite, dont le corps est vert, avec une ligne jaune sur le dos et des verrues rousses.

2°. U'ordinaire , qui est cendré , avec des pustules roussâtres. Ces deux crapauds vivent sous terre , sous les pierres , dans les troncs d'arbres. Le dernier coasse lentement le soir et pendant la nuit : sa voix est flùtée. Il fait entendre des sous qui paroissent se

rapprocher ou s’éloigner à sa volonté; c'est un véritable ventriloque. On en a souvent rencontré des vivaiis dans rintérieur des maçonneries et des troncs d’arbres, où il paroît qu'ils n'avoient eu qu’une foible communication avec l’air. 3°. Le sonnant on pluuial, d’un brun verdâtre en dessus , bleu en dessous , avec des lignes orangées. Son coassement re.ssembie au bruit d’un timbre de métal : il vit dans les eaux stagnantes.

Lorsqu'il craint, il s'aplatit contre terre : quand on le frappe , il se couche sur le dos. Onfprétend qu’il reste quatre ans sous forme de têtard. I». L’accouc/jeur, qui est petit, brun en dessus, avec des taches irrégulières plus foncées. Le mâle porte les œufs de la femelle , et ne les abandonne que lorsqu'ils sont près d'éclore. Ses têtards vivent d'abord dans l’eau, et ils sont carnassiers.

On trouve à Surinam et dans la Nouvelle- Espagne un batracien très remarquable par l’aplatissement singulier de tout le corp.s, et principalement de la tête, qui est presque triangulaire. Le mâle place les œufs, après les avoir fécondés , sni- le dos de sa femelle. Leur présence fait gonfler la peau, qui forme au tour d’eux autant de cellules, où ils re.stent à peu près trois mois, pour y subir toutes leurs métamorphoses; de -sorte qu'ils naissent véritablement , sans avoir paru au-dehors , sous la forme de têtards.

On'prétend que les nègres recherchent la chair de ce reptile , qu’ils nomment pipa ou tédon.

Les grenouilles ne diffèrent guère des crapauds ; seulement leur peau est lisse, et leurs pattes de derrière, ordinairement palmées ( 6g. 16), sont au moins d’un tiers plus longues que leur corps. Toutes s’accouplent et pondent dans l’eau. Elles nagent et sautent très-bien : elles ne peuvent ni marcher , ni grimper. Ce sont des animaux timides, dont la vie est très dure. Ils coassent beaucoup , principalement pendant la nuit'; et dans le temps de l’accouplement, les mâles font sortir, aux environs de la bouche , deux vessies que l'air de leurs poumons peut gonfler. On exprime à peu près la monotomie de leur cri par ces syllabes ; bré-ké-ké-kec-coaxcoax; de là vient meme le nom de coassement. On mange les cuissei de grenouilles

DES REPTILES BATRACIENS

dans plusieurs départeiaens ; c'est un aliment fort sain et assez délicat.

Il existe en Amérique des grenouilles qui pèsent près de quatre kilogrammes, et qui avalent de petits canards. En JFrance , on n'en connoit guère que deux espèces, la nerte et la rousse^ qui se trouvent principalement dans les lieux humides. L'espèce la plus remarquable de ce genre est celle qu'on nomme la paradoxale ou la jackie , qui vit à Surinam. Son têtard, presque aussi gros que l'animal parfait, a donné lieu de croire que cette grenouille se changeoit en poisson.

On appelle rainas ou rainettes des reptiles qui ne diffèrent des grenouilles que parce que leurs doigts sont terminés par des disques épatés ou élargis, au moyen desquels elles peuvent s'accrocher et se tenir suspendues sur les corps les plus iisses. Ces animaux vivent, en général. sur les feuilles des arbres. Leur .coassement pourroit être rendu par le son de ces syllabes ; camk-ca-rak-kac. On les désigne souvent sous le nom degraissets. On n’en connoit qu’une espèce en France ; elle est en dessus d'un beau vert de pré avec une ligne latérale jaune , bordée de violet ; le dessous du corps est blanchâtre.

Toutes pondent dans l'eau, et s’y engourdissent pendant I biver, comme les grenouilles.

Les batraciens qui ont une queue , ou les UsonitEs, se rapprochent entre eux par la forme générale du corps, par l'organisalion, par la manière de vivre et de se reproduire.

Ils ressemblent aux sauriens par leur corps étroit, aiongè, cylindrique j leur tète est portée sur une sorte de cou au-devant des épaules, leur peau est intimement adhérente aux muscles 5 leurs pattes de devant, quand elles e.xistent, sont à peu près de la même longueur que celles de derrière, dont les cuisses ne sont ni plus grosses , ni plus longues J leur queue, toujours persistante, sert à la natation et elle est le plus souvent comprimée i leur langue est adhérente à la gorge j ils n'ont pas de tympan djstiuct j leur cloaque présente une fente longitudiuaie, à deux lèvres vers l’origine de la queue et sous le bassin ; la femelle pond ses œufs isolés , ovales, aioogés sans l'assistance du mâle qui les féconde isolément comme la

plupart des poissons. Les têtards qui en proviennent n'ont pas une métamorphose aussi différente que ceux des batraciens anoures ; leurs branchies sont extérieures , sous la forme de franches et sur les côtés du col, et leurs pattes antérieures se développent avant celles de derrière. Deux genres conservent leurs branchies , le protée et la sirène ; deux auti-es les perdent, ils ont quatre pattes ^ ce sont les salamandres et les tritons, ün petit nombre d'espèces sont rangées dans cette section.

Un préjugé très-ancien a rendu célèbres les salamandres; on a cru qu’elles vivoient dans le feu , et on les a employées dans beaucoup d-emblémes, en raison de celte particularité extraordinaire et merveilleuse. Ce sont des animaux alongés , dont la peau est unie, la tête plate, les doigts sans ongles et la langue adhérente. Pour le reste des formes, elles ont quelque analogie avec les lézards. Ces animaux présentent des singularités très-remarquables relativement à leur fécondation et à la reproduction des parties qu'on leur enlève. On trouve les salamandres dans l'eau, au premier printemps. Quelques espèce sont, à ce quïl paroit, fécondées par la laitance que le mâle répand dans le fluide où elles sont plongées : chez d'autres espèces, le mâle vivifie chacun des œufs, aussitôt qu’il est abandonné par la femelle.

Ces œufs sont sept à dix jours avant de donner naissance à un têtard, qui reste quatre mois sous cette forme : pendant ce temps, il ne se nourrit que de débris de végétaux.

On a fécondé artificiellement des œuls de salamandres ; aux unes, on a enlevé la queuej à d'autres, une ou plusieurs pattes, et même un œil dans son entier, et ces parties se sont reproduites absolument semblables à celles qui exisloient auparavant. On connoit en France six espèces de salamandres ou de tritons. Ce.s derniers ne diffèrent des salamandres que parce qu'ils ont la queue comprimée.

Ou a observé en Carniole, dans les eaux qui paroissent provenir des lacssoulerrain.s, un batracien à branchies et à quatre pattes, dont celles de devant n'avoient que trois doigts, et celles de derrière deux. On l'a regardé comme un genre particulier, et ou l'a nommé protJe, Il y a au Mexique, dans

DES OISEAUX EN GÉNÉRAL

les lacs d'eau douce, une espèce de protée que l’on nomme axolott, ou le fait cuire et on le mange comme un poisson, quoiqu’il ait des pattes. On a aussi trouvé dans la Caroline méridionale un très-long reptile à branchies , avec deux pattes seulement en devant, et on l'a nommé siz-èrae ( fig. 2ii(). On ne connoit pas encore très-bien la ma¬

nière de vivre de ces animaux, qu’on croit cependant ne pas être des têtards de salamandres , parce qu’on leur trouve des os destinés à recevoir les branchies comme dans les poissons. Ils n’ont été observés que dans la vase des terrains submergés pour la culture du riz. On en a même distingué trois espèces différentes. ‘

Page 1