CHAPITRE XIX
DES BEPTIEES OD DE LA TBOISlÈME CLASSE DES ASIMATJX.
Les Reptiles sont ^ ainsi que nous l'avons déjà dit (674J, des amimaux vertébrés à sang rouge et d’une température variable , qui respirent l'air par des poumons, qui n’ont ni poils , ni plumes, ni mamelles. Ou nomme Ebpétologie la partie de la zoologie ou de l'histoire naturelle des animaux , qui a pour objet la connoissauce des reptiles , et qui fait counoîtreles noms,l’organisation, les mœurs et la classification méthodique des individus de cette classe.
Il y a parmi les reptiles des espèces qui marchent et qui rampent; d’autres qui nagent , et quelques unes qui volent, ou qui peuvent au moins se soutenir dans l'air pour quelque temps. La plupart à l'exception des tortues , n’ont pas de cou bien distinct ; leur poitrine n'est jamais séparée du ventre par une cloison charnue. Il en est qui n’ont pas de queue; chez d'autres qui en ont une, elle paroit inutile; mais il en est plusieui's qui s'en servent comme d'une main ou comme d’une nageoire. Beaucoup d'espèces n’ont pas de membres du tout, tels sont les serpens ; chez d’autres, on n’en observe que deux très-courts ; enfin il en est, comme les lézards et le.s tortues , qui ont quatre appendices en forme Je pattes ou de nageoires.
Quoique les reptiles soient très-irritables, et que leurs parties manifestent encore une sorte de sensibilité long temps après qu’elles ont été séparées du corps , leur cerveau est petit, et leurs nerfs sont très-solides. Ils j ouïssent de cinq sens, mais aucun ne parait
très-parfait. Ainsi chez eux le toucher est eu général peu actif ; souvent leur peau est recouverte d'écailles de tests ou de plaques, ou quand elle est nue, elle est quelquefois libre, et non adhérente au corps , qu’elle renferme comme dans un sac ; c’est ce qu’on voit dans les grenouilles. Tantôt , comme dans les serpens, les yeux n’ont point de paupières, et sont alors immobiles, couverts d’une sorte de corne transparente ; tantôt on y distingue trois paupières : quelques espèces paroissent privées de la vue. Ils n'ont jamais de conque à l’oreille , et on ne trouve qu’un seul osselet sous leur tympan , qui n’est pas toujours distinct au-dehors.
En général, leurs narines sont peu étendues, et leur odorat paroit foible. Il en est à peu près de même de l'organe du goût, la plupart ne font qu’avaler leur proie sans la mâcher ; et si la langue se trouve charnue et mobile , cette disposition tient évidemment à la faculté de saisir les alimeus ou de favoriser la déglutition.
Plusieurs espèces de reptiles n’ont pas de côtes, comme toute la famille dans laquelle on a rangé les grenouilles ; chez d’autres, comme les sei’pen.s , ces côtes sont libres, sans sternum ; dans les tortues , elles sont toutes soudées entre elles ; enfin, chez la plupart des lézards, elles sont à peu près disposées comme dans les oiseaux, ce qui fait que le mécanisme de la respiration varie dans les différens ordres. Les poumons sont toujours renfermés dans la même cavité que les intestins ; il n’y en a qu'un seul dans les serpens. Les salamandres ont ces organes formés xi’un très-petit nombre de cellules, et ils ressemblent à une vessie aérienne. En général , ces cellules sont très-grandes ,
DES REPTILES EN GÉNÉRAL
surtout dans les grenouilles ; les vaisseaux qui s'y distribuent ne donnent plus lieu, comme dans les trois autres classes des animaux vertébrés, aune circulation complète; et ce n’est plus qu’une portion variable du système artériel et veineux. Leur larynx est placé dans la bouche , et non fermé par une soupape en bascule ; leur voix se produit le plus souvent dans la gorge , au moyen de certaines vessies ou cavités qui, en se remplissant d’air , font entendre un coassement ou un son flûté. Plusieurs ne produisent qu’un sifflement sourd : il en est qui n'ont pas de voix du tout.
Jamais la totalité du sang des reptiles ne passe à la fois par le poumon : ce qui fait que la respiration de ces animaux est pour ainsi dire incomplète et arbitraire ; c’est même à cette cause qu’on attribue la différence de température que leurs corps présente , quand on la compare avec celle des mammifères et des oiseaux. On donne une idée fausse , en les appelant des animaux à sang froid : il est vrai que dans notre climat il en est souvent ainsi; mais dans les pays chauds la température de leur corps s’élève quelquefois au-dessus de 50«> centrigades. Tantôt le cœur n’a qu’un seul ventricule , comme dans les grenouilles : tantôt il y en a deux adossés et communiquans , comme dans les serpens : enfin dans les lézards et les tortues, on a observé quatre cavités ou loges qui communiquent entre elles.
La plupart des reptiles sont carnassiers et se nourrissent de proie vivante: ceux-là ont, en général, le tube digestif moins long que ceux qui se sustentent avec des végétaux.
Tels sont beaucoup de tortues et presque tous les têtards de batraciens , c[ui, à cette époque de leur existence, ont les intestins beaucoup plus développés que lorsqu’ils sont adultes , et qu’ils ont changé de formes et de mœurs. D’ailleurs aucune espèce de reptiles n’a de véritables lèvres charnues ; quelques unes , comme les tortues , ont un bec de corne, semblable à celui des perroquets; d’autres ont des dents dont les formes varient beaucoup , quoiqu’elles ne servent pas, en général mâcher , mais seulement à retenir la proie. Quelques espèces, comme certains serpens, ont des crochets
creux qui se redressent lorsque l'animal ouvre la bouche pour mordre , et qui insèrent un venin actif dans la plaie qui est produite par ces armes dangereuses. La plupart avalent leur proie toute vivante et sans la mâcher ; leur œsophage est très-dilatable, et la digestion commence à s’y opérer. Il n’y a qu’une ouverture commune pour les résidus des alimcns solides et liquides , et pour les organes de la génération; on la nomme cloaque.
Les reptiles diffèrent beaucoup enlre eux par la manière dont ils perpéluent leur race. Les uns s’accouplent réellement, et pondent alors des œufs revêtus d’une coque dure; d’autres ne s’accouplent pas, et la surface des œufs reste molle et glaireuse.
Tantôt le mâle féconde les œufs au moment même où ils sortent du corps de la femelle; tantôt il abandonne sa laitance dans l’eau, et cette liqueur va porter la vie dans les germes qui y sont plongés, quelquefois même, dans ce cas comme dans les plantes, elle paroît pénétrer dans les ovaires de la femelle. Aucune espèce ne couve ses œufs , puisque leur température ne paroît pas pouvoir s’élever au dessus de celle dans laquelle ces animaux vivent. La plupart délaissent leurs œufs après les avoir déposés dans un lieu convenable ; quelques unes les portent continuellement avec elles. Les petits, au moment où ils sortent de la coque, paroissent tantôt avec la forme qu ils doivent conserver toute leur vie, et tantôt ils sont, à cette première époque de leur existence, organisés à peu près comme les poissons :
ils ne se développent entièrement qu’au bout d’uu certain temps , en subissant une véritable métamorphose. On nomme têtard le reptile imparfait, parce qu'il a ordinairement une très-grosse tête.
On a remarqué que les reptiles pouvaient être partagés en deux grandes sous-classes , d’après l’organisation et la forme extérieure du corps. Les uns, en effet, subissent des métamorphoses ; leur corps est toujours nu, sans carapace ni écailles, et leurs pattes sont toujours sans ongles ; on les a nommés Batraciens { 1091 ), d’après un mot grec qui signifie grenouille. Tous les autres ont le corps couvert, ou d'un test solide, ou d’écailles, ou d’une peau annelée et coriace.
DES REPTILES CHÉLONIENS
On les a rangés dans trois ordres. Les uns n’ont ni pattes, ni nageoires, ni paupières, ni tympans, comme les serpens ; on les a appelés OpHIDIE^s (1075.) Les autres ont, le plus souvent, des pattes ou des nageoires avec des ongles, ainsi que des paupières, et presque toujours un tympan distinct.
Chez plusieurs, le corps est couvert d'un test coriace ou osseux, qu’on nomme carapace : telles sont les tortues dont l’ordre porte le nom de Chélokiehs (1051.) Tous les autres reptiles qui n’ont point de cara¬
pace , et dont les pattes et le corps sont le plus souvent couverts d'écailles, comme dans les léeards, ont été nommés Sadeieks {1057.)
On a obtenu ainsi une méthode naturelle, et 1 on peut se faire une idée nette de son ensemble, en considérant la forme extérieure du corps ou son organisation. Voici trois tableaux qui font connoitre cette classification.
Corps
REPTILES
ORDRES
i 1 ^ membres, paupières , 5 carapace... ChiSeoniens.
a carapace, ecatUesJ ’r r ’ j san* carapace. SaüRïens,
on anneaux ;.(ni pattes, ni nageoires , ni paupières. Ophidiens.
nu, sans carapace ni écailles ; pattes sans ongles.t. Batraciens.
Corps
REPTILES
ORDRES
, 1 oncles - ( . Sauriens.
a pattes ou nageoires:) ^ | pas de dénis.. Chéloniens.
, (pas d’ongles.. batraciens.
sant pattes, ni nageoires, ni paupières, ni tympan... Ophidiens.
in.
Cœur à oreillette
double ..(^«tnbres; paupières; mâchoires j
(sans pattes, ni nageoires, ni paupières.
‘ unique : corps nu , sans écailles, ni lest.....
Chéloniess.
Sauriens.
Ophidiens.
Batraciens.
Les CnéLOîTiENs composent une famille dont toutes les espèces ont entre elles la plus grande analogie. Leur corps est court, ovale, bombé, le plus souvent renfermé dans un test osseux ou coriace, nommé carapace y dans sa partie supérieure qui est formée par les vertèbres et par les côtes ; protégé en dessous par un large sternum qu’on appelle plastron (PI. i, fig. 1). Leur tête, portée sur un long cou , est armée de deux mâchoires en forme de bec, le plus souvent cornées, toujours sans dents. Ils ont une queue plus ou moins longue, et quatre pattes dont la forme et les usages varient dans chacun des genres. Ce sont des êtres peu sensibles, dont la respiration est
très-lente, et s’opère par une véritable déglutition de l’air, qu’ils avalent réellement, en le faisant passer de leur bouche dans leurs poumons. Ils se nourrissent en général de végétaux. L’organe du mâle est simple et son plastron le plus souvent concave :
les deux sexes restent plusieurs jours réunis. Leurs œufs sont recouverts d’une coquille dure ; la femelle les dépose dans le sable , où les petits éclosent avec la forme qu’ils doivent conserver toute leur vie.
On divise l’ordre des chéloniens en six genres principaux bien distincts : les uns ont des nageoires plates à doigts soudés devant et derrière , üs ne se trouvent que dans la mer} on les nomme chélonées : les autres
DES REPTILES
ont des pattes onguiculées ; mais tantôt leurs doitgs sont réunis par une membrane, avec trois ongles au plus ; ce qui caractérise les trionjrx ; tantôt il y a au moins quatre ongles, et ces espèces , qui vivent dans les eaux douces , se nomment émydes et émjrsaures, quand leurs mâchoires sont tranchantes , convexes ; et chélydes, lorsque leur bouche est plate, sans bec de corne, et leur carapace très molle. Enfin, il est des espèces dont les doigts sont entièrement réunis et soudés en un moignon arrondi, et ces animaux vivent le plus ordinairement sur la terre : ce sont les véritables tortues.
Les chélonées ont les quatre pattes aplaties en forme de rames, les antérieures beaucoup plus longues que celles de derrière. Leurs doigts sont réunis en une sorte de palette, ils sont de longueur inégale, et terminés par des ongles plats (PL i, fig 12) à peine distincts , sur les bords de la nageoire. Ce sont les plus grosses espèces de tortues, car il en est qui pèsent jusqu’à cinquante myriagrammes. Leur tête et leurs nageoires ne peuvent pas aisément rentrer sous la carapace. On les rencontre principalement dans les mers du Midi : elles vivent de varecs , et pondent sur le rivage des îles. On recherche leur chair et leurs œufs ; c’est un aliment très-sain. On en distingue de plusieurs espèces : celle dont la chair est le plus estimée est la Jranche, qu’on pêche principalement près de l’île de l’Ascension , dans l'océan Atlantique. On recherche aussi \& caret ou la tuüée, non pour sa chair, qui est coriace et qui donne la dyssenlerie , mais pour en obtenir Vécaille ou la partie cornée qui recouvre sa carapace sous la forme de lames entoilées : chaque dépouille ne pèse guère que de cinq à dix kilogrammes. L’écaille est une sorte de corne dure, et susceptible d’un très-beau poli. Sa couleur varie du brun au rougeâtre et au blanc ; celle-là est plus rare, plus recherchée : on l’appelle écaille blonde. On ramollit cette substance en la faisant chauffer dans l’eau bouillante ou dans l'huile : c’est alors qu’on la moule ou qu’on la force , par la pression, à prendre la forme de pièces de métal préparées de manière à en obtenir des étuis , des boîtes ,que l'on polit ensuite. On pêche le véritable caret dans les mers d’Amérique et d’Asie. On a fait un genre à part sous le nom de sphargis , d'une espèce décrite sous