Cétacés
Les Cétacés ontla forme des poissons ;la surface de leur corps est lisse et sans poils ; leur tête est grosse, portée sur un cou si court qu’on ne le distingue pas de la poitrine : leur queue est confondue à la base avec le ventre ; elle est très-grosse, et terminée par une nageoire aplatie (PI. v , fig. 37, t/). Jamais ces animaux n'ont de pieds de derrière, ni rien qui tienne lieu de ces membres; ceux de devantsont courts, aplatis , et changés en une sorte de rame ou de nageoire (ô). Us \ivent toujours dans l’eau; mais ils viennentrespirer à la surface, en élevant dans l’air la partie supérieure de leur tête, sur laquelle se trouvent toujours
placées les ouvertures des narines, qu’on nomme des érents. Chaque fois que ces animaux ouvrent la bouche pour saisir leur proie, il y pénètre une très-grande quantité d’eau , qu’ils font sortir ensuite par l’ouverture même des narines, à l’aide d'une organisation particulière : aussi tous les cétacés se font-ils reconnoitre au loin sur la mer, par l’eau qu’ils font jaillir à une hauteur plus ou moins considérable, suivant les espèces. 'Voilà ce qui les a fait souvent désigner sous le nom de souffleurs.
C’est parmi les cétacés qu’on trouve les plus gros animaux connus, puisqu’il en est qui atteignent une longueur de plus de cent
DES MAMMIFERES CÉTACÉS.
mètres , et qui doivent peser plus de cent cinquante mille kilogrammes ;tous ont sous la peau un lard i-pais qui contient une graisse huileuse ; jamais ils n'ont d’oreille exlérienre. C'est avec beaucoup de peine qu’on aperçoit chez cj^uelques-uus un [)etit canal qui conduit dans l'organe de l ouïe.
Tous se nourrissent de matières animales qu’ils avalent sans les mâcher ; leur voix est une sorte de beuglement ou de mugissement sourd; leur larynx présente une disposition toute particulière; il s’avance en pointe , et pénètre dans l intciieur des narines. Ces animaux font un ou deux petits vivans, que la femelle allaite avec des mamelles situées au-dessous du ventre et très en arrière.
Quatre genres prim-tpaux partagent la famille des cétacés. Les organes destinés à saisir les alimcns ont servi à former ces genres ; ainsi on a nommé baleines les espèces qui n'ont point de dents du tout, mais dont la mâchoire supérieure se trouve garnie de Junons, c'est-a-dire de lames de corne à bords ef&lés (PI. ui, fig. 4-1). Toutes les autres espèces ont des dents , tantôt sur une seule, tantôt sur les deux mâchoires (PI. ii, fig. 24) ; quand on n'en remarque qu'à la supérieure, on nomme ces animaux itai'xvals; lorsqu’on n’en voit, au contraire, de bien distinctes que sur l'inférieure, on les appelle caehalots ; enfin, les cétacés qui ont des dents aux deux mâchoires sont des daufihins.
On connoît huit espèces différentes de haleines : toutes ont deux évents séparés , sur le milieu du sommet de la tête. Ce sont les plus gros animaux connus ; mais iis sont maintenant relégués vers les pèles , principalement dans les mers du Nord. On leur a déclaré une guerre de conquête, pour en retirer l’huile que recèle leur lard', et dont «n seul animal fournit quelquefois plus de cent lojmeaux, du poids de trois cents kilogrammes chacun ; ainsi que pour en obtenir les fanons , ou les lames de corne, qui garnissent leurs mâchoires, et qui sont employées dans beaucoup d’arts sous le nom de baleine. Le nombre de ces fanons est ordinairement de sept cents, et les plus courts ont plus de si.x mètres de longueur. La chair de CCS animau.x est huileuse et désagréable ;
on ne mange que quelques parties de leur corps . comme le cœur et les nageoires.
Leurs intestins desséchés deviennent transparens, et sont employés, dans le Groenland, pour remplacer les vitres ; les tendons des muscles servent de ficelles ; on fait, avec les crins des fanons, des espèces de lignes pour pêcher, et les mâchoires des grandes espèces remplacent avec avantage les poutres et les solives des bàtimens. On dit que les baleines parcourent onze mètres par seconde , et qu'en vingt-trois jours et demi, elles pourroieut faire le tour du^monde, eu supposant qu’elles fussent toujours dans l’eau et qu'elles ne prissent pas de repos.
La tète des caclialots'iàii au moins le tiers de la longueur de leur corps : leurs évents sont rapprochés au-devant du museau, et n’ont qu un orifice commun. Ces cétacés ressemblent beaucoup aux baleines , mais leur mâchoire inférieure est garnie de grosses dents pointues. On trouve principalement dans une cavité très-étendue, située sous le museau , une sub'stance analogue à la cire et à la graisse , c’est la cétine que i on a désignée d’abord sous le nom d’ar/ipocire ; on fait de tres-bomies bougies avec cette matière, qui se réduit en poussière par le frottement, et qui ne tache pointles étoffes sur lesquelles il en tombe quelques gouttes. Ou retire maintenant cette substance de presque toutes les huiles dites de poisson : on l'extrait du dépôt ou du pied qu’elles forment, lorsqu'on les conserve quelque temps dans des barils. On l’appeloit autrefois blanc de baleine ou sperrna ceti.
On croit que Yatnbre ^ris , qui estime matière très-recherchée à cause du parluuj agréable qu elle exhale , et qu'ou trouve ordinairement flottant sur 1 eau de la mer, est une sorte de concrétion biliaire ou d’excrément des cachalots qui ont été long-temps constipés par l’effet de quelque maladie. On trouve quelquefois des becs de sèche dans les masses irrégulières de 1 ambre qu'on rencontre dans les gros intestins de ces animaux.
Les narwals ont les évents réunis sur la nuque, et de longues dents , en tornie de défenses , placées 'a l’extrémité du museau : ces défenses sont sillonnées en spirale dans quelques es|»èces. Quoiqu’il y ait deux gèr-
DES MAMMIFERES AMPHIBIES.
mes destinés à les produire, il ne s’en développe le plus souvent qu'une seule, qui atteint quelquefois plus de trois mètres de long { Pi. ni, fig. 46). Ou a désigné longtemps ces défenses de narwal sous le nom d armes de licorne ou de dents de licorne de mer. On trouve principalement ces cétacés dans les mers du Nord : on en retire de 1 huile et on mange leurs intestins Les défenses fournissent une sorte d’ivoire trèscompacte.
Les dauphins sont, comme nous l'avons dit, les seuls cétacés dont les deux mâchoires soient garnies de dents (PI. ii, fig. 24) ; leurs évents sont réunis dans un seul orifice situé sur le sommet de la tête. Ces espèces ont en général de moindres dimensions, plu sieurs se rencontrent à l'embouchure de nos fleuves. Ces dauphins sont Irès-difl'érens de ceux qne les peintres elles sculpteurs représentent : leur queue ne peut se redresser , et leur tête , qui n’est pas aussi horriblement mon.strueuse, n’a point de lèvres pendantes, ni les yeux protégés sous un énorme sourcil, he mai souin est une espèce de ce genre ; son museau est arrondi, court^ tandis que celui du dauphin proprement dit, est pointu et surmonté à la base d’une sorte de repli de la peau.
La îamille des Amphibies comprend toutes les espèces de mammifères à quatre pattes très-courtes , dont les doigts sont réunis par une membrane et armés d’ongles distincts ( PI. V, fig. 36 ). Le plus souvent les pattes postérieures sont jointes entre elles et forment en arrière du corps une sorte de nageoire large , horizontale : leurs poils sont très-ras et serrés. Ce groupe est entièrement artificiel. Quoique toutes les espèces aient de 1 analogie par le milieu dans lequel elles vivent, puisqu’elles se trouvent presque toujours dans l’eau, d’où elles ne sortent que pour se traîner avec peine sur le rivage, il faut avouer cependant qu’elles diffèrent beaucoup entre elles par leur organisation intérieure. On les a partagées en trois genres, d’après les dents : tantôt les dents sont de trois sortes, comme dans les phoques; tantôt d’une ou de deux sortes seulement, comme dans les morses et les lamantins.
Les phoques sont couverts de poils, ainsi que tous les mammifères de cet ordre :
leurs pattes sont extrêmement courtes j les antérieures consistent en une sorte de main, les os principaux étant confondus avec le reste du corps sous la peau ; et leur bassin , ou leurs hanches, font peu de saillie autour du corps , qui se termine en arrière comme la queue des poissons (PI. v, fig. 36); leur museau est arrondi, semblable à celui des chats : il est garni de moustaches ou de poils roides; leurs dents incisives, laniaires et molaires sont celles des cariias.siers.Les phoques se nourrissent priiicipalemeut de poissons ; on les trouve dans les mers , surfont vers les pôles. L'espèce la plus connue eu i tance est appelée veau marin, parce qu'on a cru remarquer dans la tête de cet animal quelque ressemblance avec celle du veau , principalement à cause de son large museau sans poils ; elle s'apprivoise facilement. La chasse de ces animanx fournit la nourriture et le vêtement aux habitans des iJes de Finlande, du Kamtschatka et du Groenland :
leur peau est coriace, couverte de poils courts, roides, serrés, très-laineux à la base. En Europe, ou eu fait des bonnets , surtout dans le Nord de la France.
Les morses et les lamantins n’ont point dïncisives, ou quand ces dents existent, elles sont très-petites , ou bien encore elles ne diflerenl pas des molaires. Ces animaux ont à-peu près les mêmes formes que les phoques ; mais leurs pattes de derrière, moins distinctes , sont confondues avec la queue , en une large nageoire qui termine leur corps, comme celui des cétacés (PI. v, fig. 36, b). Ils se nourrissent de substances végétales; c’est peut-être pour cela qu’on a appelé la morse tantôt vache marine, et tantôt cheval marin. Ou les trouve dans les mêmes parages que les phoques. Beaucoup d’espèces sont armées de très-longues canines (PI. Il, fig 22) , dont la substance est un ivoire très-dure! d'nn beau blanc, que l'on emploie beaucoup dans les arts. Le cuir de certaines espèces, surtout celui du lamantin du Kamtschatka , est si épais , qu'on en fait des nacelles, des câbles de navire , des soupentes de carrosse très solides et fort recherchées.