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CHAPITRE PREMIER

BCT DE l'histoire KATURELLE J SES RAPPORTS AVEC PLUSIEURS AUTRES SCIENCES ; MANIÈRE DE l’ÉTUDIER.

Xj’histoire naturelle est une science de faits et d’observalions , qui â pour but la connoissance complète des objets existans sur la terre, ou des êtres étendus et mobiles qui peuvent frapper nos sens , et que nous appelons des corps.

Considérée comme science , l’Histoire naturelle est une division de la Philosophie , ou de la connoissance des choses , qui comprend quatre autres parties ; savoir ; la physique proprement dite, laquelle expose les phénomènes qui se passent sur ce globe , et les propriétés des corps qui les produisent ; la chimie J qui fait connoître la composition des corps et l’action réciproque de leurs élémens; la physiologie , qui, après avoir développé , à l’aide de l’anatomie, la structure de certains corps, expose les effets qu’ils produisent, ou les fonctions qu’ils exercent pour continuer d’exister tels qu’ils sont 5 enOn, Vastronomie , qui s'occu|)e des corps situés hors de la terre et dans l’immensité des deux. Toutes ces parties de la science delà nature ou de la connoissance des corps ont les relations les plus intimes avec I histoire naturelle.

Duméril.

Le naturaliste , ou celui qui s'occupe de l’étude de la nature , lorsqu’il veut connoître un objet matériel, doit éprouver d’abord ses qualités , ou expérimenter les manières différentes dont ce corps agit sur les sens lorsqu’il se fait reconnoitre, et quand, p*our ainsi dire, il se désigne tel qu'il est; ensuite il doit, si cela se peut, remonter à l’origine de ce corps, suivre son développement, découvrir sa structure , rechercher quelle est sa manière d’agir sur les autres êtres, ou l’action qu’il en éprouve ; étudier enfin tout ce qui est propre à ce corps et intimement attaché à son existence, c’est-à-dire ses propriétés. Pour donner un exemple des qualités et des propriétés d’un corps simple, il suffit de comparer entre elles deux masses semblables pour le volume, l’une de cuivre l’autre de soufre. La première est notablement plus pesante, plus dure, moins fragile, non friable ; l’aspect de l’une est brillant opaque , d’un rouge éclatant particulier • celui de l'autre est d’un jaune pâle, un peu transparent;l’une résiste au choc, et donne alors un son particulier, qui indique le métal ; l’autre se brise , ou ne produit qu’un bruit sourd, peu durable; toutes deux, lorsqu’elles sont frottées ou légèrement échauffées par la main, laissent échapper des éma-

MANIÈRE DÉTUDIER.

nations odorantes , faciles à distinguer ; quelques fragmens de l'une appliqués sur la langue y développent une saveur fort distincte.—Voilà les qualités du cuivre et du soufre appréciées par les cinq sens. Indiquons également quelques unes de leurs propriétés les plus remarquables. Chauffés au même degré, le soufre se fond beaucoup plus rapidement; il s’évapore , et s’il est en contact avec l’air, il brûle avec une flamme bleue; le mêlai exige beaucoup plus de chaleur pour sefoudre ou pour devenir liquide :

il ne s'évapore pas , et lorsqu'il brûle, il produit une flamme verle. Plongés l’un et l’autre dans quelques acides , le cuivre s’y dissout facilement et s’y combine ; le soufre ne s'y laisse pas altérer ; le cuivre conduit facilement le fluide éleclriqne ainsi que la matière de la chaleur; le soufre est un très mauvais conducteur de ces deux agens de la nature.

Il faut que tous les êtres de la nature soient ainsi doués de propriétés et de qualités diverses pour que nous les considérions comme distincts; la seule manière de connoitre les corps, est donc d'etudier leurs proriélés et leurs qualités , afin de les comparer, et de les dénoter par un c€U'actèr« üu par une note précise qui en indique la différence. C’est une sorte de marque qui distingue un coi'ps d'avec les autres, soit d'une façon absolue , soit d'une manière relative. Ainsi, dans l’ct.at actuel de la science, quand pour faire connoitre le mercure, nous disons que c'est un métal qui reste liquide et coulant à la température ordinaire dans laquelle nous vivons , nous avons indiqué l'un des caractères qui distinguent ce corps de toutes les autres substances métalliques.

De même, quand en pariant du rhinocéros, nous le séparons d’avec tous les autres animaux à mamelles, en disant qu'il n’a que trois sabots h chaque pied , nous avons énoncé l’une des particularités de conformation qui caractéiisenl cet être vivant.

Lorsqu'un homme qui réfléchit et qui raisonne avant d'agir , doits'occuper de matières dont la multiplicité peut mettre en défaut la mémoire même la plus exercée, il a besoin d'adopter une manière quelconque de disposer, d'arranger, de distribuer ces objets, ou les termes qui les représentent.

aGn de les retrouver rapidement, et de les faire rencontrer pour ainsi dire d'eux-mêmes , quand il sera nécessaire d'y avoir recours. C’est ce qui a lieu dans un gouvernement bien administré. Veut-on obtenir des renseignemens sur un individu confondu parmi plusieurs milliers d'hommes?

on établit dés divisions successives, lesquelles en comprennent d’autres qui leur sont subordonnées , comme les Départemens se composent de sous-Préfectures ou d’Arrondissemens , de Cantons , de Municipalités , de Domiciles particuliers ; et de même que dans une armée on distingue des Régimens, des Bataillons, des Compagnies , des Pelotons, des Soldats. Le besoin de cet ordre, de cet arrangementétoit surtout indispensable dans l'élude de l’histoire nafurclle , qui comprend les innombrables objets dont se compose notre uuivei's. Si l’examen de chacun de ces corps éloit toujours isolé et spécial , il seroit impossible d'en reconnoître le caractère, et par conséquent d’apprendre son histoire et de le bien distinguer. Pour parvenir h ce but et se tirer de ce labyrinthe, on a employé divers moyens de distributions ou d’arrangemens que l’on appelle, suivant le procédé dont on fait usage, laulét système (6) , ou coupe arbitraire et arliflcielle de l’ensemble; tantêt méthode (7), ou disposition régulière et naturelle.

Ainsi que nous venons de l’indiquer , on appelle système une classiGcalion arliflcielle des êtres de la nature, formée sur des basesétablies d’avauce et d’après certaines considérations arbitraires , à peu près comme dans un dictionnaire. Ce recueil est effeclivement une sorte de système dans lequel des mots , qui expriment des idées très différentes , se trouvent placés les uns à côté des autres, uniquement d’après la disposition respective des lettres qui les composent; ainsi le mot pois est très voisin des termes poison et poisson, avec lesquels iin a aucune sorte de rapports. Ce sont des tables commodes et d’un usage facile, à l'aide desquelles on peut reconnoître, du moins par leurs noms, les corps déjà connus et décrits d’avahee. Les objets de la nature sont ainsi disposés, distribués dans quelques ouvrages, d’après l’observation, il est vrai ; mais celle observation n’a porté que sur certaines parties qui ne tiennent pas à l’analogie réelle. Parce procédé, un corps présentant des qua-

manière dktudier.

lilés et des propriétés spéciales , peut être distingué par cela même de tous les autres , à l’aide des livres qui apprennent le nom imposé à l’objet, et par suite son histoire, ou tout ce qui a été écrit sur ce sujet.

Une méthode , au contraire , n’est pas donnée par l’art : c’est une disposition qui suppose la plus grande analogie entre les objets qu’on rapproche le plus : telle seroit, pour l’opposer aux vocabulaires , une grammaire raisonnée et complète. On conçoit que cet arrangement ne peut être établi que par une comparaison suivie dans les rapports et les différences des êtres, en faisant en sorte de conserver leurs affinités pour rapprocher , le plus près possible, les uns des autres , ceux qui ont entre eux la plus grande conformité. Cette méthode s’est formée, non pas en établissant d’abord des divisions principales qui doivent servir de base et d’indications aux recherches ; mais en considérant les objets en eux-mêmes , en les comparant entre eux et avec ceux qu'on a eu occasion de recounoître par la suite.

D'après cette marche ou cette manière d'étudier , il faut observer les corps pour en apprécier la nature , c’est-à-dire examiner leurs formes, leur structure, leur composition, leurs propriétés, afin de les mettre à la place qu'ils doivent occuper près des êtres dont ils se rapprochent le plus , et pour les distinguer ou les séparer de ceux dont ils s’éloignent en effet.

On a cherché par un moyen mixte qui est l’analyse^ à ré unir les avantages de ces deux procédés} c’est-à-dire les moyens 1*". de faire arriver l’observateur à la connoissancc du nom d’un corps qu’il a sous les yeux, par l’élude de quelques-unes de ses qualités principales, à l’aide du système ; 2°. de faire connoître la place naturelle ou les rapports les plus évidens de l’objet que l’on examine, avec ceux qui lui ressemblent le plus, à l’aide de la méthode naturelle. On a appliqué immédiatement et simultanément ces deux manières d’étudier, en les combinant, pour en former une troisième qui consiste à faciliter les recherches par une comparaison

continue, ou par une série de questions qui ne laissent de choix qu’entre deux propositions contradictoires ; de sorte que l’une étant accordée, l'autre se trouve nécessairement exclue , et réciproquement. Par celle méthode , qui résout ainsi le problème de l’observateur , et que l’on nomme à cause de cela analytique, on arrive, comme par une progression géométrique (1), à distinguer, à l’aide de douze questions ou divisions successives, un corps que l’on a sous les yeux et qui étoit confondu entre huit mille cent quatre-vingt-douze autres.

Dans l’emploi que l'on fait de ces trois moyens d’arrangement des corps de la nature , et que l'on nomme système, méthode et analyse , on met en usage certaines expressions dont la définiliou doit être bien convenue , afin que les termes représentent ainsi très exactement les idées qu’on y attache. Les naturalistes se sont efforcés d’employer un langage bref, exact, régulier et comparatif ; de manière qu’ils ont eu besoin de se créer une sorte d’idiome (2). Nous ne ferons connoître les termes de ce langage que suivant la nécessité où nous serons de mettre en usage les mots adoptés ; et quand nous nous en servirons pour la première fois, nous aurons le soin de les dénoter par des caractères italiques , en les faisant suivre ou précéder de leur définition. Ces mots seront relevés ensuite dans la table qui terminera ce volume, afin qu’'a l’aide de l'indication citée , elles puissent servir de vocabulaire abrégé de la science.

(1) 1. 2. 4.8. 16 32. 64. 128. 256. 512. 1024. 2048. 4096. 8192. Les tableaux que renferme cet ouvrage dans les paragraphes 80 , 370 , 382,412, 462, 677, 691, 1050, 1124,1234 sont des exemples d’analyse.

(2) Nous li’avons pas cru devoir entrer ici dans plus de détails , mais , quant à ce qui concerne la nomenclature en général , consultez les paragraphes 334 et suivans; pour les systèmes, les méthodes et la marche analytique, vous pourrez lire aussi les paragraphes 340 et suivans ; car ce qui est relatif aux plantes est applicable aux autres corps de la nature. Ainsi; pour les végétaux vous trouverez des tableaux synoptiques de système (382j, de méthode (4^5 558), et enfin d’analyse (412j.

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