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CORPS INERTES. COMPOSÉS. ACIDES

Pour exposer l’histoire abrégée de ceux des AciUES simples que nous avons besoin de faire connoître , nous suivrons l’ordre dans lequel nous avons parlé des corps élémentaires combustibles qui les produisent en se combinant avec l'oxi gène, et en leur donnant les propriétés qui les caractérisent (161). On les distingue en oxacides, ou ceux qui sont acidifiés par l’oxigène , et en hydracides, ou ceux qui paroissent devoir le principe de leur acidité à l’hydrogène. Mais , comme nous ne traitons que des acides qui se trouvent naturellement dans la nature, nous ne parlerons ici que de ceux formés, 1» par l'azote , tel que l’acide nitrique ; 2° par le carbone; 3» par le soufre ; 4° par le phosphore et par le bore; 5“ enfin, par le chlore et l’hydrogène qui constituent l’acide hydrochlorique.

Quoique les gazs azote et oxigène soient mêlés , lorsqu’ils composent notre atmosphère (112), ils peuvent cependant, dans quelques cas, se combiner entre eux, et changer de qualités et de propriétés. Il faut pour cela que leurs quantités soient déterminées dans des proportions d’un volume d’azote et de deux volumes d’oxigène, et dans des circonstances favorables. Quand cette combinaison a lieu, le gaz azote est brûlé, oxigéné; il abandonne son calorique, et devient un acide particulier ; et, comme on le retire le plus souvent du nitre, dont nous parlerons par la suite, on lui a donné le nom d’acide nitrique, au lieu de celui d’acide azotique qui lui conviendroit mieux. Comme on l'obtient par la distillation, on l’a nommé aussi esprit de nitre. Il dissout beaucoup de métaux, en formant des sels lorsqu’il est étendu d’eau ; les graveurs s'en servent pour tracer les premiers traits sur le cuivre, sous le wom à'eau-forte. Cet acide est très caustique; il brûle et détruit les matières organisées , et les colore en jaune; il porte une odeur désagréable : quand on le fait chauffer, les vapeurs qui s’en dégagent sont rougeâtres.

L’acide nitrique ne se trouve pas isolé dans la nature; car à peine est-il formé, qu’il se combine avec les terres et les alcalis. Lorsqu'on l’en retire par la décomposition des sels qu’il forme ainsi, à l’aide du feu et de l’acide sulfurique, par exemple , on obtient d'abord un gaz transparent non acide, ap¬

pelé gaz nitreux ou deutoxide d’azote, mais qui absorbe bientôt l’oxigène de l'air, pour prendre alors la forme de vapeurs rouges, acides, qui, unies avec l’eau, forment Vacide nitreux, puis, par une plus forte oxigénation , l’acide nitrique ; aussi se sert-ou avec succès de ce gaz nitreux pour mesurer la qualité d’un air plus ou moins propre à la respiration et à la combustion ; c’est un des moyens qu’on nomme eudiométriques (102).

Le carbone, brûlé ou combiné avec l’oxigène, prend la forme d'un gaz acide, que l'on nomme carbonique. On le trouve sous la forme de gaz dans l’air que nous respirons. Il y est rarement au-delà de la proportion d’un centième ; mais il est souvent combiné avec des eaux minérales, avec des liqueurs fermentées ; il est alors liquide. Le plus ordinairement cet acide est combiné avec les terres et les alcalis, et il forme des sels ou des pierres dont on l’extrait sous forme de gaz, à l’aide d'un acide qui le déplace. C’est parce qu’on peut l’obtenir de ces difféi-ens corps qu'on l’a désigné sous le nom à'airfixe, d’acide crayeux, d’acide aérien ; et, comme il ne peut servir ni à la combustion ni à la respiration, on l'a encore nommé acide méphitique, ou moufifette atmosphérique. Comme gaz, il est plus pesant que l’air ; on peut le ti'ansvaser, à la manière de l’eau ou de tout autre liquide, d’un vaisseau dans un autre. Il existe dans quelques cavités souterraines, dans les lieux où l’on fait brûler du charbon, partout où il y a des matières végétales en fermentation, comme dans les cuves des vignerons, des brasseurs.

Il asphyxie les animaux qui le respirent; mais il est fort utile aux végétaux qui en retirent le carbone, en laissant libre l’oxigène, ou en le débrûlant. Il se dissout complètement dans l’eau qu’il rend aigrelette.

Lorsque le soufre est chauffé fortement avec le contact de l’air, il s’enflamme et il s’élève dans l’atmosphère une vapeur incolore , piquante , suffocante , qui provoque la toux ; c’est alors Vacide sulfureux qu’on emploie dans le blanchissage de la laine et de la soie, et avec lequel on peut enlever les taches de fruit sur le linge ; on s'en sert aussi en médecine pour la curation de quelques maladies de la peau. Quand on brûle le soufre avec une matière qui lui fournit

beaucoup d oxigène, comme le sel de nitre, dans un appareil propre à faire parvenir de la yapeur d'eau avec celle q^ui s’élève du soufre en combustion, on obtient de Vacide sul/ùi'eux étendu d'eau, qu'on fait condenser dans des cornues de plomb , puis dans des bassines de platine pour l'obtenir concentré- Dans cet état, c'est un li<|uide très-lourd, très-caustique, très-acide, et d’une apparence huileuse j aussi le nommoit-on, d'abord, à cause du procédé par lequel on l'obtenoit, huiie de vürioL On l’a reconnu dans certaines eaux aux environs de quelques volcans, aux Indes, au Mexique. L'acide sulfurique se trouve comme radical dans beaucoup de sels, qu’on appelle souvent vüj'iols , et dans plusieurs pierres qu'on nomme alors sulfatées. Cet acide est fort employé en chimie et dans les arts. Les briquets ^ dits oxigénés, contiennent dans une petite bouteille de verre, de l’acide sulfurique retenu par une sorte d'éponge faite avec de l'amiante. Quand on touche cet acide avec le bout de l'allumette garnie d’une gouttelette séchée d'un mélange de soufre et de chlorate de potasse, ce bout s'enflamme et met ainsi le feu au soufre, et puis au bois qui le transporte ensuite à volonté.

Les acides phosphoriqt^ et borique sont composés par la combustion , ou retirés des sels et des autres combinaisons naturelles.

Le premier, quand il est isolé et fondu, ressemble à du verre incolore, ou verdâtre quand il n’est pas très-pur ; il a une saveur aigre. On le retire des sels pierreux, alcalins ou métalliques, qui le contiennent, en les décomposant à l’aide*d’un autre acide, ou en brûlant du phosphore. L'acide borique se retire du borax à l'aide de l'acide sulfurique : celui que l’on obtient ainsi se précipite en paillettes ou en lames minces qui sont foihlement acides. Il se fond comme le phosphorique, mais il ne se volatilise pas ; on l'a employé en médecine sous le nom de sel sédatif.

Le dernier acide que nous allons faire connoître a été tiré du sel marin ou de cuisine , en latin murîa, avec lequel on fait les salaisons j aussi l’a-t-on nommé d'abord esprit de sel marin , acide muriatique. Il ne se trouve point isolé dans la nature : on

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