CHAPITRE VII
DE EA MANIÈRE d’ÉTÜDIER LES VÉGÉTAUX , ET DES SYSTEMES DE BOTANIQUE.
On connoît maintenant à peu près quarante à cinquante mille espèces de plantes différentes. Pour apprendre à distinguer cette grande quantité de corps organisés , il a fallu les comparer entre eux. On a en conséquence imaginé divers moyens que nous allons indiquer , et qui sont d’ailleurs à peu près les mêmes que ceux dont on fait usage dans l’étude de toutes les autres parties de l’histoire naturelle.
Nous avons vu, par le chapitre précédent, qu'il J a dans les végétaux des organes particuliers destinés au développement, à la nutrition , aux sécrétions et à la reproduction, et qu’on leur a donné des noms divers qui en rappellent l’idée ou qui représentent à la mémoire leurs formes et leur disposition. Il est né de la une sorte de langage propre à la botanique, et qui exprime , à l’aide d’un très petit nombre de mots convenus, toutes les parties des plantes et les variations dont elles sont susceptibles. C’est une des divisions de ce qu’on appelle la nomenclature , qui s'occupe de la connaissance des noms des plantes, ou de la glossologie qui fait connoître la valeur des termes que la science emploie pour désigner les diverses parties des végétaux, leurs formes , leur structure et leurs usages. IjH nomenclature , proprement dite, consiste aussi dans la désignation des plantes elles-mêmes avec des termes de convention. Elle comprend la connaissance des expressions particulières à l’aide desquelles on représente à l’esprit toute espèce de végétal. On a cru nécessaire de soumettre cette partie de la science à des règles fixes qui facilitent beaucoup le travail de la mémoire.
Si toutes les plantes portoient un nom particulier , il faudroit à peu près cinquante mille mots différens pour les désigner, et par conséquent il seroit nécessaire que le botaniste les livrât à sa mémoire, afin que le mot pût lui rappeler l’idée de la plante , et réciproquement que la vue ou le souvenir de la plante représentât le nom à son esprit.
Duméril.
On conçoit que ces noms, qui ne sont que des accessoires , ou des moyens de transmission de la science , excéderoient déjà les bornes de la mémoire : on a été forcé de recourir à un procédé qui en diminuât le nombre, et on en a imaginé un très-commode pour cela.
On avait remarqué que beaucoup déplantés avoient entre elles une multitude de rapports, soit dans la forme, et dans le nombre des parties de la fleur, soit dans la structure du fruit. On s’appliqua donc à reconnoltre ces ressemblances ; et quand on fut assuré qu’il y avoit un certain nombre de végétaux absolument anologues par les organes de la fructification , ou les considéra comme formant un groupe , et l'on fit connoître cette réunion d'individus semblables sous certains rapports , par un terme commun et collectif, qu’on rendit substantif et qu’on appela nom générique, pour exprimer qu’il correspondoit à cette collection de plantes qu’on désigna elle-même par le nom de genre.
Puisque toutes ces plantes, semblables par les organes de la fructification, portoient un nom commun et substantif, ou en seul mot, un nom générique, il ne s’agissoit plus, pour les désigner elles-mêmes et les distinguer entre elles, que d’ajouter au nom du genre, un adjectif qui indiquât quelqu'une de leurs particularités ou de leur manière d’être , pour les spécifier. Cet adjectif s’appela donc un nom spécifique, et chacun des individus du genre prit le nom A'espèce. Ainsi pour le naturaliste, l’espèce est un nom collectif d’individus qui se reproduisent avec des qualités , une structure et des propriétés absolument semblables.
On conçoit que cette invention dut fout à coup diminuer considérablement le nombre des noms consacrés à chaque plante en particulier. Il est certains genres en effet qui renferment seuls, et sous un nom commun , plus de cent espèces ; mais en supposant que chacun des genres ne comprenne H
SYSTÈME
que dix espèces, on voit de suite que la mémoire n’aura à retenir que cinq mille mots, au lieu de cinquante mille ; et même dans l’état actuel de la science , les noms de genres ne s’élèvent guère au-delà de trois mille.
Un autre avantage qui résulte de cette nomenclature, c’est que les noms des espèces, étant toujours considérés comme des adjectifs , peuvent être employés plusieurs fois saus prêter à la confusion, puisqu’ils sont' toujours joints à des substantifs ou aux noms de genre, dont ils ne font qu’indiquer une modification. Ce nom est ordinairement emprunté du port de la tige, de la conformation des feuilles, de l'époque de la fleuraison , de l'habitation dans telle partie du monde ou telle sorte de terrain , etc. Ainsi il peut y avoir à la fois des Géranions et des Séneçons qui portent le même nom spécifique de sans-lige, crépu, printanier , de la Caroline , des prés, etc. ; et il n’y a aucun inconvénient à ce que ces noms spécifiques se reproduisent, puisqu’ils soulagent la mémoire en rappelant une particularité ; et comme ils se répètent fort souvent, voilà poui'quoi on les a encore appelés des noms trwiaux.
D’après ce que nous venons de dire, chaque plante porte toujours un nom botanique composé de deux mots qu’il faut confier à la mémoire. Lé premier, ou celui qui indique le genre J est quelquefois consacré au souvenir des botanistes, des voyageurs ou des autres hommes qui ont rendu quelques services à la science. Tels sont les suivans : Gesneria , Cœsalpinia , Bauhiuia, Tournefortia, Plumieria, Vaillaatia , Linnea. Jussieua, Fontanesia, Candolîea, etc., qui rappellent les noms des principaux fondateurs de la Botanique. Le plus ordinairement le nom du genre est emprunté de certains mots grecs ou latins qui font connoître quelque propriété , quelque forme singulière dans les organes , ou que l’on croit avoir été employés dans le même sens par les anciens.
C’est ainsi que le nom de Gérauion indique la ressemblance des graines avec le bec d'une grue, et que celui de Séneçon , employé par Pline , fait connoître les aigrettes ou les barbes qui surmontent les semences des espèces de ce genre.
Ce n’étoit point assez d’avoir ainsi élagué les mots de la science et d’en avoir combiné l’arrangement; il falloit arriver à leur connoissance par celle des plantes, et les disposer de manière qu’on pût parvenir , en étudiant un végétal en particulier, à la connoissance du nom qui le distingue, et réciproquement qu'on reconnût la plante en lisant la description jointe au nom. On a atteint ce double but, en considérant, par une suite d’obsei'vations comparatives, toutes les ressemblances et les différences que les genres présentoient entre eux ; et l’on s’est servi des unes et des autres pour opérer des coupes ou des sections, plus ou moins arbitraires ou naturelles, dans lesquelles on a rangé toutes les plantes connues jusqu’à ce jour. C’est ce que les botanistes ont appelé la disposition systématique ou méthodique.
Dans ces arrangemens , qu’on nomme aussi classifications , les genres qui se conviennent, ou qui ont entre eux quelque analogie, sous certains rapports, sont réunis eu un groupe qui leur est, à peu près, ce qu'ils sont aux espèces qu’ils comprennent; c’està-dire un assemblage de genres réunis sous un nom commun qui est appelé tantôt une Jamille, tantôt un sous-ordre. Ces sous-ordres ou ces familles elles-mêmes se ressemblent encore fort souvent par un caractère commun que l’on peut exprimer, et ils forment un autre groupe plus élevé qu'on nomme ordre, lequel est une division de la classe ou de la première section que présente la science.
En résumé, la botanique reconnoît des classes ou premières répartitions ; des ordres ou des partages secondaires; dessous-ordres, nommés encore des Jamilles ou des distributions ternaires; des^enresoudes divisions quaternaires : viennent ensuite les espèces, qui comprennent quelquefois des variétés.
De sorte que toute espèce de plantes doit être nécessairement rapporte'e à ces cinq divisions successives, dont les deux dernières seules entraînent la nécessité du nom qui les indique.
Quelle que soit la marche que suive le