‹ Élémens des sciences naturellesChapitre 79 sur 147 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

USAGES PRINCIPAUX ET SINGULARITES DES PLANTES

Nous allons suivre dans cet exposé l’ordre naturel indiqué dans le chapitre qui précède , et nous nous attacherons à faire connoitre les avantages que l’homme a su tirer des diverses parties des végétaux, en même temps que nous exposerons les particularités qui ont été observées dans la manière dont les plantes remplissent leurs différentes fonctions ; la plupart de.s paragraphes correspondans aux familles dont le nom a clé précédemment iinliqué, nous engagerons le lecteur à recourir à la laide qui termine ce volume, afin d’y retrouver, s’il le juge nécessaire, les caractères qui distinguent ces végétaux de tous les autres.

Si la famille des Champignons (435) four¬

nit à I bomme plusieurs végétaux très-agréables à manger et fort recherchés par tous les peuples, elle en réunit aussi d’extrêmement dangereux, qui sont de véritables poisons. Les champignons comestibles sont, pour la plupart, au moins lorsqu'ils ont subi l’action du feu, dune odeur agréable, et leur cliair, ou leur ti.ssu, devient tendre et facile à être divise sous les dents. On com|ite au nombre de ces champignons comestibles parmi les bolets^ les ceps ou cèpes mangeables; plusieurs agarics ou am .nitesy tels que celui des couches que l'on Cultive, l’oronge, l’odorant ou le mousseron ; la plupart des mciulrs-, comme les chaulerelles ; les cla^ vaires, dites encore griffes ou menottes ; les morilles esculenles; enfin, les truffes noires et blanches. Les champignons qu on regarde comme vénéneux, doivent, à ce qu’il paroit, leur principe acre à un suc particulier qui

USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES

se dissout facilement dans l'eau bouillante, et qui surtout paroît être détruit par le vinaigre. La plupart des espèces d’agarics qui ont un suc laiteux, empoisonnent j les accidens qu’ils d< terminent sont des vomissemens, des douleurs d'estomac, une soif dévorante et des évacuations douloureuses qui sont suivies de hoquets, de treinblemens et de la mort. Les principaux remèdes indiqués contre cette sorte d'empoisonnement, sont d’abord l'émétique, lôrsqu'il n’y a pas très-, long-temps que les champignons ont été ingérés ; ensuite les acides végétaux, comme le vinaigre, le jus de citron.

'L'amadoit ordinaire noir et jaune , qu'on allume avec l'étincelle que le briquet d’acier fournit, lorsqu'on le frappe sur le caillou, provient de la partie spongieuse d’une sorte de bolet qui croit sur les chênes et sur les noyers. On le coupe par tranches, après l'avoir fuit infuser dans une eau chargée de nitrate ou de potasse ou de plomb quand on veut l'avoir jaune ^ mais pour l’amadou noir ou se sert d'une dissolution aqueuse de poudre a canon } on le fait sécher, puis on le bat de manière à l’assouplir . et c'est sous cette forme qu'on le livre au commerce.

JJagnric des chirurgiens est la même substance spongieuse qu'on emploie contre les hémorrhagies, parce que celte matière d'un tissu très tin laisse exsuder la partie la plus fluide du sang, t.indis que le caillot arrêté à l'extrémité libre du vaisseau ouvert y forme une sorte de bouchon. On ne s’en sert pour cet usage que depuis 1750. L'agaric des médecins est aussi une espèce de polypore qui se développe sur le tronc des arbres , du mélèze en particulier il est employé à l'intérieur; c’est un purgatif amer et toni<j[ue.

Dans l’économie générale de la nature, les champignons , les moisissures et toutes les especes de rouilles, de nielles paroisseut appelés à détruire rapidement les restes des corps organisés , et surtout des végétaux , afin de rendre plus iét à la masse commune des élémens ceux de leurs principes qui avoieut été pour quelque temps soumis à des forces particulières , ou aux lois dépendantes de l'organisation. Beaucoup de ces productions sont de véritables parasites ; telles sont les étysiphés que les jardiniers nom¬

ment le blanc ; les puccinies qu'ils appellent la rouille à cause de sa couleur, comme celle qui attaque les feuilles des rosiers ; les urédos qu'on nomme nielle, carie , charbon , comme ceux qui altèrent les semences d'avoine et des autres graminées ; il n’est pas jusqu'aux bulbes et auxoguons , comme ceu.x du safran , qui ne soient attaqués par nne sorte de truffe qui les fait périr , et qu’on nomme à cause de cela, la mort t/u soft an. L'ergot f qui altère les grains du seigle et de quelques autres graminées , paruit être aussi une sorte de champignon parasite qui se développe aux dépens des parties amylacées et glutineuses de ces semences qu'on nomme alors ergotées , et qui produisent des accidens graves lorsqu’on les emploie à 1 intérieur, parce que souvent elles se trouvent mêlées à la farine dont le pain est composé. On a vu des champignons se développer en quelques jours sur les linges, servant d’appareils, avec le.squels on avait pansé les fractures des malades dans nos hôpitaux , et partout où la décomposition des plantes a lieu. Une sorte de clavaire nait uniquement sur les corps inanimés de quelques larves d'insectes, surtout sur celles des cigales et des scarabées. On a cru à tort que ces productions végétales se transformoienten insectes ; c’est ce qui a donné lieu à ce préjugé qui fait recueillir ces productions que I on voit dans les cabinets des amateurs , sous les noms de mouckes-régé~ tantes ou de mouches-plantes,

Parmi les Algues (438), les varecs ou plantes iflarines fournissent, lorsqu’on les brûle , une grande quantité de soudeimpuie, qu'on nomme de varecs ou de goémons; elle sert quelquefois aux savoniers pour faire les savons mous, avec les huiles grasses communes ; elle est employée aussi parles blanchisseurs, et surtout par les verriers , car elle entre dans la composition des verres ordinaires dont ou fait les grosses bouteilles. On a observé qu'après avoir bien lavé quelques fucus dans l’eau tiède , non salée, ces plantes , en se desséchant , laissoient cristalliser à leur surface tme matière sucrée as.sez abondante. Plusieurs espèces d'utres offrent aux malheureux habilans du rivage des mers du Nord , une “nourriture assez saine, lorsqu'elles ont été soumises a l’action du feu. Ou emploie souvent comme engrais, les fucus que la mer rejette, après les avoir

USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES

laissés pourrir en masse. On a proposé de se servir de portions de varecs comme d'un très-bon moyen hygrométrique, à cause de la grande affinité que leur tissu a pour l'eau. La mousse de Corse, qu'on emploie en décoction pour faire périr les vers intestinaux, est composée de plusieurs espèces de varecs, de cérarnions et de conferves , qu’on recueille dans la mer , principalement sur les rochers de l’ile de Corse. On croit que celte propriété anthelminlhique peut tenir à la présence de l'iode , substance simple qu'on a trouvée en plus grande quantité dans la soude de varecs que dans celle du kali.

'L'orseille, avec laquelle ont teint la soie en violet, provient des Lichens appelés parelles et rocceUes, qui croissent en France, principalement dans les départemens méridionaux. On les prépare avec l'urine corrompue , dans laquelle il se développe beaucoup d’ammoniaque. Beaucoup d’autres lichens contiennent aussi des principes colo* rans ; cependant on les emploie peu en teinture. On mange en Islande et au Canada des espèces de ce même genre, qui se réduisent par la cuisson en une sorte de gelée très - nourrissante, en raison de la grande quantité de fécule qu’elles contiennent. On l’emploie aussi en médecine , ainsi que d'autres espèces , telles que la pulmonaire du chêne , comme donnant du ton et servant d’aliment. Quelques espèces sont tellement amères , qu’on les emploie , au lieu de houblon , dans la confection delà bière.

Les l'ennes de la Laponie se nourrissent principalement d’une espèce de lichen qui porte leur nom.

En général , la famille des Mousses (441) offre peu de végétaux utiles. Cependant on se sert indifféremment de presque toutes les espèces à liges un peu alongées , pour les introduire dans les intervalles que laissent entre elles les planches des bateaux ; et comme ces matières occupent peu de place lorsqu’elles sont sèches ; comme elles se renflent beaucoup par l’humidité qu’elles absorbent et conservent, elles ileviennent ainsi une excellente matière pour calfeutrer les fentes des maisons , et pour calfater les bateaux qui ne doivent servir qu’une seule fois comme moyen de transport. On se sert encore des mousses pour emballer les objets

fragiles, pour envelopper les plantes vivantes qu'on fait voyager, et autour desquelles elles conservent l'humidité. Considérées quant à leur utilité plus générale, les mousses protègent de l’intempérie des climats , abritent du froid violent, et préservent du contact de la glace les plantes qu elles i-ecouvrent, ainsi que le tronc et les racines des arbres qu'elles revêtent. Les sphagnes , qui se développent dans les marais submergés , y produisent la tourbe flottante , laquelle augmentant chaque année d’épaisseur , prend plus de consistance , et forme un espace solide où commencent d’abord à se développer quelques plantes herbacées, puis des arbrisseau.x, et enfin des arbres dont les racines atteignant le fond de l'eau , consolident et affermissent ce nouveau terrain

La médecine a trouvé plusieurs substances utiles dans quelques espèces de Fougères ( 444), entre autres la poudre de Ifcopode , pour en saupoutlrer les excoriations de la peau, surtout chez les enfans; elle paroît devoir celte propriété à la ténuité extrême de ses molécules qui sont comme enduites de cire à leur surface ; ce qui non seulement les empêche de se mouiller, mais encore protège contre I humidité tous les corps sur lesquels elle s'applique; ce qui fait qu'on peut, sans se mouiller les doigts , saisir une bague au fond d’un verre d'eau , si I on a projeté une certaine cpiantité de cette poudre à sa surface. Les pharmaciens s'en servent pour y rouler les pilules ; c'est une poussière jaune , très fine et Irés-combuslible , qu’on croit destinée à la fécondation des graines, et qu on recueille encore pour produire une flamme très-vive et très-brillante dans les feux d’artifice et sur les théâtres , où elle ne répand aucune mauvaise odeur. On l’appelle quelquefois soufre végétal. Dans le commerce, elle est souvent mêlée, et, comme on le dit , sophistiquée ou altérée avec le pollen des fleurs mâles des massèles et des arbres verts , comme celui des pins et des sapins. L'infusion depo/ypo<:/ea étéemployée contre le ver solitaire. Le capillaire du Canada ou d’Amérique , qui est une espèce cVaclianthe, est , dit-on , sudorifique ; il a surtout une odeur agréable et une sorte de mucilage. Enfin les doreurs , les menuisiers, les tourneurs se servent avec le plus grand avantage de la tige rude d'une espèce de

USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES

prêle f vulgairemeot aotsmèe queue de cheval , pour donner un li-è-beau poli à leurs ouvrages'. Tout porte à croire que la silice qui se trouve presque à nu, à la surface de ces tiges , leur donne celte proprirté ; car, lorsque la plante est jeune , et qu elle sort à peine de terre . on mange en Toscane les sommités de quelques espèces , et surtout de celles des bords des fleuves, après les avoir fait cuire comme les asperges. (1)

C'est dans la famille des Grahii;^es (44G) qu’on trouve les plantes les plus utiles. Il suflit de nommer le Mè , le seigle , l'orge, Va*>oine, le riz, le millet ou panic, le sorgho, le maïs ou blé de Turquie .dont nous avons es.posé Thistoire avec détail ( 403 411. ) Ces graines , dites céréales , contiennent beaucoup de fécule ; elles servent à la nourriture de 1 homme et de tous les animaux qu'on élève en état de domesticité. La farine du froment est un Qîélange d'araidon avec un princi|>e particulier nommé gluten et un extrait sucré. Le gluten humide est une matière élastique qui rend la pâte ductile et qui la fait fermenter. C’est avec la farine du blé qu'oD fait le pain; pour l'obtenir on unit celte farine dans la proportion de trois parties . en poids . sur deux d'eau tiède , et avec un peu de levain ou de levure de bière J on pétrit le tout; on l'expose à une douce température; il s'élève dans la masse une véri aide fermentatiou que l'on arrête en plaçant celte pâte en petites masses, dans un four chauffé de manière à les faire cuire en perdant une portion d'eau Beaucoup d’espèces produiseut les feuilles destinées aux fourr.iges, telles que celles de mèlitjne , de Jèstuque, d'îur^ie , deflout'e , de paturin . qui fout la principale nourriture des chevaux, des vaches, des brebis, des chèvres. Les racines ou plutôt les jets traçans d'une espèce de froment, qu’on nomme

(1) tVoos avons élé ap}>e!és par Ir hasard à faire sur les racines des prêles , une observai ioo qui mérite d'èlre cotofirmèe. On esptoiloil. près de Bièvre, de l'argile destinée d la confeclion des briques : la terre êtoit coa|>êe verticalement, à de grandes prufoodetirs ; des liges de prêles , de plus de trente pieds de profondeur, s'élevoient è la snrfice , et dans leur longueur elles offroieni de distance â distance des verticiiles de tubercules firioeux , au nombre de six ou de huit, dans an état de dessèchement produit par leur exposilion à l'air libre. Ces tober» cales sool-th coasUos ?

rampant, fournissent à la me’decinelecA/m dent, qui conlient une matière mucoso-sucrée. Le nom par lequel on désigne cette esj>èce paraît dû à ce que les chiens, pour provoquer le vomissement , en dccbirent et avalent quelques feuilles qui agissent sur leur estomac d'une manière mécanique. Le stype tenace, le lygé^ sparte, avec lequel on tait des natles dites de sparterie , des cordages ; le roseau des sables . qui affermit par ses racines les sables mouvans de nos dunes; euliu la canne à sucre , le bambou àtabaxir, le sorgho et beaucoup d’autres sont de cette famille.

L'espece de canne ou canamelte qui donne le sucre pat oit originaire de la Chine et des Indes ; elle fut transportée en Amérique, et d'abord à Saint-Domingue en 1516 : elle ne donne plus de graines ; on ne la perpétue qu'en provignant les rejetons. C'est dans la lige qu'on va chercher la matière sucrée ; elle n y existe en grande quantité que lorsque la plante jautitt et qu’elle a perdu beaucoup de ses feuilles. On écrase la tige, et la liqueur qui en sort est nommée vesou. On exjMse cette liqueur sur le feu ; on y mêle certaines substances alcalines qui lui enlèvent des matières muqueuses d'une odeur fade : elle prend alors , après l’évaporalion de l'eau de végétation , une légère consistance , et se nomme moscouade brune ou sucre terré ; en l affinant davantage, par des mélangés avec des sucs albumineux et du charbon animal, par des cuissons et des lavages, on lui enlève la matière colorante ; on fait passer ce sucre à l'état <le cassonade blanche , et enfin de sucre en pains qui ont conservé la forme des vases coniques dans lesquels on les raffine en Europe La partie du sucre qu'on ne peut pas faire cristalliser, se nomme mélasse. Le t ’Jîa et le rhum sont des sortes d’eau-de-vie préparées avec le vesou ou avec la mélasse , qu’on laisse fermenter et qu’on distille ensuite.

Le bambou est le genre des graminées dont les espèces atteignent à de phi.s grandes hauleurs ; on en a vu de plus de treize mètres d'elévalioii ; il croit naturellement aux Indes. Lorsqu il est jeune , ses pou?.ses contiennent une substance médullaire fort tendre et très-agréable au goût, que les habitans du pays préparent à leur manière , et

USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES

dont ils sont très-avides. Les jeunes pousses de bambou, les bourgeons du palmiste et plusieurs autres fruits verts ou légumes confits dans le vinaigre par les créoles des îles de Bourbon et de la Héunion , sont ce qu'ils nommeiit Vatchars. Il découle naturellement des articulations du bambou une liqueur sucrée, qu’on croît être le sucre d’Arabie dont parle Pline. C'est ce qu'on appelle aujounl hui le labaxir. Les liges , lorsqu’elles ont acquis toute leur consistance, servent à faire tles meubles et à constiuire des b.iteaux et des édifices. On en fait aussi de petits ustensiles de ménage, comme des paniers, des naltes, des corbeilles. Les jets bien filés servent de cannes en Europe. Le sorgho ou millet de l’Inde donne des grains qui servent à la nourriture de l’homme et des animaux ; ses tiges fournissent un sucre ou une sorte de sirop , et ses panicules sécRées forment de très bons balais.

Les tiges des Cypéracées et des Ttphacées ( 447,44b ), qui végètent dans 1 eau des marais et des étangs, sont ordinairement trèsrésistantes. On les emploie pour couvrir les maisons et pour faire des naltes, des paillassons et des fonds de chaises. Le papier des anciens , ou le papyrus , étoit fabricjué avec l’écorce de souchet-papjrier , dont on colloil les extrémités en les appliquant bout à bout. Ces écorces venoient d Égypte , et elles ctoient préparées à Rome avec beaucoup de soin. Une autre espèce de souchet, nomméecscoécnf ou (.omesubLe, et qu'on cultive principalement en Espagne , aux environs de Valence , offre dans les tubercules de sa racine une émulsion amylacée, avec laquelle on fait une sorte d’orgeat Les poils alongés et soyeux qui enveloppent les semences de la liuaigrttie , ont servi à faire des duvets ou des ouattes, et on les a aussi employés mélangés avec le coton dans le tissu de certaines étoffes , auxquelles ils donnent beaucoup de lustre, mais aux dépens de leur solidité. On en fait encore des coussins; on recueille aussi dans le même but les aigrettes des semences des massi tics ou masses d’eau , taudis que la poussière jaune et abondante des fleurs mâles est souvent employée pour les mêmes usages que la poudre de lycopode.

On retire une très-bonne farine de la ra¬

cine de plusieurs espèces àegouets ou piedsde-veau , de la famille des Aroïdes (449) , quoique le .suc de ces plantes soit extrêmement caustique, âcre et brûlant. C'e't une sorte de fécule qu’on obtient par le lavage à grande eau on par la trituration, après avoir dessé( hé la racine. Elle est vemlue d.ins nos pharmacies sous le nom anglais qu'elle conserve A'arowrool; on croit cependant que la farine ((ui vient de la Jamaïque sous le nom A ludian ai owroot, provient de la racine d'une espèce de plante de la famille des drymyrrhizèes(579). Aux Antilles,on mange cuites les feuilles d’une espèce d'arum, qu'on nomme à cause de cela le diou des Caraïbes. La ealle des marais offre aussi dans ses racines une nourritui efort saine aux Lapons et aux habitans du golfe de Bothnie. Les fleurs de ces plantes, et en particulier celles du gouet d'Italie, présentent un phénomène curieux à l’époque de la fécondation : leur température s’élève à plusieurs degrés audessus de la chaleur de l'atmosphère. Quelques-unes répanrlent une odeur très-suave , comme la calle d Éthiopie ; tandis que d autres, comme les gouets serp niaiie et gobemouche, corrompent l’atmosphère par les émanations infectes et comme cadavéreuses qu elles y l épaiulent, et par lesquelles les mouches de la viande et les autres insectes qui vivent daus les malièies corrompues, sont attires de loin , et viennent y déjmser leurs œufs , ainsi que nous 1 avons vu plusieurs fois. Une espèce de ce genre a été nommée gnhe-mouehe ou muscivore , parce que les mouches , attirées par l’odeur cadavéreuse que leur spathe exhale , arrivent daus l iulérienr de cette sorte de cornet en forçant la résistance des poils coiivergens qui la garnissent; mais lorsqu'elles veulent en sortir elles se trouvent prises comme dans une sorte de nasse ou de souricière , ces poils ne cédant pas à leur écartement de dedans eu dehors.

Les Palmiers (451) sont des arbres ou des arbrisseaux extrêmement utiles, dont les tiges. la .sève, les fruits qui varient beaucoup pour la forme servent à la nourriture et à la conservation de la santé de l'homme.

Iis sont presque tous originaires des pays chauds, principalement de J’Afiique et de l’Amérique : les bâtons que nous nommons ordinairement cannes de roseau ou joncs à cannes, sont les tiges souples et tenaces

USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES

d’une sorte de rotang des Indes, qui acquièrent souvent près de deux cents mètres de longueur. On fait avec les morceaux de ces tiges , des cordages , des nattes , des sièges , des corbeilles. Leurs fruilscontiennent quelquefois une pulpe acide et agréable , recouverte par des écailles entuilées. Une autre espèce de ce genre offre dans ses fruits une sorte de résine d‘un rouge noirâtre , qui exsude de sa surface, et qui 'porte dans le com^ merce le nom de sang de dragon , quoique sous ce nom on désigne des substances qui proviennent d’arbres tout-k fait différens les uns des autres. Le sn^ou. substance farineuse qui nous vient des des méridionales de l'Asie, principalement des Moluques, est retiré dans ce pays de la moelle de plusieurs genres d arbre.s de celle famille. Les dattiers qui croissent naturellement en Syrie , mais qu'on cultive aussi jusqu’en Espagne, donnent des fruits très-noun issans appelés dattes; dont la pulpe sucrée et mucilagineuse convient dans les affections catarrhales. Ce sont les feuilles étiolées deces arbres qu'on vend ordinairement sous le nom de palmes. Le chou palmiste est le bourgeon des feuilles d'une espèce du genre arèque, qui croît naturellement en Amérique. Le coco , dont on mange l amande , et dont on boit le lait ou l’espèce d'émulsion qui se trouve au milieu de l’amande lorsqu'elle n'est point encore très-mûre , croit naturellement aux Indes. On en retire de 1 huile.

La sève qui découle del extrèmlié tronquée des stypes , est une liqueur vineuse qui par la distillation, donne une sorte d’eau de-vie connue sous le nom à'arracka ou de rack.

L’huile de palmes , qui vient de la Martinique, est extraite de l enveloppe du drupe d’une espèce A'èlaïsj qui paroît originaire d'Afrique. Quelques genres de palmiers du Pérou et du Brésil fournissent une sorte de cire végétale qui suinte k travers l’écorce deleur tronc et de leurs branches. Le lontar des Séchelles , dans la mer des Indes , porte ces cocos ou ces fruits singuliers qu’on recueille sur le rivage des îles Maldives, où le flux de la mer les apporte. On a cru longtemps , et k tort, qu’ils étoient produits par des plantes sous-marines.

Nous avons quelques plantes remarquables fournies par la famille des Aspakaginées ( 452). Ainsi l’un^ desespèce.s de résine dont on se sert en médecine sous le nom de sang

de dragon, est, dit-on , le suc desséché d'un végétal qui croît dans les Indes orientales , et qu’on nomme dracène en botanique. Tout le monde connoît les asperges , dont on mange en Europe les jeunes pousses au printemps , comme en Amérique celles du chou palmiste. On sait quelle odeur singulière et désagréableces tige.s communitfiient i-apidement au résidu liquide de nos boissons , lorsqu'elles ont été soumises k l'acte de la digestion. Les chats recherchent beaucoup ce végétal, quoicju’en général ils aient de la répugnance k manger toute autre plante. Les racines de la salsepareille et de la sqitine qui nous viennent d Amérique , et dont on fait un si'grand usage en médecine èomme sudorifiques très-puissans, appartiennent à des especes de smilax qu’on cultive principalement k la Jamaïque. Les racines du ruscus ou fragon de notre pays sont employées en médecine comme celles de ces deux dernières plantes pour exciter l'action excrétoire par les voies naturelles de la peau ou des reins. Celles de Vigname, ou d/oscorée ailée , contiennent une si grande quantité de fécule , qu’elles font la principale nourriture des habitans des îles de la mer du Sud, et des colonies occidentales.

Beaucoup de plantes de la famille des .JoNCÉEs ( 453 ) offrent clans leurs tiges une substance flexible , et qui se pourrit difficilement , c'est pour cela qu'on les emploie pour faire des liens dans le jardinage, des couvertures de toits, des paillassons, des nattes. Les ognons du d’automne,

qui portent une odeur fort désagréable lorsqu'on les écra.se , deviennent cependant un remède fort énergique dans les hydropisies, lorsqu’on fait prendre aux malades l'infusion de cette racine dans le vinaigre, ou lonsqu’on les écrase et qu’on les applique en cataplasmes mêlés avec de la mie de pain.

Les racines des hellébores blancs ou varaires sont empfoyées en poudre pour faire vomir ; quand on fait prendre cette poudre en guise de taljac, elle jiroduit de violens élernûmens. La cèvadille est le fruit ou la .semence d’une espèce du genre véralre :

c’e.st un médicament très-actif employé surtout pour détruire la vermine et même les X'ers intestinaux. La nature nous offre ici un mode de prévoyance bien curieux à connoître ; on sait que les fleurs du colchique d’automne, celles du safran , etc., sortent de la

USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES

terre, et souvent d’une assez grande profondeur, dans un état de mollesse extrême; et l’on a peine à concevoir comment des parties aussi tendres auroient pu perforer un terrain souvent fort résistant ; mais si l’on recherche le moyen qui a permis cette libre issue , on voit en emportant la motte à travers laquelle ces longues fleurs se sont élancées , qu’elles y ont trouvé une sorte de canal préparé d’avance par un faisceau de feuilles dont les pétioles engaînans ne se sont pas entièrement pouiris et qui ont laissé une sorte de pertiiis ou de canal libre, qu'elles ont pu aisément parcourir.

Parmi les Liliacées (454), les ognons de scille sont employés en médecine , comme ceux du colchique, pour faire couler les urines , et même pour purger. Ceux du lis, qui renferment beaucoup de matière mucilagineuse , sont appliqués avec grand succès en cataplasme sur les inflammations externes afin de détendre la peau et de la conserver humide comme dans le panaris. Les plus belles fleurs qui ornent nos parterres, appartiennent à cette famille ; c'est là qu'il faut ranger la couronne impériale oxi frélillaire , le lis, ïamaryllis^ la narcisse, la jncinike, la tubéreuse, etc. Parmi les plantes utiles, nous y trouverons les ognons, les aulx , les échalolles, le iioirean , et surtout Vananas, dont on mange le fruit formé par la réunion d’un grand nombre de baies ressemblantau cône du sapin, mais couronné de feuilles; ce beau fruit, dont l odeur agréable se rapproche de celle des pommes et des fraises, conserve long-temps et communique son parfum aromatique aux matières .sucrées auxquelles on l'unit. Sa .saveur acidulé le rend précieux sous les climats biùlans où il croît naturellement. C'e.st dans un genre voisin qu’on range encore Tn/oës y qui fournil les gommes-résines amères, très - employées comme médicamens. Cette dernière plante et quelques espèces ééa^nve d Amérique , présentent en outre dans leurs feuilles, des fils ou fibres très-solides , avec lesquels on fait des étoffes , des cordages , des hamacs. Celui qu'on appelle JiL de pille , est fourni par une plante de ce genre, et jtar une espèce d'j «ccu. Une autre très-voisine, donne des filamens plus déliés et plus solides encore, c’est Je phormion de la Nouvelle-Zélande.

Les iris ou flambes, les ixies et les glayeuls (455) se font principalement remarquer par la beauté de leurs fleurs , qui sont en général moins odorantes que celles des deux précédentes f.imilles. Leurs racines portent une odeur fort suave, comme ou le remarque dans l’iris de Florence, qui rappelle l’arôme de la violette. Plusieurs sont légèrement purgatives, he safran du commerce est le stigmate d'une fleur trè.s-voisine de celle des iris. Cette matière est employée principalement comme assaisonnement, surtout aux Indes , à cause de l’arôme particulier qu'elle communique aux mets, surtout au riz avec lequel on la fait cuire , et à certaines liqueurs qu’on nomme scubac. En France, on ne s’en sert guère qu’en médecine et dans la teinture', à laquelle elle fournit un jaune brillant mais peu solide. Elle fait l’objet d'un commerce considérable , surtout dans le département du Loiret (ci-devant la province du Gâlinois).

Ce sont les racines bulbeuses, palmées et charnues, de certaines Orchidées (457), qui forment le salep, ou salap. Cette substance mucilagineuse très-nourrissante nous vient de la Perse et de la Turquie; on en fait avec le bouillon de viande des gelées adoucissantes et fort agréables. \,es épidendres , ainsi nommées parce qu'elles se développent et vivent en parasites sur les arbres , ont pour la plupart la faculté singulière de fleurir , lorsqu’à l’époque de leur pleine végétation on les suspend dans les appartemens sans les arroser; ce qui les a fait encore appeler fleurs du vent. L'aromate qu’on nomme va^ nille est la capsule ou le follicule qui renferme une j)ul})e et les graines de l une de ces plantes parasites; qui croit naturellement sur les palmiers , mais qubn cultive aussi dans 1 Amérique méridionale , principalement au Mexique et dans les Àrililles. On lui fait subir quelques préparations. On s'en sert principalement pour parlumer le chocolat, les crèmes au lait et les autres matières sucrées. 11 est remarquable que celte même odeur de vanille se développe par la décomposition de ! avoine, comme on peut l'observer dans les lieux où le.s animaux qui s’en nourrissent ont résidé long-temps , et comme l’ont reconnu les cuisiniers qui fout griller ou torréfier celte semence pour s en

Düméril.

USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES

servir ensuite, afin de communiquer l’odeur de vanille aux mets avec lesquels ils la font bouillir.

Parmi les Scitamihées ( 459 ). se trouvent les bananiers y originaires des Indes orientales , et qui sont maintenant cultivés dans tous les pays voisins de la zone torride ; ils offrent aux peuples de ces contrées une nourriture saine et abondante dans leurs fruits, un fil solide dans leur lige, une sorte de papier naturel , une toiture légère dans leur larges feuilles , enfin une boisson agréable dans leur sève fermentée. Ce sont ces plantes qu’on nomme encore Jiguiers d’Adam- La strèlitzie, remarquable par la singularité et la beauté de ses fleurs semblables au bec d’une cigogne , à pétales extérieurs d'un jaune aurore qui en recouvrent d’autres d’un beau bleu d’outremer, donne une sorte de sucre semblable à celui du bambou. Une autre plante de la meme famille présente encore une particularité bien notable : c’est la ravelnna dont les semences sont enveloppées d'une SOI le depulpe d’unebeîlecouleur bleue analogue à celle que donneroit de la cire colorée par le prussiate de fer Quand on développe cette pulpe dans beau tiède, on voit que c’est une arille sous forme de membrane frangée analogue au macis, mais d’un beau bleu de ciel.

Les DEYMTimHizÉEs (458) offrent, comme leur nom l’indique, des plantes dont les racines sont très-aromatiques. Aussi est-ce dans cette famille que viennent naturtllement se ranger le cardamome, le galanga et le gingembf'c, assaisonnemens qu’on substitue très-souvent au poivre, et qui sont les racines de diverses espèces, lesquelles croissent naturellement dans les Indes. Le curcuma ou terre mérite , et le zédoaire, substances qu’on emploie en teinture et en médecine, sont encore des racines de plantes analogues et des mêmes contrées. La couleur jaune fourme par le curcuma, qu’on a regardée long-temps comme une terre, présenlecelte particularité qu'elle est rapidement altérée en rouge par les alcalis dont elle indique la présence dans les dissolutions ( 158 ), ce qui la fait employer comme réactif par les chimistes. Presque toutes ces racines donnent, par la distillation, de l’huile volatile , exemple presque unique dans les végétaux.

Celles du maranta de l’Inde fournissent une fécule que l’on vend à la Jamaïque sous le nom d'arr'ow-rootk , avec laquelle on fait de très-bons potages.

Quoique la famille des Hydeocharidées ( 460 ) soit peu naturelle, et que les plantes qu’elle renferme n’aient entre elles d’autres rapports que celui de se développer dans l’eau, à la sui'face de laquelle elles viennent souvent étaler leurs feuilles ou leurs fleurs , nous croyons devoir indiquer ici la singularité remarquable que nous offre le genre vallisnérie. Cette plante est dioïque ; elle porte des fleurs femelles solitaires à l'extrêmilé de longues hampes contournées en spirale, qui restent toujours sous l’eau avant l’époque de la fécondation; alors seulement la spirale se détord et s'alonge jusqu’à ce que la fleur soit arrivée à la surface. Les mâles, qui sont portés par une autre plante et qui sont réunis en un épi chargé d’un grand nombre de fleurs , ont une hampe très-courte, qui les force de rester au fond de l'eau. A l’époque de la fécondation , les petites fleurs se détachent de la tige , elles montent h la surface de l’eau où elles trouvent les femelles épanouies ; arrivées auprès d'elles, ces fleurs s'ouvrent avec élasticité , et opèrent ainsi le grand œuvre de la génération. Alors les hampes des femelles se tordent de nouveau , se raccourcissent, et ramènent au fond de l'eau les ovaires fécondés qui deviennent des capsules dans l'intérieur desquelles s’achève la maturité des graines. ( 1 )

On emploie beaucoup en médecine les ra-

(1) L’auteur du Puëme des Plantes a décrit cc singulier {ihéiioinène d’une manière si exacte et si intéressante, que nous ne pouvons résister au plaisir de citer ce passage :

Le Rhône impétueux, sous son onde écumante, Durant dix mois entiers nous dérobe une plante Dont la tige s’allonge en la saison d’amonr.

Monte au-dessus des flots et brille aux yeux dujour. Les mâles jusqu’alors dans le fond immobiles ,

De leurs liens trop courts brisent les noeuds débiles, Voguent vers leu ramanle , et, libres dans leurs feux, Lui forment sur le fleuve un cortège nombreux.

On diroit une fêle où le dieu d'Hyménée Promène sur les flots sa pompe fortunée.

Mais les temps de Vénus une fois accomplis ,

La lige se retire eu rapprochant ses plis ,

Et va mûrir sous i’eau sa semence féconde.

Castel.

USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES

cines des Aristoloches (464). La serpentaire de Virginie est uùe espèce de ce genre. On s’en sert dans le pays, dit-on, contre la morsure des serpens ; mais comme cette substance est amère, aromatique et trèsodorante, sa décoction est pnnci|)aleraent usitée comme sudorifique L aristoloche ronde et l’espèce dite clématite, sont de légers vomitifs. Les feuilles et les racines fraîches de Vasaret ou cabaret^ font aussi vomir 5 et avant la découverte des propriétés du tartrate de potasse antimonié , ou de l’émétique , on les employoit beaucoup pour produire les mêmes effets. Desséchées et réduites en poudre , la racine et les feuilles de cabaret sont un violent sternutatoire. Le suc épaissi des fruits ou des baies de Xhypociste ou du cytinet est un peu acide et astringent j on s’en sert contre la diarrhée.

La famille des Éléagnées (466) nous offre plusieurs jdantes remarquables : 1 ° le gri^non de Cayenne , dont l’écorce remplace celle du chêne par son infusion qui est propre à tanner tes cuirs ; 2° Vargousier des dunes , dont les baies sont très-astringentes ; 3° les badamiers des Moluques, dont les Indiens mangent les amandes, et dont on exprime une huile qui ne rancit pas. D’autres espèces du même genre donnent, l’une du benjoin, et une autre fournit, à ce qu’on croit, la matière résineuse de la laque chinoise ou du beau vernis de la Chine. Cette gomme laque ou plutôt cette résiue paroît être le produit de la piqûre d’un insecte du genre des cochenilles. (852.)

Presque toutes les plantes des familles .suivantes ne croissent point naturellement dans nos climats; c'est à la famille des Thî- MÉLÉES (467) qu'il faut rapporter \e. lagetto ou bois de dentelle , dont le livret est formé de fibres lâches qu’on peut étendre comme une gaze légère. Cet arbre croît à Saint-Domingue. L’écorce du diria sert à faire des cordes semblables à celles du tilleul. Les daphnés, qu’on trouve en Europe, ont une sève âcre et caustique : appliquée sur la peau, leur écorce y fait lever des ampoules comme un vésicatoire; aussi emploie-t-on quelquefois en médecine celle dp gnidion pour cet usage .sous le nom de garou. Ces écorces sont aussi employées en teinture et fournissent une belle couleur noire, jaune

du verte, suivant les mordans dont on fait usage. Ijes proiées sont de très-beaux arbres qui poussent naturellement en Afrique, et dont plusieurs fournissent des fruits et des liqueurs sucrées fort agréables. C’est à ce genre qu’on rapporte l’arbre d’argent du cap de Bonne-Espérance , dont les feuilles sont d'un blanc satiné très-écialant.

Les Lauriers ( 467 ) sont des arbres odorans, toujours verts, qui fournissent les substances aromatiques les plus connues. La cannelle est l’écorce d’un arbre de celte famille , originaire de Ceylan. Le camphre est une résine blanche, transparente , très-volatile, et par conséquent très-odorante et très-inflammable, qu’on obtient parla distillation des diverses parties d’un arbre qui croît aux Indes , à Sumatra et au Japon , et qu’on nomme laurier camphrier. Le sassajTras est encore une espèce de laurier dont le bois ai-omatique est principalement employé en médecine comme un puissant sudorifique Le fruit qu’on nomme avocat en Amérique, et qu’on regarde comme une sorte d’abricot, croît aussi sur une espèce de laurier. La liqueur laiteuse que contient le noyau de l'avocat, devient rouge lorsqu’elle est exposée à l’air, elle tache le linge d’une manière presque indélébile. Le laurier noble., ou d’Apollon, qui végète trèsbien en Europe, offre dans ses feuilles un arôme très-agréable, que nos cuisiniers emploient sous le nom de laurier sauce , comme assaisonnement. Ses baies donnent une huile grasse , dont on se sert principalement dans la médecine vétérinaire. Mais on vend principalement pour cet usage de l’axonge dans laquelle on a fait cuire les baies de laurier qui y ont déposé leur principe aromatique. C'est une sorte de pommade ou d’onguent que l'on emploie à l’extérieur pour les douleurs rhumatismales. La muscade est une sorte de noix dont le brou très-odorant contient une arille, qui est d’un rougeorangé, épaisse, découpée en lanières, comme charnue encore , et qui se nomme macis.

L’arbre qui porte ce fruit est originaire des Indes. On en cultive beaucoup à Java. Le suif végétal de Cayenne et de la Guiane, avec lequel on fait des chandelles dans ces colonies , provient des graines de la virole sébifère.

C’est à la famille des Polygomées ( 468 )

USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES

qu’il faut rapporter les coccolobas ou raisiniei's d’Amérique , dont les calices se changent, parla maturité, en des fruits rouges uu blancs et aigrelets , analogues à nos groseilles ; le sarrasin ou blé noir qui sert de nourriture principale aux habitans de plusieurs de nos déparlemens de l’ouest; le poivre d'eau , hfdrnpipi'r , est une sorte de renouee dont les feuilles mâchées ont une saveur piquante qui appelle la salive. L’osei//e, dont les feuilles acides fournissent un aliment sain et rafraîchissant ; la ,

dont les racines amères sont employées comme dépuratives ; la rhubarbe , originaire delà Tartarie et de la Chine, dont la racine est un médicament amer légèrement purgatif et tonique. On cultive maintenant cette plante en Russie, en Moscovie, et meme avec succès dans les environs de Paris.

Les épinards, la bette ou poirée, la bonne' dame , la salicorne , la hacile ou passepierre, improprement criihmr marine, sont des plantes de la famille des Arboches \468), dont on mange les feuilles cuites, ou confites dans l’eau salée; mais il est un genre plus important, dont les cendres fournissent beaucoup de cet alcali du commerce qu’on nomme la soude. Ces noms de kali ou de souda paraissent avoir été tirés des végétaux dont nous parlons. C’est principalement dans les régions méridionales, en Espagne et en Barbarie, qu'on extr.iit cette soude, surtout aux environs d’Alicante, on l’y nomme hunlle. Mais peut-être ces plantes ne font-elles qu’extraire de la terre la soude qui s y rencontre. Car un grand nombre de végétaux de familles différentes qui croissent dans les mêmes circonstances, lournissent, par l'incinération , le même alcali. D'un autre côté, on sait que la pariétaire, la bourrache, l'hélianlhe, qui croi.ssent près des murs des lieux habités, fournissent beaucoup de nitrate de potasse, lorsqu’on fait l’analyse de leurs sucs, ou de 1 humeur de leur végétation. De meme aussi on a reconnu dans les environs de Paris , que les bettes-raves cultivées dans les plaines dont le fumier provient des matières animales, fournissaient une étonnante quantité d'ammoniaque ou d alcali volatil qui s’est manifesté lorsqu’on a voulu extraire le sucre que contenaient ces racines. Plusieurs plantes de cette famille portent des odeurs très-diffé¬

rentes : ainsi Vansérine fétide, ou la vulvaire , en exhale une analogue à celle du poisson pourri, la camphrée rappielle celle du camphre, et \a pétivierie porte l'odeur des oguous. Les racines de la bette-rave contiennent une grande <pianlilé de sucre; on les mange cuites au four et marinées au vinaigre. On prépare dans nos cuisines les grosses nervures des feuilles de la bette blanche, sous le nom de cardes.

n n’y a guère de plantes très-utiles à l’homme dans les familles suivantes; mais on en remarque plu.sieurs dans celle des Rni- KANTACÉEs (476) : ainsi les paij galas sont en général employés en médecine comme de légers purgatifs amers; le polygala sénéga d’Amérique est un médicament fort actif comme excitant. Mais l’un des remèdes dont les effets sont le mieux constatés contre les hémorrhagies passives, est la racine d’une plante de cette famille, qu'ou nomme ralanhia au Pérou et au Mexique. Plusieurs espèces de véronicfues servent aussi dans les mêmes indications, ainsi que les euphraises; mais les pédiculaires passent pour vénéneuses.

Parmi les Tasminées (478) , les lilas et les jasmins se font connoitre par le parfum agréable de leurs fleurs. Cependant cette odeur est fugace et se décompo.se par l’action du feu, de sorte qu on ne peut pas l’obtenir par la distillation , comme la plupart des arômes. On emploie , pour 1 isoler, un procédé simple qui consiste â imprégner d huile grasse et inodore, des morceaux d’étamiiie dont ou recouvre ensuite des lits ou des couches de ces fleurs. Ou exprime le lendemain cette huile, qu’on unit aux grais- .ses, pour parfumer les pommades, ou bien encore on l'agile avec l’alcohol à froid. L’esprit de vin se charge alors de 1 arôme , en l’enlevant à l’huile grasse. Le sucre légèrement purgatif, qu’on appelle manne, est fourni par une espèce AeJ) éne qui croît naturellement en Sicile et dans la Calabre. Le bois de l’e-spèce la plus commune en France est beaucoup employé dans le charronage , parce qu il est dur, liant, flexible,élastique, pour faire des brancards, des timons, des limons de voitures; on en fait aussi des manches d’outils, des queues de billards, des manches de fouets, des chaises, des

USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES

échelles , des cerceaux. Tout le monde connoît les oUi>es, dont on retire 1 huile à manger. C’est un fruit à noyau, dont la partie charnue ou le brou «e prend de saveur agréable qu'autant qu’on a détruit son àcrelé par la macération dans les alcalis. Les fleurs dune espece d'olivier de la Chine portent une odeur très-agrcable, et sont, dit on, employées pour aromatiser les feuilles séchées du thé.

Presque toutes les plantes de la famille des Labiées (480) sont aromatiques et amères : on les emploie beaucoup en médecine j la plupart fournissent du camphre ; on s en sert comme de Ioniques puissans. On en extrait des huiles volatiles , comme celle d'asp/c, qui provient de la Lavari'le en épi ; celles de romarin, de sauge, qui sont trèsfluides ; celles de thym, de marjolaine, de menthe, qui cristallisent par le repos. La plupart s’unissent à l alcohol, et forment les odeurs spiritueuses qu'on trouve dans Veau de mélisse, Veau de Cologne, Veau-de-vie de lavande, Veau de romarin , etc,; quelques-unes même sont miscibles à l'eau , et donnent, par la distillation , des liqueurs très aromatiques et très-sapides, comme celle qu'on nomme huile de menthe poivrée , à cause de sa consistance sirupeuse. La sarriette, le thy m, la sau^e, entrent comme assaisonnement dans nos mets. C'est dans celte famille qu’il faut ranger encore Vhjsitpe, la mélisse, le basdic, la menthe, Vorigan, le lamier, la béloine, la germandrée, le marrube, le lierre terrestre ou glécorne, le serpolet et beaucoup d’autres.

La famille des Personnées (481 ) réunit, au contraire, des plantes dont l’odeur est en générai désagréable et les propriétés dangereuses. Nous pouvons citer ici le muflier, la calcéolaire , la gratiole et les scrophulaires, qui sont âcres et virulentes ; la digitale, dont l’administration à 1 intérieur produit un effet surprenant sur les organes de la circulalion , qu'elle excite d'abord, et qu’elle ralentit ensuite d’une manière si évidente. Cependant VurnbulieAu Malabar porte une odeur poivrée assez agréable ; sa saveur est aromatique; on mange au Chili le mimule jaune, comme notre oseille.

Par un contraste bien singulier, on trouve

parmi les Solanées (482) des plantes vénéneuses en très-grand nombre , et d’autres végétaux extrêmement utiles. C’est entre les premiers qu’on peut ranger les jusc/uiames, la St ramnine ou pomme épineuse , la belladone , la mandragore , la douce-amère , la mnretle noire , dont les fruits et les feuilles contiennent un suc vénéneux, narcoti(]ue quand il est pris en petite quantité, mais qui provoque un délire furieux lorsque la dose en est trop forte. On mange les fruits de Valkfkenge . de la tomate. de la mélongène, de la pomme d'amour, de Vanbergme, surtout lorsqu’ils sont cuits : ils sont presque tous acide.s. On sait quels sont les usages des feuilles du tabac, cette plante originaire d’Amérique, qu'on a trouvée près de Tabasco au Mexique , et qu on cultive maintenant dans presque foute 1 Europe. Le fruit du piment d’Inde ou du poivre de Guinée, qu'on emploie comme assaisonnement, appartient encoré à une plante de cette famille. Nous devons surtout ne point oublier la pomme de terre, cette racine précieuse qui fournit une nourriture si .saine et si abondante. Cette plante est originaire du Chili; elle a été transportée de là en Angleterre, puis en Hollande, et enfin en France. On ne i’employoit d’abord qu'à la nourriture des bestiaux, et c'est de la table du riche qu’elle est passée sur celle du pauvre. Elle étoit connue en Virginie sous le nom d'apenunt.

Les Borraginées (483), ou les plantes voisines de la bourrache , contiennent presque toutes un suc mucilagineux , une sorte de gomme dont on se sert en médecine comme d’un adoucissant , surtout dans la toux.

Telles sont la buglosse , la cynaglosse , la vipérine , la consolide , la pulmonaire et le grémil. La plupart de cés plantes renferment dans leurs sucs une grande quantité de nitrate de potasse, qui fuse lorsqu’on fait brûler ces végétaux, après les avoir desséchés. On cultive Vhéliotrope du Pérou , à cause du parfum agréable que répandent ses fleurs. La racine de Voi:canctte provient d’une espèce de buglosse du midi de la France; elle donne une couleur rouge peu solide, mais dune teinte très - agréable , qui s’unit très bien au beurrre, aux graisses, aux huiles et à l’acohol, dont on remplit le tube des thermomètres.

La famille des liserons, ou des Cokvolvü-

USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES

LACÉES (484), cliidiées sous le rapport économique , est à peu-près dans le même cas que celle des solances. Le plus grand nombre des espèces contient un suc purgatif dont on fait beaucoup d'usage en médecine.

Telles sont les résines qui proviennent des racines de la scamonéf des Indes , celles du méchoacrui , du lurbilh , et la racine tout entière du jahp , qui croit au Mexique et dans presque toute l'Amérique. Cependant la racine de la patate fournit une substance farineuse à tous les peuples qui habitent entre les tropiques ; elle provient d’une plante du genre même des liserons, dont la plupart des espèces sont des poisons. Le bois de Rhodes, qui porte une odeur de rose , et que les parfumeurs emploient souvent , paroit aj^partenir aussi au genre liseron.

Presque toutes les GbwtiaKées (486) sont toniques et employées en médecine , principalement contre la fièvre. Leurs diverses parties sont amères , surtout les racines. La chironie gentille , appelée vulgairement petite centaurée , est de cette famiiU- Dans quelques pays , on substitue d'autres genres voisins à celui de la gentiane proprement dite : telles sont la cAt/ o/w'e d’Afrique , la cofitonée'e blanche , la vUlarsie-, on attribue à la spigélie , ainsi qu’à Vophiorhize , la propriété vermifuge à un très haut degré.

Le trèfle d’eau ou ménianthe , qui appartient à celte famille, et qui est aussi employé comme fébrifuge , présente une disposition très-remarquable dans la forme de ses pé-,^ taies d un blanc de neige , profondément divisés en lanières. Telle est encore la cèéore perfoliée , dont les tiges semblent perforer les feuilles , qui sont souvent employées comme un moyen tonique contre les fièvres.

Les Apoctnées (487) renferment un grand nombre de plantes purgatives , et même vénéneuses. Dans la plupart des espèces , on trouve un suc laiteux , âcre , caustique et très-abondant; c’est une sorte d’émulsion gomme-résineuse qui, par le dessèchement, devient souvent analogue à la gomme élastique. D’autres sont employées comme émétiques ; telles sont en particulier une sorte d'ipécacuanha de l’Isle-de-France, qui provient des racines de deux espèces de plantes différentes , d’im périploca et d’un cynan-

chum- Il en est qui se font remarquer par la beauté ou par l’odeur de leurs fleurs , comme les pe/vencAes , \e laurier rose, les J'rangipaniers de l’Amérique. On a rapproché de celte famille les Stricukéfs ou les cnnirams qui fournissent la noix vomique , la lève de Saint-Ignace , qui contient un principe amère et dclétère qui, iulroiluit dans le sang , délerraiue des convulsions , des spasmes , propriété dont on a tiré parti afin de reproduire les mouvemens dans les organes paralysés. L'upas lùuté de Java , avec le suc duquel les naturels empoisonnent leurs flèches , paroît aussi appartenir à ce genre du strychnos ou caniram.

C’est parmi les Sapotilliers (488) que se trouvent rangées beaucoup de plantes exotiques , remarquables par leur port , l’agréahle odeur que répandent leurs petites fleurs réunies en faisceaux, et par la douceur de leurs fruits, qui sont des baies; cependant la plupart ont un suc laiteux.

Plusieurs sont cultivées dans nos serres comme plantes d’agrément ; telles sont les càimitiers ou chrysophy lies de Saint-Domingue , dont les belles feuilles ovales sont fermes, lisses et d’un beau vert foncé supérieurement , tandis que le dessous est recouvert de poils jaunes , soyeux et comme dorés. Les achms et les bassins donnent, par l’expression de leurs graines , une sorte d’huile concrète , grasse, ou de beurre, sur la cote de Coromandel, et au Bamburra.

Une autre espèce d’arbre de la même famille fournit, dans sa sève, une sorte d’émulsion laiteuse , qui lui a fait donner , dans l’Amérique méridionale, suivant M. de Huniboldt, le nom iVarbrede la vache. Les sapotilliers proprement dits , dont on recherche tant les Iruits en Amérique: les Javquiniers , dont les Caraïbes enfilent les baies rouges pour leur servir de bracelets ; les mimusopes , dont les fleurs jaunes , dorées et très-odorantes , servent aux mêmes usages.

La famille des Ébèmacées (498) renferme l’arbre qui donne le bois appelé ébène, dont la couleur est noire, et le tissu si dense qu’il peut recevoir le plus beau poli. Il appartient au genre diospyros. Il croit aux Indes, principalement sur la côte de Coromandel.

C’est dans ce groupe que se trouvent aussi

USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES. 133

rangés les «A'Joi/siers d’Amérique , des Indes et d'Europe , qui fournissent les diverses résines odorantes dont ou se sert en médecine et dans les arts sous les noms de sty rax ou storax. Le benjoin vient aussi se ranger dans cette famille.

La petite famille des Értcacées <49l) comprend le genre nombreux des bruyères, remarquables par la verdure et la beauté de leur feuillage, et parla couleur et la permanence de leurs fleurs. Plusieurs servent de litière et de pâturage aux animaux , de bois de chauffage, de balais et de vergettes. On mange les baies de plusieurs espèces d’a/'reZles ou. vaccinions , dont le bois est très-astringent, et sert à tanner les cuirs. On emploie les feuilles de plusieurs arbousiers et de* rhododendrons pour faire des infusions amères et sudorifiques. Le fraisier de Porlif gai donne un fruit qui est une sorte de baie analogue à la fraise , et qu’on mange dans le midi de l'Europe.

On cultive la plupart des Campasülacées (492) comme plantes d’ornement, à cause de leur corolle brillante , monopétale et en forme de clochette. On mange en salade les jeunes pouces de la raiponce, et les racines du pylheuma. Plusieurs espèces du genre lobélie , et entre autres celle qui croit au Chili, son^ des poisons très-actifs; on dit même que la seule odeur des fleurs fait souvent vomir. D'autres espèces sont employées avec le plus grand succès comme sudorifiques dans quelques maladies.

La famille des Chicoracées (495) est trèsnombreuse; presque tous les genres renfermentdes plantes que nous employons comme alimens. Ainsi nous mangeons en salade les feuilles de la chicorée, de \d, scarole ou escarôle, de la laitue, du chicon ou romaine, du laitron , du pissenlit ou dent de lion , du tragnpo^on ; nous faisons cuire les racines des cardouilles, àcs scorsonères et des salsifis. En général, tontes les parties de ces plantes, privées du contact de la lumière, sont assez douces et agréables au goût : elles sont, au contraire, d’une amertume insupportable , lorsque ces végétaux ne sont pas étiolés ; quelquefois même elles produisent l’effet des poisons narcotiques, comme dans

la laitue sylvestre , dans celle qui est nommée vireuse.

Dans la famille des Cinarocéphales (496), nous trouvons Xatraciyle, porte-gomme d’Afrique, qui fournit une sorte de glu; l’urtichuut dont on mange le réceptacle; et le cardon dont on fait cuire les longs et épais pétioles. On emploie les parties de plusieurs de ces plantes en médecine , parce qu elles sont amères ; telles sont entre autres la bardane ,\<à chardon bénit, le chardon marie.

Les corolles des diverses espèces d'artichauts et de quelques chardons , font cailler promptement le lait dont on veut faire du fromage.

Les CoRYMBiFÈREs (497) sont presque toutes en même temps amères et résineu-ses ; aussi les emploie-t-on souvent en médecine ; nous ne citerons ici que Vaurone , la santo- Itne, la matricaire, la tanaisie, \Acamomdle, \armoise et Vabsinthe <lont les semences sont amères et vermifuges. Telle est la barbotine, àiiG semen contra, qui nous vient de la Perse, de la Judée et de tout l'Orient.

Le duvet qui couvre les tiges et les jeunes feuilles de quelques armoises est employé en Espagne comme une sorte d'amadou. On dit que c’est avec cette sorte de substance cotonneuse que les Chinois et les Japonais forment les moxas qu ils fout brûler sur la peau dans les cas de gouttes ou de rhumatismes , et qu’on remplace en France par du coton. D’autres servent d’assaisonnement à nos mets, comme Vestt'agon, le spilanthe , la pyrèthre; on mange les racines tubéreuses du topinambour, qui est une espèce de soleil ou à'hélianthe , mais elles ne sont pas très-nourrissantes. Le soleil que l'on cultive dans nos jardins a reçu le nom qui est la traduction du mot grec , fleur du soleil , parce qu’on a remarqué que cette fleur élojt constamment tournée vers cet astre dont elle suit la direction. Les fleurons , avant leur entier épanouissement, sont souvent recouverts de gouttelettes d'une véritable térébenthine , sorte d’anomalie. Dans cette famille , les graines contiennent beaucoup d'huile et de matière amylacée, agréable au goût. A la Chine,on cultive la madia saliva, dont les graines fournissent beaucoup d’huile fixe très-douce. Enfin il en est qui sont employées en teinture , comme les corolles sé-

USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES

chées du sqfranum ou du carthame , qui, quoique d une couleur jaune intense , laissent déposer dans l'eau, après y avoir été broyées et triturées, une fécule qui paroît verte lorsqu'elle est en couches épaisses , mais qui fournit, à l'aide des acides végétaux qui la fixent, la belle couleur de rose avec laquelle on teint la soie : la serraïule et plusieurs autres qui fournissent une couleur jaune solide.

"Le chardon à bonnetier, les scabieuses et les valérianes sont les plantes les plus connues de la famille des Dipsacées ( 49y). On sait que les calices de la première plante présentent des cardes naturelles avec lesquelles on tire la laine des étoffes qui ont été foulées. Les scabieuses ont reçu leur nom de ce qu'on les employoit autrefois en médecine dans les tisanes contre certaines maladies de la pe.iu. Toutes les espèces présentent cette particularité lorsque l'on casse leurs feuilles , que les portions détacbées restent suspendues et mobiles , étant retenues par les trachées ou les vaisseaux à air qui s'alongent et soutiennent ainsi les pièces à certaines distances les iines «les autres. Dans les siècles il ignorauce on s nommé mo'Stu'e du diable l'une «les espèces dont la racine se «iélruit en partie et semble alors avoir été rongée. Les racines des valérianes sont employée.^ en médecine. Celle de l’espèce dite sauvage est remarquable par son odeur fétide singulière , qui attire les chats qui la flairent avec une sorte de jouissance tenant de la fureur. On remploie avec succès dans les spasmes et les maladies nerveuses. Ou mange les teuilles de phtsieurs espèces en salade ; telles sont entre autres les mâches, autrement dites salade de poule ou coquilles,

Un très-grand nombre de Rcbiacées (500) sont employées en médecine; telles sont entre autres Vaspérule inui’uet, qui ne porte son odeur que lorsqu'elle est fauée; 1 espèce dite à Vesqninancie et le grateron , dont on fait principalement usage dans les maux de gorge , mais dont les racines fournissent aussi une couleur rouge à la teinture. C’est à des arbres rangés dans celle même famille , qu’est enlevée cette écorce précieuse appelée quinquina, qui est employée avec tant de succès pour la guérison des fièvres.

On en distingue de plusieurs espèces ; l’orangé, le rouge, le jaune , sont les principales. Ces arbres croissent naturellement dans l'Amérique méridionale , au Pérou et au Chili. En teinture, on obtient de la racine de garance, sur la laine et sur le colon, une couleur rougeâtre qui devient la base de l’écarlate, du ponceau et du rouge amaranthe. L'ipécacuanha du commerce provient le plus souvent des racines de plantes de cette meme famille, dont l une nous arrive du Pérou, et appartient au oenre psy cliotna, et l’.vutre, qui croît au Brésil, est un calhcocca. Nous n’oublierons pas le café ; ce fruit, originaire de l'Arabie, est maintenant cultivé en Amérique; ses graines sont touj'ours accolées deux à deux , et recouvertes par un petit péricarpe charnu, rouge comme une cerise. C’est de Paris que sont provenues toutes les plantations de café du Nouveau-Monde. Plusieurs pieds de ces arbrisseaux avoient été transportes par les Hollandais de Moka à Batavia , et de celle île à Amsterdam; de là il en parvint quelques individus au Jardin des Plantes de Paris, ou on les cultiva avec soin dans les serres ; l’un de ces pieds de calé fut confié à M. de dieux qui le porta à la Martinique.

Dans la famille des Caprifoliacées (601), nous trouvons le lierre et les avalies, dont le suc propre fournil une gomme-résine amère et aromatique ; le gui et le lorunthe , dont les baies contiennent une matière visquetjse très-singulière, analogueà la gomme élastique , et connue sous le nom de glu , avec laquelle on prend les petits oiseaux.

C’est même un fait Irès-curieax, que les semences du gui, enveloppées dans une baie dont le suc gommeux semble les envisquer, puissent cependant se propager en parasites sur des arbres souvent Irès-cloignés. On attribue celte dissémination aux grives : on prétend qneces oiseaux sontlrès-friands des fruits du gui; qu’ils les avalent ; mais qu ils n'en digèrent «jue la pulpe. La semence, en sortant de leur corps, conserve la faculté de germer ; il en résulte que . retenue dans les résidus de la nourriture , elle se trouve déposée avec eux sur les branches où elle doit se développer : par ce moyen , ces oiseaux sèment eux mêmes, comme on l'a dit, 1 instrument de leur mort. Les cornouillers ont un bois très-solide, qui est employé avec avantage pour faire des ridelles aux voitu-

USAGES ET SINGULARITES DES PLANTES

res , des barreaux de râtelier, des bâtons de traverses pour les échelles , des coins, des chevilles , ils donnent des fruits acides et légèrement astringens. L écoree intérieure du sureau est un médicament dont 1 infusion provoque la transpiration. Ou emploie,dans l'ouest de la France, les baies de ïièhle pour donner aux vins peu colorés une teinte plus foncée. La viorne stérile, dite boule de nei^e^ par son feuillage et la blancheur de ses fleurs, fait Tornement de nos bosquets artificiels, ainsi que l espèee qu’on nomme/««rierthym.

Les raçines, les feuilles et les graines des plantes Ombellifères ( 5ü3 ) fournissent aux arts , à l’économie domestique et à la médecine , plusieurs substances utiles. On mange les racines du panais ^ de la caroite, de la berle^ du chevvi de la terre-noix; on recherche principalement les jeunes feuilles dans le persil^ le céleri, le cerfeuil, le fenouil el Yangèlique ; enfin, parmi les graines les plus usitées , nous devons indiquer ïanis vert , fourni par une espèce de boucnge , la coriandre et le cumin, qui entrent dans la composition de la bière et comme un assaisonnement des mets dans le nord de l’Europe. La plupart des graines des ombellifères sont aromatiques , et leur odeur réside dans leur enveloppe extérieure, qui paroît destinée à les protéger contre l’attaque des insectes. Plusieurs espèces sont vénéneuses, entre autres , la ciguë, VœUiuse , Vœnanthe.

On emploie en médecine quatre sortes de gommes-résines , qui proviennent aussi des ombellifères; on les nomme ojmpanax, ammoniaque^galbanum et asafœlida. Cette dernière substance , dont l’odeur nous est si désagréable qu'on la nomme en Europe stercus diaboli , est cependant flairée avec beaucoup de plaisir par lés peuples d’Asie, et principalement par les Persans, qui la désignent sous le nom de mets des dieux. On l'obtient de la racine d'une espèce de férule.

Les plantes de la famille des Renoncui,acÉEs (506) peuvent être rangées en deux groupes d'après leur emploi : presque toutes sont remarquables par la beauté et la variété de leurs fleurs à plusieurs pélales, agréablement colorées, comme les anémones, les renoncules, les pivoines, la nielle ou Ddméril.

barbiche, Vadonîs , le pied d'alouette, \’ancolie. D'autres sont très-âcres , appliquées sur la peau , elles y font lever des pustules j prises à l intérieur , ce sont des purgatifs violeus ; tels sont la clématite des haies ou Vherbe aux gueux •, Y anémone pulsatile ; les renoncules, appelées douve, vénéneuse, scélérate; Y hellébore, \e stnphjsaigre ou herbe aux poux, Yaconit, le napel, Yactéeon herbe de Saint-Christophe.

Les sucs propres des plantes PapavéracÉEs (507) sont principalement employés en médecine ; ceux de Yar;;émone et de la chélidoine purgent fortement. Celui àeYéclaire, espèce de ce dernier genre de plantes, ressemble beaucoup, par sa couleur et ses propriétés, à la matière gommo-résineuse, qu'on nomme gomme-gutte. \iopium el ses diverses préparations , que les médecins ordonnent comme caïmans et soporifiques , proviennent d'une espèce particulière de pavot, qui croît naturellement en Asie et eu Afrique; on la nomme somnifère. On cultive eu France cette plante surtout dans les départemens du Nord, pour extraire de ses graines une huile de moins bonne qualité que celle d'olivés , et que les Italiens ont par mépris désignée sous le nom à'olietta; c'est de là qu'on l’a appelée improprement huile d'œillet. Elle sert principalement en peinture , et on en assaisonne souvent les salades. Ye coquelicot, dont les pétales séchés sont employés en médecine comme caïmans, appartient 'aussi au genre pavot. La fumeterre , plante très-amère dont on fait des tisanes , a été encore rapportée à celte famille, mais peut-être à tort.

C’est dans la famille des Crccifèees (508) qu’on obtient peut-être le plus de parties utiles; on mange les racines des radis , des raves, qui sont des espèces du genre raifort; celles des navets, des turneps ; la tige du chou deSiam-, les feuilles des diverses variétés du chou, du crarnbé maritime , du cresson, de la cardamine; les fleurs du Az-ocolis et du choufleur. On obtient de l’iiuile à brûler, dont par suite on fait des savons, avec les graines du senevé, du colsa , de la navette et de la cameline ; on emploie en médecine lecranson, autrement dit cochléaria , le cresson , le raifort, principalement contre le scorbut. Nous ne devons pas ou-

USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES

blier de mentionner ici Yalliaire , dont l’odeur se communique au lait des vaches qui la broutent ; ni les silicules bizarres de la ïunetièrc , dont le parenchyme se détruit si difficilement ; ni enfin la matière glauque qui protège contre l’humidité la plupart des plantes plus particulièrement appelées à végéter sur les bords de la mer. La graine de moutarde , réduite en farine et unie avec l’eau vinaigrée, sert à faire les sinapismes, et moulue plus finement, elle fournit une sorte d'assaisonnement pour nos tables. Les teinturiers obtiennent plusieurs couleurs des tiges et des graines du pastel ou guède.

Les l’ioliers, les giroflées , juliennes , les corbeilles d'or ou aljssons, sont en outre l’ornement de nos jardins par la couleur de leurs fleurs et le parfum agréable qu elles y répandent le soir.

I,a famille des Cappabidées nous offre un très-petit nombre de végétaux utiles , si nous en exceptons le câprier^ dont on mange les boulons tles fleurs confits dans le vinaigre , sous le nom de câpresj le réséda odorant , originaire d’Égypte, qu'on cultive dans les jardins à cause de 1 odeur suave qu’il y répand, et le réséda jaune, nommé aussi la gaude , qui fournit une teinture citron très-belle , surtout pour le coton. En précipitant la matière colorante de l’eau alumineuse , dans laquelle on a fait bouillir la plante , on produit l’espèce de laque jaune, nommée styl-de-grainjaune, employée principalement dans les peintures en détrempe et pour les papiers de tenture j mais cette couleur, qui est très-brillante , s'altère facilement 'a la lumière. Une autre petite famille voisine de celle-ci, comprend sous le nom de droséracées deux genres dont l'organisation et pour ainsi dire les mœurs sont intéressantes à connoitre 5 ce sont la parnassie , dont les étamines viennent successivement porter leurs antbères vers le pistil sur lequel elles s’ouvrent, et se flétrissent pour se retirer ensuite j ainsi que la dionée attrape-mouche de la Caroline, remarquable par la grande irritabilité des lobes de ses feuilles garnies de cils, qui se rapprochent lorsqu’un insecte vient s’y poser , et l'y retiennent comme dans une cage, tant qu’il fait des mouvemens pour s’échapper.

Parmi les végétaux utiles de la famille des

Érables et des Malpighiacées (5101, nous citerons le bel arbre appelé maronhier d'Jnde^ dont le premier individu apporté en France a été planté en 1615 à l'hôtel de Soubise j les erables, dont une ou deux espèces d’Amérique contiennent dansleursève un sucre abondant, qu'on en extrait et qu’on vend dans le commerce. Les familles suivantes ne renferment que peu de plantes remarquables par leurs usages. Nous citerons cependant le camboge ou guUier des Indes orientales, c’est un grand arbre qui produit ÏAgomme-gulte , substance d’un jaune brun, ou peu résineuse , inodore, qu’on emploie en médecine contre les vers , et qui fournit, pour la peinture en détrempe, une couleur jaune-dorée, solide ; les mangoustans , cultivés dans les mêmes pays à cause de l'utilité de leur ombre et de la saveur délicieuse de leurs baies , que l'on compare à celles du raisin ,de rorange,de la fraise et de la cerise, le mamei ou abricotier d’Amérique, dont les baies ont une chair lerme, sucrée et parfumée, analogue à celle des drupes de l’abricotier.

La plupart des arbres ou arbrisseaux de la famille des Hespérjdées (5l2) fournissent des feuilles, des fleurs et des fruits Irèsaromaiiques. C’est parmi eux qu’oii range les végétaux qui donueut les oranges , les citrons , les cédrats , les bergamotes , les bigarades , les Limons et les pamplemouses , dout les fleurs ont une odeur si agréable, et qui procurent des huiles volatiles, des acides très-importans au commerce , ainsi que des bois dont le tissu serré et la couleur jaune variée fournissent à l'ébénislerie des plaques susceptibles du plus beau poli. C’est dans une famille voisine, celle des camellicrs , qu'on doit rapporter ces celles plantes d’ornement qui nous vienneut de la Chine, et qu on assure êU’e employées pour aromatiser les thés,, qui sont des feuilles desséchées et roulées. Les diverses sortes de thés proviennent de petits arbrisseaux qu’on cultive principalement à la Chine et au Japon.

Un ne fait usage en Europe de l'infusion de ces feuilles que depuis 1 année 1066.

La vigne , est le végétai le plus intéressant de la lamiUe peu nombreuse des Sarmemtacées ( 514/. Cet arbrisseau dont on connoit maintenant beaucoup de variétés, se propage principalement par marcottes. Il

USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES. 131

est originaire d’Asie. Son fruit, qu’on nomme raism, mûrit en automne. On Je recueille pour en obtenir , par l’expression , des liqueurs qui sont appelées vins quand on les laisse fermenter jirsqu’à un certain point où le sucre se fait encore reconiioîlre par sa saveur ; et -vinaigres , quand cette saveur est devenue très-acide (295) . Lorsqu’on distille le vin , on en obtient une liijueur spiiitueuse , qu’on nomme eau-de-vie ^ quand elle est foible, eta/coùonorsqu’elle est distillée plusieurs fois ,et quelle est ainsi devenue plus inflammable , plus légère et plus forte, on la nomme aussi esprit-de-vin.

C est avec l’alcohol, le sucre et d’autres matières sapides et odorantes que sont faites la plupart de nos liqueurs. L’aJcohol dissout beaucoup de substances, comme le camphre, les résines j il constitue alors les teintures alcoboliques que l’on emploie en médecine , et les vernis , dits à l’esprit-de-vin , dont on se sert dans la peinture.

On cultive la plupart des Géramées (515), à cause de la beauté de leurs fleurs , et trèssouvent de leur feuillage. Toutes ces plantes offrent une élasticité très-singulière dans les enveloppes de leurs graines. Chez plusieurs géranions , par exemple, chacune des cinq semences est prolongée par un appendice qui, avant la maturité , reste collé au style avec lequel il forme une pointe unique ; mais par le dessèchement, ces longues arêtes se détachent, se roulent en spirale avec force, et lancent au loin la graine à laquelle elles adhèrent. Dans la balsamine la capsule cpii contient les graines s’ouvre, à 1 époque de la maturité , en cinq yalves qui se contractent et se roulent en dedans. Ce petit phénomène s'opère souvent au moindre contact J de sorte qu’il paroîtroit que la plante n’attend que le moment où on la touche pour le produire. C’est probablement à cause de cette particularité eju'on l’a encore nommée Vimpatiente. On observe quelque chose d’analogue dans les fruits de la capucine. C’est une plante voisine de cette famille, et appartenant au genre oxalide, qui fournit principalement l’acide oxalique qu’on vend dans Je commerce, uni avec la potasse, sous le nom de sel d'oscille. La plante est appelée sut elle ou alléluia ; il y a deux espèces de ce genre , dont les feuilles et les fleurs se flétrissent instantanément sous le doigt, lorsqu’on vient à les toucher.

Presque toutes les Malvacées (516) contiennent un suc mucilagineux , qu’on emploie beaucoup en médecine; on l’extrait des racines, des tiges et des fleurs , principalement des mauves et guimauves. C’est à cette famille qu'il faut rapporter les cotonniers, original)es, pour la plupart, de l’Asie et de r Afrique , de l'Égypte, de la l’erse, et des Indes Orientales, mais dont on a cultivé aussi beaucou|) d’espèces en Amérique.

Celui-ci fournit au commerce le coton dit des îles , tandis que l’autre est appelé du Levant, ce dernier est maintenant plus rare.

Ce duvet laineux qui entoure les graines, se vend sous le nom de coton ; on en fabrique diverses étoffes. Le plus fin et le plus recherché est celui de Chypre; celui deSiam est naturellement de couleur marron. Le bombrix ou fromager fournit aussi un coton semblable à celui de Siam, même plus soyeux , mais dont le duvet est trop courttrop lisse , et n’a pas assez de ténacité pour être filé seul et pour supporter de longs frottemens. Le baobab du Sénégal est voisin des deux genres précédons. C'est de tous les arbres connus celui qui atteint les plus grandes dimensions en largeur et en épaisseur, car il n’a guère que trois à quatre mètres de hauteur ; mais Adanson a vu des troncs de dix-huit à vingt mètres de circonférence, et des fleurs de quarante-huit centimètres de pourtour. Il a estimé que quelques uns de ces troncs pouvoient être considérés comme ayant près de six mille ans d’existence. Le cacao provient d un arbre de cette famille des malvacées ; c’est une espèce d’amande qui fait la base du chocolat lorsqu’elle est réduite en pâte après avoir été torréfiée. Ou le cultive principalement au Mexique et dans les Antilles; Je plus estimé provient de la côte de Caraque. Ses semences sont renfermées dans une grosse capsule alongée , semblable à nos concombres, qui en renferme de vingt-cinq à quarante. On retire des semences du cacaoyer une huile fine qui reste concrète à la température de notre, atmosphère, et qu’on nomme beurre de cacao.

Tous les arbres de la famille des Tdlipi- FÈREs i5l7), sont remarquables par la beauté et la grandeur de leurs fleurs et de leur feuillage. Idanis étoilé de la Chine provient

HO USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES

des capsules des badianes ou ilicions , dont Técorce est aussi très-aromafir|ue. Les magnoliers de la Floride et de la Caroline sont cultivés dans nos orangeries à cause de la beauté de leurs feuilles toujours d'un vert foncé, et de leurs fleurs très-grandes et d'un blanc de neige. Les UiUjiiers de Virginie•> accliinalés dans nos jardins , se fout remarquer par leurs feuilles tronquées, garnies de stipules caduques; et par leurs fleurs vertes , jaunes et rouges comme panachées.

Les racines de simavouha , qu'on emploie souvenlen médecine contre les dyssenlerics, appartiennent à une espèce du genre «yuussfe dont toutes les autres espèces sont aussi très amères, et considérées comme toniques par les médecins qui les emploient beaucoup dans cette intention.

Les végétaux les plus utiles parmi les plantes qui viennent ensuite dans la méthode de Jussieu, sont p.irmi les Ako» ées (.517), les corossofiers qui fournissent en Amérique des fruits délicieux, comme la pomme cannelle»

la cherimoya qu’on cultive maintenant avec succès en Espagne. Parmi les Mémspermées (518), nous citerons la coque du Levant ^ qui est la baie desséchée d'une espèce du genre même des ménispermes , dont les fruits fournissent un remède contre certains insectes qui s’attachent à la peau de l'homme, et sont aussi employés comme appât pour enivrer le poisson. Dans la famille des Behbéridées , nous ne trouvons guère que les vinetliers , dont les fruits acides, connus sous le nom d épine-vinette, sont confits avec le sucre; dans celle des TiliacÉES (519). les tilleuls, dont les fleurs sont employées en médecine et dont les écorces fournissent des cordes solides ;dont le bois léger se conpe en tous sens, et sert à faire des statues, des bobines, des copaux trèsminces, qn'on entrelace ensuite pour en former des chapeaux et des nattes légères.

Un arbre de l’Amérique méridionale, voisin des tilleuls qu’on nomme bixn orellana, présente , dans la pulpe qui recouvre ses graines , une matière rouge qui sert en teinture sous le nom de rocou.

Plusieurs espèces de Cistes (520) fournissent un médicament fort énergique , qui est la gomme-résine, connue sous le nom de lahdanum ou ladanum. Les étamines de

quelques ci.stes présentent une sorte d’irritabilité notable ; lorsqu’on dérange légèrement, avec la pointe d'un style, la base de leurs filets , ou le.s voit bientôt se dresser et tendre à s’écarter régulièrement des pistils. La Violette odinante , la pensée , et une espèce de ce genre qui foutnit une sorte d’ipéeai uanha , sont voisines de cette famille. Parmi les Rutaoées , se trouve le ^ayac d’Arnériipie dont le bois très-dur est employé dans les arts industriels pour faire des potilie.s, des roulettes , des roues dentées , et surtout pour en former les dents qui doivent s’engrener dans le.s creux des lanternes, f.a re'sine, qu’on extrait du gayac, sert aus.si en médecine. On place encore ici VAj'raxinelle et la rfè? , dont l’odeur est très - dé.sagréable ; ainsi que la mélianthe d Afrique, (pii a reçu son nom de la liqueur miellée que di.stilleiit ses fleurs.

C'est à la famille des Cartophillées (521) qu’appartiennent \es œillets , qui présentent beaucoup d’espèces et de variétés très agréables parleur parfum el la couleur de leurs pétales ; ainsi que le lin , désigné par les botanistes sous le nom de très-usité. Il croît naturellement dans le midi de l Europe ; nous en avons tiré un très-grand parti par la culture. C’est dans les tiges de cette plante qu’on trouve les filamens déliés, fermes et soyeux , dont on fait les toiles si employées parmi nous. F^oiir obtenir ces fils, ou fait subir aux lige.s une opération qui porte le nom de rouissage. C'est une altération produite par l’action de Peau et de l’humidité > qui leur enlève une sorte de gomme ou de gluten. Les graine.s du lin fournissent une huile siccative, qui sert principalement dan.s la peinture des bâtimeus, et qui fait la base de l’encre des imprimeurs. Le mucilage/lont elles abondent se trouve principalement à leur surface , et c’est à sa présence qu elles doivent le poli qui les caractérise.

La plupart des plantes désignées sous le nom de Scccm.ENT'-^s, ou de plantes grasses, comme les joubarbes , les suxifmp^es , les caetiers, les pouriners, le.s ficoïdes ,ne sont remarquables en général que par la beauté de leurs fleur.s ou par la singularité de leurs tiges. La glaciale ou cristalline est dans ce dernier cas; elle a emprunté son nom des petites vésicules remplies d’un suc Iranspa-

USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES

rent qui lui donnent la fausse apparence d’une plante couverte de petits glaçons. La plupart des Ficoides (524) fleurissent pendant les plus grandes chaleurs ; on a observé que leurs fleurs ne |)ersislaient que pendant quelques heures, mais que si on les privoit de leur calice , elles restoieut épanouies beaucoup plus long-temps. Les semences de quelques espèces sont employées dans la préparation des maroquins, et les cendres de la plupart des espèces maritimes fournissent une grande quantité de soude de très bonne qualité. On mange les fruits de quelques nopales ; après les avoir privés des épines qui les protègent on a observé que les personnes qui en faisoient usage rendoient des urines colorées en rouge; fait remarquable en ce que les cochenilles qui vivent sur ces plantes fournissent la belle couleur rouge de l'écarlate et du carmin. C’est à Tune des familles voisines que l’on rapporte le genre des gvoseillers , qui comprend le cassis, la groseille à maquereau, et toutes les autres variétés à tiges épineuses et à baies non en grappes.

On trouve parmi les Myrtées ( 530) plusieurs plantes très - agréables , comme le syriniias ou philatlelphes, dont les fleurs sont blanches et nombreuses grenadiers, dont on mange les fruits sous le nom de grenades , et dont les fleurs desséchées . et surtout les calices , portent chez les pharmaciens le nom de bntusies ; les myrtes, les mélaleucas , dont les feuilles odorantes de l une des espèces fournit par la distillation l'huile volatile dite de cajeput, qu’on emploie en médecine ; enfin l’arbre qui produit les gérojlcs ; ce sont des boutons de fleurs desséchées qui prennent la forme de clous:

Le giroflier est cultivé principalement k Amboine , à Ternate et à l lsle-de France.

C'est encore à cette famille qu’on rapporte Yangolnn du Malabar , dont on dit les baies d’une saveur délicieuse, ainsi que celles du ^oj^«wcr d’Amérique et d’Asie.

C’est dans la famille des Rosacées (532) que se trouvent rangés la plupart des arbres et des plantes qui nous fournissent les fruits les plus agréables : les uns portent des fruits à pépins comme les pommiers, les poiriers, les coignassiers, les néfliers ; les alisiers les sorbiers. Le bois de la plupart de ces

arbres est d’un tissu serré , dur et susceptible d'un beau poli. Les ouvriers en bois s'en servent pour monter ou garnir leurs outils : ainsi celui du poirier eide l'abricotier sert aux menuisiers pour leurs rabots ; celui du merisier est recherché par les tourneurs pour les chaises ; celui du néflier pour former le ressort de leur tour ; celui de l’alisier pour en faire desfliiles.des fifres, etc. D’autres ont les baies succulentes , comme la ronce. , le /l'amboisier, le fraisier; un plus grand nombre des drupes ou fruits à noyau .. comme les cerisiers. Le cerisier ordinaire est originaire du Pont, rapporté de Cérasonte en Italie par Lucullus , après la victoire qu’il remporta sur Mithndate en l’an de Rome 680. Les merisiers, les laurierscerises ou amandes , le mahaleb , dit à tort bois de Sainte-Lucie , sont du genre cerisiers ; les pruniers , les abricotiers sont originaires d'Arménie en orient ; le noyau de l'une des espèces cultivées en Dauphiné , à Briançon , fournit l'huile dite de marmotte.

Les amandiers, les pêchers . Valbcrge , la parie, le brugnon , sont des fruits de diverses espèces de pêchers ; enfin , c’est encore là qu’il faut ranger les rosiers , dont les fleurs sont si agréables par leurs partums et leurs couleurs. Les usages de ces plantes sont trop connus pour que nous nous y arrêtions.

Les graminées sont les seules plantes qui offrent à l’homme plus d’alimens encore que la famille des Légomikeuses (533) , laquelle est très-importante à connoître. Nous y trouvons des racines , des liges, des feuilles et des graines très-utiles, comme nourriture, comme médicamens et comme substances propres aux arts ; il suffira de les nommer.

C est, en graines propres à la nourriture de l’homme et des animaux, les haricots, les féres , les pois, les lentilles, Içs garvanches ou pois chiches , les caroubes , les pistaches de terre ou arachides dont on extrait une huile , et beaucoup d'autres qui ont des tisages particuliers, comme la flve de Tonkn , avec laquelle on parfume le tabac ; les graines de divei'ses espèces des genres érythrines et abrns , avec lesquelles on fait des colliers , des chapelets , des breloques , sous le nom de graines d’Amérique, remarquables par leur belle couleur rouge corail, tachetées de noir ; en fourrages pour les bestiaux, les trèfles, les sainfoins ou

USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES

esparvettes , les vesces^ les luzernes ^ en fleurs agréables , la cassie ou acacia de JParnèse , 1» ^csse odoi^nte on pois fle senteur , le ganét d'Espagne ; en racines nulritives , celles de la gesse tubét'euse qu'on cultive en Hollande^ et celles de plusieurs espèces de haricots dont on fait usage dans 1 lude J en substances propres à la teinture, les bi-ésillets des Indes , de Fernambouc et de Campéche , qui donnent une couleur violette ; les fécules de divers aniis ou indigos J qui croissent sous la idne torride , et qui donnent la plus belle et la plus solide couleur bleue. Nous y trouvons en médecine, le seW, la casse, qui sont fournis par un même genre de ce dernier nom ; les feuilles de séné du commerce contiennent des folioles de deux sortes de casse et d'une espèce de cynanchumj les follicules de séné qui sont des gousses de casse naturellement trèsplates; le tamarin , les huiles de ben et d’arachide; les poils qui recouvrent les gousses de certains haricots ou stizolobies qu'on nomme pois à gntUer , le baume ou mieux la térébenthine de Copahu , 1 1 copaie et la résine animée du dourbaril ou hj'mènée , la gomme laque de Verythrina , la gomme arabique ou du Sénégal qui est fournie par nn acacia , ainsi que le cachou , substance ti-ès-aslringenle , analogue au tannin ; la racine et le suc de rigtisse , improprement dit jus dans les boutiques; la gomme adragante, qui provient d une espèce d'rtsfrugafc. Enün, en plantes curieuses et singulières par le mouvement instantané de leui-s feuilles , les sensitives et le sainfoin osciiiant.

Les plantes de la famille des TérbbinthacÉEs (534) fou missent des matières résineuses connues sous le nom de baumes ; elles sont presque toutes étrangères à notre climat ; tels sont la résine èiémi^ Vopohalsamum ou baume de la Mecque, celui de 'i'olu , Je mastic , l 'encens , la térébenthine de Scio la mjrrrhef quisontprincipalemeiitehiployés en médecine; c'est encore à ce groupe qu'appartiennent le pistachier , le noj'er^ l’anacarde, dans les fruits desquels on trouve «ne amande huileuse protégée par une écorce qui contient un suc âcre et caustiqtie ; la pomme d'acajou , Irait du cassuvium d'Amérique; les wmn^as des Indes , le Jiistet dont le bois sert en teinture pour obtenir la couleur jaune-orangée; et enfla le sumac, qui sert à tanner les cuirs. Il est remarqua¬

ble que la plupart des arbres de cette famille couüeunenl des sucs très-astringens.

Parmi les FRANGetACÉEs (535), les baies de plusieurs especes de nerpruns servent dans la teinture el dans la peinture ; U graine trAingnon et le vert de vessie proviennent de ces arbrisseaux ; on en fait aussi un sirop purgatif : c'est avec les nerpruns qu'on range I arbre qui donne les jujubes ; le houx dont dont l'e'corce fr.siche fournil une sorte de glu (6vl5), et dont les tiges séchées au four et bien dressées , servent à faire des verges ou des manches de fouets très-solides ; le Jusain et la pouine ou bourgène, dont les bois fouriiisseul un excellent charbon pour le dessin et pour faire la poudre à canon.

Toutes les plantes de la famille des Ec- PHORBTACÉss (538) sotit suspectes ; elles contiennent un suc âcre et corrosif, sous forme d'émulsion, qui , pris à l'intérieur, produit quelquefois la mort. C'est la quba range les tilhj-males , 1 , le mancenilier des

Indes, dans la sève duquel on dit que les sauvages trempent leurs flèches pourles empoisonner. Cependant on trouve quelques végétaux très-utiles dans celte même famille; tels sont, entre autres, cette espèce du me'dicinier on jatropha , dans le suc empoisonné duquel on va chercher la farine appelée manioc , dont on fait la cassave et le tapioca ; diverses espèces de ci'oton fournissent aux arts, à réconomie domestique et à la médecine , des produits intéressaus. La cascarille ou quinquina gris aromatique est l'écorce d’un arbrisseau de ce genre qui croit au Paraguay ; la laque de Ceylan qui donne un beau vernis; Varbt'e à suif ou croton delà Chine, dont les graines fournissent une sorte de graisse avec laquelle on fait des chandelles ; l'hévée de la Guiane , dont le suc épaissi se change en cette matière éla.stique appelée caoutchouc ou gomme élastique (291) ; le tournesol du Languedoc, avec lequel on fait des teintures communes , bleues et violettes ; le buis, dont le bois jaune, dur et très pesant, est susceptible d'un beau poli. Les tabietiers eu font des peignes , des boites vissées, des tabatières ; il est aussi employé par les graveurs sur bois parce qu'il est dur , et que, quand il n’a pas de nœuds, il se laisse couper en tous sens. On fait aussi avec ce bois des ta-

USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES

balières sur le couvercle desquelles on fait saillir en relief des figures, en soumettant le buis à l’action d'un liquide bouillant-, et en le faisant presser fortement et refroidir dans un moule d acier ou d’un autre métal solide gravé en creux, dans lequel le bois se trouve imprimé en saillie. Les graines duA icin ou pairna christi^ fournissent une huile purgative, mais qu'on peut priver de celte propriété et rendre beaucoup plus douce , et qui offre cette particularité que, quoique rangée avec les Imiles grasses, elle est cependant soluble dans l’aicobol et l’éther. La plupart des plantes de cette famille offrent une particularité remarquable paria manière dont elles se disséminent; leurs graines, contenues dans des coques membraneuses, y restent renlermées jusqu'à 1 époque où une grande sécheresse , produite parla chaleur de 1 atmosphère, lait éclater subitement les loges qui les renferment; elles se trouvent lancées alors à une grande distance; c’est une observation que l’on peut faire sur la plupart de nos tithymales , des ricins , mais qui est surtout remarquable dans les coques réunies du sablier.

Ce sont principalement les péricarpes des plantes Cucurbitacees (5.37) qui servent comme aliment , à cause des sucs abondans et sucre's qu ils contiennent. 11 suffira de citer ici les misions , les pastèques , ‘‘les citrouilles ou potirons^ les giraumons , les pastissons , les concombres , dont les jeunes 'fruits, confits dans le vinaigre, sont mangés sous le nom de cornichons. Quelques-uns de ces fruits ont une enveloppe ligneuse qui peut servir de vase , lorsqu’on l’a privée de sa pulpe intérieure; telles sont les diverses espèces de courges, de gourdes ou de calebasses. Enfin , il est des espèces de ce genre dont les fruits contiennent une pulpe blanche , spongieuse , excessivement amère , très-purgative, dont on faisoit autrefois usage en médecine ce sont les coloquintes. La beauté et la singularité des organes de la fructification dans les grenadilles , qu’on nomme encore passiflor es , ou fleurs de la passion, méritoieut seules que nous les mentionnions ici. ün a voulu voir dans les feuilles de quelques espèces, une forme de lance ; dans les vrilles , le fouet ; dans les trois styles de la fleur, les clous; dans les verticilles du calice tachetés de rouge, la couronne d’épines ensanglantées ; enfin tous

les instrumens de la passion ; mais leurs fruits qui sont formés d’une pulpe acidulé rafraîchissante fort agréable au goût, rendent ces végétaux très-utiles à l'Amérique méridionale , dont ils sont la plupart originaires. On retire de la racine de bryone ou couleuvrèe une fécule ou farine très-nourrissante qui est analogue au manioc; le suc du papayer des Indes est employé contre les vers, et l'on en mange les fruits.

Parmi les Urticées (539) nous remarquerons les figuiers et les mûriers, dont les uns nous donnent des fruits muciiagineux et sucrés , tandis que d’autres fournissent par leur bois une couleur jaune , très-brillante, que l'on emploie dans la teinture et dans la peinture. C'est encore dans ce dei-nier genre que se trouvait l’arbre qui fournit des fibres dont on lait, à la Chine, une espèce de papier; il est maintenant naturalisé en Europe, et 1 on en a fait un genre sous le nom de broussonnetie. L’un des végétaux les plus remarquables de cette famille est le jaquier ou arbre à pain {arclocarpe découpé) , dont les fruits , très-gros et charnus , servent de principale nourriture aux habitans des îles de la mer du Sud. Les orties et le chatwre, qui fournissent des fils très-solides avec lesquels on fait des cordages et des toiles grossières; la graine du chanvre appelée chéneuis, sert de nourriture aux oi.seaux, et donne une huile propre à brûler. C’est encore là qu'on rapporte le houblon, plante cultivée priucijialemcnt dans les départemens du Nord, pour en obtenir les graines qui entrent dans lu composition de la bière; et enfin le poivre, qui ne se trouve point en Europe, mais dans les régions les plus chaudes des autres parties du monde, et dont les fruits ou les petites baies séchées et réduites en poussière, servent aux assaisonnemens ; le meilleur vient des Indes, principalement de Java et de Sumatra. C est une espèce de ce genre qui produit le poivre à queue ou cubèbe des Indes orientales, employé en médecine,

Presque tous les arbres qui servent à notre chauffage et à la construction de nos édifices , appartiennent aux plantes à chatons ou aux Amebtacées ( 540 ) ; il suffira de citer les peupliers, les trembles, le platane, le hêlî'e. Je charme, Vorme, le chêne, le mi-

USAGES ET SINGULARITÉS DES PLANTES

cocoulier. Le bois de charme , étant d’nn tissu 6n et très-serré , prend beaucoup de solidité, lorsqu'il est sec et qu’il a opéré sou retrait. Il sert alors avec avantage pour faire des roues dentées, des vis à pressoir, des maillets, des manches d'outils, des masses j il n'est pas propre à la menuiserie, mais les tourneurs l'emploient. Comme , par sa végétation et son feuillage, il garnit beaucoup , on s en seit pour faire des palissades de verdure qu on nomme charmilles. C'est avec le bois de micocoulier de Provence qu'on fait les meilleures fourches , les manches de fouets dits de Perf^iÿn in. Si le bois de châtaignier n’est pas très-propre au chaufl'age, il fournit d'excellentes pièces de charpente pour les édifices, surtout dans les parties élevées ; les branches droites sont employées pour faire des lattes à treillage , des cerceaux pour les futailles,les tonneaux et les cuves ; des éclialas pour la vigne ; on en fait encore des corbeitles, de>chaussures, des couvertures de cabanes On présume que le cuir de Russie doit son odeur à une sorte de goudron qu'on obtient de l'écorce du bouleau par faction du feu. Comme le bois de l’aulne ne s altère pas facilement dans 1 eau, on en forme des pilotis pour les digues des rivages , des corps de pompe et des tuyaux de conduite pour les eaux j on en fait des échelles, des perches, des pelles, des sabots, parce que ce bois est solide, quoique léger.

D’autres arbres nous fournissent des graines nourrissantes, des huiles, de la cire, des boissons agréables ; tels sont les noisetiers ou cuudiievs; les hêtres ^ dont les fruits se nommentyàénes ; les qui pro¬

duisent les marrons ; les lujuidumbars d Amérlque et du Levant, qui donnent des résines très-odorantes, et l’arbre à cire verte de la Louisiane , qu’on nomme cirier et qui a|>partient au genre gale. Quelques-uns servent de liens, de vergetles , de balais , comme les saules , les osiers, les bouleaux ; c’est la sève d'une espèce de ce dernier genre qui fournit une sorte de vin, et dont l’écorce est employée par les habitans du Kamtschatka et ilu Canada , pour faire des barques ou dos pirogues. Enfin , le tan , ou les écorces de plusieurs espèces de chêne contiennent un suc astringent qui préserve les matières végétales et animales de la pourriture ; c'est ce qu’on nomme tannin , et la macération de ces substances avec l’infusion du tan , est appelée tannage. C'est ainsi qu'on prépare les cuirs dont on fait les souliers. L’écorce «lu quercitron d'Amérique

fournit à la teinture une belle couleur jaune très-solide. Enfin , le Itéi^e , cette substance légère et élastique, employée à diverses usages à l'économie domestique , est l'écorce d'une autre espèce de chêne qui croît dans les conti-ées méridionales de 1 Europe. Les fruits des chênes se nomment ; les

cochons en sont fort avides.

Presque tous les arbres qui conseivent leur feuillage pendant l’hiver , et dont les fruits forment un cône (541) , sont en général des plantes odorantes ; dont le bois solide et résineux est exlréoiement utile, surtout dans les charpentes et pour les mâtures, des vaisseaux. On en relire des huiles volatiles, connues sous le nom «le térébeuithine , d'huile ou d’essence de térébenthine; des poix ou résines plus ou moins solides et colorées, suivant (|u'on emploie ou non l’action du feu pour les extraire ; telles sont le galipot, qui est la partie résineuse qui se concrète naturellement à l'air sur les écorces des pins maritimes; la lésine, proprement dite , qui s’obtient eu soumettant à faction de l'eau froide , le galipot fondu , filtré et encore très-chaud ; la colophane qui provient du résidu de la distillation de la térébenthine, pour en obtenir 1 huile volatile; on la nomme aussi brai sec; la sandaraque, qui découle «fune espèce de thuya de Baiharie; le brai gras est un mélangé de parties égales de brai sec, de poix grasse et de goudron. La poix noire et le goudron proviennent de la combustion lente des parties résineuses. Enfin le noir de fumée est fourni par la combustion de difl'éreriles résines grossières que l’on lait brûler lentement dans des lieux presque clos et où la fumée est recueillie sur des toiles grossières. Les principales espèces parmi les conifères, dits encore arbres verts , sont f, le cjprès, les ihujas, les pins, les sapins, les mélèzes, les cèdres, les genévriers, avec lesquels on range la sabine; les fruits «finie espèce de ce dernier genre ressemblent à des baies; ils sont très-odoraiis ; ou en retire par la fermentation une boisson très aromatique et peu estimée. L'eau de-vie dite de genièvre est de f alcohol de grains aromatisé avec les fruits du genévrier. C'est aussi d’une espèce de genévrier de "Virginie , impropr.ement appelé cètlre , qu on obtient le bois tendre, odorant, dans lequel on enchâsse le carbure de fer, dont on fait les crayons dits de mine de plomb anglais, avec ou sans coulisses.

DES ANIMAUX EN GÉNÉRAL

Page 1