HUITIÈME ORDRE
insectes aptères.
Tous les insectes qui appartiennent à cet ordre des Aptères, ne prennent jamais d’ailes , ainsi que leur nom l’indique ; mais ce caractère négatif rapproche des animaux très-différens les uns des autres; d’ailleurs, plusieurs insectes ne portent jamais d’ailes, quoiqu’ils subissent des métamorphoses , de sorte que cet ordre est lout-à-fait artificiel. Pour avoir une idée juste des insectes qui le composent, il faut les comparer avec ceux qui appartiennent réellement aux autres grandes sections de la classe, pour les distinguer au moins par voie d’exclusion. Les aptères n'ont jamais d'élytres ni rudimens
(1) L’araignée, le cloporte, le pou (800.)
(2) Les mouches , les taons , les cousins , les tipules (PI. 1, fig 16); (814.)
(3) Les punaises, les cigales (Pl. i, fig. 20—21,- PI. iii, fig. 9), (842.)
d’ailes ou d’élytres ; ils ne subissent pas de métjimorphoses. Leurs mâchoires sont sans appendices, ou galètes (895), leur abdomen n’est pas pédicule, à moins qu'ils n'aient plus de six pattes , et ce nombre suffit pour distinguer la plupart des aptères à mâchoires.
Les insectes sans ailes peuvent être divisés en deux grandes sections ; dans, l’une seroient rangés tous ceux qui n’ont point de mâchoires, comme les puces, les poux, les tiques, sous le nom de parasites. Tous les autres ont des mâchoires et forment la seconde section ; mais chez les uns l’abdomen est bien distinct du reste du corps, comme
(4) Les papillons (Pl, in , fig. 14); (828.)
(5) Les abeilles , les guêpes ( Pl. I, fig, 7 et 8) (853.)
(6) Les demoiselles, les éphémères (fig. 6)- (880.)
(7) Les blattes, les sauterelles, les forficules (fig.5); (893.)
(8) Les scarabées , les hannetons (fig. J et '’) • (899.)
DES INSECTES APTÈRES
«laDS les araignéesf les /orbicines^ les ricins ; chex les autres on ne peut (us distinguer le rentre d'arec le corsdiet, comme dans les cloportes et les müle^îeds,
On a donné le nom de Pa»jisittss ou Rhimaptères aux insecte de la première famille, parce qu'ils rirent sur le corps des autres animaux qu'ils sucent. Leur tète est distincte du reste du corps.et,comme le second nom de la famille l’indique, ils ont un suçoir mais pas de mâchoires ; ils se distinguent en gaues d'apr^ le nombre et la forme des pattes ainsi que par la disposition des antennes. Les uns, comme les tùfmesj ont huit pattes ; les autres n'en ont que six.
Les tiques J Ifô mûtes, les cirons, rivent sur les autres animaux : on en trouve une espèce dans les boutons des animaux attaqués de la gale, et ou croit qu'elle produit cette maladie. On en a, depuis peu, fait un genre distinct : c'est le smrctqne, nom qui signifie piqueur de chair. Sa tète, son corselet et son rentre sont distincts par des incisions : ses buit pattes garnies de poils sont terminées par de petites résicnles. Le rouget ou 6ête-<r«o«i< est très-roisin de ce genrej il n'a que six pattœ relues , les palpes remplacent la paire antérieure. Cet insecte est très-incommode, en autonme, par,les démangeaisons qu'il occasione : on le détruit arec l'alcohol pur et le rînaigre fort, avant que la peau ait été écoitdtée par le frottement, suite du prurit qu'il dètemùne. On trouve sur les oreilles des chiens de chasse, sur les léxards, sur les oiseaux même, une grosse espèce de tique, on la nomme ixode ou cynor^este .* elle n'a pas pas d'jeux distincts; sa tète est très-petite, ainsi que les huit pattes qui sont toutes rappro<diées ; son abdomen est susceptible de prendre le volume d'une graine de ricin à laquelle on a comparé cet insecte , en le désignant aussi sous ce nom. Les hommes même en sont souvent attaqués quand ils vont dans les bois. D'autres cirons, dont on a fait des genres particuliers, se rencontrent dans les poumons des poules et des vieux coqs.
Les poux sont aplatis, et n'ont que six pattes courtes, égales entre elles, avec le dernier article en orocbet : leurs antennes
sont composées de ônq pièc^ distinctes , articulées. Toutes les espèces de ce genre se trouveut sur des mammifères ; elles conservent toute leur vie la forme qu'elles avoient en sortant de leur oeuf, qu'on nomme lente.
Chaque mammifère paroit nourrir une espèce particulière de pou ; le plus ordinairement même il y en a deux espèces sur chacun. Ainsi l'homme en a deux espèces : l'une qui vit dans les cheveux ; et l'autre qui préfère les sourcils, les poils des aisselles et des autres parties du corps. (1)
Les puces ont le corps comprimé, et leurs pattes de derrière sont plus longues et propres au saut : elles s'élèvent â plus de deux cents fms leur hauteur. Elles ne naissent pas avec la forme qu'on leur connoit ; leurs œufs donnent de petites larves sans pattes, qui se nourrissent de quelques gouttes de sang coagulé, que leurs mères ont sans doute fait sortir du corps des animaux qu’eUfô piquent, ou peut-être du sang qu'elles ont sucé et qu'elles rendent ensuite. Elles ont une grande vivacité et ne sont occupées qu’à se nourrir. Quand elles ont acquis toute leur croissance, elles se filent une coque et subissent une métamorphose complète; seul exemple connu parmi les aptères. Il y a en Amérique une espèce de puce qui pénètre sous les ongles des orteils, et qui fait beaucoup souffrir : on la nomme awgaou chique.
On est bien certain maintenant que c'est une puce ; nous avons observé des individus qui provenoienl de ce pays. (2)
Les ricins forment un genre très-voisin des insectes aptères parasites ; leur tête et leurs mâchoires sont faciles à distinguer à la loupe : leurs antennes sont très-courtes. Ils n’ont que six pattes. Leur abdomen, arrondi à rexlrèmité, n’est pas terminé par des poils : on ne les a encore observés que sur le corps des oiseaux ; aussi a-t-on proposé de les nommer omithomjezes ou suce-oiseaux. Chaque oiseau paroit en nourrir deux espèces différentes; l'une alongée et l'autre arrondie.
On en trouve sur presque toutes les plumes, principalement à la base des pennes des ailes, et sous les aisselles et le cou.
(l ) Ob voit la tête très-grossie d'ae poo i U Pl. m, fig- 16, B-
(2) Ob voit la tête d'nne pacegrossie, Pl. Ui, fis. 16. A.
DES INSECTES APTERES.
Après ces insectes parasites à abdomen distinct du reste du corps, on peut étudier ceux qui, comme les araignées , n"ont point d’antennes, et qui ont un gros ventre, sans pattes. La tête est réunie à un corselet qui porte huit pattes (PI. i, fig. 25) : on les a désignés sous le nom d’AcÈEss. Presque tous ces insectes sucent leur proie, quoiqu'ils aient des mâchoires (1). Aucun ne subit de métamorphose complète ; mais ils changent plusieurs fois de peau. Presque tous aussi vivent et pondent pendant plusieurs années.
On les distingue en ceux qui ont des mandibules fendues comme des tenailles, tels que les scorpions, les porte-pinces ou chéli- Jeres , les galéodes et les faucheurs (2) ; et en ceux qui ont les mandibules en crochet, comme les araignées, les mjrgales , les phrjrnés et les tromhidies.
Ceux de la première section aiment l’obscurité, et ne sont pas très-industrieux. On reconnoît les scorpions à leur longue queue, terminée par un aiguillon ( PI. v, fig. 4, a ), avec lequel ils blessent les petits animaux.
Ils ont sous le ventre des lames en forme de peigne, qui représentent des branchies de poissons (PI. V, fig. 2). Les porte-pinces ou ekélijeres ressemblent beaucoup aux scorpions , mais ils n'ont point de queue j on les trouve dans les vieux livres, où ils se nourrissent de psoques et autres petits insectes ; ils marchent en tous sens. Les faucheurs sont des espèces d’araignées n’ayant que deux yeux, et de très-longues pattes qui remuent encore long-temps après qu’on les a séparées du corps. (3)
Les araignées, qui ont au moins six yeux, et la plupart en ont huit disposés symétriquement (PI. I, fig. 25, a), se nourrissent d’insectes vivans. Plusieurs leur tendent des
(1) La figure 4 de la Planche m représente la bouche d’une araignée grossie : aa , sont les mandibules ; â, b, les grifiFes ou crochets qui sont percés à leur extrémité et qui servent de suçoirs : e, c, deux rangs d’épines entre lesquelles ces crochets s’engrènent :d,d, les mâchoires : e , la lèvre inférieure :
f, l’nn des palpes maxillaires.
(2) PI. m , fig. 5, B, e, e;k, a , b.
(3) La fig. 7 de la Planche v représente les organes générateurs d'un faucheur mâle.
Dcméril.
filets, dont la forme est très différente selon les espèces : elles les construisent elles-mêmes en tirant des fils glulineux de petits mamelons situés près de leur anus. Ces insectes s’accouplent singulièrement ; comme ils se mangent les uns les autres , les mâles, qui soüt les plus foibles, et dont les organes sexuels sont placés près de la bouche (4), ne s’approchent qu’en tremblant de leurs femelles qui les dévorent quelquefois. Cependant ces mêmes araignées prennent pour la plupart un très-grand soin de leurs petits.
Il en est qui portent partout avec elles le sac de toile solide et imperméable à l’eau, qu’elles ont filé, et dans lequel elles ont déposé leurs œufs ; d’autres font continuellement sentinelle auprès de leur progéniture; quelques-unes même transportent leurs petits sur le dos. L’étüde des mœurs de ces animaux présente beaucoup d'observations curieuses.
L'araignée aquatique , par exemple, file sous l’eau une toile qui a la forme de la moitié d’une coquille d’œuf. Elle y transporte du gaz atmosphérique , en venant à la surface, et en s’enfonçant ensuite tout à coup dans une position i*enversée, emportant avec elle la couche d’air qui l’enveloppe. Arrivée sous la cloche , qui est d’un tissu ferme et serré, elle se retourne; l’air, par sa légèreté, forme une bulle qui, n’étant pas retenue sur la convexité du dos, vient monter sous la cloche, dont elle chasse un volume proportionné d'eau. Lorsque la cloche est suffisamment remplie par ce manège répété plusieurs fois , l’araignée s’y place et s’y met en embuscade pour saisir les insectes aquatiques qui passeront près de cet affût. D’autres espèces d’araignées se pratiquent sous terre des galeries au fond desquelles elles se blotisseut, api'ès avoir construit à l’orifice une espèce de porte mobile et en bascule qu’elles ferment à volonté (5). Il y a aux Indes une très-grosse araignée qui se nourrit du sang des oiseaux-mouches et des colibris ; elle appartient au genre mygale. Il paroitque l’es-
(4) On voit les organes mâles d'une araignée à la fig. 6 de la PI. v : a, b, représente le dernier arti. cledupalpe.'c, est uneportion de l’article précédent: î, est une cavité recouverte d’une peau membraneuse : d ,f,g, parties -propres à l’accouplement , et qui pénètrent dans le corps de la femelle.
(5) Voyez Bulletin de la Soc. Philomat., 2« année, no 22.
DES INSECTES DIPTÈRES
p®oc appelée tarentule n'est pas reinmeuse, comme on Ta fait croire lons^-temps. Les trombidùs ressemblent aux araignées , mais elles a ont que deux jenx. Une espèos qui TÎt à Surinam est employée en teinture comme la cochenille. D'autres xivent sous 1 eau, et ont reçu le nom générique d'’^drwchtnes.