‹ Élémens des sciences naturelles. Ouvrage prescrit par arrêté et statut de l'université pour l'enseignement dans les colléges royauxChapitre 11 sur 47 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

De la classification des animaux , d’apres leurs fonctions.

Il est constant que la présence des organes du mouvement et des sensations, caractérise suffisamment les animaux (2^2) ; or, plus les facultés de se mouvoir et de sentir seront développées chez eux , plus ils s éloigneront des végétaux et réciproquement en sens inverse.

Supposons des êtres animés , doués de la faculté de se reproduire par germes , par boutures, par drageons, par marcottes; de se dessécher et de reprendre les caractères de la vie , ou de renaître en apparence par le contact de la lumière et de l’humidité ; ne pouvant exister que dans les liquides , au milieu même de leur nourriture , ces animaux , souvent fixés , adhérens dès leur naissance dans un point de l’espace , plongeant dans leurs alimens que plusieurs absorbent par des pores extérieurs , ne développent que peu ou point de mouvement. Ceux-là sont certainement très-voisins de plantes. Souvent leurs parties

sont distribuées autour d’un axe et en rayons - on n’observe chez eux ni nerfs distincts, ni organes des sens, à l’exception du toucher passif; ds n’ont pas quelquefois de véritable tube alimentaire ou digestif, mais un simple sac à un ou à plusieurs orifice§ destinés tout à la fois a l’entrée et à l’issue des substances alimentaires; ils n’offrent pas d’organes distincts pour la circulation , ni pour la respiration; enfin , très-souvent ils sont privés des organes du mouvement qu’ils n’exercent que pai la totalité de leur corps suspendu dans un liquide , parce que leurs

formes peuvent changer. Ils constituent pour les naturalistes la dernière classe des animaux, ceux qui se rapprochent le plus des végétaux; aussi les nomme-t-on Zoopiiytes. Il faut avouer cependant que cette dernière classe des animaux en renferme beaucoup qui paroissent fort compliqués dans leur structure, mais qui se soustraient aux recherches anatomiques, à cause1 de la mollesse et de la ténuité de leurs organes.

Viennent ensuite des animaux condamnés aussi pour la plupart à vivre dans Peau , où les mouvemens qu’ils exécutent sont lents et souvent peu sensibles , privés , par cette circonstance , de plusieurs des organes des sens , quoique munis de nerfs très-distincts, mais simples ou avec peu de renflemens , ayant le plus souvent le corps tres-mou , mais non symétrique , sans membres articulés, protégé par des coquilles plus ou moins solides ou par des croûtes solides d’une seule ou d’un petit nombre de pièces; toujours munis de vaisseaux, ayant par conséquent une circulation et des organes propres à la respiration , lesquels varient suivant qu’ils habitent un milieu fluide, liquide ou gazeux ; offrant tantôt un mode de génération semblable à celui des plantes, tantôt la triple complication d’un sexe distinct , individuel ; ou des deux sexes réunis dans un même être, soit comme hermaphrodites, soit comme androgynes , tels sont les Mollusques.

Les animaux qui appartiennent aux classes suivantes ne sont pas beaucoup plus parfaits que ces derniers. Condamnes aussi pour la plupart à vivre dans l’eau ou dans un milieu constamment humide et obscur, ils sont privés de presque tous les organes des sens. Cependant ils ont des nerfs bien distincts, noueux ou à renflemens , dont partent des filamens rayonnés qui se rendent aux or-

ganes , et qui s’y terminent. Leur corps porté sur une tige régulière et symétrique se divise , il est vrai , en anneaux , qui se prêtent facilement à la locomotion ; mais il n’est pas muni de ces appendices articules qui constituent des membres. Leurs organes sexuels sont réciproquement nécessaires aux individus, et le plus souvent distincts et séparés sur deux êtres qui peuvent se rejoindre ; tels sont les vers articulés ou les avnelides.

Les êtres qui appartiennent aux deux classes suivantes , ont aussi le tronc formé de leviers distincts et articulés, mais de plus, muni de membres ou d appendices lateiaux formés de pièces mobiles les unes sur les autres , et destinés à produire les mouvemens divers necessanes au transport du corps suivant leur manière de vivre. Ceux qui habitent dans l’eau ont des organes respiratoires formés de feuillets ou de lames fibnllaires dans 1 epaisseui desquelles se distribuent les vaisseaux : véritables branchies , faisant l’office des poumons aquatiques. La plupart ont aussi des organes de la locomotion destinés à la natation avec le corps immergé. Ce sont les Crustacés.

Chez les autres , qui respirent 1 air en nature , ce fluide élastique pénètre dans les diverses parties du corps par des ouvertures nombreuses qui aboutissent a des tubes aërifères, qu’on nomme trachées. Quoique privés des organes de la circulation, à ce qu’il paroit, ils sont cependant plus animés que tous les êtres précédemment indiqués , car ils sont doues de la vue , de 1 ouïe , de l’odorat , du goût et du toucher. Leur corps est composé d’une tige centrale a pièces mobiles. Us jouissent de tous les modes de transport , dans 1 eau et a sa sui face , sur la terre et dans l’air, au moyen d’organes appropriés à chacun de ces genres de locomotion et sous le rapport

des instrumens de la vie destines à la nutrition et a la génération , ils sont aussi parfaits que les animaux d’un ordre plus élevé. Tels sont les Insectes.

On a réuni dans les quatre autres classes des animaux qui nous restent à caractériser, tous ceux que l’on désigne sous le nom de vertébrés et qui paroissent construits sur un meme modèle. D’abord , parce que la moelle nerveuse à laquelle tous leurs nerfs aboutissent, ou dont ils semblent provenir, est renfermée dans un étui osseux formé de pièces ou d’anneaux solides, mais mobiles, dont les articulation'! déterminent la nature du mouvement du tronc. Cet ensemble d’os vertébraux forme une colonne centrale qu’on nomme une échine. C’est une sorte de charpente uniforme située dans la partie moyenne et dans la longueur du tronc , terminée en avant par une portion renflée qui renferme le cerveau et la plupart des organes des sens. C’est ce que l’on nomme la tête. En arrière cette échine prolongée forme des instrumens divers , souvent destinés à la progression ou à modifier la direction du transport j c’est ce qu’on appelle la queue. Au centre du tronc, ou vers la partie moyenne, se trouvent la poitrine et le bassin, protégés par des cerceaux osseux, sur lesquels s’articulent les membres qui ne forment au plus que deux paires que l’on distingue en thoraciques ou pectoraux , et en pelviens ou abdominaux. Ensuite chez presque tous la bouche présente une fente transversale , dont les mâchoires , en s’écartant , se meuvent verticalement , et correspondent à cette fente. Le tube intestinal se termine constamment après les os du bassin, quand ces pièces existent. Tous ont un foie, une rate, des reins, des testicules. On a observé chez tous des organes de la circulation et de la respiration qui présentent, desvariations, suivant lemilieu dans lequel ils sont appelés à vivre. Tous ont le sang rouge ,

mis en mouvement par un agent d’impulsion ou par un cœur dont les oreillettes et les ventricules , lorsqu’il. y en a plusieurs , sont constamment rapproches et accoles. Tels sont les poissons , les reptiles , les oiseaux et les mammifères.

Les Poissons sont les animaux les plus simples ou les moins compliques dans leur organisation. Leurs organes du mouvement ont cependant acquis un développement considérable ; car souvent leurs os et leurs muscles forment, en poids ou en volume, presque les neuf dixièmes de la masse totale de leur corps. Toute leur structure est appropriée à leur vie aquatique : leur échine te termine , en général, par une queue comprimée et par des nageoires verticales , dont une plus développée la termine et sert de rame, formée par des rayons solides qui s’écartent et se rapprochent comme les touches d’un éventail. Us respirent I eau par des branchies , et ils n’ont jamais que ce mode de respiration • leur cœur se compose d’un seul ventricule et d une seule oreillette ; la totalité de leur sang est obligée de se distribuer sur les branchies avant de parvenir au reste d u corps. Us n’ont pas depaupières, leur oreille n’a pas d’ouvertnres à l’extérieur ; leurs narines ne communiquent pas avec l’intérieur de leur bouche , et ne servent pas à transmettre le fluide destiné à la respiration. Le plus souvent ils pondent des œufs qui ne sont fécondés qu’au dehors : chez quelques-uns , cependant , qui sont faussement vivipares ou ovovivipares , les germes sont vivifiés à l’intérieur.

Les Reptiles respirent l’air en nature par des poumons , comme tous les animaux des deux classes suivantes , mais la totalité de leur sang n’est pas forcée de se mettre en rapport avec l’air , de sorte que leur température n’est pas constante , on qu’elle varie beaucoup suivant celle de l’atmosphère dans laquelle ils sont plongés. Leur respira-

(ion est ainsi arbitraire : ils peuvent ou en suspendre ou en accélérer l’action , et vivre ainsi long-temps sous l’eau ou dans un air vicié. Leurs organes du mouvement varient beaucoup. Tl en est qui sont constamment privés de membres ou d’appendices articulés; il en est qui n’ont que des pattes de devant ou de derrière, ou qui en ont à la fois deux paires. Ces pattes forment tantôt des nageoires en palettes ou des rames , à l’aide de membranes flexibles , étalées entre leurs doigts ; tantôt les doigts sont tout-à-fait distincts , et permettent les différentes sortes de progressions, suivant les mœurs de l’animal et ses habitudes, determinees par son organisation. Cette classe d animaux présente un très-grand nombre de particularités dépendantes du milieu dans lequel ils vivent, ou constamment pendant toute la durée de leur existence, ou momentanément dans leurs différens âges ; car alors ils Subissent des transformations ou des métamorphoses dans leur configuraison extérieure et dans toute leur organisation. Le mode meme de leur fécondation est en rapport ou en subordination avec la nature du milieu dans lequel leurs petits doivent se développer.

Les Oiseaux forment une classe d’animaux très- faciles à distinguer de tous les autres par leur conformation, par leurs enveloppes et par leur organisation , qui présente un haut degré de perfection. Leur squelette est beaucoup plus solide, plus développé, plus compliqué que dans les classes précédentes : la région du cou et des membres thoraciques destinés au vol ou au transport de l’animal dans l’air sont, en général , les plus développées , ainsi que la par'tie osseuse et moyenne de leur poitrine, nommée sternum , sur laquelle s’insèrent les muscles destines à faire mouvoir leurs bras. Leur peau est recouverte de plumes , sortes de tiges de corne, garnies de barbes serrées et en-

chevetrees , tres-legères et très-résisf antes , qui protègent leur corps et qui servent soit à leur transport, soit à la direction de leurs mouvemens dans l’air. La forme et la longueur de leurs membres postérieurs, ou de leurs pattes , vai lent suivant les ordres et les familles; leur bouche , sans dents , forme un bec de corne , sans lèvres charnues , dont la forme est appropriée à leur genre de vie et à la nature de leurs alimens. La totalité de leur sang passe par leurs poumons et y est chassée par l’un des deux ventricules du cœur , qui est distinct de celui qui pousse ensuite le sang dans le reste du corps. D’après ce mode de respiration , qui est obligée , leur température paroît à peu piès constamment la meme dans une atmosphère plus ou moins chaude. Tous pondent des œufs revêtus d’une coque calcaire, qui ont besoin de recevoir, soit naturellement, soit par 1 incubation de leurs parens , une chaleur pro— longée au moins de 3o degrés du thermomètre de Réaumur (4 o centigrades), pour que le germe qu’ils contiennent puisse se développer et éclore.

Les Mammifères ou Mammaux, qu’on a aussi nommés improprement quadrupèdes vivipares, parce qu’ils n’ont pas tous quatre membres , et parce que tous ne s’en servent pas comme de pieds, offrent, dans leur nom de mammifères , le caractère qui les distingue , c’est-à-dire leurs mamelles , qui sont des organes destinés à sécréter , chez les femelles, une sorte d’humeur nommée du lait, qui fournit la première nourriture à leurs petits , lesquels naissent toujours vivans après s’être développés, pendant un certain temps , dans un organe particulier de leur mère, nommé par cela même matrice , et à l’aide de son sang, qu’ils puisent en parasites, dans un placenta qui est un lacis de vaisseaux qui y pompent leurs sucs. Les mâles meme portent les traces de l’existence de ces mamelles.

Leur squelette est très- complet, et dispose, ainsi que les muscles, aux différens genres de mouveinens que ces animaux doivent exécuter sur la terre , dans Pair et dans l’eau , ou à surface, suivant leur manière de vivre. Leur bouche est le plus souvent garnie de dents et recouverte de lèvres charnues. Leurs poumons et leur cœur sont renfermés dans une cavité particulière , fermée , du côté de l’abdomen , par une cloison charnue qu’on nomme diaphragme. D’ailleurs , l’organisation du cœur , le mode de circulation et de respiration sont analogues à ce qui a lieu dans les oiseaux.

Telles sont les neuf classes d’animaux établies d’après le résultat essentiel de l’ensemble de leur organisation ; car si l’on considéroit chacune de leurs fonctions en particulier, cet ordre seroit interverti , comme nous l’indiquerons dans la suite de ce chapitre. Nous présentons , dans le tableau suivant, l’indication des caractères essentiels des classes d’animaux dans la série suivant laquelle nous nous proposons de nous livrer ensuite à l’étude de chacune d’elles, en commençant parles moins compliqués.

, articulés,-

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