HUITIÈME ORDRE , INSECTES APTÈRES
Tous les insectes qui appartiennent à cet ordre des Aptères, ne prennent jamais d’ailes, ainsi que leur nom l’indique; mais ce caractère négatif rapproche des animaux très-différens les uns des autres; en outre, plusieurs insectes ne portent jamais d’ailes, quoiqu’ils subissent des métamorphoses, de sorte que cet ordre est tout-à-fait artificiel. Pour avoir une idée juste des insectes
(1) Les blattes, les sauterelles, les forficules (fig. 5); (893). (-}) Les scarabées, les hannetons (fig. 1 et 2 ) ; (899)» ,
qui sont compris dans cet ordre , il faut les comparer avec ceux qui appartiennent réellement aux autres grandes sections de la classe , pour les distinguer au moins par voie d’exclusion. Les aptères n’ont jamais d’élytres ni rudimens d’élytres , ni ailes ; ils ne subissent pas de métamorphoses. Leurs mâchoires sont sans appendices en galette , leur abdomen n’est pas pédicule, à moins qu’ils n’aient plus de six pattes , et ce nombre suffit pour distinguer la plupart des aptères à mâchoires.
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Les insectes sans ailes peuvent être divisés en deux grandes sections ; dans l’une seroient rangés tous ceux qui n’ont point de mâchoires, comme les puces , les poux , les tiques , sous le nom de parasites. Tous les autres ont des mâchoires ; mais chez les uns l’abdomen est bien distinct du reste du corps, comme aux araignées , aux for bicines , aux ricins ; chez les autres on ne peut pas distinguer le ventre d’avec le corselet, comme dans les cloportes et les mille-pieds.
On a donné le nom de Parasites ou Rhinapteres aux insectes de la première famille, parce qu’ils vivent sur le corps des autres animaux qu’ils sucent. Leur tête est distincte du reste du corps , et , comme le second nom de la famille l’indique , ils ont un suçoir mais pas de mâchoires j ils se distinguent en genres d’après le nombre et la forme des pattes ainsi que par la disposition des antennes. Les uns, comme les tiques , ont huit pattes; les autres n’en ont que six.
Les tiques , les mittes ou cirons 7 vivent sur les autres animaux : on en trouve une espèce dans les boutons des animaux attaqués de la gale, et 011 croit qu’elle produit cette maladie. On en a , depuis peu , fait un genre dis-
tinct : c’est le sarcopte , nom qui signifie piqueur de chair. Sa tête, son corselet et son ventre sont distincts par des incisions : leurs huit pattes garnies de poils sont terminées par de petites vésicules. Le rouget ou béle-d’aout est très-voisin de ce genre ; mais il n’a que six pattes velues, les palpes remplacent la paire antérieure. Cet insecte est très - incommode , en automne, par les démangeaisons qu’il occasionne : on le détruit avec l'alcool pur et le vinaigre fort, avant que la peau ait été écorchée par le frottement , suite du prurit qu’il détermine. On le nomme ixode ou cynorhaeste : elle n’a pas d’yeux distincts; sa tête est très-petite, ainsi que les huit pattes qui sont toutes rapprochées ; leur abdomen est susceptible de prendre le volume d’une graine de ricin à laquelle on l’a comparé et dont on lui a même donné le nom. D’autrès se rencontrent dans les poumons des poules et des vieux coqs. La plus grosse espèce vit dans les bois; elle s’attache principalement au corps des chiens , des vaches , des lézards , et même de l’homme.
Les poux sont aplatis , et n’ont que six pattes courtes, égales entre elles, à dernier article en crochet : leurs antennes sont composées de cinq pièces distinctes, articulées. Toutes les espèces de ce genre se nourrissent sur des mammifères. Ils conservent toute leur vie la forme qu’ils avoient en sortant de leur œuf, qu’on nomme lente . Chaque mammifère paroît nourrir une espèce particulière de pou ; le plus ordinairement même il y en a deux espèces sur chacun. Ainsi l’homme en a deux espèces^ l’une qui vit dans les cheveux^ et l’autre qui préfère les sourcils, les poils des aisselles et des autres parties du corps (1).
(i) On voit la tête très-grossie d’un pou à la PL m, fîg. 1 6, B.
g6 DES INSECTES APTERES.
Les puces ont le corps comprimé , et leurs pattes de derrière sont plus longues et propres au saut : elles s’élèvent à plus de deux cents fois leur hauteur. Elles ne naissent pas avec la forme qu’on leur commît; leurs œufs donnent de petites larves sans pattes , qui se nourrissent de quelques gouttes de sang coagulé, que leurs mères font sans doute sortir du corps des animaux qu’elles piquent, ou peut-être de celui qu’elles ont sucé et qu’elles rendent ensuite. Elles ont une grande vivacité et ne sont, occupées qu’à se nourrir. Quand elles ont acquis toute leur croissance, elles se filent une coque et subissent une métamorphose complète; c’est le seul exemple parmi les aptères. Il y a en Amérique une espèce de puce qui pénètre sous les ongles des orteils, et qui fait beaucoup souffrir : on la nomme lunga ou chique. On est bien certain maintenant que c’est une puce; nous avons observé des individus qui provenoient de ce pays. (1)
Les ricins forment un genre très-voisins des insectes aptères parasites; leur tête et leurs mâchoires sont faciles à distinguer à la loupe : leurs antennes sont très-courtes. Ils n’ont que six pattes. Leur abdomen arrondi à l’extrémite 11’est pas terminé par des poils : on ne les a encore observés que sur les corps des oiseaux ; aussi a-t-011 proposé de les nommer ornithomyzes ou suce-oiseaux. Chaque oiseau paroît en nourrir deux espèces différentes; l’une allongée et l’autre arrondie. On en trouve sur presque toutes les plumes, principalement à la base des pennes des ailes , et sous les aisselles et le cou.
Après ces insectes parasites à abdomen distinct du reste du corps , on peut étudier ceux qui, comme les araignées ,
(1) On voit la tête d’une puce grossie , PI. 111 , fig. 16, A.
DES INSECTES APTERES.
n’ont point d’antennes, et qui ont un gros ventre , sans pattes. La tête est réunie à un corseiet qui porte huit pattes (PL i, fig. 2.5) : on les a désignés sous le nom <£ Acérés. Presque tous ces insectes sucent leur proie , quoiqu’ils aient des mâchoires (i). Aucun ne subit de métamorphose complète ; mais ils changent plusieurs fois de peau. Presque tous aussi vivent et pondent pendant plusieurs années. On les distingue en ceux qui ont des mandibules fendues comme des tenailles, tels que les scorpions, les portepinces ou chélifères , les galéodes et les faucheurs (2) , et en ceux qui ont les mandibules en crochet, comme les araignées , les mygales , les phrynes et les trombidies .
Ceux de la première section aiment l’obscurité, et ne sont pas très-industrieux. On reconnaît les scorpions à leur longue queue, terminée par un aiguillon (PI. v, hg. 4, a ) , avec lequel ils blessent les petits animaux. Ils ont sous le ventre des lames en forme de peigne , qui représentent des branchies de poissons (PI. v, fig. 2 ). Les porte-pinces ou chélifères ressemblent beaucoup aux scorpions, mais ils n’ont point de queue; on les trouve dans les- vieux livres, où ils se nourrissent de petits insectes, comme des psoques ; ils marchent en tous sens. Les faucheurs sont des espèces d’araignées n’ayant que deux yeux, et de très-longues pattes qui remuent encore long-temps après qu’on les a séparées du corps (3).
(1) La figure 4 de la Planche ni représente la bouche d’une araignée grossie : a, a, sont les mandibules : b, b, les griffes ou crochets qui sont perces à leur extrémité et qui servent de suçoirs : c, c , deux rangs d’épines entre lesquelles ces crochets s’engrènent : d, d , les mâchoires : e, la lèvre inférieure :f, l’un des palpes maxillaires.
(2) PI. in, fîg. 5, B, e, e; A, a, b.
(3) La fîg. 7 de la PI. v représente les organes générateurs d’un faucheur mâle.
y8 DES INSECTES APTÈRES.
Les araignées , qui ont au moins six yeux , et la plupart en ont huit disposés symétriquement (PL i , fig. 25 , a) , se nourrissent d’insectes yivans. Plusieurs leur tendent des filets , dont la forme est très-différente selon les espèces : elles les construisent elles-mêmes en tirant des fils glutineux de petits mamelons situés près de leur anus. Ces insectes s’accouplent singulièrement : comme ils se mangent les uns les autres , les mâles , qui sont les plus foibles , et dont les organes sexuels sont placés près de la bouche (i), ne s’approchent qu’en tremblant de leurs femelles, qui les dévorent quelquefois. Cependant ces mêmes araignées prennent la plupart un très-grand soin de leurs petits. Il en est qui portent partout avec elles le sac de toile solide et imperméable à l’eau , qu’elles ont filé , et dans lequel elles ont déposé leurs œufs ; d’autres font continuellement sentinelle auprès de leur progéniture; quelques-unes même transportent leurs petits sur le dos. L’étude des mœurs de ces animaux présente beaucoup d’observations curieuses.
8xo.
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L’araignée aquatique , par exemple , se file sous l’eau
une toile qui a la forme de la moitié d’une coquille d’œuf. Elle y transporte du gaz atmosphérique , en venant à la surface, et en s’enfonçant ensuite tout à coup dans une position renversée , emportant avec elle la couche d’air qui l’enveloppe. Arrivée sous la cloche , qui est d’un tissu ferme et serré, elle se retourne; l’air, par sa légèreté, forme une bulle qui, n’étant pas retenue sur la convexité
(i) On voit les organes mâles cfune araignée à la fig. 6 de la PI. v t a, b, représente le dernier article du palpe : c, est une portion de l’article précédent : i, est une cavité recouverte d’une peau membraneuse * d , f, g, parties propres à l’accouplement et qui pénètrent dans la femelle.
du dos, vient monter sous la cloche, dont elle chasse un volume proportionné d’eau. Lorsque la cloche est suffi, samment remplie par ce manège répété plusieurs fois 1 araignée s y place et s’y met en embuscade pour saisir les insectes aquatiques qui passeront près de cet affût. D’autres especes d’araignées se pratiquent sous terre des galeries au fond desquelles elles se blotissent , après avoir construit a l’orifice une espèce déporté mobile et en bascule qu’elles ferment à volonté (i). Il y a aux Indes une très-grosse araignée qu, se nourrit du sang des oiseaux-mouches et des colibris , laquelle appartient au genre mygale. II paraît que l’espèce appelée tarentule n’est pas venimeuse comme on l’a fait croire long-temps. Les trombidies ressemblent aux araignées , mais elles n’ont que deux yeux. Une espèce qui vit à Surinam est employée en teinture comme la cochenille. D’autres vivent sous l’eau, et ont reçu le nom générique A’hydrachnes.
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Parmi les insectes sans ailes et à mâchoires , deux genres seulement ont six pattes, et tous deux renferment de petits animaux, dont la queue est terminée par des poils. O11 les a nommes , à cause de cela, séticaudes ou Néma- TOURES. Chez les uns ces poils entrent dans une rainure pratiquée sous le ventre , et ils en sortent à la volonté de 1 insecte en se débandant comme un ressort. On les a appe» les à cause de cela podurcs. Celles ci vivent ordinairement en société sur la terre. Le second genre est celui des forbicines, qui ont le corps couvert de petites écaillés argentées. Elles cherchent les lieux obscurs, et ne marchent que la nuit. Une petite espèce se trouve souvent dans les armoires, oh elle recherche des parcelles de sucre ; on la nomme vulgairement lingère ou poisson de terre.
(0 V °yez Bulletin de la Soc. Philom
at , année , n° 22,
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DES INSECTES APTERES.
Ces insectes subissent probablement des transformations. Iis ont beaucoup de rapports avec les blattes.
Les Polygvathes ou quadricornes , qui viennent ensuite, ont quatorze pattes seulement, quatre antennes, plusieurs paires de mâchoires, et l’abdomen peu distinct. Ils semblent lier la classe des insectes à celle des crustacés , car la plupart portent leurs œufs sous les derniers anneaux du corps. Ces œufs y éclosent , et les petits y restent vivons pendant quelques jours; mais ils respirent par des trachées. Quelques-uns paroissent avoir en même temps des branchies : tels sont les armadilles , dont le corps est toujours concave en dessous , et peut se rouler en boule; ils ont les antennes coudées ou brisées. Les cloportes, auxquels ils ressemblent par les mœurs , ne peuvent pas se rouler en boule, et leur abdomen se termine par des appendices qui servent de filières. Les phj'sodes n’ont pas les antennes coudées. Leur abdomen se termine par des anneaux plus plats, pins larges, qui servent souvent à nager , et qui leur forme ainsi une sorte de queue.
Tous les autres ont des pattes à chaque anneau du corps, et quelquefois même 011 leur en compte plusieurs centaines , ce qui les a fait nommer mille-pieds ou Myriapodes. Ils n’ont pas de corselet distinct , et leur tête n’est munie que de deux antennes. Parmi ceux-ci, on appelle scolopendres (1) les espèces qui ont les antennes pointues , allongées , et une seule paire de pattes à chaque anneau du corps. Il en est une qui a près de trois cents pattes; plusieurs sont brillantes, et comme phoSphoriques pendant la nuit. On a appelé lilhobies les espèces dont
(t) La fîg. 3 de la planche m représente la bouche d’une scolopendre.
DES INSECTES DIPTÈRES. itt
les anneaux sont alternativement plus longs et plus courts* et s cuti gérés celles dont les anneaux sont dilatés en dessus, placés en recouvrement les uns sur les autres, et dont les antennes sont excessivement longues. Les iules (1), qui composent un autre genre, ont les antennes un peu plus grosses à l’extrémite , et deux paires de pattes à chaque anneau. Ces insectes ressemblent à de petits serpens. Rien n’est plus admirable que l’ordre avec lequel se meut ce grand nombre de pieds , qui cependant ne produisent qu’une allure lente et rampante. Les espèces d’iules qui ont le corps ovale, et qui se roulent en boule comme les armadilles , forment un genre à part* sous le nom de glomeride; et celles qui ont le corps anguleux se nomment poly desme s . On a appelé polyxenes de petites espèces qui vivent réunies en grand nombre sur les pierres , dont le corps est mou , à articles presque égaux , garni latéralement , ainsi qu’à l’extrémité , de pinceaux de poils, et dont les antennes sont courtes en fil.
SEPTIÈME ORDRE, insectes divteb.es .
Les Diptères sont , ainsi que nous l’avons dit (79^)r l°us les insectes qui n’ont que deux ailes , comme les mouches. On voit souvent, au-dessous de l’origine de ces membres , des filets courts terminés par un globule ou par une lame de corne qui participent de tous les mouvemeiis de l’ade , et qu’on croit propres à servir de balanciers , ce qui leur en a fait donner le nom, ou celui de librement , qui est analogue. (PL i , fig. 16, a a . La fig. 17 représente cette partie très-grossie, ) Nous avons déjà indiqué quelle est la forme de leur nymphe , qui reste le plus souvent immobile ( PL v , fig. 26 ) ; la larve de ces insectes est quelque-
( 1) La fig. 1 de la planche 111 est celle de la bouche d ira raie*
fois sans pattes et sans yeux. La plupart vivent dans les eaux ci oupissantes , ou au milieu des matières animales et végétales corrompues, sur lesquelles les mères viennent déposer les œufs , qtn plus rarement éclosent dans Tintérieur de leur abdomen ; plusieurs même se développent dans le corps des animaux. Sous l’état parfait, ils vivent tous dans l’air, et ils forment un ordre très-naturel,
Les insectes à deux ailes ont été distribués en quatre familles principales , d’après la forme de la bouche. Les uns n’ont là aucune partie saillante , et Ton voit seulement un petit trou à l’endroit où la bouche devrait exister; dans les autres, la bouche est bien visible, car, ou elle est prolongée en un suçoir corné qui fait toujours saillie , comme dans le cousin , ou ce suçoir est caché , avec une trompe charnue, dans un creux particulier du front qui le reçoit, comme on le voit dans les mouches j ou bien on remarque un museau prolongé avec des palpes saillans , comme dans les insectes appelés tipules. On a désigné ces qüatre divisions sous les noms à’astomes , sclérostomes , sarcoslomes et hydromies.
Les oestres ou Astomes , dont la bouche n’est pas visible, et qui ne mangent pas, appartiennent à la premieie division , ce sont de grosses especes de mouches , très-importantes à connoiîre, parce que leurs larves vivent dans l’intérieur du corps des animaux, et produisent des accidens souvent fâcheux. Il y a une espèce , par exemple , qui déposé ses œufs dans la cavité des narines des moutons . il en naît une petite larve qui , s’insinuant dans les parties les plus profondes, y cause de vives douleurs, une inflammation et des ulcérés. Une autre pond ses œufs ou ses petits vivans sur la marge de l’anus des chevaux , des mulets et des ânes. Leurs larves ont la
DES INSECTES DIPTÈRES. io3
peau hérissée de pointes dirigées en arriére, avec lesquelles elles se cramponnent et remontent dans la cavité des intestins. On en trouve quelquefois plusieurs centaines dans l’estomac des chevaux. Lorsque ces laives sont assez développées pour se métamorphoser , elles se retournent et se laissent entraîner avec les excrémens. C’est dans ces matières , ou sous la terre , qu elles se changent en insectes parfaits.
utres espèces produisent quelquefois , à ce qu’il paroît , des ulcères sous la peau de l’homme , mais surtout sous celle des bœufs ; elles y déterminent une sorte de cautère ou de fonticule , où certains oiseaux, appelés pique-bœufs et anis , vont les rechercher pour s’en nourrir 5 et soulagent ainsi les animaux qui en sont attaqués. Une espèce d’oestre force , presque toutes les années, les Lapons d’émigrer, à une certaine époque, avec leuia troupeaux de rennes qu’ils conduisent dans des légions plus froides, sur les montagnes très- élevées. Les moutons de nos pays sont aussi attaques par une espece qui vient pondre ses œufs dans leurs narines. Les larves qu» en proviennent pénétrent très -avant dans les anfiac— tuosités du nez, produisent une sécrétion de mucosité très-abondante , et des eternuemens qui deviennent quelquefois mortels pour ces animaux.
La famille des Sclérostomes , ou Haustellés , réunit tous les insectes à suçoir saillant , souvent coude ou articulé sur sa longueur, qui reste évident, même dans l’état de repos. Les espèces réunies parce caractère sucent presque toutes , sous l’état parfait , le sang et les humeur? des animaux et des végétaux ; mais sous celui de laivc , leur manière de vivre est souvent tout-à-fait différente , de sorte que ces larves , et quelquefois leurs nymphes ,
ï°4 DES INSECTES DIPTERES.
5: ont aucune analogie avec les insectes qu’ils produisent. Cette famille comprend un grand nombre cle genres, Hü on ranger très “bien d’après la forme des an—
tenues. Des uns, comme les stomoxes , les rhingies , les mjopes et les h.ippobosques , ont les antennes munies, sur leui dernier article, d’un poil isolé, latéral ou terminal (pi. n, %. 28); d’autres, comme les taons , les asiles , les conops , les empis , les bombjlcs , les cousins, n’ont pas de poil isolé aux antennes, ou ils en ont beaucoup ( pi. ir , fig. 24, 26). Nous ne parlerons que de quelquesuns de ces genres.
Des cousins sont malheureusement trop connus, surtout dans les climats chauds et humides, car on a beaucoup de peine à se garantir de leurs piqûres. Les rriosquiles et les maringoins , qui sont si incommodes dans les p g js chauds , pa missent appartenir à ce genre. Leurs larves vivent dans les eaux croupissantes, ainsi que les nymphes. Celles-ci se meuvent très-bien , ce qui est une exception dans cet ordre. C’est principalement le soir, et oans les lieux sombres et humides, que les cousins voltigent, et font entendre leur ennuyeux bourdonnement ; ils sont attirés par la lumière. On a dit que les mâles ne p îq noie nt pas, mais cela n est pas certain pour toutes les espèces. La trompe de la femelle est formée de plusieurs soies rapprochées, dont deux seulement ont des dentelures dirigées en arrière. On a cru aussi observer que quand les cousins ne sont pas dérangés du lieu où ils piquent, il ne s’y élève point de tumeur, et que l’inflammation , qui est la suite de cette piqûre, dépend de la présence des soies rompues qui sont restées dans la plaie Ou ne connoit pas encore de remède efficace contre cette inflammation. On a observé que les cousins attaquent certaines personnes' de préférence.
DES INSECTES DIPTÈRES, ïo5
Les asiles sont aux insectes, ce que les oiseaux rapaces sont aux autres oiseaux ; ils font principalement la chasse aux petits papillons et aux mouches ÿ ils les saisissent au vol, à l’aide de leurs longues pattes , et les emportent pour les sucer à leur aise. Leurs larves vivent dans la terre ou dans le sable , dans lequel elles tendent des embûches aux insectes. On reconnoît les asiles à leurs antennes trèscourtes , en fil de soie, et à leur suçoir vertical. Les emjus ont à peu près les memes mœurs.
Les taons ont la tète plus large que le corselet , et les antennes en croissant, articulées à l’extrémité ( pî. 11, iïg. 26) ; ils sucent principalement le sang des animaux; leurs yeux sont ordinairement très-gros, et brillent des couleurs métalliques les plus belles pendant qu’ils vivent y ils piquent plus fort , et harcèlent davantage les chevaux dans les temps d’orage.
On a donné le nom ééhippobosque à des diptères qui vivent sur le cheval , et par suite à plusieurs insectes voisins, qui se nourrissent sur la peau des animaux. On les a nommés aussi improprement mouches-araignées , poux - ailés. Ce sont des insectes très -aplatis qui ressemblent en effet à des poux. Ils s’accrochent facilement sur les poils les plus lisses , à l’aide des crochets contournés et d’un appendice velu qui termîne'nt leurs pattes (pi. iv, fi g- 35). On en voit une espèce sur les montons ; celles-ci ne prend jamais d’ailes ; une autre vit sur les hirondelles , elle a des ailes très-allongées , qui ne peuvent servir au vol. L’espèce qui se nourrit sur le cheval se trouve ordinairement entre les cuisses de cet animal ; elle pond une petite masse arrondie en forme d’œuf, qui est une véritable nymphe, dont il sort un insecte ailé. Les stomoxes
îo6 DES insectes diptères.
sont des mouches qui piquent très-fort , et qui s’attachent surtout aux jambes des chevaux et des hommes, dont elles sucent le sang dans le temps de pluie. Leur nom provient de la forme de leur bouche ; on les confond avec les mouches domestiques, auxquelles elles ressemblent beaucoup, mais qui ne peuvent pas piquer la peau. Les conops , les myopes , les bombyles et les rhingies se trouvent sur les fleurs , dont ils sucent les nectaires
Les familles des diptères à bouche charnue renferment une innombrable quantité d’insectes qu’on a rangés dans deux grandes divisions ; savoir : les simplicicorn.es ou Aplocères qui n’ont pas de poil isolé aux antennes , et les lateralisetes ou Chétoloxes qui en ont un ; simple ou plumeux. Chacune de ces divisions se partage ensuite en plusieurs genres : les principaux sont , dans la première section, les rhagions } les bibions > les anthrax , les stra tiomis 3 les midas , les némotéles , les céries • et dans la seconde, les genres mouche , syrphe , échinomie , téta noc 'ere , cénog astre y cosmie , etc. Tous sous l’état parfait se nourrissent des liquides qu’ils trouvent à la surface des corps.
On ne connoît pas bien encore les mœurs des diptères simplicicornes. On sait cependant que les rhagions qui ont le ventre très-pointu et sans poil , proviennent de larves carnassières qui se pratiquent des trous dans le sable ; que les stratiomis ou mouches armées, dont l’abdomen est plat et ovale , et les antennes réunies en Y à la base , ont des larves allongées , aplaties, en fuseau , formées de douze articulations; qu’elles vivent dans l’eau ^ à la surface de laquelle elles viennent étaler une sorte d’aigrette comme huilée qui termine leur corps, et dont le centre présente une ouverture pour la respiration , etc.
Les larves des mouches et des sjrph.es vivent en gé« néral dans les matières animales ou végétales, qui se décomposent , ou dans les différentes parties des plantes. Il y a des espèces qui naissent toutes vivantes, et dont le développement s’opère en quatre ou cinq jours. D’autres sont deux années à se préparer à la métamorphose , et ne restent quelquefois qu’une seule journée sous l’état de mouche ou d’insecte parfait. Les vers de la viande , qu’on nomme asticots y et ceux du fromage donnent des mouches. Les larves allongées avec une longue queue qu’on trouve dans les eaux croupissantes , et que l’on nomme vers à queue de rat > se changent en syrphes,
Les échinomies ou mouches hérissonnes ont sur le corps des poils très-roides. Leurs larves vivent, comme celles des ichneumons (1) , dans le corps des chenilles , et il sort quelquefois d’une chrysalide de papillon trois ou quatre de ces mouches. Les tètanoceres ont reçu ce nom de la forme particulière de leurs antennes dressées , dirigées en avant dans le repos , à article intermédiaire très-allongé. Elles vivent sur les plantes qui se décomposent. Les céno gastres sont de très-gros diptères , à poil latéral des antennes plumeux ( PL ir , fig. 28 ), à bec prolongé et à ventre transparent et comme vidé , ainsi que l’indique leur nom. Les larves des cosmies se développent dans les tiges , les réceptacles et les racines tubéreuses des plantes , principalement sur les espèces de la famille des crucifères et de celle des cinarocéphales.
La famille des insectes Hydromyes, ou bec mouches , réunit les insectes à deux ailes dont le front se prolonge
(1) Voyez ce mot à la Table alphabétique.
toS DES INSECTES LÉPIDOPTÈRES.
en line sorte de bec ou de museau , sur lequel on distingue seulement des barbillons ou des palpes articulés. Leurs antennes , souvent très-longues et en peigne , ont toujours un grand nombre d’articles serrés; ils n’ont pas les balanciers recouverts par des caillerons. Cette famille comprend beaucoup de genres, dont les principaux sont les tipules , les scaiopses et les hirlées. On nomme tipules ( PI. i, lig. 16) des diptères qui ont des antennes , des pattes et des ailes allongées, et qu’on trouve principalement dans les beux humides. Les larves de plusieurs espèces vivent dans le terreau, et paroissent se nourrir des racines des plantes; d’antres dans les champignons; plusieurs dans l’eau et dans la vase. Les oiseaux et les poissons en sont très-friands. Sous l’etat d’msecfes parfaits , on trouve souvent, pendant le jour, ces insectes appliqués contre les murs; ils donnent à leur corps un mouvement oscillatoire très-singulier, qui dure des heures entières. Les larves de quelques espèces de scatopses vivent dans les excrémens; de là leur nom. Les hirlées sont des insectes qui paroissent à des époques périodiques en quantité innombrable ; ils vivent sous l’état de larve dans l’intérieur des plantes, et principalement dans le calice des fleurs , où ils produisent des tumeurs et des galles très-singulières.
'sixième ordre
, INSECTES LEPIDOPTERES.
O11 a donné le nom de Lépidoptères aux insectes qui ont quatre ailes semblables , couvertes de petites écailles , ordinairement colorées , et dont la bouche est formée de deux lames qui forment un petit canal ( PI. 111 , fig. 14, «), et qui se roulent le plus souvent en spirale, en se cachant entre deux palpes ( c ) plus ou moins allongés et couverts de poils. On nomme langue cette sorte de trompe. Leur tète est le plus souvent munie d’antennes
DES INSECTES LÉPIDOPTE
allongées de forme variable , et privée de stemmates ou d’veux lisses.
L’ordre des lépidoptères réunit des insectes qui ont entre eux la plus grande analogie. Tous proviennent d’une larve (PL v, fig. i8-23 ) qui n’a jamais plus de seize pattes, dont six seulement sont articulées et placées du côté de la tête {a a a) , et sont dites écailleuses : les autres [b b b) dont le nombre varie, sont membraneuses, situées plus en arrière : elles forment deux sortes de tubercules munis de cercles ou de couronnes de crochets rétractiles (fig. 2.3), à l’aide desquels la chenille agrippe les surfaces , et adhère sur les plantes qui font sa nourriture principale; leur corps' est partagé en douze anneaux, et leur tête est enveloppée dans une sorte de casque de corne : elles ont des mâchoires; la plupart se nourrissent de feuilles et de fruits , quelquesunes cependant de matières animales privées de la vie. Toutes ces larves, qu’on nomme chenilles , subissent des métamorphoses complètes , semblables à celles de la chenille du mûrier ( 798 ). Leurs chrysalides ne sont pas toujours enveloppées dans un cocon. Il en est qui ne filent pas , mais qui s’accrochent seulement par la queue ( PL v, fig. 27 ). Elles sont ordinairement plus grosses du côté qui correspond à la tête. La peau qui les recouvre alors semble tenir l’insecte parfait comme emmaillotté ; on en distingue très-bien la tête, les yeux, les pattes, les antennes, les ailes.
Les cornes que ces insectes portent sur la tête , et qu’on appelle antennes, ont conduit à les ranger dans quatre familles différentes : les uns ont les antennes en masses, 011 les nomme globulicornes ; d’autres les ont renflées au milieu , on les appelle fu si cor ne s y les antennes à peu près d’égale grosseur caractérisent les jilicornes $ enfin, dans
no DES INSECTES LÉPIDOPTÈRES.
la famille des séticornes, on a placé tous les lépidoptères a antennes plus greles à l’extrémité, ou en forme de soie de cochon.
Les papillons, qu’on a partagés en plusieurs sous-genres, appartiennent à la famille des Globulicornes ou Ropalo cères. Tous vivent sur les plantes , sous leur premier état. Leurs chenilles , qui ont seize pattes , ne se filent jamais de cocon ; leur chrysalide est le plus ordinairement suspendue par la queue : quelques-unes ont pris seulement la précaution de placer plusieurs fils en travers de leur corps pour ne point être trop ballottées par le vent. On commît près de quinze cents espèces dans ce genre. Toutes sont diurnes ou ne volent que pendant le jour.
Pour se reconnoître dans cette immense quantité, on a divisé les papillons en plusieurs tribus. Quelques-uns ont la masse des antennes recourbée en crochet ; d’autres l’ont droite. On a nommé les premiers hespéries et hétéropteres , suivant qu’ils ont les ailes droites ou comme renversées. Tous les autres appartiennent au genre du papillon j mais il falloit donner des noms à ce grand nombre d’especes , et Linné a trouvé un moyen trèsingénieux pour les désigner. Voici à peu près l’ordre qu’il a suivi : il a nommé chevaliers ou guerriers tous ceux qui ont des ailes supérieures plus longues au bord externe ; ils forment deux tribus ; on remarque chez les uns des taches rouges sur la poitrine , et des couleurs ordinairement sombres; on les a appelés Trojens , en leur assignant les noms des personnages les plus célèbres, tels que Pâris , Priam , Hector, Anchise , Énée, Ascagne, etc. Les guerriers de la seconde tribu sont nommes Gi ecs y parce qu ils n ont jamais de taches rouges sur la poitrine. C’est parmi ceux-là qu’on retrouve les noms
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d’Agamemnon , d’Ulysse, d’Ajax , d’Achille, etc. Presque tous sont des pays chauds. Les papillons qui ont les quatre ailes étroites, excessivement allongées, et les inférieures très-courtes, ont été appelés Héliconiens , et on les a désignés par des noms de déesses ou de femmes. On a appelé Danaïdes ceux qui ont les ailes très-entières, et Nymphales , les espèces qui les ont dentelées. .
On trouve souvent sur les carottes , les panais , le fenouil , et sur beaucoup d’autres plantes voisines , une trèsbelle chenille sans poils , dont le corps est d’un beau vert , avec des points rouges et des anneaux noirs. Elle fait sortir de son cou un appendice charnu en Y , de couleur jaune. Cette chenille donne le plus grand papillon de ce pays-ci : c’est un guerrier grec qui a reçu le nom de Machaon : ses ailes sont d’un beau jaune, bordées et tachetées de noir ; les inférieures sont allongées en forme de queue. Les chenilles vertes qui mangent les choux et les capucines , donnent des papillons danaïdes blancs. La chenille noire , épineuse , avec des petits points blancs , qui vit en société sur l’ortie et le houblon , donne un beau papillon , noir en dessous , rougeâtre en dessus , avec une grande tache arrondie en forme d’œil, qu’on nomme l’/o ou Y œil de paon , et qui est de la tribu des nymphales. On connoît plus de cent espèces différentes de papillons en France.
Les antennes des lépidoptères de la seconde famille sont en forme de fuseau ou en prisme plus gros au milieu j voilà pourquoi, avons-nous dit, on les a nommés Fusicornes ou closléroceres . Leur corselet est en général plus gros que dans les papillons; leurs ailes inférieures s’accrochent aux supérieures par un poil roide qui est reçu dans une sorte d’anneau du bord interne près de sa base.
La plupart ne volent qu’au crépuscule, principalement le soir. Les uns ont les ailes horizontales dans le repos ; on les appelle sphinx et sésies ; d’autres les portent en toit sur le dos; ce sont les zygènes. Jamais ces ailes ne peuvent se relever a la perpendiculaire sur le corps , principalement les supérieures.
Les spninx ne voient guère que le soir, et bourdonnent très-fort. Leurs ailes sont longues, triangulaires; leur abdomen est ie plus souvent conique, pointu; leurs antennes sont terminées par des articles plus grêles , en soie. Ils sucent les sucs des fleurs à l’aide d’une langue trèslongue, sans s’arrêter sur la plante. Leurs chenilles sont rases; ordinairement elles sont armées d’une corne sur la queue ; lorsqu’elles sont sur le point de se métamorphoser, elles s’enfoncent dans la terre, et y restent quelquefois une annee sous la forme de chrysalide. Une trèsgrosse espèce de sphinx se nourrit , sous la forme de chenille , des feuilies de la pomme de terre; on la nomme Atropos ou sphinx à ttle de mort , parce qu’on a cru voir sur des taches de son corselet le contour et le croquis de la face d un squelette. Les sésies. ont le ventre plat , comme tronqué à l’extrémité et bordé de poils roides. Les zygènes ont les antennes prismatiques simples ou pectinées; leur poi t ressemble a celui des phalènes. Elles se filent des cocons sui les tiges des plantes. L espèce la plus commune en Fiance se nourrit des feuilles de la plante appelée filipendule : elle est d’un noir bronzé , avec des taches
rouges.
Tous les insectes lépidoptères , dont les antennes ont leur tige centiale à peu près de même grosseur dans toute soa e tendue , sont dits nematocères ou Filicorotës. Ils ont été distribués en trois genres : deux d’entre eux ne contient-
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lient que quelques espèces; tel est celui du cossus. Les insectes qu’il comprend n’ont point de trompe , et leurs antennes sont courtes et un peu dentelées. Une espèce vit sous l’écorce des ormes et des saules , elle les fait souvent périr. Lyonet a écrit un ouvrage in- 4° de plus de six cents pages sur l’anatomie de sa chenille. Cet auteur a gravé lui-même dix-huit planches auxquelles il a travaillé pendant dix ans : c’est un chef-d’œuvre de patience et d’exécution , qui est très-utile pour diriger dans l’anatomie de tous les autres insectes. Les hépiales , qui appartiennent au second genre , ont des antennes formées d’articles arrondis comme des grains enfilés • ils ressemblent aux cossus par leurs manières de vivre sous l’état de chenille, car on les trouve sous l’écorce ou dans l’intérieur de la tige des plantes vivantes.
Les bombyees constituent le troisième genre : ils ont une langue courte. C’est à cette division qu’appartient la chenille qui donne la soie. Il y a maintenant près de cinq cents espèces connues dans ce genre. Les principales du pays sont, i°. le grand paon de nuit , dont la chenille , qui est d’un beau vert, avec des tubercules bleus, porte des poils terminés par des globules. On la trouve ordinairement sur l’orme ou sur les pommiers. Elle se file un gros cocon, à la pointe duquel elle s’est ménagé une issue qu’on ne peut forcer qu’en dedans ; 2°. la feuille de chêne , qui ressemble à un paquet de feuilles séchées; 3°. le bombyee du mûrier, qui donne la soie , et dont nous avons indiqué l’histoire (793) ; 4°- !a processionnaire , ainsi nommée parce-que les chenilles de cette espèce vivent en société , et marchent toujours par bandes et en lignes parallèles; 5°. la disparate , dont le mâle, de couleur grise , est beaucoup plus petit que la femelle , qui est blanchâtre. Celle-ci arrache les poils de son ventre pour
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en couvrir ses œufs et les préserver de la gelée. Sa chenille est très-commune sur le tilleul : elle ne se file presque pas de cocon. Lorsqu’on touche sa chrysalide , qui est attachée par la queue , elle se roule sur elle-même avec une trèsgrande rapidité; mais, craignant de rompre , à force de le tordre, le fil qui la retient, elle change alternativement le sens de sa rotation , etc. , etc.
On a nommé Séticornes ou chétocères la dernière famille de cet ordre , parce que les insectes qu’elle comprend ont les antennes en forme de soie, ou plus grêles à leur extrémité libre. Ces genres sont très-nombreux en espèces ; on les a distingués comme il suit, d’après la forme et la disposition des ailes : les uns les portent en toit , telles sont les noctuelles et les pyrales ; d’autres les ont étendues, comme les phalènes et les ptêrophores ; enfin , dans quelques-uns, les ailes sont disposées autour du corps comme un fourreau , telles sont les teignes .
Les deux genres dès noctuelles et des pyrales se distinguent par la forme de leurs ailes , qui sont élargies à la base dans les pyrales , et ne le sont point dans les noctuelles. Celles-ci ont reçu ce nom parce qu’elles volent principalement la nuit. Il y en a un très-grand nombre d’espèces : presque toutes subissent leurs métamorphoses dans la terre. On remarque principalement dans ce genre, à cause de leur couleur , la chrysite , dont les ailes supérieures sont d’un vert doré poli ; la mariée , qui a les ailes inférieures d’un beau rouge , et dont la chenille se nourrit de lichens , et beaucoup d’espèces sur les ailes desquelles on a cru reconnoître des lettres grecques, comme le gamma , Y iota, le psi, Y omicron, Y oméga , etc. Les pyrales ont été aussi nommées des chappcs , à cause de la forme de leurs ailes. Leurs chenilles se cachent ou dans
l’intérieur des fruits qu’elles rongent , ou dans un fourreau qu’elles se font elles-mêmes avec une feuille qu’elles roulent très-arlistement pendant la nuit et qu’elles dévorent dans la journée , après s’être ainsi mises à l’abri du bec des oiseaux.
Les phalènes sont aussi des insectes nocturnes , comme leur nom grec l’indique. La plupart proviennent de chenilles rases , dont les pattes de derrière , non articulées sont tellement disposées que l’insecte ne peut marcher qu’en rapprochant considérablement la queue de la tête, ce qui a fait donner à ces chenilles le nom àé arpenteuses ou de géomètres : elles semblent en effet mesurer les espaces qu’elles parcourent (PL v, fig. 2?,). La plupart jouissent en outre de la faculté de se dresser et de rester des heures entières immobiles sur une branche , afin d’éviter leurs ennemis , ce qui les a fait encore appeler chenilles en hâtons . Toutes ces phalènes, dans l’état de repos, portent leurs ailes étendues : on les a désignées par le nom des plantes dont elles se nourrissent, ou d’après leur forme et leur couleur : telles sont celles dites du prunier, de l’aune, du groseiller, du sureau, charbonnière, laitière, barrée, pourprée , etc.
On a nommé ptérophores des insectes très-voisins des phalènes, dont les ailes ressemblent à des plumes. Ordinairement chacune des ailes est formée de plusieurs divisions dont le nombre et la couleur servent à déterminer les espèces. Leur chrysalide est velue , souvent suspendue au bout d’un long fil ; la chenille de l’une d’elles vit sur le chèvrefeuille : on nomme l’insecte parfait ptérophore en éventail ou hexadactjle , parce que chacune de ses ailes se divise en six parties
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Les teignes sont des insectes très-destructeurs , sous leur première forme ou sous celle de chenille ; elles sont d autant plus à craindre qu’on ne s’aperçoit de leur présence que lorsqu’elles ont produit de très-grands ravages. Toutes vivent et se retirent dans des fourreaux qu’elles se construisent avec la matière meme qu’elles dévorent. On reconnoît les teignes à leurs ailes roulées en fourreau autour du corps , et à une sorte de toupet de poils formé au-devant de leur tête. Les principales espèces de ce genre sont la teigne de la cire, qui pénètre dans les ruches et y vit à l’abri dans un fourreau très-solide ; celles des tapisseries, des pelleteries , des habits, qui sont des espèces très^diffé rentes. La plus pernicieuse de toutes est sans contredit celle des grains. C est un petit papillon , tacheté de noir et de blanc , dont la tête est toute blanche. La chenille vit au milieu des tas de blé dans les greniers : elle se file un fourreau auquel elle agglutine des grains de blé qui la recouvrent entièrement. Retirée ainsi dans cette demeure , elle ronge d’autres grains dont elle ne laisse que le son; et, lorsqu’elle est près de se métamorphoser, elle emporte son étui et les grains qui la recouvrent pour aller s’accrocher dans un lieu écarté.
CINQUIÈME ORDRE, insectes hémiptères.
Le principal caractère des Hémiptères ne réside pas dans la forme des ailes , comme on pourroit le croire d’après leur nom ^ mais bien dans celle de la bouche , qui a detci — miné la nature de leurs alimens et par conséquent leurs mœurs. Elle consiste dans un tuyau formé de plusieurs pièces articulées les unes au bout des autres , comme les parties du tube d’une lunette d’approche , ouvertes sur les côtés et formant un canal en dessous . jamais il n est ac—
compagne Je palpes. On observe Jans l’intérieur trois soies terminées par une pointe très-acérée au moyen desquelles ces insectes percent la peau des animaux et des plantes. Cette bouclie se nomme un bec (PI. m , %• 9). C’est un organe qui produit l’effet d’une piqûre, en meme temps qu’il sert à absorber. Les trois soies reçues dans le canal sont disposées de manière que celle du milieu est la plus longue , cylindrique , et reçue entre les latérales qui sont creusées en gouttière, de sorte qu il est nécessane de faire pénétrer entre elles quelque corps très-pointu pour les séparer. Il paroît que l’absorption des liquides s’opère par le mouvement fort rapide qu’exerce la soie du milieu entre celles qui lui servent de gaine.
Les hémiptères sont agiles sous leurs trois états , de larve , de nymphe et d’insecte parfait. Ils acquieient seulement des ailes, et ne sont propres à la génération que sous leur dernière forme (PL 5 , fig. 11 , 12 )« 11 en est quelques-uns qui ne prennent jamais d ailes , et qui ne font que changer de peau : telle est la punaise oes lits. Quoique tous les hémiptères n offrent pas ces demi-ely™ très, qui n’appartiennent qu’à quelques familles, 1 ordre qui les réunit n’en est pas moins très-naturel , puisque leur métamorphose est incomplète , c est-à-dire que 1 insecte est mobile, et semblable à lui-meme sous les trois états , les ailes et les rudimens d ailes exceptes , et que la manière de vivre ne cesse pas d’elre la meme dans toutes les espèce*. ^
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La forme des ailes permet d’établir deux sections dans cet ordre : l’une comprend les véritables hémiptères , qui ont des ailes supérieures a demi coriaces, presque opaques , membraneuses dans l’autre moitié ( PL 1 , fig- 4; » et dont le bee part du devant de la lete ,, comme dans la
n8 DES INSECTES HÉMIPTÈRES.
punaise des choux , la naucore. Lorsque les ailes sont à peu près d’égale consistance, et que le bec paroît naître
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u cou , comme chez les cigales chanteuses , les pucerons , les hémiptères ainsi conformés appartiennent à la seconde section.
On petit partager les vrais hémiptères en deux autres Sous-divisions* car, sur les uns, on aperçoit des antennes plus longues que la tête, et tous ceux-là vivent hors de l’eau: chez les autres, au contraire, les antennes sont très-courtes , à peine visibles , et les pattes de derrière sont allongées, aplaties, bordées de poils et en forme de rames (PL iv, fig. 56); aussi tous ces insectes vivent-ils dans 1 eau ou à Sa surface, et on les nomme rémitarses .
C’est dans la première sous - division que se trouvent placées les punaises de Linné. Mais on a observé que les douze genres qu’elles constituent comprennent des insectes très-différens par les mœurs. A la vérité , toutes ont des antennes très-visibles; mais chez plusieurs, elles sont terminées en une pointe très-fine. Celles-là sont toutes carnassières , et on les a nommées Sanguisuges ou Zoadelges , car elles sucent les humeurs des animaux. Leur bec paroît être aussi un prolongement arqué du front. Telle est la punaise des lits qui fuit la lumière , et se nourrit du sang des animaux endormis, surtout de celui de l’homme et des hirondelles. Telles sont encore les rédiges, ainsi nommés, parce que leurs larves, et surtout celle de l’espèce appelée masquée , pour ne point être aperçue des araignées, des punaises des lits et des autres insectes qu’elle détruit, se couvre de poussière, de poils, de plâtre et d’ordures, dont elle ne se débarrasse que lorsque, munie de ses ailes, elle peut attaquer sa proie à force ouverte et fondre dessus, lelles sont encore les ploières , qui ont le
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corps excessivement allongé avec des ailes, qui ne marchent que la nuit, et se nourrissent principalement de cousins et de tipules : leurs antennes sont excessivement longues en forme de pattes ; celles-çi sont très-longues dans la paire moyenne et postérieure , tandis que celles de devant sont très-courtes. On ne compte que trois articles à tous leurs tarses. Les hydromètres, qui ressemblent aux ploïères, mais qui n’ont pas d’ailes et qui marchent sur l’eau des étangs y enfin les mirides , dont les yeux sont très-gros , qui ont le corps triangulaire , et qui sucent les insectes mous qu’ils saisissent sur les plantes. #
Toutes les autres espèces ont un bec qui paroît naître du front ; on les a nommé , a cause de cela , Frontirostres ou Rhinoslom.es. Elles n’ont pas les antennes terminées par un fil : les unes les ont en masse, comme les podi « ceres et les corées ; les autres les ont en fil , comme les pentçtomes , les, scutellaires , les lygées, les gerres , les acanthies, etc. Tous ces genres, .sans exception, comprennent des espèces qu’on ne rencontre que sur les plantes dont elles sucent la sève , qui est leur seule nourriture sous les trois états de larves , de nymphes mobiles
et d’insectes parfaits. La plupart , lorsqu’on les saisit , exhalent une odeur très- forte , et ordinairement fort désa-
gréable. „ ,
Les punaises aquatiques ont été nommées les Hydrocorées on les Rémitarses , parce que leurs pattes postérieures sont très-applaties ainsi que leurs tarses qui sont souvent ciliés sur les bords et composes de deux aiticles. Elles ont des antennes si courtes, qu’on a beaucoup de peine à les apercevoir. Elles sucent le sang des poissons et des autres habitans de l’eau. Il en est qui 11e font que se traîner sur le sable au fond de l’eau , et qui déposent leurs
œufs clans les tiges des roseaux ; telles sont les ranatres et les nepes , qui volent 'quelquefois, mais avec peine. Leur abdomen est le plus souvent termine" par des filets réunis en une longue pointe qui leur sert de pondoir ou de tuyau propre à introduire l’air dans l’intérieur du corps pour la respiration. Leurs pattes de devant (PL iv, fig. ij et 28) 11e sont composées que de deux pièces ; la cuisse a et un crochet b qui tient lieu de la jambe et du tarse. Parmi celles qui nagent très-bien , les unes ont la forme cl’un petit bateau • on les a appelées naucores et si gares ; d’autres sont nommées notonectes , parce qu’elles nagent habituellement sur le dos.
On divise en deux familles fort naturelles les espèces d’hémiptères de la seconde section , ou celles qui ont Jes ailes de consistance à peu près égale dans toute leur longueur : les unes ont trois articles aux tarses , et leur bec paroi t naître du cou , il reste courbé entre les pattes sous le ventrq, au .moins dans l’état de repos ; c’est pour cela qu’on les a nommées Collirostres ou Auchénorliinques : les autres n'ont que deux articles aux tarses, les ailes non croisées; ce sont les Plantîsuges ou Phyladelges : tels sont les puce non s les cochenilles . etc. C’est à la première famille qu appartiennent les cigales, qu’on a partagées en plusieurs genres. La plupart de ces espèces sont très-lentes, et restent fixées sur les végétaux dans le lieu même ou leur mère les a déposées tout vivantes , ou sur ceux ou les transportent les fourmis qui les soignent et les mettent en captivité comme des troupeaux dont ils traient ou absorbent les sucs.
Les vraies cigales sont des pays chauds et des parties méridionales de la France : elles vivent sur les arbres dans î état parfait; leurs larves sucent la sève des arbres ; leurs
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nymphes fouissent la terre : c'est le mâle seul qui rend ce son monotone, appelé chant, à l’aide de deux instrumens placés sous le ventre. Ces instrumens consistent en deux membranes élastiques, sur lesquelles frottent des parties rudes situées dans leur cavité. On voit souvent en été sur les saules , sur le cadlelait et sur d’autres piaules, une matière écumeuse; c’est la sève de la plante qui est sucée , et rendue par la larve ou par la nymphe d’une petite espèce d’un genre voisin, appelé cercope , d’un mot grec qui signifie rusé, parce qu’elle se cache et se met à 1 abri sous cette mousse. On trouve à Cayenne un insecte trèsvoisin de ceux-ci, dont la tête , considérablement renflée , et comme une vessie, brille pendant la nuit d’un éclat si phosphorique , qu’on i’a nommé porte-lanterne. C’est une espèce du genre fui pore. Les centrales ou les membrcices sont des genres remarquables dans la meme famille par la disposition de leur corselet, qui est difforme, bossu, prolongé, cornu > : voûté ou foliacé, dilaté de manières fort bizarres, ce qui a valu à ces insectes le nom de diables.
Les pucerons sont de petits insectes qui vivent en société sur les plantes. On les reconnoît à leurs longues pattes , à la lenteur de leurs mouvemens, et à deux mamelons qui laissent suinter une humeur que les fourmis vont recueillir. Presque toutes les plantes ont leur puceron particulier. Une des plus grosses espèces vit sur le chêne. On a fait sur la génération de ces insectes des observations très-curieuses. Hous les pucerons qu’on voit l’été sont des femelles, qui sont nées agiles et fécondées d’avance. Ce n’est qu’en automne qu’on trouve parmi celles-ci des mâles beaucoup plus petits , qui s accouplent , et meurent bientôt après. Les femelles continuent de vivre jusqu’à ce qu’elles aient pondu. Car, dans cette dernière portée , elles ne produisent plus de petits vivans , mais
DES INSECTES HÉMIPTÈRES, seulement des espèces de coques qui restent immobiles pendant l’hiver, et dont il sort , au printemps suivant , des individus tous femelles; celles-ci n’ont pas besoin d’ètre fécondées pour en produire d’autres, lesquelles naîtront fécondées elles-mêmes, et ainsi pendant quatre générations successives. De cet accouplement d’automne , il naît donc des hiles, des petites-filles, des arrière-petites-filles et des s u r-arrière-pe ti tes-hl 1 es , et particulièrement alors des sur-arrière-petits-hls. Cette observation paroîtroit incroyable*, si elle n’avoit été répétée plusieurs fois.
Les femelles des cochenilles n’ont jamais d’ailes, et leurs pattes sont si courtes qu’elles ne marchent que difficilement, de sorte qu’on les prendroit pour des excrois*» sances : ce qui leur a fait donner le nom de gallinsectes . Les mâles sont beaucoup plus petits; ils ont des ailes et de longs file ts à la queue. La femelle ne pond point ses oeufs , elle meurt ; son corps se gonfle , se dessèche ensuite , et au printemps suivant, les petits sortent vivans de son cadavre. H y a beaucoup d’espèces dans ce genre; mais la plus remarquable est celle qui sert à teindre en écarlate et à faire du carmin. Elle vit dans le Mexique sur une espèce de cactier, appelée nopal. On vend ces cochenilles desséchées et racornies ’ mais en les laissant tremper quelque temps dans l’eau tiède , on peut très-bien étudier leurs formes et leurs parties. On est parvenu à nourrir cette espèce sur des cactiers dans les. serres de France ; mais à la longue elles font périr les plantes sur lesquelles on les place et produisent le même tort que les pucerons. On a encore range dans cette famille des pucerons , les psÿlles qui ont reçu leur nom de la faculté, qu’ont beaucoup d’espèces de sauter comme les puces; de même que 1 es aleyrodes ont pris la leur de la poussière blanche , semblable à de la farine très-fine , qui recouvre toutes les parties du corps.
Il est une petite famille d’insectes hémiptères qui n’est encore composée que du seul genre thrips , et qui semble tenir le milieu entre les hémiptères à ailes membraneuses et ceux à ailes demi-coriaces. Ces petits insectes , dont les plus grands n’atteignent guère une ligne de longueur , présentent à la loupe des élytres planes , étroites s couchées sur le dos; leurs pattes sont courtes et terminées par une petite vessie à l’aide de laquelle ils s’accrochent sur les corps les plus lisses. On les trouve communément sur les fleurs. On les a nommés Vésitarses ou phjsapodcs .