‹ Élémens des sciences naturelles. Ouvrage prescrit par arrêté et statut de l'université pour l'enseignement dans les colléges royauxChapitre 20 sur 47 · QUATRIÈME ORDRE , INSECTES HYMÉNOPTÈRES · texte numérisé non relu

QUATRIÈME ORDRE , INSECTES HYMÉNOPTÈRES

Le nom d’ Hyménoptères , qui signifie ailes membraneuses , n’indique pas assez le caractère des insectes auxquels on l’applique. Presque tous ont quatre ailes nues étroites , sur lesquelles les nervures sont principalement en long* les inférieures sont plus courtes, accrochées le plus souvent aux supérieures dont elles suivent les mouvemens : tous ont des mandibules ; mais leurs mâchoires sont le plus ordinairement allongées en forme de langue (i); ils ont cinq articles aux tarses; la première pièce de leur corselet, qui forme une sorte de collier sur lequel sont articulées les pattes antérieures, paroît rarement du côté du dos , et la plupart ont l’abdomen terminé par une tarière ou par un aiguillon , au moins chez les femelles.

(i) La figure i3 de la planche iv représente la bouche grossie d’une grosse abeille violette perce-bois. A, est la lèvre supérieure : B , B , sont les mandibules vues sous deux sens : C , C , sont des demigaines formées par les mâchoires a, a , et par les palpes b , b. D est la lèvre inférieure prolongée en forme de langue ou de trompe; c , c est son prolongement ; f, g, sont les palpes labiaux.

La forme extérieure et les mœurs ont conduit à partager ces insectes en deux grandes sections. La première comprend toutes les espèces qui ont l’abdomen sessile, ou le ventre immédiatement applique' contre le corselet , et dont la larve est une sorte de chenille, qui a toujours plus de seize pattes , qui change de lieu à volonté , et qui cherche elle-même sa nourriture. Elle forme une famille sous le nom d ’uropnsles. A la seconde section appartiennent les hyménoptères, dont l’abdomen est uni au corselet par une partie étranglée , plus ou moins prolongée, qui sert comme de pédicule. Tous proviennent d’une larve sans pattes , qui a besoin des soins de ses parens • ceux-ci la nourrissent avec une sorte de pâtée qu’ils se chargent de lui apporter, pour ainsi dire, à la becquée, ou ils pourvoient d’avance à sa subsistance , soit en déposant l’œuf au milieu des alimens réunis antérieurement, soit en enveloppant la larve , ou en plaçant très-près de l’œuf qui la contient, la quantité justement nécessaire des substances propres à son développement. Ces derniers sont rangés dans huit familles , savoir : 1 les melhtes (857), 2°. les ptérodiples (871 ), 3°. les ch ry s ides (876), 4°. les antJiophiles (872), 5°. les mÿrmeges (878), 6''. les entomotilles (877), 70. les oryctbres (879), 8°. enfin les nëottocryptes (880).

On a observe que toutes les femelles de la première section déposent leurs œufs sous l’écorce des arbres ou des plantes vivantes , dans une incision qu’elles pratiquent à J’aide d’une sorte de scie ou de tarière dont elles sont armées (1) • et c’est à cause de cela qu’on a donné le nom

’• ,vÂ.. 1 ■» - ' ■», •' .. ,

(1) La fig. 44 de la planche iv fait, voir l’extrémité de l’abdomen d un uropriste : h , b , sont des gaînes dentelées qui servent en même

DES INSECTES HYMÉNOPTÈRES. ïa5

de serricandes ou d’ÜROPRiSTES , et improprement de mouches à scie , aux insectes de cette famille , qu’on a partage^ en plusieurs genres d’après îa forme des antennes. Chez les ienthredes , les hjlotomes , dont la tête est presque carrée, et chez les uroceres , dont la tête est arrondie , les antennes sont presque en fil ou en soie ; dans les sire ce s , au contraire, qui ont la tête portée sur une sorte de cou , et dans les cjmheces , qui l’ont sessiïe , les antennes vont en grossissant à l’extrémité. Toutes proviennent de larves (i) semblables à celles des lépidoptères, mais qui toutes ont plus de dix-huit pattes. Elles ressemblent tout-à-fait à des chenilles ; elles se nourrissent de matières solides végétales, et elles se filent un double cocon dans lequel elles se transforment , mais sans avoir les membres réunis sous une même enveloppe.

Les hyménoptères dont l’abdomen n’est pas sessile sont en très-grand nombre, et composent beaucoup de genres dont l’histoire est fort curieuse à connoître. Il y a d’abord les insectes qui recueillent un miel plus ou moins agréable , qui ont toujours des mâchoires et une lèvre inférieure prolongée en une sorte de langue dont ils se servent pour sucer le suc des plantes. On nomme ceux-là Mellites ou apiaires , et c’est à cette famille qu’appartient le genre des abeilles, parmi lesquelles sont rangées celles qui donnent la cire et le miel.

temps de scié et de canal aux deux lames c, c, par lesquelles l’œuf est conduit dans la plaie.

(i) ( PI. y, fig. 18) , qu’on a nommées fausses chenilles, qui n’ont jamais moins de dix-huit pattes, et pas plus de vingt-deux. Leur tête (fig. 19) est forme'e de deux calottes sépare'es par une cannelure (d) : elles ont des yeux («, «), des mâchoires ( c, c), des lèvres et des antennes très-courtes (e, e).

Les abeilles qui produisent le miel sont bien connues. Ces insectes vivent en société , quelquefois au nombre de plus de vingt-cinq mille, dans une cavité qu’ils se sont choisie ou dans laquelle on les a introduits , et qu’on nomme ruche. Il n’y a parmi ces individus , à l’instant où ils forment leur établissement, qu’une seule femelle; tous les autres n’ont point de sexe , et sont appelés neutres} mulets ou ouvrières : on nomme cette réunion un essaim ou un jeton.

Ordinairement , le lendemain du jour où ces insectes ont pris possession de leur demeure , on voit un grand nombre de neutres sortir dès le grand matin et revenir à la ruche les deux pattes de derrière couvertes d’une matière grasse , nommée propolis , que d’autres individus viennent leur enlever pour aller l’appliquer sur toutes les fentes et les issues, de manière à n’en laisser qu’une seule par laquelle toute communication au -dehors doit se faire.

Pendant qu’une partie des neutres est employe'e â cette opération, d’autres commencent à construire, avec le plus grand art, un édifice intérieur, destiné à recevoir les œufs que la femelle doit pondre et les magasins de vivres nécessaires’ au besoin de tous. Les matériaux de cette bâtisse sont sécrétés par l’insecte lui-même. Il paroît que le pollen des végétaux que l’abeille avale , fournit cette substance qui se dejiose sous les écailles de son abdomen et que l’insecte recueille et pétrit; c’est alors une matièie gsasse, ductile et flexible, que nous nommons cire.

La manœuvre qu’emploie l’abeille est simple. Elle se

roule dans une fleur ; la poussière s’attache à ses poils , et comme ses pattes de derrière sont garnies d’une sorte de brosses ou de cardes, elle la rainasse et la réunit en deux boules qu’elle fait entrer de suite dans deux petites corbeilles ou creux pratiqués sur le premier article de ses tarses postérieurs (PI. iv, fig. 3g, 4°)- Ainsi chargée de butin , elle s’envole vers la ruche.

A peine arrivée dans la demeure commune , ses camarades la déchargent et mangent même sur ses pattes la matière recueillie avec tant de peine \ mais ce n’est qu’une sorte d’emprunt qui tourne au profit de tous. Après un certain temps, cette matière qui a servi à la nourriture, est employée également, comme on s’en est assuré , à la sécrétion de la cire. Cette matière grasse et ductile , solide et imperméable à l’humidité , se sépare dans de petites poches particulières , qu’on observe sous les quatre anneaux de l’abdomen qui suivent le premier. L’insecte prend avec la bouche cette cire , la malaxe et la prépare pour construire le grand édifice , composé d’une infinité de petites loges, nommées alvéoles ou cellules, dont l’ensemble s’appelle gâteaux ou rayions.

C’est par le sommet de la ruche que commence ordinairement l’édifice. Les abeilles se rangent par files parallèles pour placer des lames de cire à une distance de trois centimètres à peu près. Ces lames sont verticales , et c’est sur elles que sont adossées les alvéoles de l’un et de l’autre côté. Il y a trois sortes de cellules : des petites en très-grand nombre ; des moyennes à peu près au nombre de neuf cents* et de très-grandes d’une forme toute particulière , dont il n’y a ordinairement que deux ou trois.

Toutes les cellules sont destinées à recevoir d’abord les œufs que doit pondre la femelle , qui ne travaille point , et par suite les provisions d’hiver ou le miel. Les petites et les moyennes sont des loges à six faces parfaitement égales , qui font toutes partie au-dehors des six cellules voisines. Les grandes alvéoles sont tout-à-fait différentes, et ressemblent au calice d’un gland de chêne.

Le miel , cette matière sucrée , on pourroit même dire ce sucre liquide , qu’on trouve dans les alvéoles des abeilles, a été recueilli par les neutres. Ces insectes ramassent et boivent dans les fleurs les liquides sucrés qui y suintent; mais ils les dégorgent dans l’intérieur de la ruche , privés de leur odeur, de leur viscosité , et propres à être conservés. C’est alors du miel. Ils le déposent dans une alvéole vide , qui est une sorte de petit vase imperméable, et ils en ferment hermétiquement l’ouverture avec une lame de cire qu’ils ne brisent que dans la disette.

La femelle dépose dans chaque cellule un œuf qui produit, deux ou trois jours après , une petite larve blanche et sans pattes, à laquelle des neutres s’empressent de présenter une liqueur qu’ils dégorgent près de sa bouche. Cette larve a acquis tout son développement au bout de cinq à six jours. Alors elle se file une coque pour se métamorphoser, et ses nourrices closent sa cellule avec un petit couvercle de cire très-mince. Au bout de trois ou quatre jours , le berceau s’ouvre , brise par l’abeille qui en sort toute humide : ses ailes se développent et se sèchent. Elle mange un peu de miel que ses camarades viennent dégorger sur sa langue , et bientôt elle va , comme elles, recueillir la cire et le miel, et participer aux travaux communs.

Les œufs qui doivent produire des mâles sont déposés clans les cellules de moyenne proportion , et se développent un peu plus lentement. On appelle ces mâles des frelons ou faux-bourdons ; ils sont plus velus, sans aiguillons; leur tête est plus grosse que celle des neutres : ils vont bien sur les fleurs avaler le sucre qui en découle , mais ils n ont pas les organes propres à le recueillir; ils ne rapportent rien à la ruche. On croit qu’ils s’accouplent en volant. À la fin de l’automne, tous ces mâles sont tués par les neutres, quand iis ont fécondé la femelle, et on les trouve morts auprès de la ruche.

Nous avons déjà vu que les œufs qui doivent donner des femelles sont placés dans une cellule plus grande , arrondie, isolée, et dont les parois pèsent près de cent cinquante fois autant que celles d’une alvéole d’ouvrière. Ordinairement il n’y en a que deux ou trois dans chaque ruche. Les neutres en prennent un soin particulier , et ils nourrissent les larves qui en proviennent avec une liqueur qui paroît plus succulente et en plus grande quantité. Aussitôt qu’une femelle est née, elle se hâte d’aller détruire les nymphes de son sexe. Si deux femelles éclosent en même temps, elles se livrent un combat opiniâtre qui ne finit que par la mort ou l’expulsion de l’une d’elles. Cette femelle, qu on nomme aussi improprement reine est, avant sa fécondation, de la grosseur des mâles* mais sa tête n’est pas arrondie , elle est armée d’un aiguillon • ses pattes de derrière ne sont pas garnies de brosses. Elle 11e sort de la ruche que dans le temps de l’accouplement, et ordinairement elle n’est guère plus d’une heure absente.

On a acquis la preuve, par des expériences directes, que

i3o DES INSECTES HYMÉNOPTÈRES.

les abeilles neutres sont des femelles privées des organes de la génération , ou chez lesquelles ces parties ne se sont pas développées, par défaut de nourriture dans Tétât de larve. Condamnées à une stérilité absolue par le défaut des organes qui peuvent reproduire leurs semblables, elles ont encore le sentiment de l’amour maternel ; et c’est pour satisfaire à ce besoin qu’elles s’attachent à la femelle fécondée,* elles la suivent partout où elle va, et ne paroissent avoir d’autre volonté que la sienne. Elles se chargent de tous les détails domestiques, et ne semblent exister que pour donner leurs soins aux petits qu’elle produira. Elles en deviennent les nourrices, les protectrices; elles obéissent , par un instinct admirable , à des lois dictées par la nature , et toute leur organisation semble modifiée par les circonstances de leurs mœurs , de leurs besoins actuels ou futurs. Elles semblent vivre comme des amazones sous un gouvernement gynocratique. C’est un exemple très-singulier dans l’économie de la nature.

Les autres abeilles ne vivent pas en sociétés aussi nombreuses : quelquefois les males s’occupent de l’éducation des larves, surtout parmi les espèces chez lesquelles il n’y a point de neutres. On a établi beaucoup de genres dans cette famille des hyménoptères ; tous ont des larves sans pattes , qui ne peuvent changer de lieu , et sont, en conséquence, nourries par leurs parens ; sous l’état parfait, leur bouche est munie d’une langue allongée. Tels sont les bourdons , reconnoissabîes à leur corselet bossu, trèsvelu et beaucoup plus large que la tête; les xjlocopes ou abeilles menuisières , qui ont de grandes mandibules , la tête plus large que le corselet et une langue courte ; les euceres , dont les antennes très-longues ne sont pas brisées; les nomades , qui ont le corps brillant et sans duvet, la tête arrondie, plus large que le corselet, et le

fi ont comme lenfle 5 les andrenes , dont le corps est velu les antennes courtes et le front plat ; les bembeees , dont il lèvre supérieure, prolongée en forme de bec, recouvre toute la bouche.

Tous les autres hyménoptères ont la langue courte : il en est dont le ventre est concave en dessous , se roulant en boule sur tout le corps , ce qui les a fait désigner sous le nom de Systro g astres 3 et , comme le corps est le plus souvent métallique , on les a encore appelés Chrysides. Ils sont rapportés à trois genres , les chrysides ou guêpes dorées, les omales et les parnopes. Les femelles sont remarquables parce qu’elles ont la faculté de faire sortir leur oviducte , qui est produit par des parties analogues à celles qui forment Taiguillon dans les autres hyménoptères (PI. 4 , fig, 45). D’autres , quand ils sont en repos , ont les ailes supérieures pliées dans toute leur longueur, et comme doublées , voilà pourquoi on les a nommés dupli penne s ou Ptérodiples 5 telles sont les guêpes et les masures. Ces insectes vivent à peu près comme les abeilles • il y a parmi eux des individus neutres, des mâles et des femelles. Ils construisent des rayons , mais d’une forme toute particulière, et avec une sorte de papier dont ils ramassent les matériaux sur l’écorce des végétaux , ou qu’ils forment de toutes pièces en broyant des particules de bois , et en les collant avec un suc visqueux dont ils les pénètrent.

La famille des Anthophiles ou florilèges réunit des hyménoptères qu’on trouve sur les fleurs, mais qui font leur nid dans la terre, oh ils déposent leurs larves qu’ils nourrissent d’autres insectes, dont ils emportent le corps après les avoir grièvement blessés ou mis à mort. On les iceonnoit à leur abdomen pédiculé, arrondi, conique, et

i,3-i DES INSECTES HYMÉNOPTÈRES.

à leurs antennes qui ne sont pas brisées. Tels sont les phi - Icinihes et les scoïies dont les au tenues sont renflées ; les premiers ont le corps sans poils, les secondes Font trèsvelu ; tels sont encore les crabrons et les mellines dont les antennes sont en fil. Les premiers ont en outre le front comme argente" ou doré.

On trouve aussi des neutres, ou des femelles sans sexe, parmi les fourmis , les mulilles et les dorjles , qui composent la petite famille des formiaires ou des Myrmèges. Les fourmis vivent en société; on les reconnoît facilement au pédicule de leur ventre, qui est toujours étranglé, ou qui supporte une écaille. Les neutres n’ont pas d’ailes. Quelques fourmis vivent sous terre , elles s’y creusent des habitations commodes; d’autres se construisent des demeures dans le tronc des arbres, ou tout-à-fait au-dehors et à l’air libre , avec une quantité de débris de végétaux , qu’elles ramassent de toutes parts , et qui leur servent de tente. Les mulets seuls travaillent : ils sont chargés comme les abeilles neutres de tous les soins domestiques, et sont doués delà force, de l’adresse et de l’agilité • les femelles restent dans l’habitation , et ne sortent que pour s’accoupler. C’est ordinairement vers le soir et dans l’air que se fait cet accouplement. Les larves sont nourries par les neutres^ mais elle ne sont point renfermées dans des cellules. Les fourmis s’engourdissent quand il fait froid : elles ne mangent point , aussi ne font-elles point de provision , et les amas de petits morceaux de bois qu’on nomme les magasins des fourmis, ne sont que les pièces de leurs édifices. Toutes se réunissent pour se construire des habitations , où elles vivent en commun sous des sortes de lois convenables à leur genre de vie , et à la conservation de la progéniture de la république. Elles se font des guerres de peuplades ou d’espèces à espèces : elles retiennent captives

DES INSECTES HYMÉNOPTÈRES. m

et tout-â-fait en esclavage les prisonnières qu’elles ont faites, et les condamnent aux travaux forces intérieurs. Elles élèvent et nourrissent convenablement, dans des sortes d’étables , d’autres espèces d’insectes, et surtout des pucerons, qu’elles soignent pour les traire, et pour en obtenir un aliment assuré dans les temps de disette , comme nous tenons en domesticité nos vaches, nos chèvres, nos brebis. Ces mulets nourrissent eux-mêmes toutes les larves, celles des mâles, des femelles et des neutres; ils les protègent aussi sous la forme de nymphes, et pendant tout le temps que ces individus peuvent être utiles et nécessaii es à la société. Enfin ils constituent, comme nous l’avons dit, de véritables républiques, oh tout est mis en commun, propriétés, familles, nourriture et bestiaux.

Les dorjles sont des insectes d’Afrique dont les mœurs sont encore peu connues : leur ventre, presque sessile , g épi une , courbe en faucille, est porte par une première articulation prismatique. Les mutillçs ont beaucoup de rapport avec les fourmis, mais elle n’ont ni nœud , ni étranglement, , ni écaille sur le pétiole de leur abdomen, Les mulets n’ont pas d’ailes; les femelles perdent les leurs après l’accouplement ou dans le danger ; elles s’en débarrassent même alors pour courir plus facilement. Elles ont un aiguillon dont la piqûre occasionne une vive douleur.

Les trois autres familles des insectes du même ordre nous présentent des singularités très-curieuses dans la manière dont leurs larves se nourrissent. Tantôt, comme dans la famille des néottocryptes , l’œuf déposé par sa mère, sous l’écorce d’une plante ou d’un arbre, y fait naître une tumeur contre nature, une véritable maladie, au milieu de laquelle le petit insecte se développe ;

tantôt , comme parmi les entomotilles , c’est dans le corps d’un autre insecte que la larve doit vivre. Son germe est introduit par la mère sous la peau de la victime, qui en sera dévorée sans avoir aucun moven de s’en de» fendre. D’autres espèces déposent auprès de leurs œufs une certaine quantité d’msectcs , auxquels ils ont enlevé les organes du mouvement, ou qu’ils ont estropiés de manière qu'ils ne puissent échapper à la larve qui doit Yen nourrir. Tels sont les orrcières.

Parmi les Néottocryptes ou abditolcirves , on nomme cynips et diplolepes quelques-uns des insectes qui produisent les galles des plantes , telles que ces sortes de végéta lions moussues et monstrueuses qu’on voit souvent sur le rosier églantier, et qu’on appelle bédeiguards j telles sont encore les tumeurs du lierre terrestre, et surtout la galle des boutiques ? ou noix de galle , qui sert eu teinture , et qui entre dans la composition de l’encre à écrire. Ces dernières se développent sur un chêne de l’Asie Mineure. On en recueille beaucoup aux environs d’Alep. Elles font l’objet d’un grand commerce : 011 préfère les galles qui contiennent encore l’insecte sous forme de nymphe. La femelle de ces petits animaux fait l’incision , dans laquelle elle dépose ses œufs , à l’aide d’une tarière roulée en spirale dont son anus est armé. Tous ces insectes ont l’abdomen pédicule, aplati ou renflé; les antennes non brisées, composées de treize articles au plus; les cuisses souvent renflées. Les uns ont les antennes droites , en fd , comme les ch a! ci des , dont, l’abdomen est arrondi , et les diplolepes , qui ont le ventre comprimé. D’autres ont les antennes renflées, tantôt du sommet à la base , comme les leucopsides , tantôt à la pointe seulement ; tels sont les cynips, dont la tête est sesSile , et les diapries , qui ont une sorte de cou. Enfui les eulo~

plies sont faciles à reconnoître parce que leurs antennes sont branchues ou en peigne.

On pourroit appeler encore insccti rodes , ou rongeurs d’insectes , les Entomotilles , qui déposent leurs œufs dans les larves. Ils sont rangés dans plusieurs genres, parmi lesquels sont les ichneumons , ainsi nommés parce que ce sont des insectes qui sont continuellement en mouvement, et qu’ils ont l’air d’être toujours en quête. Ce sont des hyménoptères à antennes longues , non brisées , de dix-sept à trente articles, toujours agitées, dont le ventre très - allongé se termine dans les femelles par une tarière droite. On les a divisés en plusieurs autres genres; tels que les fœnes et les évanies , qui ont les antennes filiformes) les ophions et les banclies , qui ont le ventre comprimé.

On observe quelquefois, sur les murs des jardins potagers, des flocons d’une soie blanche ou jaune qui , examinés avec soin , font voir l’assemblage de petites coques de même couleur; elles renferment chacune une nymphe. Au printemps suivant, il sort de chacun de ces cocons un petit ichneumon noir, avec les pattes jaunes ou rouges. Ces insectes s’accouplent, et bientôt après on voit les femelles occupées à faire la recherche des chenilles qui vivent sur le chou , dans l’intérieur desquelles elles doivent déposer leurs œufs. Après en avoir aperçu une, elles fondent dessus, s’y accrochent, et, malgré les mouvemens que la chenille se donne, elles lui percent la peau avec leur tarière à plus de quarante reprises, et dans des endroits differens; à chaque piqûre , elles introduisent un œuf sous la peau. Bientôt cet œuf se développe , il en sort une petite larve sans pattes , qui devient un ver rongeur r et qui dévore la graisse que la chenille avait formée pour

son développement parfait. Mais cet animal parasite a grand soin de ménager les organes de la nutrition; quand il a mange autant qu’il le pouvoit , il perce , ainsi que ses antres frères, la peau de la malheureuse chenille, qui périt bientôt après. Tous se rapprochent, et filent leurs cocons comme nous 1 avons dit plus haut. Quelquefois il n y a qu une seule larve déposée dans le corps de la che- 11 il 1 e , et l’epoque à laquelle elle s’y trouve placée varie suivant les espèces. Il semble que chaque ichneumon soit attaché particulièrement à l’existence de telle ou telle espèce d insecte, de chenille ou de larve. Souvent l’ichne limon ne se développe que dans l’intérieur de la chrysalîde ou de la nymphe , d’oh il sort sous l’état parfait.

On a nomme les insectes de la dernière famille de l’ordre qui nous occupe, les Okyctèrks ou les fouisseurs . parce qu ils creusent ordinairement des trous dans le sable pour y placer leurs œufs. Les spheges et quelques autres genres appartiennent à cette division : tels sont les larres , les pompiles , les tipfiies , dont les femelles ont un aiguillon caché , et dont les antennes , composées de quatorze à dixsept articles , sont aussi continuellement en mouvement.

On peu t observer principalement une de ces espèces, dans les lieux sablonneux et exposés au midi ; elle est noire , à duvet cendré ; son ventre , porté sur un long pédicule , est marqué de deux taches rousses : cet insecte est très-agile. On le surprend souvent occupé à creuser une cavité dans le sable, avec ses pattes et ses mâchoires ; quand d a fait une fosse , il va à la recherche de quelque chenille qu il a probablement piquée de son aiguillon , puisqu’il la rapporte absolument immobile; il l’enfouit , pose un œuf dans son corps , puis il comble la fosse et s’envole. Il naît de l’œuf une petite larve, qui se nourrit du cadavre , et

DES INSECTES NÉVROPTÈRES i37

qui se développe sous terre. D’autres espèces ensevelissent ainsi des araignées , qu’elles vont attaquer de vive force au milieu de leur toi!e? et c’est un spectacle fort curieux que cette sorte de combat , dont on peut être souvent témoin pendant l’été , quand on connoît le fait que nous venons d’exposer.

TROISIÈME ORDRE , insectes névroptères.

On désigne par le nom de Névroptères , des insectes qui ont quatre ailes nues, d’égale consistance , avec des nervures en réseau , la bouche garnie de mâchoires , et non d’un bec ou d’une trompe. Les métamorphoses sont un peu différentes dans les trois familles cjui composent cet ordre.

Deux sections comprennent ces insectes , et les partagent d’une manière fort commode. Les uns vivent pendant quelque temps sous 1 état parfait , et se nourrissent ; ils ont en conséquence une bouche garnie de mâchoires bien distinctes. Les autres, au contraire, naissent, s’accouplent, pondent et meurent le plus souvent dans la meme journée. Ils ne mangent pas , et on ne peut pas voir les parties de leur bouche : aussi les a--t-on appelés agnathes ( 892 ).

Parmi les névroptères dont la bouche est bien visible, les uns l’ont recouverte parles lèvres, comme par un masque; leurs ailes sont toujours étalées; ce sont les Odonates, demoiselles ou libellules : tons les autres ont la bouche à nu, et leurs ailes dans l’état de repos sont le plus souvent couchées en toit sur le dos; on les appelle, a cause de cela, tectipennes ou stégoptères (886).

On nomme demoiselles ou libellules , des insectes à ailes

DES INSECTES NËVROPTÈRES.

allongées, à peu près d’égale étendue , semblables à de la gaze , qu’on voit ordinairement voltiger avec une rapidité extrême dans les lieux humides. Elles se nourrissent d’autres insectes vivans qu’elles saisissent au vol. Leur accouplement présente uue particularité très-singulière; le male saisit sa femelle par le cou , ou dans l’intervalle de la poitrine avec la tête, au moyen de deux crochets qui font l’office de grandes tenailles qui sont placées à l’extrémité de sa queue; il s’envole ainsi avec elle, et il la force de venir appliquer son ventre contre sa poitrine oii sont logés les organes sexuels; aussi cet accouplement se fait-il toujours pendant le vol. Les espèces de cette famille sont rapportées à deux genres principaux. Les libelles qui ont la tête arrondie presque aussi longue que large, le front vésiculeux et dont les ailes restent étalées horizontalement dans l’état de repos; et les agrions qui ont la tête transversale, le front plat, les yeux distans, globuleux et les ailes verticales ou dressées dans l’état de repos.

C’est dans l’eau des mares, des étangs et des petits ruisseaux , que les demoiselles déposent leurs œufs. Il en naît une petite larve à peu près semblable à l’insecte parfait * mais sa bouche et ses mœurs sont bien différentes. La lèvre inférieure de ces larves est allongée (PL v, fig. i/h d, d, e), et pliée trois fois sur sa longueur, armée en avant de deux crochets, que l’insecte peut porter tout à coup sur les corps qu’il veut saisir, et c’est toujours sur une proie vivante. Sous cet état de larve , il est le plus souvent couvert de boue, et il respire par l’anus, qui est garni d’écaiîles pointues ( fig. i5 , a , a ) ; il se sert même de cette faculté qu’il a de faire entrer de l’eau par cet orifice et de l’en chasser avec violence , pour changer de lieu d’une manière très-rapide. La nymphe est agile comme celle des insectes de l’ordre des hémiptères (fig. i3).

DES INSECTES NÊVROPTERES.

Les fourmilions , les hémérohes , les termites , les pso rjues , les raphidies , les panorpes et beaucoup d’autres genres, qui renferment des insectes très-curieux à connoître , appartiennent à la seconde famille , celle des tectipennes ou Stégoptères. La plupart proviennent de larves qui se nourrissent d’insectes , auxquels elles tendent des pièges ou qu’elles attaquent de vive force : quelques-unes se filent un cocon ; mais la nymphe redevient mobile sur les derniers temps. Quelques espèces se développent sous l’eau ; d’autres restent cachées dans le bois; quelquesunes s’enfoncent dans la terre.

Le nom de fourmilion convient mieux à la larve qu’à l’insecte parfait. Cette larve a une forme toute particulière; son coi'ps est conique , pointu par-derrière; sa fête supporte deux longues cornes, percées à leur extrémité, et qui lui servent à retenir et à sucer sa proie. Elle a six pattes, et elle se meut, principalement en arrière; elle se creuse dans le sable une fosse, en forme d’entonnoir, au fond de laquelle elle se place , les deux cornes écartées. Malheur à la fourmi ou à tout autre petit insecte qui vient à passer sur le bord de la fosse î Le sable s’éboule sous ses pas ; il tombe dans l’embuscade : bientôt il est saisi, sucé jusqu’à la mort, et son cadavre desséché est lancé à une grande distance, afin qu’il ne serve pas d’indice pour le piège qui attend d'autres victimes. Cette larve est deux années à se développer; elle se file une coque de soie recouverte de sable, et reste immobile pendant près de deux mois dans ce follicule. Au bout de ce temps, il en sort un insecte tout-à-fait différent , qui a près de cinq fois la longueur de la larve : sa tète est garnie de deux antennes, en forme de fuseau; son corselet bien distinct supporte quatre ailes semblables à celles de la demoiselle ;

Mo DES INSECTES NÈYROPTÊRES.

mais il ne vit sons cette forme que quelques jours , pendant lesquels il s’accouple et pond.

On a nommé aussi lions des pucerons , les larves d’Æemérobes , parce qu’en effet elles se nourrissent de ces -insectes , au milieu desquels on les trouve , sans que ceux-ci aient l’instinct de les éviter. Elles les sucent à l’aide de leurs longues mandibules , qui sont percées à î’extréfnité comme les crochets des araignées. Les liémérobes ressemblent aussi à des demoiselles ; leurs antennes sont longues, en forme de soies, et la plupart ont des yeux très- brillans : l’espèce la plus commune exhale, lorsqu’on la saisit, une odeur très -fétide. C’est probablement un moyen de défense qu’elle emploie pour se' préserver du bec des oiseaux. Ces insectes pondent sur les plantes , des oeufs qui sont très-singuliers ; ils sont supportés à l’extrémité de longs pédicules , et groupés de manière qu’on les a pris souvent pour des plantes cryptogames.

On trouve , aux Indes et en Amérique , des insectes de l’ordre des névroptères , qu’on a regardés long -temps comme des fourmis blanches, ce sont les termites. On a observé parmi eux des mâles , une femelle , et un trèsgrand nombre d’individus , qu’on croit être des neutres. Ceux-ci ont six pattes, une très-grosse tête, un petit ventre, et ne prennent jamais d’ailes. Les mâles et les femelles ont la tête plus petite , et de très -longues ailes qui tiennent peu au corps. Quand une femelle est fécondée, son ventre se gonfle tellement qu’il lui est alors impossible de se traîner : elle porte plus de quatre-vingt mille œufs , et pèse deux mille fois plus qu’avant la fécondation. Les termites voyagent toujours sous des mines qu’ils se creusent sous terre ; ils détruisent tout ce qu’ils trouvent en

DES INSECTES NÉVROPTERES. 141

substances animales et végétales ; ils réduisent en poussière les meubles, les bardes ; et ils font d’autant plus de tort, qu’on ne s’aperçoit de leurs ravages, que lorsqu’il n’est plus temps d’y remédier.

Il y a bien en Europe quelques insectes voisins de ce genre , mais ils sont petits. Ce sont les psoques qui détruisent les vieux meubles , les paniers d’osier ) on les appelle vulgairement les poux du bois. On croit que ce sont ces insectes qui produisent dans les boiseries qu’ils rongent , un petit son régulier de tic-et-tac ; ce qui les a fait, par préjugé, nommer Yhorloge de la mort. On observe rarement ces insectes avec des ailes ; cependant la plupart en sont munis à une certaine époque de la vie.

Les raphidies sont des insectes très - extraordinaires par leurs formes : leur corselet est très-allongé; il supporte une tête étranglée en arrière , articulée sur une sorte de cou. Ces parties sont mobiles dans tous les sens. Les raphidies n’ont aux tarses que quatre articles et les antennes en fil : leurs larves et leurs nymphes se nourrissent , comme elles , de petits insectes. Les panorpes ou mouches scorpions ont la bouche placée à l’extrémité d’une sorle de bec, cinq articles aux tarses, et les antennes en fil. On ne connoît pas leurs larves : elles se nourrissent d’insectes, qu’elles saisissent en volant , et qu’elles dévorent $11 s’arrêtant sur les branches des arbres.

Les phryganes y les éphémères et quelques insectes voisins de l’un ou de l’autre de ces deux genres , composent la dernière famille , celle des Agnathes , dans laquelle on ne distingue pas les parties de la bouche, parce qu’elles sont trop petites et indiquées seulement par les

142 DES INSECTES NÉVROPTÈRES.

palpes. N’ayant pas d’organes propres à saisir leur nourriture , ils ne vivent pas long-temps sous cette dernière fo rme. Leurs larves se développent dans Peau ; elles ont des branchies qui servent à leur respiration aquatique. Leurs nymphes, quoique immobiles dans les premiers temps où elles ont pris cette forme , époque où elles sont très-molles , acquièrent peu à peu plus de solidité , et deviennent ensuite plus agiles.

O rr

ego-

Les phrygcmes ont les antennes longues ; elles vivent peu de temps avec des ailes : on les trouve sur le bord des eaux, dans lesquelles leurs larves se développent; ce sont des insectes herbivores qui se filent, comme les teignes, des fourreaux desoie; mais elles les revêtent, les unes de portions de feuilles, d’autres de brins de roseaux, plusieurs de graviers et de petits coquillages qu’elles y aglutinent. Ce fourreau est ouvert aux deux bouts, et l’insecte le traîne partout avec lui. Lorsqu’il est sur le point de se métamorphoser , il file aux extrémités des espèces de grillages ou de barreaux, qui doivent le défendre des injures extérieures. Les poissons sont trèsfriands de ces larves. On les recueille dans certains pays pour les employer comme amorce ; on les nomme chartes ou casets. Comme le fourreau des larves de phrygane ressemble à une petite bourrée , ou â un fagot de petit bois, il leur a fait donner le nom grec qu’elles portent.

La plupart des éphémères ne vivent qu’un seul jour sous l’état parfait. Ces insectes ont des antennes plus courtes que la tête; les pattes de devant bien allongées, les ailes supérieures toujours étalées, les inférieures excessivement courtes ; leur ventre se termine par deux ou trois longues soies. Leur larve ? qui a des espèces de bran»

DES INSECTES ORTHOPTÈRES. i/,3

chies (i) , vit dans la vase ; elle est près de trois ans à se développer. C’est principalement en été, et dans un même jour après le coucher du soleil , que toutes les nymphes sortent de l’eau ; elles s’accrochent à quelque corps, solide , et subissent dans l’air leur métamorphose. Il y a parmi elles plus de mâles que de femelles ; quelques espèces s’accouplent dans l’air, et ne restent ensemble que quelques minutes; d’autres pondent leurs œufs avant qu’ils soient fécondés , et le mâle les vivifie en se plaçant dessus. Ce mâle périt presque aussitôt ; la femelle se hâte d’aller déposer ses œufs à la surface de l’eau, au fond de laquelle ils sont entraînés par leur poids. Le lendemain , dès l’aube du matin , toutes les éphémères sont mortes. Les rivières en sont couvertes : les poissons s’en nourrissent. Ans, T les pêcheurs nomment - ils cette époque le jour de la manne.

Page 1