DES MAMMIFÈRES R UM IN ANS
dans 1 Etat. Ces queues sont ordinairement blanches , garnies de très-longs crins. Enfin , les buffles, qu’on rencontre en Asie, en Afrique, et qu’on èlève aussi en domesticité, sont de couleur noire , et leurs cornes , couchées sur les côtés de la tète , sont très-larges à la hase.
Les chèvres ne diffèrent guère des brebis que parce qu’elles ont une barbe sous le menton. Leurs mâles s’appellent boucs ; ils portent une odeur très - désagréable. Les chèvres préfèrent les montagnes; elles sautent trèsadroitement dans les lieux les plus escarpés; elles sont très -vives. On les élève en domesticité, principalement pour en avoir le lait, avec lequel on fait de très-bon fromage. Certaines variétés ont un poil soyeux et très-long-, dont on fait diverses étoffes. Leur peau est mince et solide ; on la tanne pour en couvrir les souliers , et en faire du maroquin. Le bouquetin est une espèce de chèvre sau- ^ âge , on en 1 encontre quelques-uns sur les Alpes; leurs cornes sont beaucoup plus grosses et plus longues que celles des chèvres (PL vî, fig. 32).
Le male de la brebis se nomme bélier , quand il n’a point ete châtre ; car alors il prend le nom de mouton-. Les jeunes beliers et brebis se nomment des cisçncciux. On ne commit plus cette espèce dans l’état d’animal sauvage. On l’élève en troupeaux nombreux pour en obtenir la toison , qu’on tond tous les ans, et dont les poils frisés se nomment lui/ie. On pn fait des étoffés, des draps; on en bourre les matelas. Leur graisse, blanche et cassante , sert principalement a faire de la chandelle; leurs intestins nettoyés, roulés et desséchés, font les cordes à boyaux. Les brebis a laine très-fine sont nommées mérinos. Autrefois leur exportation étoit défendue en Espagne. On nourrit en Barbarie et en Egypte une espèce de brebis.
dont la queue est très-grosse et la laine peu frisée, mais dont la chair est agréable au goût. Un bélier ordinaire suffit à cent femelles ; il n’y en a ordinairement qu un seul pour chaque troupeau. Ces animaux passent pour stupides • ils ne vivent qu’une quinzaine d’années : leur voix se nomme bêlement ; elle est très-monotone. On conçoit six ou sept variétés distinctes, ou races de biehis. Les unes ont des cornes ; les autres en sont privées 3 quelquefois il n’y a que les males, qui en ont , c’est même le cas le plus ordinaire. En général , les moutons du Midi ont une lame plus fine et plus frisée que ceux du Nord.
Sous le nom de Pachydermes, qui signifie cuir épais, on a réuni tous les mammifères qui ont plus de deux doigts, dont chacun est protégé à son extrémité par un sabot de corne. La plupart ont des incisives à l’une et à l’autre mâchoire ; souvent de longues lamaires et des molanes plaies. Ils se nourrissent le plus ordinairement de substances végétales , mais leur estomac est simple ; ils ne ruminent pas ; leur ventre , comme dans tous les autres animaux à sabots, est très -gros, et renferme des intestins ]onp;s et volumineux. Le nombre et la position de lems mamelles varient. On les a distribués en cinq genres, d’après le nombre des sabots qu’on remarque sur leurs pieds. Tous ne comprennent que très-peu d’espèces : les clé p h a ns ont cinq sabots a tous les pieds (PI. v, h g. 3o J , les hippopotames et les cochons n’en ont que quatre (fig. 32); et dans ce dernier genre deux doigts seulement posent sur la terre; les tapirs en ont quatre devant et trois derrière ( fig. 3 i,asb); enfin, les rhinocéros 11’ en ont que trois à chaque pied.
On ne commît maintenant que deux espèces à'elcphans, Pline d’À ie ou des Indes, et l’autre d’Afrique. Elles ont
beaucoup de ressemblance , et. ne diffèrent guère que par la structure des dents molaires (PI. in , fig. 33 d’Asie , et fig. 34 d’Afrique). Ces animaux se distinguent de tous ceux de cet ordre , parce qu’ils n’ont pas d’incisives proprement dites, car les deux défenses qui en tiennent lieu, par la manière dont elles sont implantées dans la mâchoire supérieure , se recourbant en haut , ne servent point du tout à diviser les alimens (PI. 11 , fig. 21 ). Les éléphans ont le cou trop court pour pouvoir atteindre leurs alimens avec la tête. La nature semble avoir pourvu à cet inconvénient , en prolongeant leur nez en une trompe charnue, mobile et sensible , qui leur tient lieu de main , et avec laquelle ils peuvent satisfaire à tous leurs besoins (PL vr, fig. 22). I a peau de l’éléphant est de couleur grisâtre , garnie d’un petit nombre de poils; elle est rude au toucher, grenue , comme gercée et très-épaisse. Ces animaux ne perpétuent que très-rarement leur espèce lorsqu’ils sont en domesticité. On les dompte lorsqu’on les saisit jeunes; ils deviennent alors assez dociles pour être employés aux transports. On les charge d’un poids de cent myriagrammes , et on leur fait parcourir, sans trop les fatiguer, un trajet de soixante à quatre-vingts kilomètres. Ces animaux nagent très-bien; ils vivent à peu près deux cents ans. On n’est point encore parvenu à dompter l’espèce d’Afrique. Ce sont les défenses d’éléphans qui fournissent le véritable ivoire y on le reeonnoîtaux lignes courbes losangiques que présente la tranche lorsqu’elle est polie. On nomme ivoire vert celui qui a été obtenu de l’animal immédiatement après sa mort; il est plus estimé que î’aütre , qui provient de défenses trouvées long-temps après avoir été séparées de l’animal . On dit que le premier est moins sujet à jaunir,
Le nom dC hippopotame , qui signifie cheval de fleuve, a été conservé à une espèce de mammifère que les Grecs
paroissent avoir décrit. Cet animai a quatre incisives arrondies à l’une et à l’autre mâchoire, et deux laniaires., don t les inférieures son tpi us longues et courbées en dedans (PI. ni, fig. 18). Il se trouve sur les bords des grands fleuves du sud de l’Afrique, et se nourrit de végétaux ; aussi F a-t-on désigné sous le nom de vache marine ; il est aussi gros que l’élépliant , mais beaucoup plus bas sur ses jambes , qui n’ont que quatre sabots. Son poids s’élève à près de deux cent cinquante my riagrammes. On ne l’a point encore dompté.
On reconnoît les cochons à leurs quatre sabots , dont deux seulement portent sur la terre lorsque l’animal marche, et qu’il n’est point trop fatigué (PI. v, fig. 3a. , a , é>). Tous ont un groin ou un museau mobile et tronqué qui sert à fouir la terre. La plupart ont des dents incisives , dont le nombre varie, et des laniaires, qui souvent sortent de la bouche , et servent de défenses (PI. 11 , fig. 20). Les principales espèces sont le sanglier ou le cochon sauvage , dont la femelle s’appelle laye , et les jeunes marcassins. Dans l’état de domesticité , cet animal change de forme ) ses oreilles surtout deviennent pendantes. On en connolt plusieurs variétés. On appelle le mâle verrat , la femelle truie, et les individus de l’un ou de l’autre sexe , lorsqu’ils sont châtrés , sont nommés porcs. Il y a encore dans ce genre le pécari , le sanglier dé Ethiopie , le bahiroussa ou cochon-cerf, ainsi nommé parce que ses laniaires supérieures sont recourbées sur le front , et ressemblent, en quelque manière, au bois du cerf (fig. 20}.
Le tapir vit en Amérique : il ressemble beaucoup aux cochons-, mais il marche sur quatre doigts en devant, et sur trois derrière. Son museau se prolonge en une sorte
DES MAMMIFÈRES TARDIGRADES. 3a9
de trompe : il a dix incisives à Fane et à l’autre mâchoire, et point de laniaires saillantes (PI. n, fig, 17). Il vit en domesticité, et procure aux habitans de l’Amérique une nourriture très-succulente. Il détruit les reptiles, et principalement les serpens venimeux. Il atteint la grosseur d’une genisse de quinze mois, et il pèse jusqu'à seize myriagrammes.
Le nom de rhinocéros, qui signifie nez cornu, a été donné à des animaux dont le nez est en effet arme d’une corne très-solide (PI. vi , fig. 21 ) , et dont les doigts de devant et de derrière portent trois sabots seulement. Ce sont de très-gros mammifères, moins élevés sur jambes que les éléphans , mais presque aussi pesans. On n’en connoît que deux espèces : toutes deux sont sauvages. On n’est pas encore parvenu à les dompter. Ils aiment les lieux humides, et se nourrissent de végétaux. Ils ont une force extrême dans la corne, avec laquelle ils déracinent de très-gros arbres. Leur cuir est très-épais , presque nu , il forme des replis. Les deux espèces sont distinguées entre elles par le nombre des cornes. L’une , qu’on trouve en Afrique , en porte deux , dont celle de derrière est plus courte. Elle n’a pas de dents incisives, ni de laniaires. L’autre espèce est d’Asie; elle n’a qu’une seule corne et quatre incisives (PL 111 , fig. 20). La substance de la corne est la même que celle des poils dont elle semble formée : il n’y a point de creux ni d’os dans son intérieur. On en fait des cannes, des montures de sabres : cette corne ressemble beaucoup à la matières des fanons de baleine.
Presque tous les autres mammifères ont, comme nous l’avons vu, les doigts terminés par des ongles crochus 3 mais ils diffèrent entre eux par la forme et le nombre des dents. On a nommé Tardigrades les espèces qui n’ont
DES MAMMIFÈRES ÉDENTÉS, point du tout d’incisives (PL m , fi g. 25 , et PL il, fig. i5), et dont les doigts sont réunis jusqu’aux ongles, ordinairement très- allongés et en forme de crochet (PL v, hg. 29, a y b). Leurs pattes de devant sont beaucoup plus courtes que celles de derrière* leurs mamelles sont situées sur la poitrine; et, quoique leur estomac soit divisé en quatre poches , ils n’ont point la faculté de ruminer les végétaux dont ils se nourrissent. Us ne forment qu’un seul genre, c’est celui du paresseux , qui ne comprend que deux espèces. On les trouve tous deux en Amérique. L’une a trois ongles à toutes les pattes , et se nomme V aï ; l’autre n’a que deux ongles aux pattes de devant , et est appelée unau. Ces animaux grimpent sur les arbres , et se nourrissent de feuilles : ils ont beaucoup de peine à marcher sur la terre ; on prétend même qu’ils ne peuvent faire qu’une cinquantaine de pas en une journée. Leur voix est forîe et lugubre. Leur tête arrondie ressemble un peu à celle des singes. Souvent ils s’accroupissent et croisent les bras sur la poitrine j ils ont alors une figure fort grotesque.
Les Edentés ont reçu leur nom de l’absence totale des dents incisives et laniaires. On n’en trouve aucune espèce en Europe, ils habitent l’Afrique, l’Amérique et la Nouvelle-Hollande. La plupart se nourrissent de fourmis ou d’autres petits animaux très mous. Il en est qui n’ont point de dents du tout (PL n , fig. 16), et qui font sortir de la bouche une langue allongée , cylindrique , enduite d’une humeur visqueuse , sur laquelle les termites , les fourmis , les abeilles, et les autres insectes qui vivent en société, viennent se coller lorsque l’animal plonge cet organe au milieu d’eux. Voila pourquoi , en général , on a nommé ces animaux fourmiliers. Ensuite on a fait autant de genres qu’il y a de sortes différentes de tégumens. Ainsi
DES MAMMIFERES RONGEURS. 33 ï
on appelle phatagins ou pangolins les fourmiliers don! le corps est couvert d’écailles osseuses, tranchantes, que l’animal peut redresser à volonté (PL vi , fig. i/}). On n’en a encore observé qu’aux Indes et en Asie ) d’autres ont des piquans sur le corps , à peu près comme les hérissons : on en connoît aussi deux especes; edes sont ce la Nouvelle— Hollande. On les désigné sous le nom g cchid -* nés (i) : enfin , on a laisse le nom de fourmiliers , proprement dits , aux espèces qui ont le corps couvert de poils , et dont on a observé des especes en Asie , en Afrique et en Amérique.
Les autres édentés ont des molaires seulement ; tels sont les ornilhorinques , les oryctéropes et les tatous. O11 n a placé que provisoirement encore 1 ornithorincfue paimi !es mammifères. Son nom , qui signifie bec d’oiseau , indique assez bien la forme du museau de 1 animal (PL * fi g. 23 , a , b). Il est aplati , couvert d’une peau molle , comme dans les oies, les canards : ses pattes de devant sont très-palmées ( PL v , fig. a5 , a), celles de denièie le sont moins (b). Sa queue est très-grosse , aplatie, couverte de poil (PL vi, fig. 9). On l’a trouvé dans les eaux douces de la Nouvelle-Hollande. On a nommé orj c 1er ope une espèce dont les ongles sont plats , et le corps couvert de poils; et on a appelé tatous d autres animaux qu on trouve principalement dans l’ Amérique méridionale , et dont le corps est revêtu d’une sorte de test osseux, divisé par bandes et par comparlimens , comme un ouvrage de mosaïque (PL vi , fig. i5).
La famille des Rongeurs se compose de beaucoup de
(1) On voit leurs pattes de devant et de derrière à la planche v, fig. 26, a.
DES MAMMIFÈRES RONGEURS, gemes, qu il est facile de reconnoîfre au premier coup d œil , car le plus grand nombre présentent en avant deux dents incisives tranchantes à chaque mâchoire (PL iii , Rg. 14, ïo, 16, 17), puis un intervalle sans laniaires, et des dents molaires plates (PR «, fig. 38, 39, /,o). Leurs pieds de derrière sont , en général , plus longs que les anterieurs. Us se nourrissent principalement, de mataèies ‘végétales, et leur estomac est simple , quoique leur ventre soit très-gros et leurs intestins volumineux. Us forment sept genres principaux, dont voici les caractères essentiels : les uns ont six incisives à la mâchoire supérieure (PI. 1, fig. 12) : ce sont les kanguroos ; les autres nen ont jamais que deux, comme à l’inférieure. Ceux qui ont le corps couvert de piquans sont appelés porc — épies ; les autres sont velus. Parmi ceux-là, on nomme l livres les espèces dont les dents incisives supérieures sont doubles, car elles sont seules dans ce cas. Ensuite on appelle castors ceux qui ont la queue écailleuse, aplatie horizontalement, tous les autres ayant la queue autreinent conformée. Ainsi les cabiais n’en ont point du tout, ou n en ont qu une très-courte, tandis qu’elle est longue dans les deux autres genres. Les écureuils , par exemple, 1 ont aplatie, très-velue dans toute la longueur, et leurs dents incisives inférieures sont comprimées, tandis que les rats présentent des caractères opposés
Les kanguroos sont des animaux de la Nouvelle-Hollande ; iis n appartiennent à l’ordre des rongeurs que par la mâchoire inférieure (PL m , fig. 24) et par l’absence des dents laniaires; car ils ont six larges incisives à la mâchoire d en haut ( PL 1 , fig. 12) : tous ont les jambes de devant si courtes, qu’elles servent très-peu à la marche (PL iv, fig. 17, a, b). Les femelles ont sous le ventre une sorte de poche ou sont placées leurs mamelles, et
dans laquelle elles déposent leurs petits aussitôt qu’elles les mettent au monde. On en connoît maintenant quatre espèces; Eune est nommée géant ou mouton sauteur : sa tete ressemble à celle d’une biche; sa queue est presque aussi longue que le corps : l’animal s’appuie dessus, et s’en sert comme d’un pied (PI. vi , fig. 12). Les autres espèces sont plus petites, il y en a même une qui n’est pas plus grosse que notre rat ordinaire.
Le seul nom de porc-épics ou porte-épines indique le caractère de ces rongeurs. On en connoît plusieurs espèces. On nomme l’une à crinière ; elle vit dans les régions tempérées de l’ancien continent, et principalement dans le Midi de l’Europe ; tout son corps est couvert de longs piquans annelés alternativement de brun et de blanc ( PL vi, fig. i3) , dont les peintres se servent pour faire des entes à leurs pinceaux • sa queue est courte, et supporte des tuyaux vides, tronqués, portés sur un pédicule élastique. Lorsque l’animal meut cette queue , il fait sonner les tuyaux , et lance souvent à une grande distance l’urine qui y pénètre. Une autre espèce qu’on nomme coendau ou coendou , se trouve principalement au Brésil. Sa queue , qui est très-longue , sert à l’animal pour s’accrocher aux branches. Les piquans de son corps sont courts. La chair de ces deux rongeurs est très-bonne à manger.
Le genre cabiais comprend plusieurs espèces , qui toutes ont le corps ramassé; le poil court, luisant; les oreilles presque nues , arrondies. Us ne grimpent point aux arbres , et ils courent sans sauter. Quelques-uns paroissent avoir plutôt des sabots que des ongles. ( PL v, fig. 20 , a , b). On les a divisés en deux sous-genres. Les cabiais proprement dits , qui n’ont point de queue , et les agoutis, qui en ont une, mais très-courte. Iis sont
fous originaires d’Amérique. Celui qu’on nomme vulgairement cochon d’Inde vient aussi du Brésil : on l’élève en domesticité. Il est ordinairement des trois couleurs , Blanche , noire et rousse, distribuées par grandes taches. La femelle est très-féconde ; elle fait des petits tous les quarante jours. Un mâle suffit à douze femelles. Leur voix est une sorte de piaulement ou de sifflement.
On trouve des espèces du genre lièvre dans toutes les parties du inonde , et 011 les reconnoît aux dents incisives supérieures qui sont comme doublées par d’autres , destinées à remplacer les premières lorsque celles-ci viennent à se rompre (PL 111 , hg. 17). On les a aussi divisées en deux sous-genres : celles qui ont les pieds de derrière beaucoup plus longs que les antérieurs, conservent le nom de lièvres (PL v, fig. 19^3 et celles dont les pattes sont à peu près égales en longueur, sont nommées lago mjs. Le lièvre timide , dont la femelle s’appelle hase , et les jeunes , levrauts , est un animal de plaine. I! reste couché, pendant le jour, dans un creux, à la surface de la terre : c’est ce qu’on nomme son gîte. Il ne mange guère que de nuit. Il a la vue et l’ouïe excellentes. Le lapin est une espèce qui vit dans les bois, où elle se creuse des terriers. On élève cet animal en domesticité : on en voit de toutes couleurs. La variété dite d’ Angora a le poil long et soyeux. On se sert du poil des lièvres pour faire des feutres ou des chapeaux : la peau ellemême est recherchée pour la réduire, par la cuisson, en une sorte de colle commune employée clans la peinture des bâtimens. La chair du lapin est très-estimée ; 011 la mange avec le sang. Celle du lièvre est noire ; celle du lapin est blanche (1).
(1) Lés lapins blancs ont les yeux rouges : ils sont dans un état
Le castor ou bièvre ëtoit autrefois , à ce qu’il paroît, fort commun en Europe ; mais on en a presque détruit l’espèce. On reconnoît facilement cet animal à ses pattes de derrière palmées (PI. v, fig. a3.) , et à sa queue déprimée, comme couverte d’écailies (PI. vi , fig. i5). îî est relégué dans les parties les plus froides des deux continens : il recherche principalement les bords des lacs et des fleuves, dont le courant est peu rapide; il se nourrit de racines et d’écorces; il nage et plonge très-bien. Ordinairement, et lorsqu’ils ne sont pas trop inquiétés par les hommes , ces animaux vivent en société : ils construisent en commun des habitations souterraines , dont l’architecture est admirable : sûreté contre l’attaque , solidité intérieure, distribution commode des pièces ; tout paroît avoir été prévu dans ces sortes de villes souterraines construites par les castors. Mais 011 leur fait une guerre continuelle de destruction pour se nourrir de leur chair , qui est excellente , surtout celle de la queue , et, pour obtenir leur fourrure , dont les poils soyeux , quoique courts , sont principalement recherchés par les chapeliers , qui en font des feutres fins et solides. Le mâle et la femelle portent en outre une sorte d’onguent musqué dans une poche particulière, située sous la queue; c’est ce qu’on nomme le casloreum : autrefois on s’en servoit beaucoup en médecine.
de maladie qui se propage par la génération. On connoît beaucoup d'exemples analogues chez les animaux; ainsi parmi les oiseaux , il n’est pas rare de voir de ces variétés, principalement chez les hirondelles, les pies, les merles, les alouettes, etc.; tels sont encore les souris blanches, les furels. Enfin, les albinos, les dondos, les cliaerelats, les nègres blancs, sont , pour l’espèce de l'homme , dos individus semblables.
Les écureuils forment un genre très-nombreux en espèces j on en trouve dans toutes les parties du monde. Ce sont de jolis petits animaux , très-remarquables par leur propreté, leur adresse et la finesse de leurs poils. La plupart vivent sur les arbres; ils se nourrissent de fruits et de graines, dont ils font des provisions; leurs dents incisives inférieures sont pointues , étroites et comme comprimées , et leur queue est garnie de poils longs , disposés sur deux rangs ( PL vi , fi g. 4)* On les a séparés en deux sous-genres : ceux qui ont des membranes velues , étendues de chaque côté entre les pattes , et servant comme de parachutes lorsqu’ils se précipitent du haut des arbres , se nomment pela Louche s ; et ceux qui ont les flancs arrondis sont les véritables écureuils. C’est parmi ces derniers qu’on a placé l’écureuil ordinaire; sa couleur varie, mais celle de la queue est toujours semblable au dos, et les oreilles sont terminées par un pinceau de poils. La fourrure qu’011 appelle petit-gris , et qui nous vient d’Amérique, a été enlevée à un animal de ce genre.
Lin née avoit réuni, sous le nom de rats , toutes les espèces qui n’avoient pu entrer dans les genres précédens ; mais depuis 011 les a divisées en cinq ou six groupes , principalement d’après îa forme des dents. Ainsi on a nommé marmottes, les espèces qui ont des molaires presque plates , tuberculées (PL m, fig. /yi ), le corps ramassé et îa queue très-courte : campagnols et ondatras , celles qui ont les molaires sillonnées et la queue longue. Toutes les autres espèces ont les dents molaires écliancrées ; mais les unes portent une queue longue ; d’autres en ont une trèsc.ourte, ou n’en ont point du tout, comme les hamsters et les rats-taupes ou aspalax. Ceux de ces animaux qui ont une queue longue sont appelés rais , lorsque leur
queue est écailleuse , presque sans poils (PI. vi, fig.5 ,5, à)' quand leur queue est très-velue , on les nomme loirs si leurs pattes sont à peu près égales, et gerboises si celles de devant sont excessivement courtes , en proportion de celles de derrière.
Les gerboises , qu’on a aussi nommées dipodes ou rats à deïix pieds , ressemblent un peu aux kanguroos par la forme générale du corps , et par la singulière disproportion des membres (PL iv, fig. 18 , a, b ) ; mais ce sont de véritables rongeurs. Leur longue queue est garnie d’une touffe de poils à la pointe : elles ne marchent que par sauts ; elles se creusent des trous sous la terre , et ne sortent que de nuit. Les principales espèces ont été observées en Afrique. Les loirs, ou rats à nez pointu , ne diffèrent des gerboises que parce que leurs pattes sont égales : ils grimpent parfaitement aux arbres, et se nourrissent de fruits, qu’ils portent à la bouche avec les pattes de devant; ils s’engoui dissent 1 lnvei . Les principales especes connues en France sont le loir proprement dit, qui est tout-à-fait gris en dessus et blanc en dessous : le lérot , qui est aussi de couleur grise , mais avec une tache noire autour de l’œil et derrière l’oreille; et le muscardin ou croque-noisette , qui n’est guère plus gros qu’une souris , et dont la couleur rousse en dessus, est blanchâtre en dessous. On l’élève
souvent en captivité pour s amuser de son adresse et de sa vivacité.
G est parmi les rats à queue rase et écailleuse qu’ori a rangé , i °. le rat d eau , dont les oreilles sont très-courtes , la couleur grise , le j>oi l fin : il a les mêmes mœurs que le castor ; sa chair est très-bonne à manger; 2°. le rat ordinaire, dont le corps est noir et les oreilles allongées, presque nues; 3°. la souris, dont la couleur est grise, et qui re-
cherche l’habitation de l’homme , avec lequel elle vit en parasite ; 4°. le mulot , dont la couleur est rousse en dessus, blanche en dessous , et qui vit ordinairement sous terre ,
‘ dans les champs , dans les bois , sur les bords de la mer.
Les hamsters ont dans la bouche des poches ou sacs qu’on nomme abajoues; leurs yeux sont très-grands; ils n’ont presque point de queue. Ces animaux sont fort communs dans le Nord , surtout en Pologne et en Sibérie 5 ils se nourrissent de blés ; ils enfouissent sous terre leurs provisions. Une espèce, qu’on nomme lemtning dans ces mêmes contrées , voyage souvent en troupes de plus de quatre cents ; ces animaux font beaucoup de dégâts dans les lieux où ils passent à la file les uns des autres. Les aspalax ou spalax paroissent être les taupes décrites par les anciens ; ils n’ont pas d’yeux du tout à l’extérieur ; cependant on trouve ces organes sous la peau : mais ils n’y sont pas développés; ils vivent toujours sous terre. L espèce la mieux connue, qu’on nomme zemni , et qui n a point d’abajoues , se trouve principalement en Russie.
L’ ondatra , qu’on appelle aussi rat musqué , est facile à reconnoître par sa queue longue et comprimée; il a les mêmes habitudes que le castor ; ses oreilles sont courtes ; il porte sous la queue un follicule qui contient une humeur très-odorante : on le trouve en Amérique. Les campagnols ont laqueue courte, arrondie; les oreilles à peine saillantes. O11 les trouve dans les champs et dans les bois; ils se nourrissent de blé , de faines, de glands, de noisettes. Les marmottes ont le corps ramasse, large; une queue très-courte; des dents molaires, tuberculées; cinq de chaque côté à la mâchoire d’en haut , et quatre seulement à celle d’en bas. L’espèce la plus commune se trouve dans les Alpes; elle se nourrit d’herbes et de racines, quelle
DES MAMMIFÈRES PÉD IMAGES. 33cJ
porte à la bouche avec les pattes ; elle vit en petites troupes qui amassent , pendant l’été , une grande quantité de foin dans des terriers à plusieurs issues , où elles s engourdissent l’hiver; leur chair est fort estimée ; leur fourrure ne donne qu’une pelleterie commune. Le monax est une marmotte d’Amérique. Le boback et le soulick sont d’autres espèces du Nord. Les chasseurs de zibelines recherchent beaucoup leurs terriers pour prendre le foin et les racines succulentes qu’elles y emmagasinent.
Tous les animaux qui nous restent à étudier sont carnassiers ; ils ont les trois sortes de dents formant, sur l’une et l’autre mâchoire, une série non interrompue; elles sont en général plus étroites et plus serrées sur l’inférieure. Les doigts de ces animaux sont armés d’ongles crochus; leur canal intestinal est court, et leur estomac simple. Tous sont organisés de manière à pouvoir se porter facilement sur leur proie ; et le plus souvent un de leurs sens est plus perfectionné que les autres. Aucune espèce n’a les pouces séparés aux pieds de devant , à moins que les autres doigts ne soient réunis entre eux. Ces animaux sont en si grand nombre, que, pour les étudier avec plus de facilité , on a été obligé de les diviser en ordres secondaires , ains/que nous l’avons vu (1234).
La famille des Pédimanes est peu nombreuse. Les animaux qu’elle renferme sont tous de la Nouvelle-Hollande ou de l’Amérique méridionale : on les reconnoît facilement à leur organisation. Tous ont le pouce séparé aux pieds de derrière; ils s’en servent comme d une main pour saisir les objets , et surtout pour grimper aux arbres (PL iv, fig. 14). Us ont sous le ventre, comme les Languroos , une poche dans laquelle leurs mamelles sont placées , et où ils déposent leurs petits , qu’ils mettent au
340 DES MAMMIFÈRES DIGITIGRADES,
monde long-temps avant qu’ils soient assez forts pour subvenir à leurs besoins. Voilà pourquoi ont les avoit d’abord appelés didelphes , nom qui signifie double matrice. On a laissé celui de sarigues ou de didelphes aux espèces qui peuvent s’accrocher avec la queue , et qui l’ont, en général, dénuée de poils, au moins d’un côté. On a nommé dasjures les espèces qui ont la queue très-velue, et enfin tarsiers ou mieux phalangistes les espèces dont la queue se termine par un flocon de poil , et dont les pieds de derrière sont grêles et allongés.
Les Digitigrades se nourrissent principalement d’autres animaux vivans : aussi la nature les a-t-elle doués de courage , de force , de ruse et d’adresse. Tous ont un tube digestif très-court , le ventre allongé , les doigts armés d’ongles crochus. Ils ne marchent al^olument que sur les doigts. Ils forment quatre genres. Ceux qui ont le museau court, arrondi, la langue couverte d’aspérités, et les ongles redressés quand ils marchent, sont les chats (PI. iv, fig. 12, a , h). D’autres, comme les civettes, ont des ongles à demi rétractiles, le museau pointu, la langue hérissée de petites pointes , et un follicule qui renferme une humeur odorante. Les martres et les chiens n’ont pas les ongles rétractiles (PL iv , fig. i3). Le corps des premières est très-allongé, bas sur jambes, et les dents incisives intermédiaires sont rentrées en dedans (PL m , fig. 12); les chiens , au contraire, ont les incisives latérales échancrées (PL 1 , fig. 9) , et le corps trapu ou élevé sur jambes.
On trouve des espèces de martres sur les deux continens. Elles se nourrissent principalement d’œufs , du sang et de la cervelle des petits animaux qu’elles étranglent. On les a divisées en trois sous-genres. Les loutres , qui ont
DES MAMMIFÈRES DIGITIGRADES. 3*t
les doigts de derrière palmes (PI. iv , fig. g} , les pattes courtes, la queue grosse à la base, le museau arrondi, la tête plate. Elles nagent et plongent surtout très-bien ; elles se nourrissent de poissons, et leur fourrure est trèsprêcieuse. Les belettes ont les doigts libres , les ongles courts, le corps et le cou allongés, le dos voûté (i). On connoît un grand nombre d’espèces dans ce genre : telles sont la belette ordinaire, le furet , 1 e putois , la fouine, la martre , la zibeline , Vhermine. On recherche principalement les peaux de ces dernières espèces. Les moufettes ont les ongles très-longs, le corps beaucoup plus large en arrière que du côté de la tête, la queue trèsvelue. Elles portent une odeur fort désagréable. On les trouve en Amérique.
Le genre des chats est très-nombreux en espèces. Leur face est arrondie 5 leurs mâchoires sont garnies de six dents incisives, entre deux grandes laniaires, et de trois molaires tranchantes , à plusieurs pointes de chaque côté (PL 1 , fig. 10). Tous sont très-vifs, marchent en silence, grimpent aux arbres, s’accroupissent ou se couchent à moitié pour se reposer. Ils y voient de nuit , et moins bien dans la journée. Leur odorat est foible, et leur ouïe fine et délicate. Ils ne mâchent pas , ils déchirent avec les ongles, et lèchent la chair avec la langue, qui est rude comme une râpe. Le mâle et la femelle ne vivent point ensemble. Les premiers sont, en général, plus gros et • plus forts. On en trouve dans toutes les parties du monde.
(1) Lafontaine a parle' plusieurs fois de la belette. Chaque vers
est un dessin en miniature.
« Damoiselle belette au corps long et fluet Livre ïii.. fab. 17,
« La dame au nez pointu vir 16.
« L’animal à longue échine » iv 6.
3 42 DES MAMMIFÈRES DIGITIGRADES.
Nous citerons seulement les cinq espèces les plus connues : i°. Notre chat domestique , qui paroît être le même que le sauvage , avec lequel il s’accouple. Il ne s’attache pas à l’homme comme le chien , et ne suit que lorsqu’il a faim. On en connoît plusieurs variétés. i° . Le lion , qui est fauve, avec la queue terminée par une touffe de poils noirs , dont Je mâle a une crinière. On le trouve entre l’Inde et la Perse , et en Arabie. 3°. La panthère , qui est fauve aussi , avec des taches noires arrondies. 4°* Le tigre royal, qui est jaunâtre , avec de grandes bandes transversales noires. On le trouve en Asie, et surtout au Bengale. 5°. Le lynx, qui çstd’un fauve clair , avec des taches brunes et des pinceaux de poils à l’extrémité des oreilles. Il vit en Afrique.
Les civettes ont k peu près la forme des martres ; mais leurs ongles et leur langue sont semblables à ceux des chats. Leur pelage est ordinairement tacheté. L’espèce qui donne le parfum est grise , avec des taches et des bandes brunes. Elle vit en Abyssinie. Les genettes n’ont qu’un sillon sous le ventre , au lieu d’un follicule : on en trouve des espèces en Europe et en Asie.
On connoît beaucoup d’espèces du genre chien ; c’est là qu’on range les loups , les hyènes , les renards. Le chien domestique ne se trouve plus en état sauvage j quelques individus seulement se sont échappés, et vivent en liberté dans certaines parties de l’Amérique. Cet animal a suivi l’homme dans tous les climats où il a pénétré (1). Les
(1) Li unée a trace l’histoire du chien en peu de mots. Nous traduisons ici un fragment de la description qu’il en a donne'e , et qui est remarquable par son laconisme.
« Le chien se nourrit de chair, de charogues, de végétaux farineux,
DES MAMMIFÈRES DIGITIGRADES. 343
principales espèces ou variétés du chien domestique sont : i°. le chien de berger , qui a les oreilles droites , les poils roidés , un peu plus touffus sous la queue. Les chiens d’ Islande , de Sibérie , le chien-loup , sont intermédiaires entre ces premiers et les suivans ; 2°. les lévriers, qui ont le museau pointu , le corps allongé , très-haut sur jambes ; les levrettes ; les chiens turcs , qui n’ont de poils, pour ainsi dire , que sur la face , et le chien marron de la Nouvelle-Hollande $-3°. le barbet ou caniche , dont les poils sont crépus , frisés comme de la laine , et le museau court ,
« mais non de légumes ; digère les os ; se purge en mangeant les feuilles « de chiendent, qui le fout vomir; dépose ses excrémens sur les pierres;
« boit en lappant , pisse de côté, et souvent jusqu'à cent fois de suite;
« flaire l’anus des autres chiens; a l’odorat excellent et le nez humide ;
« court obliquement ; marche sur les doigts ; sue à peine ; tire la langue « lorsqu’il a chaud ; tourne autour du lieu où il veut se coucher ; dort « l’oreille au guet ; rêve. 11 est cruel en amour envers ses rivaux -, la « femelle s’accouple successivement avec plusieurs; elle les mord; reste «long-temps accouplée; porte soixante-trois jours; fait quatre à huit « petits ; les mâles ressemblent au père , les femelles à la mère. — C’est le « plus fidèle de tous les animaux domestiques ; il fait des caresses à son « maître; il est sensible à ses châtimens ; il le précède, se retourne lorsque «le chemin se divise; docile, il cherche les choses perdues, veille la « nuit , annonce les étrangers , garde les marchandises , les troupeaux , « les rhennes, les bœufs , les brebis, les défend contre les lions et les « bêtes féroces, qu’il attaque ; il reste près des canards; il rampe sous « le filet de la tirasse , se met en arrêt , rapporte au chasseur la proie « qui a été tuée, sans y toucher. En France, il tourne la broche; en « Sibérie , on l’attèle au traîneau ; lorsqu’on est à table , il demande à « manger; quand il a volé, il marche la queue entre les jambes, il « mange en grognant ; parmi les autres chiens , il est toujours le maître « chez lui ; il n’aime point les mendians ; il attaque sans provocafSn ceux « qu’il ue connoît pas. 11 soulage la goutte , les chancres , en léchant les « plaies; il hurle aux sons de la musique ; il mord la pierre qu’on lui « jette; il pue dans les temps d’orage et lorsqu’il est malade; il est sujet « au tæuia et à la rage, qu’il propage; il devient aveugle sur ses vieux
« jours , etc.
H 4" DES MAMMIFÈRES DIGITIGRADES.
arrondi ; îe bichon , le chien lion ; 4°. le dogue , qui a le museau retroussé , les incisives saillantes , les lèvres pendantes , les paupières lâches ; le doguin ou carlin, dont le corps est presque carré et la face noire; le roquet ; 5°. le braque , le chien de chasse ou chien courant, qui ale museau pointu, de longues oreilles pendantes ; le grand et 1 e petit danois y 6°. enfin , les bassets, à jambes droites ou torses, qui ont un corps gros, allongé, porté sur de petites jambes, les oreilles pendantes et une face pointue. Toutes ces variétés , et beaucoup d’autres , forment autant de races , qui se perpétuent constamment , quoique elles se mêlent et se confondent par l’accouplement.
Les loups ressemblent beaucoup aux chiens* mais ils sont plus forts que ceux de bergers , avec lesquels ils ont le plus de rapports : leur couleur varie; ordinairement ils sont d’un brun jaunâtre. Il y en a des noirs ; ils peuvent produire avec les chiens. Les hjenes vivent principalement en Afrique ; elles n’ont que quatre ongles aux pattes : elles portent une crinière; leur museau est noir, retroussé , et leurs poils gris , avec des taches et des bandes brunes ; elles se nourrissent principalement de cadavres , même de ceux des hommes , qu’elles vont déterrer dans les cimetières.
Les renards ont la queue touffue , cylindrique ; les oreilles dressées , arrondies et velues. On en connoît, six ou sept espèces , dont la fourrure est très-recherchée. Parmiceux de France, le renard ordinaire a l’extrémité de la^ueue blanche, tandis qu’elle est noire dans l’espèce qu’on appelle charbonnier. Le renard blanc ou isatis , le noir, le bleu, l’ argenté , sont d’autres espèces du Nord, dont les mœurs n’ont point encore été assez étudiées. Ceux de France vivent de rapines, de perdreaux, de levrauts,
de lapereaux , de poules , de petits oiseaux , même de fruits. On dit qu’ils recherchent surtout le raisin.
Les Plantigrades sont ainsi nommés parce qu’ils appuient la plante entière du pied , en marchant , sur la terre (PI. iv, fig. 10, A)* aussi cette partie est-elle toujours nue , privée de poils. Ces animaux sont moins carnassiers que les digitigrades : ils se nourrissent de vers , d’insectes et autres petits animaux. Les végétaux , et surtout les fruits sucrés peuvent aussi leur servir d’alimens. Leur course est une sorte de trot ; leur marche est lente î ils aiment presque tous l’obscurité , et ne sortent que la nuit. Dans les pays tempérés , ils s’engourdissent pendant l’hiver. On les a partagés en quatre genres principaux : les uns ont le corps couvert de poils roides en forme de piquans, on les a nommés hérissons ; les autres n’ont pas de piquaris ; mais tantôt les dents laniaires sont plus courtes que les incisives, comme dans les musaraignes $ tantôt elles sont plus longues. Parmi ces dernières espèces on nomme taupes celles qui ont les mains très-larges, aplaties en forme de pelle, et qui ont huit dents incisives à la mâchoire inférieure ; tandis que les autres, dont les incisives sont au nombre de six, et les pattes de devant semblables à celles de derrière , sont appelées ours.
Le corps des hérissons est couvert de courts piquans qu’ils peuvent redresser : leur museau est allongé; leurs dents laniaires sont presque aussi courtes que les incisives (PI. 1 , fig. 6 ) : ils se nourrissent de fruits , de limaçons , de vers; ils se roulent en boule dans le danger, à l’aide d’une conformation particulière dans les muscles de la peau. L’hiver ils s’endorment dans les trous ou on les trouve enveloppés d’une grande quantité d’herbes sèches
qu’ils ont apportées sur les épines de leur dos. On voit à Madagascar plusieurs animaux voisins des hérissons ; mais ils sont plus allongés , à épines plus flexibles , et à laniaires un peu plus longues que les incisives; ils n’ont point de queue du tout : on les nomme lenrec et lendrac.
Le nom de musaraigne , qui signifie souris des sables , a été appliqué à de petits animaux qui ont en effet quelque ressemblance avec les souris par les poils et par les pattes , et qui vivent surtout dans les lieux arides , et sous les terres faciles à remuer. Leur museau est prolongé en un groin comme celui des taupes ; leurs yeux sont petits : elles y voient mal pendant le jour. L’espèce la plus commune en France est appelée vulgairement musette ; c’est le plus petit mammifère connu ; il n’atteint guère que quatre centimètres, il porte une odeur qui déplaît aux chats, et voilà probablement pourquoi ceux-ci ne le mangent pas après l’avoir tué. Cet animal ne fait point périr les chevaux en leur entrant dans le ventre , comme on le croit dans les campagnes. On trouve une autre espèce de musaraigne sur le bord des fontaines : elle plonge très -bien ; ses oreilles sont garnies d’un petit opercule , et ses doigts sont bordés de cils ou de poils roides comme les tarses dans les insectes qu’on nomme dytiques.
Tout le monde connoît la forme des taupes ; leur corps trapu , couvert d’un poil court , soyeux , est supporté en devant par des pattes si courtes qu’il traîne sur la terre , leur queue est aussi très-courte ; leurs yeux petits ; leur museau prolongé en groin (PL i, fîg, y). Ces animaux vivent sous terre * ils y creusent des mines et des galeries à l’aide de leurs pattes de devant , qui sont garnies d’ongles tranchons ( PL iv, fîg. 8 , a ) j ils se nourrissent de lombrics ,
de larves d’insectes et de racines bulbeuses. Les taupes varient pour la couleur : il y en a de toutes blanches , de rousses ; mais le plus ordinairement elles sont grises ou noires. La taupe est un animal très-industrieux , et dont les mœurs sont très-curieuses à étudier : on n’en connoît qu’un petit nombre d’espèces. Parmi les étrangères , la plus remarquable est la chrysochlore du Cap, dont les poils sont, pendant la vie de l’animal, d’un beau vert doré changeant.
Le genre des oui's comprend un si grand nombre d’espèces, qu’on a été obligé de le subdiviser en plusieurs groupes. Tous , à la vérité , ont à l’une et l’autre mâchoire six incisives, situées entre deux grandes laniaires, celles d’en bas se trouvant comme déplacées ( PL m , fig. 12); mais les ours , proprement dits, ont une petite laniaire après la grosse, et ensuite un grand intervalle avant les dents molaires ( PL 1 , fig. 8 ). Chez tous les autres , les dents forment une série non interrompue : tantôt ils ont le corps très- gros en arrière, avec une queue beaucoup plus courte y tels sont les blaireaux : tantôt leur queue est presque aussi longue que le corps ; alors on les nomme kinkajous , quand cette queue leur sert pour s’accrocher aux branches, et coatis ou ratons quand elle est comme tronquée ou non
prenante.
Les ours sont des mammifères à corps gros , court, bas sur jambes , couvert d’un poil touffu et roide; de couleur uniforme , dont le nez se prolonge en une sorte de museau , et dont les larges pattes sont armées d’ongles longs et courbés (PL iv, fig. 10). Les trois principales espèces sont : le brun , qui se trouve dans les Alpes et dans les Pyrénées , se nourrit de matières végétales , de miel, d’abeilles , de fourmis , et se sert davantage des pattes que des
34$ DES MAMMIFERES CHIROPTÈRES,
dents ; le noir, qui vit au Canada et dans toute l’Amérique du nord , dont la peau à poils noirs, gros et lustrés, est très-recherchée comme fourrure grossière ; le blanc, qu’on nomme aussi ours polaire ou maritime , lequel se trouve sur les glaces au Groenland et en Sibérie, et dont le cou et la tete sont très-allongés , le nez , les ongles et. les paupières noirs, et tou tes les autresparties d’une belle couleur blanche.
Les blaireaux ou taissons se creusent des terriers; ils ont beaucoup de rapports avec les ours par leur manière de vivre ; ils se nourrissent principalement de scarabées et d’escargots. La plupart portent une odeur désagréable : leurs poils, quoique fort gros, sont flexibles, et s’usent difficilement. Comme ils ne se feutrent pas, on les recherche pour en faire des pinceaux, des brosses à barbe. Il n’y en a qu’une seule espèce en France; elle est cendrée en dessus, brunâtre en dessous, avec un bandeau brun. Le glouton du Nord et le rattel du Cap de Bonne- Espérance , appartiennent à ce même sous-genre.
Les coatis et les ratons sont des animaux d’Amérique : les premiers ont un museau excessivement prolongé et mobile; les autres ont le nez court : ils ont â peu près les mêmes mœurs que les blaireaux; ils se nourrissent de crabes, d’insectes et de fruits. Quelques espèces ont la queue formée d’anneaux de poils diversement colorés (pi. vi, fig. 2); quelques-unes relèvent le talon en marchant, et se rapprochent davantage des carnivores. Les kinkajous ressemblent beaucoup aux coatis ; mais leur queue (fig.. 1) est préhensile, et leur museau semblable à celui des ratons.
Les mains changées en ailes , telle est l’idée que fait naître la traduction du mot de Chiroptères. Les animaux
DES MAMMIFÈRES CHIROPTÈRES. 349
compris dans ce sous-ordre ont tous les membres enveloppés dans une membrane qui les soutient dans l’air, et qui donne à la plupart la faculté de voler aussi bien que les oiseaux (PL iv, fig. 6). Comme ils appuient sur la plante entière du pied , qui est ordinairement terminée par des ongles crochus ; qu’ils ont les trois sortes de dents ; que leur langue est hérissée de pointes tranchantes; enfin comme ils fuient la lumière , on voit qu’ils ont les plus grands rapports avec les autres carnassiers. Ils se nourrissent presque tous en effet d’insectes , qu’ils saisissent au vol comme les hirondelles. On les a divisés en six genres faciles à distinguer : les uns n’ont pas les mains allongées (fig. 7); on les a nommées galèopilheques. Toutes les autres espèces ayant les doigts des mains excessivement longs , mais étendus sous une membrane , et non terminés par un ongle , à l’exception du pouce , on les a nommées en général chauve-souris.
On connoît maintenant un très - grand nombre de chauve-souris. Pour en faciliter l’étude , on les a divisées en cinq genres, d’après les particularités suivantes : les unes ont le nez, ou l’ouverture des narines, garni d’une membrane ou d’un repli de la peau, et tantôt les laniaires écartées, on les nomme rhinolophes (PL vi , fig. 20; et PL ni , fig. 7 ) ; tantôt ces laniaires sont rapprochées ; on les appelle (PL vi, fig. 17,18, 19 ; et PL m, fig. 8). Toutes les autres espèces n’ont point de membranes ou de feuilles autour du nez. Chez les unes, comme dans la roussette , la membrane ne réunit pas les pattes de derrière, et il n’y a point de queue. Les deux autres genres ont une queue : dans les noctilions , elle est libre à l’extrémité , et l’animal la tient redressée; dans les chauve-souris proprement dites, elle est enveloppée dans la membrane, et courbée en dessous.
DES MAMMIFÈRES CHIROPTERES.
Le rhinolophe jer-à-cheval (PI. vi, fig. 20) est une espèce /fort commune en France : de jour, elle se retire dans les cavernes et dans les trous souterrains , où elle passe l’hiver. Dans cette saison , on trouve ces chauvesouris éparses et non réunies, attachées par les pattes, enveloppées dans les ailes comme par un manteau : elles sont engourdies, mais non endormies ; le moindre souffle les fait mouvoir. Lorsqu’il fait assez chaud , elles se rem uen t avec beaucoup de vivacité ; elles grimpent à reculons , avancent en s’accrochant avec l’ongle du pouce. Leur voix est semblable à celle des oiseaux; elle est courte et rapide. Elles ont deux mamelles sur la poitrine ; les petits s’y accrochent, et elles les portent partout en volant avec elles. Le moindre trou produit par un grain de plomb dans la membrane qui recouvre leurs ailes, les fait aussitôt tomber : elles cherchent alors moins à mordre qu’à se sauver et à se plaindre. Presque toutes les autres espèces ont des mœurs analogues. Parmi les chauve-souris proprement dites , celles qu’on nomme oreillard est remarquable par la grandeur de ses oreilles , qui sont de la longueur du corps. L’animal entier ne pèse que trois grammes ; cependant , quand il a les ailes étalées , il occupe un espace de près de deux décimètres.
iSog.
On n’a encore observé les galéopilheques que dans les îles de l’Océan indien , principalement aux Moluques : ils diffèrent beaucoup des chauve-souris ; car les membranes velues ne leur servent que de parachute , comme dans les polatouches. Tous leurs doigts sont armés d’ongles crochus et tranchans en forme de griffes (PI. iv , fig. 7); leur museau est court et simple; les incisives de la mâchoire supérieure sont dentelées, au nombre de deux : il y en a six, divisées comme un peigne à leur mâchoire
DES MAMMIFÈRES QUADRUMANES. 35 1 inferieure ( PI. iii , fig. 3 ). On n’en connoît que deux espèces; l’une est rousse , et l’autre grise avec des points blancs et noirs.
i5io-
Les mammifères compris sous le nom général de Quadrumanes, qui signifie quatre mains, ont en effet quatre mains , car leurs pouces sont séparés aux pieds de derrière comme à ceux de devant ( PL iv, fig. 2,3, 4,5). Us ont avec nous une telle ressemblance dans la structure des membres et dans la charpente générale du corps, qu’ils semblent nous imiter dans tous leurs mouyemens ; ce n’est pas qu’ils le veuillent , mais ils ne peuvent agir autrement. Ils forment un ordre très-naturel ; on les a divisés en deux grandes sections : les singes , qui ont quatre dents incisives sans intervalles (Pl. ni , fig. 2); et les makis , qui ont plus ou moins de quatre dents incisives avec un intervalle ( PL 1 , fig. 4).
Les makis , qu’on appelle encore singes à museau de renard , parce que tous ont le museau plus ou moins prolongé , et très-souvent un ou plusieurs ongles crochus, tranchans et non aplatis comme ceux des singes , sont des animaux d’Afrique. On en connoît maintenant un grand nombre d’espèces qu’on a distribuées en cinq sousgenres , principalement, d’après le nombre de leurs dents incisives. Ainsi, par exemple, on a nommé galagos celles qui ont en haut deux incisives très-écartées et six en bas ( PL 1 , fig. 4 ) ; leur queue est longue et touffue. On les trouve au Sénégal ; ils se nourrissent d’insectes. Tous les autres ont quatre dents incisives en haut, mais ils diffèrent par le nombre des inférieures; ainsi les tarsiers n’en ont que deux en bas; ils ont reçu leur nom de la longueur excessive du tarse ou du pied de derrière; ils ont les mêmes mœurs que les galagos; on n’en a encore
35a DES MAMMIFÈRES QUADRUMANES.
observé que dans les îles de l’Archipel indien. Les indns n’en ont- que quatre en bas ; les loris et les makis en ont six, mais ces derniers ont une queue , tandis que les autres n’en Oint pas. Tous ces animaux sont de Madagascar et des Indes orientales. On en transporte rarement en vie des individus en France. On a vu cependant des makis mococos gris , qui ont la queue annelée de noir et de blanc (PI. vi , fig. 2 ) , y faire des petits et les nourrir du lait de leurs mamelles.
Les singes ont en général toutes les dents disposées à peu près comme celles de l’homme j mais leurs lanières sont beaucoup plus longues ( PL in , fig. 2 ; PI. 1, fig. 2 , 3); leurs yeux sont dirigés en avant, et séparés par le nez, dont la cloison varie pour la largeur. Quelques espèces ont dans la bouche des sacs ou poches particulières , qu’on nomme abajoues. Leur face est plus ou moins verticale, suivant les espèces; aucune cependant n’a de menton. Leur bassin est toujours très-étroit, par rapport à la poitrine. Rarement ils ont des fesses; jamais leurs jambes ne sont garnies de mollets : leurs cuisses sont courtes, et leur talon n’appuie pas entièrement sur la terre, ni même toute la plante du pied à la fois, car ils marchent principalement sur le bord extérieur. Dans le plus grand nombre les bras et les doigts sont très-allongés , et les pouces sont très-courts en proportion ; quelques espècea n’ont point de queue du tout ; d’autres en ont une courte ou longue , et quelquefois préhensile ou propre à s’accrocher (PL vi , fig. 1 )•
Ces animaux se tro uvent principalement dans les climats voisins de la zone torride des deux continens , au Brésil, àCaïenne, à Surinam, au Bengale, au Sénégal , etc. Us ne sont, féconds que dans les pays chauds; ils portent
leurs petits , et les nourrissent à peu près comme les négi esses. Leur pe'tulance et leur vivacité semblent dépendre du climat; car ils sont lents , tristes et engourdis dans les régions tempérées. Plus leur face est allongée , plus , en général , ils sont féroces et cruels ; ils sont colères , passionnés ; ils trépignent dans l’impatience. Dans 1 état sauvage , ils se réunissent en troupes pour faire des expéditions. Us se défendent courageusement avec des bâtons , et lancent adroitement des pierres • quand ils sont blessés , ils se pansent , lavent leurs plaie» et y appliquent des médicamens. Ils se nourrissent principalement de fruits et de petits animaux, surtout d’insectes. O11 n’est point encore parvenu à apprivoiser les singes; on les dompte, on les subjugue, mais ils restent captifs et non domestiques. Dans cet état , on les voit toujours indociles, fourbes, rusés, gourmands, vindicatifs et brutaux. Ils ne sont sensibles qu’aux cbâliinensbattiis, ils soupirent, gémissent et sanglotteut; ils cèdent , mais seulement quand ils se sentent les plus faibles. On en a vu faire la roue , attiser le feu , rincer des verres , verser à boire, tourner la broche, danser sur la
corde, etc.; en général , ils sont très-adroits dans les exercices du corps.
On a partage les espèces de singes en six groupes principaux. On a d’abord observé que toutes celles d’Amérique avoient une large cloison des narines , douze molaires , et une queue très-longue , souvent préhensile. On a nomme sapajous les espèces qui ont le museau court, la tête plate; et alouates , celles dont le museau est allonge et la tête élevée en pyramide. Toutes les autres especes sont de l’ancien continent; la cloison de leur nez est mince ; elles n’ont que dix molaires ; celles dont le museau est extrêmement allongé fPl. i, ûg. 3), et la queue