LES DOUZE MOIS
— Vite, mon enfant, secoue l'arbre, dit Septembre. Elle secoue, une pomme tombe ; elle secoue ime seconde
fois, un second fruit tombe.
— Vite, Marie, vite à la maison ! crie Septembre d'ime 140 voix impérieuse.
La bonne fille remercie les douze mois et court joyeuse à la maison.
En voyant ces belles pommes Henriette est si surprise qu'elle s'écrie : ^45
— Des pommes fraîches en janvier ! Où as-tu trouvé ces deux pommes?
— Là-haut sur la montagne ; il y a un arbre qui en est rouge comme un cerisier au mois d'août.
— Pourquoi n'apportes-tu que deux pommes? Tu as^so mangé les autres en route.
— Moi, ma sœur? je n'y ai pas touché. On ne m'a permis de secouer l'arbre que deux fois, il n'est tombé que deux fruits.
— Tu mens, vilaine sotte, crie Henriette. iSS Et elle frappe sa sœur qui se sauve en pleurant.
Alors la méchante fille mange l'une des pommes et sa mère mange l'autre. Elles n'ont jamais rien mangé d'aussi déUcat. Quel regret de ne pas en avoir davantage !
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— Mère, dit Henriette, donne-moi mon manteau. Je 160 vais aller au bois, je vais trouver cet arbre et je vais le secouer si bien que toutes les pommes seront à nous.
Sa mère tâche de l'empêcher d'y aller, mais un enfant gâté n'écoute personne. Henriette s'enveloppe de son manteau et court au bois. ^^s
l6 ELEMENTARY FRENCH READER
Tout était couvert de neîge ; il n'y avait pas même un
sentier. Henriette aperçoit une lueur dans le lointain.
Elle court, elle monte et elle trouve les douze mois assis
chacun sur sa pierre, tous immobiles et silencieux. Sans
170 leur demander pardon, elle s'approche du feu.
— Que viens- tu faire ici? Que veux- tu? Où vas- tu? dit sèchement le vieux Janvier.
— Que t'importe, vieux fou ! répond Henriette. Tu n'as pas besoin de savoir d'où je viens, ni où je vais.
17s Et elle s'enfonce dans le bois.
Janvier fronce le sourcil et lève son bâton au-dessus de sa tête. En un clin d'œil le ciel s'obscurcit, le feu noircit, la neige tombe, le vent souffle. Henriette ne voit plus devant elle, elle s'égare et cherche en vain à revenir sur ses
180 pas. La neige tombe, le vent souffle. Elle appelle sa mère, elle maudit sa sœur. La neige tombe, le vent souffle. Henriette est glacée, ses membres se roidissent, elle s'affaisse. La neige tombe, le vent souffle toujours.
La mère va sans cesse de la fenêtre à la porte, de la porte à
18s la fenêtre ; les heures passent, mais Henriette ne revient pas.
Enfin la mère prend son manteau et court à la montagne.
Tout est couvert de neige ; il n'y a pas même un sentier.
Elle s'enfonce dans le bois, elle appelle sa fflle. La neige
tombe, le vent souffle. Elle marche avec l'inquiétude de la
190 fièvre, elle crie au loin. La neige tombe, le vent souffle
toujours.
Marie attend jusqu'au soir et toute la nuit, mais personne ne revient. Le matin il ne neige plus; le soleil brille, la neige couvre la terre. Henriette et sa mère ne sont pas 19s encore de retour. On ne les a jamais revues. Au printemps on a retrouvé les deux cadavres dans les bois.