LES DOUZE MOIS I
Le lendemain la méchante sœur, rêvant auprès dû poêle, appelle sa sœur et lui dit :
— Va me chercher des fraises dans les bois.
— Mais, ma sœur, quelle idée! Est-ce qu'il y a des 80 fraises sous la neige?
— Tais-toi et fais ce que je te- dis. Si tu ne vas pas au bois, si tu ne me rapportes pas un panier de fraises, je te battrai sans merci.
Alors la mère prend Marie par le bras et la jette à la porte. 8$
La pauvre fille retourne au bois. Elle cherche de tous
les côtés la lumière de la veille. Enfin elle la revoit et
arrive auprès du feu, tremblante et glacée. Les douze
mois étaient toujours à leur place, immobiles et silencieux.
— Mes bons messieurs, permettez-moi de me chauffer à 90 votre feu, car j'ai si froid, si froid !
— Pourquoi reviens-tu, dit Janvier. Que cherches-tu ?
— Je cherche des fraises, répond-elle.
— Ce n'est pas la saison, dit Janvier avec sa grosse voix. Il n'y a pas de fraises sous la neige. 95
— Je le sais, répond tristement Marie, mais ma mère et ma sœur me battront si je n'en rapporte pas. Dites-moi, je vous prie, où j'en trouverai.
Le vieux Janvier se lève et, s'adressant à un homme en capuchon blond, il lui donne le bâton et lui dit : 100
— Mon frère Juin, ceci te regarde.
Juin se lève à son tour et remue le feu avec le bâton. Alors la flamme s'élève, la neige fond, l'herbe devient verte, les arbres se couvrent de feuilles, les oiseaux chantent, les fleurs s'ouvrent. C'est l'été. Des milliers de petites 105
étoiles blanches couvrent le gazon, puis elles se changent en fraises et voilà les fraises qui brillent comme des rubis au milieu d'émeraudes.
— Vite, mon enfant, cueille tes fraises, dit Juin.
iio Marie en emplit son tablier, remercie les douze mois et court joyeuse à la maison. Sa mère et sa sœur sont bien surprises.
— Où as-tu trouvé ces belles choses? demande Henriette d'un ton dédaigneux.
IIS — Là-haut, sur la montagne, répond sa sœur ; il y en a tant que la terre en est toute rouge.
Henriette et sa mère mangent les fraises et ne disent pas même merci à la pauvre enfant.
Le troisième jour, la méchante sœur veut des pommes.
I20 Mêmes menaces, mêmes injures, mêmes violences. Marie
court encore à la montagne. Elle est assez heureuse pour
retrouver les douze mois, qui sont toujours assis autour du
feu, immobiles et silencieux.
— Encore toi, mon enfant? dit Janvier en lui faisant 125 place au feu.
Et Marie lui dit en pleurant que si elle ne rapporte pas des pommes rouges, sa mère et sa sœur la battront sans merci.
Le bon Janvier se lève comme la veille et donne le bâton 130 à un homme à barbe grise, en manteau violet.
— Mon frère Septembre, dit-il, ceci te regarde. Septembre se lève à son tour et remue le feu avec le
bâton. Tout de suite la flamme s'élève, la neige fond, les arbres poussent des feuilles jaunies qui tombent une à une 135 au soufiie du vent. C'est l'automne. Marie ne voit qu'une chose, c'est un pommier avec ses fruits rouges.