‹ Elementary French readerChapitre 21 sur 60 · LA PATTE DE DINDON · texte numérisé non relu

LA PATTE DE DINDON

Je me mets à compter dans le fond de ma poche l'argent de ma semaine.

— Je t'en donne cinq sons.

— Cinq sous ! . . . une patte comme celle-là ! . . . Est-ce que tu te moques de moi ? 40

Et, prenant le précieux objet, il recommence devant moi cet éblouissant jeu d'éventail, et chaque fois ma passion grandissait d'un degré.

— Eh bien, je t'en offre dix sous.

— Dix sous! . . . Dix sous! . . . dit-il avec mépris 45 . . . mais regarde donc. . . .

Et les doigts s'ouvraient et se refermaient toujours !

— Mais enfin, lui dis-je, en tremblant, combien en veux-tu ?

— Quarante sous ou rien. 50

— Quarante sous ! .' . . lui dis-je, quarante sous ! près de trois semaines de déjeuners ! Par exemple !

— Soit ! à ton aise.

Alors il met la patte dans sa poche et il s'éloigne. Je cours de nouveau après lui. $$

— Quinze sous!

— Quarante !

— Vingt sous !

— Quarante !

— Vingt-cinq sous ! 60

— Quarante !

Oh ! ce Couture ! comme il aura fait son chemin dans le monde! comme il connaissait déjà le cœur humain! Chaque fois que ce terrible mot 'quarante' touchait mon oreille, il emportait un peu de ma résistance. Au bout de 65 deux minutes, je ne me connaissais plus.

— Eh bien donc, quarante ! . . . lui dis-je. . . . Donnela-moi.

— Donne-moi d'abord l'argent, répond-il.

70 Je lui donne les quinze sous de ma semaine et il me fait écrire un billet de vingt-cinq sous pour le surplus. . . . Oh ! le scélérat ! il était déjà homme d'affaires à seize ans ! Puis, tirant enfin le cher objet de sa poche :

— Tiens, me dit-il, la voilà ! . . .

75 Je me précipite sur elle. Au bout de quelques secondes ainsi que je l'avais prévu, je connaissais le secret et je tirais le tendon aussi bien que Couture. Pendant deux minutes, cela m'amuse follement ; après deux minutes cela m'amuse moins ; après trois minutes cela ne m'amuse presque plus ;

80 après quatre minutes, cela ne m'amuse plus du tout. Je tirais toujours, parce que je voulais avoir l'intérêt de mon argent. . . . Mais le désenchantement me gagnait. . . . Puis vient la tristesse, puis le regret, puis la perspective de trois semaines de pain sec, puis enfin le sentiment de ma

8s bêtise. Et, tout cela se changeant peu à peu en amertume, la colère s'en mêle. Enfin, au bout de dix minutes, je saisis avec une véritable haine l'objet de mon amour et je le lance par-dessus la muraille, afin d'être bien sûr de ne plus jamais le revoir ! . . .

QUESTIONNAIRE

I. Quel est le titre de cette histoire? 2. Quel âge est-ce que j'avais ? 3. Où étais-je ? 4. Qu'est-ce que je rapportais chaque lundi de chez mes parents? 5. A quoi cette somme était-elle destinée? 6. Qu'est-ce que le collège fournissait?

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