JEANNE D'ARC
Jeanne d'Arc naquit à Domrémy, en Lorraine, en 141 2. La France était alors dans une situation terrible. Jeanne avait entendu dans la maison de son père raconter la grande misère qui régnait alors au pays de France. Depuis plus de quatre-vingts ans la famine et la guerre duraient. Les s Anglais étaient maîtres de presque toute la France; ils s'étaient avancés jusqu'à Orléans et avaient mis le siège devant cette ville ; ils pillaient et rançonnaient le pauvre monde. Les ouvriers n'avaient point de travail, les maisons abandonnées étaient en ruines, et les campagnes désertes 10 étaient parcourues par les brigands. Le roi Charles VII, trop indifférent aux misères de son peuple, fuyait devant l'ennemi et oubliait dans les plaisirs et les fêtes la honte de l'invasion.
Lorsque la simple fille pensait à ces tristes choses, une 15 grande pitié la prenait. Elle pleurait, et priait Dieu et les saints du paradis de venir en aide à ce peuple de France que tout semblait avoir abandonné.
Un jour, à l'heure de midi, tandis qu'elle priait dans le jardin de son père, elle crut entendre une voix qui disait : 20 — Jeanne, va trouver le roi de France; demande-lui une armée, et tu délivreras Orléans.
Jeanne était timide et douce; elle se mit à fondre en larmes. Mais d'autres voix continuèrent à lui ordonner de
25 partir, lui promettant qu'elle chasserait les Anglais. Enfin, persuadée que Dieu l'avait choisie pour délivrer la patrie, elle se décida à partir.
Tout d'abord elle fut traitée de folle, mais la ferme douceur de ses réponses parvint à convaincre les plus
30 incrédules. Le roi lui-même finit par croire à la mission de Jeanne, et lui confia une armée.
A ce moment les Anglais étaient encore devant Orléans, et toute la France avait les yeux fixés sur la malheureuse ville, qui résistait avec courage, mais qui allait bientôt
35 manquer de vivres. Jeanne, à la tête de sa petite armée, pénétra dans Orléans malgré les Anglais. Elle amenait avec elle un convoi de vivres et de munitions. Alors les courages se ranimèrent et Jeanne, entrainant le peuple à sa suite, sortit de la ville pour attaquer les Anglais.
40 Dès la première rencontre, elle fut blessée et tomba de cheval. Déjà le peuple, la croyant morte, prenait la fuite. Mais elle, arrachant courageusement la flèche restée dans la plaie et remontant à cheval, courut vers les retranchements des Anglais. Elle marchait au premier rang et
45 enflammait ses soldats par son intrépidité. Toute l'armée la suivit; et les Anglais furent chassés. Peu de jours après ils furent forcés de lever le siège.
Après Orléans, Jeanne se dirigea vers Reims, où elle voulait faire sacrer le roi. D'Orléans à Reims la route
50 était longue et couverte d'ennemis. Jeanne les battit à chaque rencontre, et son armée entra victorieuse à Reims, où le roi fut sacré dans la grande cathédrale.
Jeanne déclara alors que sa mission était finie et qu'elle devait retourner à la maison de son père. Mais le roi
55 ne voulut pas y consentir et la retint en lui laissant le commandement de l'armée.
Bientôt Jeanne fut blessée à Compiègne, prise par tra-