BAYARD
A quelques lieues de Grenoble, au milieu des superbes montagnes du Dauphiné, on trouve les ruines d'un vieux château à moitié détruit par le temps : c'est là que naquit, en 1476, le jeune Bayard, qui par son courage et sa loyauté mérita d'être appelé "le chevalier sans peur et sans 5 reproche."
Son père avait été lui-même un brave homme de guerre. Peu de temps avant sa mort, il appela ses enfants, au nombre desquels était Bayard, alors âgé de treize ans. Il demanda à chacun d'eux ce qu'il voulait devenir. lo
— Moi, dit Faîne, je ne veux jamais quitter nos montagnes et notre maison, et je veux servir mon père jusqu'à la fin de ses jours.
— Eh bien, Georges, dît le vieillard, puisque tu aimes la 15 maison, tu resteras ici à combattre les ours de la montagne.
Pendant ce temps-là, le jeune Bayard se tenait sans rien dire à côté de son père, le regardant avec un visage riant et éveillé.
— Et toi, Pierre, de quel état veux- tu être ? lui demanda 20 son père.
— Mon père, je vous ai entendu tant de fois raconter les belles actions accomplies par vous et par les nobles hommes du temps passé, que je voudrais vous ressembler et suivre la carrière des armes. J'espère, Dieu aidant, ne point vous
25 faire déshonneur.
— Mon enfant, répondit le bon vieillard en pleurant, Dieu t'en donne la grâce.
Et il avisa au moyen de satisfaire le désir de Bayard.
Quelques jours après, le jeune honmie était dans la cour 30 du château, vêtu de beaux habits neufs en velours et en satin, sur un cheval caparaçonné ; il était prêt à aller chez le duc de Savoie, où il devait faire l'apprentissage du métier de chevalerie. Ces chevaliers étaient de nobles guerriers qui juraient solennellement de consacrer leur vie 35 et leur épée à la défense des veuves, des orphelins, des faibles et des opprimés.
La mère de Bayard, du haut d'une des tours du château,
regardait son fils les larmes aux yeux, toute triste de le voir
partir, mais toute fière de la bonne grâce avec laquelle le
40 jeune homme se tenait en selle et faisait caracoler son cheval.
. . . Elle lui adressa gravement ces paroles :
— Pierre, mon enfant, je vous fais de toutes mes forces'ces trois commandements : le premier, c'est que par-dessus tout vous aimiez Dieu et le serviez fidèlement ; le second, c'est