‹ Elementary French readerChapitre 36 sur 60 · BAYARD · texte numérisé non relu

BAYARD

que vous soyez doux et courtois, ennemi du mensonge, sobre 45 et toujours loyal; le troisième, c'est que vous soyez charitable, car donner pour Pamour de Dieu n'appauvrit jamais personne.

Le jeune Bayard tint parole à sa mère. A vingt et un ans, il fut armé chevalier. Pour cela, il fit ce qu'on appelait so la veille des armes; il passa toute une nuit en prières, puis le lendemain matin un chevalier le frappa du plat de son épée et lui dit : — Au nom de Dieu, je te fais chevalier.

Les grandes actions de Bayard sont bien connues; il serait trop long de les raconter toutes ici. Un jour, il sauva 55 l'armée française au pont de Garigliano, en Italie; les ennemis allaient s'emparer de ce pont pour se jeter à l'improviste sur nos soldats. Bayard, qui les vit, dit à son compagnon: — Allez vite chercher du secours, ou notre armée est perdue. Quant aux ennemis, je tâcherai de les6o amuser jusqu'à votre retour.

En disant ces mots, le bon chevalier, la lance à la main, alla se poster *au bout du pont. Déjà les ennemis allaient passer, mais, conmie un lion furieux, Bayard s'élance, frappe à droite et à gauche et en précipite une partie dans la rivière. 6$ Ensuite, il s'adosse à la barrière du pont de peur d'être attaqué par derrière, et se défend si bien que les ennemis, dit l'histoire du temps, se demandaient si c'était bien un homme. Il combattit ainsi jusqu'à l'arrivée du secours. Les ennemis furent chassés et notre armée fut sauvée. 70

Après une vie remplie de hauts faits, Bayard reçut dans une bataille un coup d'arquebuse au moment où il protégeait la retraite de notre armée. Il faillît tomber de cheval, mais il eut l'énergie de se retenir, et appelant son écuyer :

75 — Aidez-moi, dit-il, à descendre, et appuyez-moi contre cet arbre, le visage tourné vers les ennemis : jamais je ne leur ai montré le dos, je ne veux pas commencer en mourant.

Tous ses compagnons d'armes l'entouraient en pleurant, Bornais lui, leur montrant les Espagnols qui arrivaient, leur dit de l'abandonner et de continuer leur retraite.

Bientôt, en effet, les ennemis arrivèrent; mais tous avaient un tel respect pour Bayard qu'ils descendaient de cheval pour le saluer.

8s A ce moment un prince français, Charles de Bourbon, qui avait trahi son pays et servait contre la France dans l'armée espagnole, s'approcha comme les autres de Bayard :

— Eh! capitaine Bayard, dit-il, vous que j'ai toujours aimé pour votre grande bravoure et votre loyauté, que 90 j'ai grand 'pitié de vous voir en cet état !

— Ah! monseigneur, répondit Bayard, n'ayez point

pitié de moi, mais plutôt de vous-même, qui êtes passé

dans les rangs des ennemis et qui combattez à présent

votre patrie, au lieu de la servir. Moi, c'est pour ma patrie

95 que je meurs.

Le duc de Bourbon, confus, s'éloigna sans répliquer.

Peu de temps après, Bayard expira.

Les ennemis, emportant son corps, lui firent un solennel service qui dura deux jours, puis le renvoyèrent en France.

QUESTIONNAIRE

I. Quel est le tître de cette histoire? 2. Où trouve- t-on un vieux château ? 3. Qui naquit là en 1476 ? 4. Comment mérita-t-il d'être appelé? 5. Qu'est-ce que son père avait été? 6. Que fit-il peu de temps avant sa mort? 7. Quel âge avait Bayard alors? 8. Que demanda-t-il à chacun de

ses enfants ? 9. Que dit l'aîné ? 10. Quelle fut la réponse du père? 11. Où se tenait Bayard? 12. Comment regardait-il son père. 13. Que lui demanda son père? 14. Donnez la réponse de Bayard. 15. Le père approuva- t-il le désir de Bayard?

I. Où était le jeune Bayard quelques jours après ? 2. Comment était-il vêtu? 3. Où allait-il? 4. Pourquoi y allaitil? 5. Qu'est-ce que c'étaient que ces chevaliers? 6. Où était la mère de Bayard pendant ce temps? 7. Comment regardait-elle son fils ? 8. Quelles paroles lui adressa-t-elle ?

9. Le jeune Bayard désappointa- t-il sa mère? 10. A quel âge fut-il armé chevalier? 11. Dites ce qu'il fit pour cela.

I. Pourquoi ne racontons-nous pas ici les grandes actions de Bayard? 2. Que fit-il un jour? 3. Que dit Bayard à son compagnon lorsqu'il vit que les ennemis allaient s'emparer du pont? 4. Où alla-t-il se poster? 5. Racontez comment il défendit le pont. 6. Quand Bayard reçut-il un coup d'arquebuse? 7. Que fit-il? 8. Que dit-il? 9. Qui l'entouraient?

10. Que leur dit-il? 11. Que faisaient les ennemis lorsqu'ils arrivaient ? 12. Qui s'approcha de Bayard comme les autres ? 13. Que dit-il à Bayard? 14. Qu'est-ce que Bayard répondit? 15. Comment les ennemis ont-ils honoré Bayard ?

(Récit d'un petit Alsacien)

Ce matin-là j'étais très en retard pour aller à l'école, et j'avais grand'peur d'être grondé, d'autant plus que M. Hamel nous avait dit qu'il nous interrogerait sur les participes, et je n'en savais pas le premier mot. Un moment

S ridée me vînt de manquer la classe et de prendre ma course à travers champs.

Le temps était si chaud, si clair !

On entendait les merles siffler à la lisière du bois, et

dans le pré Rippert, derrière la scierie, les Prussiens qui

lo faisaient l'exercice. Tout cela n^e tentait bien plus que la

règle des participes; mais j'eus la force de résister, et je

courus bien vite vers l'école.

En passant devant la mairie, je vis qu'il y avait du monde

arrêté près du petit grillage aux affiches. Depuis deux ans,

is c'est de là que nous sont venues toutes les mauvaises

nouvelles, les batailles perdues, les réquisitions, les ordres

de la commandature ; et je pensai sans m'arrêter :

— Qu'est-ce qu'il y a encore ?

Alors, comme je traversais la place en courant, le forgeron 2oWachter, qui était là avec son apprenti en train de lire l'affiche, me cria :

— Ne te dépêche pas tant, petit ; tu y arriveras toujours assez tôt à ton école !

Je crus qu'il se moquait de moi, et j'entrai tout essoufflé 25 dans la petite cour de M. Hamel.

D'ordinaire, au commencement de la classe, il se faisait un grand tapage qu'on entendait jusque dans la rue, les pupitres ouverts, fermés, les leçons qu'on répétait très haut tous ensemble en se bouchant les oreilles pour mieux 30 apprendre, et la grosse règle du maître qui tapait sur les tables :

— Un peu de silence !

Je comptais sur tout ce train pour gagner mon banc sans

être vu; mais justement ce jour-là tout était tranquille

SS comme un matin de dimanche. Par la fenêtre ouverte, je

voyais mes camarades déjà rangés à leurs places, et M.

Hamel, qui passait et repassait avec la terrible règle en fer

SOUS le bras. Il fallut ouvrir la porte et entrer au milieu de ce grand calme. Vous pensez, si j'étais rouge et si j'avais peur ! 40

Eh bien, non ; M. Hamel me regarda sans colère et me dit très doucement :

— Va vite à ta place, mon petit Frantz; nous allions commencer sans toi.

J'enjambai le banc et je m'assis tout de suite à mon 45 pupitre. Alors seulement un peu remis de ma frayeur, je remarquai que notre maître avait sa belle redingote verte, son jabot plissé fin et la calotte de soie noire brodée qu'il ne mettait que les jours d'inspection ou de distribution de prix. Du reste, toute la classe avait quelque chose 50 d'extraordinaire et de solennel. Mais ce qui me surprit le plus ce fut de voir au fond de la salle, sur les bancs qui restaient vides d'habitude, des gens du village, assis et silencieux conmae nous, le vieux Hauser avec son tricorne, l'ancien maire, l'ancien facteur, et puis d'autres personnes 55 encore. Tout ce monde-là paraissait triste; et Hauser avait apporté un vieil abécédaire mangé aux bords qu'il tenait grand ouvert sur ses genoux, avec ses grosses lunettes posées en travers des pages.

Pendant que je m'étonnais de tout cela, M. Hamel était 60 monté dans sa chaire, et de la même voix douce et grave dont il m'avait reçu, il nous dit :

— Mes enfants, c'est la dernière fois que je vous fait la classe. L'ordre est venu de Berlin de ne plus enseigner que l'allemand dans les écoles de l'Alsace et de la Lorraine. 65 ... Le nouveau maître arrive demain. Aujourd'hui c'est votre dernière leçon de français. Je vous prie d'être bien attentifs.

Ces quelques mots me bouleversèrent. Ah! les misérables, voilà ce qu'ils avaient afiiché à la mairie. 70

Ma dernière leçon de français !

Et moi qui savais à peine écrire ! Je n'apprendrais donc jamais! Il faudrait donc en rester là! . . . Comme je m'en voulais maintenant du temps perdu, des classes 7smanquées à courir les nids ou à faire des glissades sur la Saar ! Mes livres que tout à l'heure encore je trouvais si ennuyeux, si lourds à porter, ma grammaire, mon histoire sainte me semblaient à présent de vieux amis qui me feraient beaucoup de peine à quitter. C'est comme M. Hamel. 80 L'idée qu'il allait partir, que je ne le verrais plus, me faisait oublier les punitions, les coups de règles.

Pauvre homme !

C'est en l'honneur de cette dernière classe qu'il avait mis ses beaux habits du dimanche, et maintenant je comprenais 85 pourquoi ces vieux du village étaient venus s'asseoir au bout de la salle. Cela semblait dire qu'ils regrettaient de ne pas y être venus plus souvent à cette école. C'était aussi comme une façon de remercier notre maître de ses quarante ans de bons services, et de rendre leurs devoirs à 90 la patrie qui s'en allait. . . .

J'en étais là de mes réflexions, quand j'entendis appeler mon nom. C'était mon tour de réciter. Que n'aurais-je pas donné pour pouvoir dire tout au long cette fameuse règle des participes, bien haut, bien clair, sans une faute ; 95 mais je m'embrouillai aux premiers mots, et je restai debout à me balancer dans mon banc, le cœur gros, sans oser lever la tête. J'entendais M. Hamel qui me parlait :

— Je ne te gronderai pas, mon petit Frantz, tu dois être assez puni . . . voilà ce que c'est. Tous les jours on se dit 100 'Bah! j'ai bien le temps. J'apprendrai demain.' Et puis tu vois ce qui arrive. ... Ah ! c'a été le plus grand malheur de notre Alsace de toujours remettre son instruction à demain. Maintenant ces gens-là sont en droit de nous dire ;

Comment! Vous prétendiez être Français, et vous ne savez ni parler ni écrire votre langue ! . . . Dans tout ça, 105 mon pauvre Frantz, ce n'est pas toi le plus coupable. Nous avons tous notre bonne part de reproches à nous faire.

Vos parents n'ont pas assez tenu à vous voir instruits. Ils aimaient mieux vous envoyer travailler à la terre ou aux filatures pour avoir quelques sous de plus. Moi-même no n'ai-je rien à me reprocher? Est-ce que je ne vous ai pas souvent fait arroser mon jardin au lieu de travailler ? Et quand je voulais aller pêcher des truites, est-ce que je me gênais pour vous donner congé ? . . .

Alors d'une chose à l'autre, M. Hamel se mit à nous parler 115 de la langue française, disant que c'était la plus belle langue du monde, la plus claire, la plus solide ; qu'il fallait la garder entre nous et ne jamais l'oublier, parce que, quand un peuple tombe esclave, tant qu'il tient bien sa langue, c'est comme s'il tenait la clef de sa prison. . . . Puis il prit une gram- 120 maire et nous lut notre leçon. J'étais étonné de voir comme je comprenais. Tout ce qu'il disait me semblait facile, facile. Je crois aussi que je n'avais jamais si bien écouté, et que lui non plus n'avait jamais mis autant de patience à ses explications. On aurait dit qu'avant de s'en 125 aller, le pauvre homme voulait nous donner tout son savoir, nous le faire entrer dans la tête d'un seul coup.

La leçon finie, on passa à l'écriture. Pour ce jour-là M. Hamel nous avait préparé des exemples tout neufs, sur lesquels était écrit en belle ronde : France, Alsace, France, 130 Alsace. Cela faisait comme des petits drapeaux qui flottaient tout autour de la classe pendus à la tringle de nos pupitres. Il fallait voir comme chacun s'appliquait, et quel silence ! On n'entendait que le grincement des plumes sur le papier. Un moment des hannetons entrèrent ; mais 135 personne n'y fit attention, pas même les tout petits qui

s'appliquaient à tracer leurs bâtons, avec un cœur, une conscience, comme si cela encore était du français. . . . Sur la toiture de l'école, des pigeons roucoulaient tout bas, et

140 je me disais en les écoutant:

— Est-ce qu'on ne va pas les obliger à chanter en allemand, eux aussi ?

De temps en temps, quand je levais les yeux de dessus ma page, je voyais M. Hamel immobile dans sa chaire et fixant

14s les objets autour de lui, comme s'il avait voulu emporter dans son regard toute sa petite maison d'école. . . . Pensez ! depuis quarante ans, il était là à la même place, avec sa cour en face de lui et sa classe toute pareille. Seulement les bancs, les pupitres s'étaient polis, frottés par

150 l'usage ; les noyers de la cour avaient grandi, et le houblon qu'il avait planté lui-même enguirlandait maintenant les fenêtres jusqu'au toit. Quel crève-cœur ça devait être pour ce pauvre homme de quitter toutes ces choses et d'entendre sa sœur qui allait, venait, dans la chambre

155 au-dessus, en train de fermer leurs malles, car ils devaient partir le lendemain, s'en aller du pays pour toujours.

Tout de même il eut le courage de nous faire la classe jusqu'au bout. Après l'écriture nous eûmes la leçon d'histoire; ensuite les petits chantèrent tous ensemble le ba

160 BE Bi BO BU. Là-bas au fond de la salle, le vieux Hauser avait mis ses lunettes, et, tenant son abécédaire à deux mains, il épelait les lettres avec eux. On voyait qu'il s'appliquait lui aussi; sa voix tremblait d'émotion et c'était si drôle de l'entendre, que nous avions tous envie

165 de rire et de pleurer. Ah! je m'en souviendrai de cette dernière classe. . . .

Tout à coup l'horloge de l'église sonna midi, puis l' Angélus. Au même moment, les trompettes des Prussiens qui revenaient de l'exercice éclatèrent sous nos fenêtres. . . .

M. Hamel se leva, tout pâle, dans sa chaire. Jamais il ne 170 m'avait paru si grand.

— Mes amis, dit-il, mes amis, je . . . je . . .

Mais quelque chose Tétouffait. Il ne pouvait pas achever sa phrase. .

Alors il se tourna vers le tableau, prit un morceau de 175 craie, et, en appuyant de toutes ses forces, il écrivit aussi gros qu'il put :

— Vive la France!

Puis il resta là, la tête appuyée au mur, et, sans parler, avec sa main il nous faisait signe : 180

— C'est fini . . . allez-vous-en.

QUESTIONNAIRE

I. Quel est le titre de cette histoire ? 2. Qui raconte cette histoire? 3. Où allait-il? 4. Était-il en retard ? 5. Pourquoi avait-il peur? 6. Qu'est-ce que M. Hamel lui avait dit? 7. Quelle idée lui vint? 8. Quel temps faisait-il? 9. Qu'est-ce qu'on entendait? 10. Qu'est-ce qui le tentait? II. Où est-ce que je courus? 12. Qu'est-ce que je vis devant la mairie? 13. Qu'est-ce qui nous venait de là ? 14. Comment avez- vous traversé la place? 15. Que faisait le forgeron Wachter? 16. Que dit-il? 17. Qu'est-ce que le petit garçon crut? 18. Comment entra-t-il dans la cour de l'école ? 19. Que se faisait-il d'ordinaire au commencement de la classe? 20. Comment répétions-nous nos leçons ? 21. Sur quoi comptiez- vous? 22. Y avait-il beaucoup de bruit ce jour-là? 23. Qu'est-ce que je voyais par la fenêtre? 24. Que fallut-il faire? 25. Que dit M. Hamel? 26. Qu'est-ce que vous fîtes? 27. Qu'est-ce que notre maître avait mis? 28. Quand les mettait-il? 29. Qu'est-ce qui le surprit le plus? 30. Qu'est-ce que le vieux Hauser avait apporté? 31. Comment le tenait-il? 32. Où étaient ses lunettes? 33. Où M. Hamel était-il monté? 34. Que nous dit-il?

35. Pourquoi ces mots VOUS bouleversèrent-ils? 36. De quoi vous en vouliez- vous? 37. Que trouviez- vous ennuyeux? 38. Que vous semblaient-ils à présent? 39. Qu'est-ce qui vous faisait oublier les pimitions? 40. Pourquoi avait-il mis ses beaux habits du dimanche ? 41. Qu'est-ce que vous compreniez maintenant? 42. Que regrettaient-ils? 43. Pourquoi étaient-ils venus à l'école ce jour-là? 44. Qu'est-ce que le petit Frantz entendit? 45. Qu'est-ce qu'il ne savait pas? 46. Comment récita-t-il cette règle? 47. Est-ce que M. Hamel le gronda? 48. Répétez ce qu'il dit aux élèves.

Page 1