INTRODUCTION
L'aoriculture est le premier des arts et sa prospérité entraîne, en général, celle de toutes tes industries. Les richesses qu'elle procure sont les plus importantes, car elles rendent toutes les autres accessibles, et, k moins de circonstances anormales, le bien-être est partout quand les produits du sol sont k bas prix. U faut donc s'efforcer de réaliser cette condition qui dépend , plus qu'on ne croit , de l'inteUigence humaine. Je sais bien que l'homme, ce dompteur des éléments , comme on l'appelle quel* quefois, ne peut soustraire le champ qu'il cultive
aux vicissitudes atmosphériques; je sais encore qu'il ne peut ravir k Dieu ni le soleil qui mûrit les blés , ni l'ouragan qui les ravage; mais sans disposer k sa guise de toutes les forces de la nature, l'homme peut en utiliser quelques-unes , et parmi celles dont il lui est donné de diriger les effets, se trouve la plus puissante, la plus inexorable de toutes, celle enfin qui préside k la décomposition des êtres! Au sein de la matière animée, cachée sous les apparences décevantes qui caractérisent la vie, la destruction agit sans cesse, calme et patiente comme ce qui doit subsister toujours ! Et rien ne résiste a cette force de désassociation qui s'attaque au plus fort comme au plus faible, au basalte de nos rochers séculaires aussi bien qu'k l'insecte inapperçu que le même jour voit éclore et périr! Tout se courbe, tout se résigne devant cette loi, la seule qui soit empreinte de cette égalité grandiose que l'homme, en l'imitant, veut rapetisser jusqu'k lui ! !
Qui le croirait, cependant, cette, destruction de tout ce qui est, c'est l'existence de tout ce qui doit être ! ! La mort c'est la vie!! Assertion fausse si elle se rapporte k notre personnalité égoïste, mais vérité éternelle si nous lui donnons l'acception philoso-
phique qui doit l'appliquer à Tuniversalité de ]a création! Eh bien, c'est de cette force désorganisatrice dont il appartient k l'homme d'utiliser la puissance; quelques mots me feront comprendre par ceux à qui cet ouvrage est destiné ; tout être vivant doit mourir, mais avant d'arriver à ce terme fatal de son existence, il se modifie tous les jours, toutes les heures, toutes les secondes, et cette modification permanente consiste dans l'abandon d'une partie de la substance qui le compose. Prenons l'homme luimême pour exemple ! Que voyons-nous ? A chaque instant il perd par la respiration, par la sueur, par la salive, par les urines, &, quelques-uns des éléments qui le constituent, en même temps qu'il s'efforce de réparer ces pertes par la nourriture qu'il ingère. N'est-ce pas là une lutte incessante entre l'instinct de la vie et l'inflexible loi de la destruction , lutte dans laquelle l'homme ne tarde pas k s'épuiser et finit par être vaincu ? Mais dans l'intervalle qui s'écoule entre sa naissance et le triomphe du néant , que deviennent les principes excrétés journellement par le corps humain ? Ils retournent aux milieux qui les ont fourni, c'est-k-dire k l'air et k la terre, pour servir de nouveau k la nutrition des êtres qui
les ont éliminés. Mais comme ils ne peuvent rem-* plir cette seconde mission sans changer de forme ^ ils se modifient en cent façons^ et l'homme reprend à l'état de blé , de viande, de sucre, &, &, l'urine et les excréments dont il s'était débarrassé. Dans cette chaîne sans fin des transformations organiques , tous les individus vivants sont inscrits , et si l'homme, pour exister , a impérieusement besoin des productions végétales, celles-ci, pour croître et se développer, réclament, avec non moins de force l'intervention des produits animaux. La mort des uns , qu'elle soit partielle ou totale ^ est donc la condition première de la vie des autres, et cette vérité, trop souvent méconnue, s'exprime bien, je crois, par les lignes suivantes qu^ j'écrivais naguère dans un autre ouvrage (1): « Les sujets organisés, k « quelque règne qu'ils appartiennent d'ailleurs, ne « se détruisent que pour renaître, et a cela près des « formes différentes qu'ils affectent au moment de c( leur résurrection, les changements qu'ils subissent « ne sont jamais que des mutations effectuées entre c< les éléments qui les constituent ; admirable méc( tempsycose que celle de la vie matérielle dont
(1) De la composition du sang. 1847.
«c les transformatioxis n'ont, rien k eréer, puisqu'elles <c ne sauraient rien perdrel Les principes de la «r feuille que le vent entraîne aujourd'hui feront « demain, peut-être, partie de notre organisation, 4c d, qui sait si la substance des êtres chéris que « nous rendons k la terre ne passera pas en nous « quelque jour ! ! ! »
Ces données, si directement liées au sujet qui m'occupe, seront, de ma part, l'objet d'une discusi»on et d'une démonstration sérieuses dans plusieurs jparties de ce traité; en attendant, je crois bien faire en signalant les motifs pour lesquels la science agri- •cote laisse* encore tant à désirer, au point de vue de Fapplication de certains principes, bien connus, néanmoins, des dbtmistes et des physiciens.
Si l'agri^diture est demeurée si longtemps en âurrière du dévelepi^ement industriel qui caractérise 'essentiellanent notre époque, on ne doit l'attribuer qxHk une tcvuseï» ^use puissante dont l'influence bien qu'ébranlée se fait encore vivement sentir ; la routine s'est jpresqiie j«squ'aujourd'hui réservé le domaine agricole k l'exckâion de toute théorie, et, sous l'empire de cette domination inintelligente, B(»uvfènt h asmù raison a été méconnue. H ne faut
point se le dissimuler, les faits ont leur logique aussi bien que les idées, et la pratique seule est inhabile k résoudre les problèmes dont la science est l'un des termes. L'intervention habituelle des données scientifiques dans les travaux de Tagriculture, constitue donc un progrès de plus en plus désirable, k l'invasion duquel l'autocratie du praticien cherche vainement k s'opposer, et, pour ne citer qu'un exemple des bienfaits incontestables qu'entraîne l'interprétation raisonnée des circonstances pratiques, je rappellerai la substitution du système des assolements k celui si désastreux des jachères !
Pour que l'agriculture puisse enfin prendre l'essor que son importance croissante rend aujourd'hui indispensable, il faut débarrasser la voie qu'elle parcourt de quelques préjugés séculaires, qui ralentissent sa marche en obscurcissant son horizon. Le langage allégorique a, de tout temps, représenté la terre comme une mère toujours généreuse et quelquefois prodigue ; il n'en est rien , et la terre n'est pour l'homme qu'un débiteur honnête, qui lui restitue avec les intérêts ce qui lui a été prêté ; et de même que la machine multiplie, en la façonnant, la valeur de la matière brute qu'on soumet k son travail , de
même la terre convertit en blé, en paille, en sucre, la substance fertilisante qu'on lui confie à l'état d'engrais! Je crois donc devoir le répéter, la terre ne donne point, elle restitua; et loin d'être un élément créateur, elle nest qu'un agent de transformations ! !
De cet axiome, le seul vrai, découle naturellement ice principe, qui résume k mes yeux tous les progrès à venir de l'agriculture : Rendez à la terre par les engrais ce que vous lui avez enlevé par les récoltes, si vous vouiez que sa fertilité se perpétue ; cette propo* sition a pour corollaire: nwltipliez, recu^llez et utilisez les engrais l !
Ce sont ces données, et d'autres encore qui se groupent autour d'elles, ce sont ces données, dis-je, que je me propose de développer et de réunir dans un ouvrage élémentaire que je m'efforcerai de rendre compréhensible pour tous, en le mettant k la portée de toutes les intelligences. Cet ouvrage, dont l'utilité serait grande si la bonne volonté et le désir de bien faire suffisaient pour la lui donner, sera spécialement destiné aux jeunes cultivateurs, aux instituteurs primaires a qui, selon moi, il est réservé, dans un avenir prochain , de détruire les croyances fautives et les préjugés trompeurs. J'ai fait ce que j'ai pu pour
exposer clairement^ mâik ^'une manière fort condseï, les considérations physiques, météofologiqu^ et chimiques qui ont un rapport direct avec Tagriieul* ture; j'insiste ensuite, d'une manière spéciale, sur les relations intimes qui exitstent entre les engrais fournis k la terre et les récoltes qu'on en okient, et je démontre que toute la science agricole se réduit, en quelque aorte ^ à ccé^, à recueSlir et k employai' judicieusement lei^ engrais de toutes espèces quœ l'art et la nature i»)us présentent.
En publiant cet ouvrage, je n'ai ni l'ambition m la croyance d'avoir produit une «èuvre remarquable; la science n'est pas née d'hier, et le fulneile, loiii de moi la ridicule prétention d'en être le père. Après les travaux de Saussure, de Ghaptal, d^ Liebîg, de Boussingault, & , & , il reste peu de ohose a faine au point de vue théorique de la chimie a^i^oie., et mou but, eH abordant la tâche que je me suisxidiiiiéb, fut seulement d'offrir sou$ un a^éct simple et «n quelques pages^ les principes dîssàiâinés dont de aomhreux volumes, d^mt k lecture intéressairte an plàs haut degré pour le t^himisten serait sans profit fom ragrioulteur. À l'homme qui s'applique k enhiver la terre, il ne faut poiât imposer le péniUè travail dé
l'esprit; 9 ne £a«l point étourdir par une argumen^ tâtion sayanfe et par les èubtilHés -de la science, le boB sms aatiîrel <}à'il possède ; je me suis efforcé de satisfaire à Cette condition, en exposant les faits daos toute leur simplicité et avec le mocas dé motfe que possible; à use double titre, je oiH^is, et je le dis sans faussé hwniiifcé ^ que mon livre est sfisceptible de rendre des services k cent qm ne paortagent pas Topinion que la théorie est inutile et que la routine^ seule, constitue la science. Dans ce traité, je n'ai point voulu aborder la question purement pratique et cela pour deux raisons: la première, parceque je me sentais impropre à traiter ce sujet avec le développement expérimental qu'il comporte; la seconde, parcequ'il me semblait peu utile d'entretenir le cultivateur de choses qu'il connaît mieux que personne. A quoi bon, en effet, lui décrire la charrue qu'il emploie tous les jours, lui expliquer longuement les manœuvres qui lui sont habituelles, k lui, l'homme ouvrier , qui en remontrerait sur ce point à tous les agronomes de cabinet , passés , présents et futurs ? Ce qu'il lui faut, avant tout, c'est l'intelligence de ce qu'il fait , l'interprétation logique des actes qu'il accomplit et des résultats qu'ils produisent. Je me
suis donc astreint k côtoyer la pratique sans empiéter sur son domaine, et je n'ai mentionné, en général, que les circonstances d'application nécessaires pour établir l'exactitude des données théoriques dont renonciation me paraissait instructive. Puisse mon désir d'être utile être exaucé; puisse, surtout, mon travail seconder, dans la mesure de son faible mérite, les efforts tentés par le Gouvernement pour mettre l'agriculture au rang que son importance lui assigne, et je n'aurai point perdu mes peines.
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ËLËIIÏENTS D'AORIGULTIIRË
ron0tî>er(« îtattô m pnnnpattiE rapports AVEC LES SCIENCES NATURELLES.