CHAPITRE X
Des Sols et des Amendements qui leur conviennent*
C^>iiâîtîoiMi générales que doivent réalûer les 8ols poar être propre» à la eulture*
458«"^* Q. — Quelles sont les relations qui existent entre les sols et les éléments inorganiques des récoltes?
R. — Les matières inorganiques acides , alcalines et salines qui se rencontrent dans les cendres des végétaux, se retrouvent toutes dans les divers terrains, et cela, indépendamment de tout engrais. Le sol est donc l'élément premier de la végétation , en ce sens que seul il peut fournir à la plante les substances inorganiques qui doivent donner à ses tissus la résistance et la solidité nécessaires ; ces matières sont donc indispensables , et ce qui le prouve, c'est que les composés organiques euxmêmes en renferment pour la plupart une certaine proportion, bien que leur nature ne le comporte pas rigoureusement. Ainsi ^ par exemple, Yamidon et le gluten qui constituent la farine, étant calcinés à Tair,
laissent un rësidu en grande partie formé de phosphates de chaux et de magnésie.
ioO.*"' Q. — Quelles sont les isaractères essentiels de la terre cultivable ?
R. — 1.'' Le terrain doit être assez meuble pour que les racines puissent le pénétrer facilement et se propager dans toutes les directions.
â."* Le sol doit avoir une profondeur suffisante pour le développement vertical des racines; on sait qu'il en est qui tendent à s'enfoncer dans la terre et qui , lorsqu'elles rencontrent un sous-sol très résistant, se replient et potisisent latéralement.
3."* Les matières qvi -eompeseiA le terrain doivent se trouver entre elles dans un certain état de combinaison ou de mélange, lequel doit être le plus favorable possible au travail d'assimilation qui caractérise la vie des plantes.
4." La terre dott être assise de telle façon mte les eaux ne puissent y s^oumer longtemps, nî s'en échapper arec une trop grande promptitude* Un sous-sol argileux ou formé de roches compactes donnerait lieu an |>remi^ ÎDConvcnicnt; graveleux et sabUnneux, le saus-6ol cntraieerait le second désavantage, c'est-i-dire la filtratioa rapide de Teau apportée sur le terrain cultivé , et la dessination trop prompte de celui-ci,
5.'' Les substances de toute nature qui entrent 4aas la foiunation du sol doivent avoir une ténuité telle que l'air .ait un accès facile dans l'épaisseur de la couche de Aerre» Cette porosité est favorable à l'alimentatiou des plantes par les principes contenus dans l'atmosphère, à la déconi'position des engrais enfouis , et à la pénétration de l'eau des irrigations et des pluies.
: 414.""' Q. -^ t|«i'appelIe-t^on sous^al et quelle peut^ être son infkieDce ?
R. -** Le souS'^ol eâ représente par les eouclies ter^ reases piaoées ttnmë^iftiement ennlessous du sol cultH mble; son înlfloeiioe «est dés plus grandes. En effet, il ne suffit point que la position, rameublissement, la profondour^ )a composition du sol se trouvent dans les limites les plus favorables, pour que les récoltes soient assurées en proportion de ces éléments de succès. J*ai indiqué , dans la réponse précédente , les inconvénients attachés à Texis- (eaoe d-uh so«is-sol trop oooipacte , trop dur ou trop perméaUe; je dois dire quelques mots des sous^seJs eonsidérés au poial de vue de leur nature chimique. Le sous-sol cakaire et juar neux est généralement favorable, parce que les éléaiieflts qui le composeût peuvent eux** mêmes servir, plus ou moins prochainement, à la nutrHion desi^laotes ; k carbonate de chaux peut, effectivement, se dissoudre en plus ou moins grande quantité dans l'eau (le pluie , laquelle contient de l^acide carbonique puisé d^3S l'air atmosphérique, ou provenant des matières oi^^niques ^ se putréfient dans la terre ; saturée par l'acide carbonique^ l'eau peut donc tenir en suspension les éléments du sous-sol qui , pour sa part , contribue de cette façon à prolonger la fertilité du terrain.
On comprend , néanmoins , que les conséquences de la nature physique ou chimique du sous-sol ne sauraient être absolues^ et que la nature du terrain supérieur est pour beaucoup dans l'influence avantageuse ou nuisible que doit exercer le sous-sol. Ainsi, un terrain fort compacte peut se très bien trouver d'un sous<sol graveleux, lequel serait préjudiciable à une terre légère et déjà
disposée à laisser iBltrer sans la retenir l'eau qui lui est apportée. De même , un sous-sol argîleu:! peu perméable, serait moins à redouter s'il supportait une terre sablonneuse. Au reste , quelle que soit sa nature , le sous-sol le plus favorable sera celui dans lequel le mélange mécanique des diverses matières qui le constituent sera le plus complet et le plus intime.
44]^me Q^ . L'existence d'une grande quantité de pierres et de cailloux à la surface du sol est-elle toujours nuisible?
R. — L'expérience a prouvé, contrairement à l'opinion générale, que la présence des pierres était avantageuse, dans de certaines limites , bien entendu , pour les terres légères , peu profondes , et de nature à se dessécher promptement. Il en est autrement pour les terres fortes et argileuses. Il paraît que c'est particulièrement pour la culture de la vigne qu'un sol caiUouteux est préférable; les pierres, en réverbérant les rayons du soleil sur les objets environnants et par suite sur les raisins , facilitent la maturité de ces fruits, en même temps qu'elles préservent plus ou moins le sol contre l'action immédiate de la chaleur solaire.
Vs2>OSOC2^
De l'anÉdyse des Sols, (i)
442. ™« Q, — Quels sont les priDcipes que l'analyse doit rechercher dans le sol, au point de vue deTagriculture?
R. — Ces principes ne sont point nombreux , et les essais doivent se borner à la recherche des matières sui* yantes :
Sable.
Graviers et pierres.
Argile.
Terreau ou humus.
Sels alcalins et terreux.
Eau.
443. "• Q. — Comment un cultivateur devra-t-îl ffy prendre pour analyser un sol?
R. — Je vais décrire un procédé d'analyse dont les résultats, au point de vue de la pratique agricole^ sont d'une exactitude suffisante.
A. Détermination de l'eau. On prend un poids connu
(i) Bans un mémoire adressé naguère à la Chambre des Représentants , M.r le pharmacien Biot , de Namur, a fait ressortir I utilité que présenterait Tanalyse des sols dans les diverses localités. Il propose la création d*une topographie agricole et indique la manière dont , selon lui , il faudrait s*y prendre pour réalii<er son idée. Sans être complètement d*accord avec lui , en ce qui concerne les moyens d'exécution , j^estime que la pensée qui a présidé à son travail est digne d*un examen sérieux de la part du Gouvernement et des particu tiers.
de la terre qu'on veut exnnliier et on la met, sur une assiette, dans une ëtuve où il fasse très chaud, sans toutefois que la chaleur soit assez forte pour roussir un morceau de papier blanc. On laisse la dessication se faire pendant trois ou quatre heures , puis on pèse la terre.La diminution de poids qu'elle éprouve est égale à la quantité d'eau qu'elle contient.
B. Détermination des graviers et dés vierres. On prendra un poids coanu de la terre et on 1 étendra sur une grande feuille.de papier; on séparera aloi» soit à la main, soit au tamis, avec attention, les pierres etjesgra* viers qui seront ensuite pesés.
Si on veut savoir si les pierres ou les graviers sont siliceux ou calcaires, on les traitera par Yesprit de se/ (acide hydrochlorique) , ou même par éa fort vinaigre; s^ils sont siliceux , on n'observera rien de particulier , mais s'ils sont calcaires on remarquera un bouiHonnement plus ou moins fort, dû au dégagement de l'acide carbonique et à la dissolution de la chaux. Dans le cas où il n'y aurait qu'une partie des graviers et des pierres qui seraient dissons par l'acide, on laverait bien le résidu avec de TeaU; et quand il serait sec on le pèserait; la diminution de poids éprouvée par l'ensemble représenterait la quantité de pierres ou de graviers calcaires ; le reste serait de nature siliceuse.
€. Détermination du sable et de V argile. On pèse une certaine quantité de la terre à analyser et on la passe au lamis de crin. Les pierres , les graviers et les fragments 4e racine^ de paiile, etc., etc., restent sur le tamis, tandis que la terre proprement dite passe au travers. Cette terre tamisée est introduite dans une carafe en verre avec trois fois environ son volume d'eau de pluie chaude.
On remue fortemeat et on laisse le tout en repos pendant un îfKtant , puis on verse le liquide trouble dftns une assiette ai porcelaine ou en bonne fiiyence bien propre ; on a soin de ne pas laisser sortir de la carafe le dépôt qui s'est formé au fond pendant le moment de repos. On verse de nouveau de Teau de pluie chaude dans la carafe, on agite , on laisse reposer quelques secondes et on verse «ncore Teau trouble dans Tassiette; on continue de la même manière les lavages successifs. Lorsque le liquide 6*éclaircit très vite par le repos , c'est un signe quel'aiigile a été enlevée par l'eau qui la laisse ensuite déposer dans l'assiette. Quant au sable , il constitue le dépôt qui s'est iformé dans la carafe. On met ce sable sur du papier gris et on le fait sécher dans Tétuve pendant plusieurs heures, après quoi on le pèse. L'argile et Teau qui sont dans l'a»* siette , sont également pla<^s sur un filtre en papier mis sur UB entonnoir en étain ou en fer-blane; l'eau passe daire , et l'aiRgiJe reste sur le papier ; en desséchant celui* ci à l'étuve , on peut ensuite connaître le poids de l'argile. D. Détermination du carbonate de chaux. Le sable et l'argile peuvent être ealcaires , c'est-ii-dire contenir plus ou moins de craie (carbonate de chaux). Si on voulait apprécier la proportion de matière calcaire renfermée dans chacun d'eux^ on prendrait le sable et l'argile secs , 4ont on connaît le poids , et on les traiterait , séparément , |)ar du vinaigre très fort jusqu'à cessation du bouillonnement* On laverait ensuite le résidu avec de l'eau chaude et on le recevrait sur un filtre «n papier 9 qu'on sécherait après à l'étuve. La perte de poids indiquerait la quantité de calcaire qui se trouvait mélangée avec le sable ou l'argile* (i )
(1) Je n*ai point fait ici de distiaction entre le carbonate de chaux et celui de magnésie. Je n*ai compté que celui de chaux , ce qui suffit dans une analyse approximative.
£. Détermination des sek solMes^ alcalins et terreux. On recueille l'eau claire qui passe à travers le filtre en papier sur lequel on a versé 1 argile de Tessai C , et qui retient toutes les substances solubles de la terre ; on en remplit une assiette en porcelaine qu'on met à Tétuve et on y verse le restant du liquide au fur et à mesure de l'évaporation. On pousse celle-ci jusqu'à ce qu'il ne reste plus dans l'assiette qu'une matière terreuse, qu'on rassemble et dont on prend le poids. On doit, quand on veut se livrer à cet essai , employer de l'eau de pluie bien pure, recueillie après une heure ou deux de pluie, et qu'on a fait bouillir avant de l'utiliser.
F. Détermination du sulfate de chaux (plâtre). 11 est quelquefois bon de savoir si un terrain est plâtreux ; voici comment on opère. On prend iOO grammes de terre et on les met sur une pelle en fer qu'on chauffe au rouge pendant assez longtemps et jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus aucune odeur, ni aucune vapeur. On fait alors bouillir cette terre calcinée avec une pinte ou une pinte et demie d'eau de pluie dans une casserole en cuivre^ en ayant soin de remuer avec un morceau de verre et de remplacer l'eau qui s'évapore. Après une heure d'ébuUition, on jette la terre et l'eau sur un filtre en papier placé sur un entonnoir , on recueille Teau qui passe , et on lave la terre qui reste sur le filtre avec de l'eau chaude qu'on recueille aussi , et qu'on mêle avec celle qui a passé en premier lieu. On remet toute cette eau dans la casserole en cuivre et on évapore jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un quart de pinte de liquide ; alors , on verse dans celui-ci une pinte et demie d'eau-de-vie , ou de genièvre très fort. Si la terre contenait du plâtre, il se déposerait dans le liquide, et on n'aurait plus qu'à le recevoir sur
un iSItre , le laver avec du genièvre , le sécher , le chauffer au rouge et le peser.
6. Détermination du terreau ou humus. Les procédés faciles qui ont été conseillés n'étant point exacts , je ne les indiquerai pas ; je dirai , seulement , qu'on peut reconnaître Thumus dans la terre en chauffant peu à peu jusqu'au rouge une certaine quantité de celle-ci; il se d^age une odeur de matière végétale brûlée dans le cas ou le sol contient du terreau ; plus l'odeur sera forte et plus riche en humus sera la terre examinée.
Des diverses espèces de Sols A des Amendements
qui lenr, conviennent.