‹ Eléments d'agriculture considérée dans ses rapports avec les sciences naturellesChapitre 89 sur 110 · Q. — Gomment agissent les divers sels ammoniacaux · texte numérisé non relu

Q. — Gomment agissent les divers sels ammoniacaux

R. — En se décomposant dans le sol sous l'influence du carbonate de chaux qui s'y rencontre toujours et en se transformant en carbonate ([ammoniaque. Ce dernier sel est , parait-il , le seul qui puisse être directement assimilé par les végétaux.

436. "• Q. — Gomment les sels ammoniacaux sont-ils appliqués sur les terres?

R. — Je citerai d'abord les observations qui me sont propres. Depuis huit ans j'ai contribué à propager l'emploi de l'hydrochlorate d'ammoniaque et l'on en a obtenu, d'après le témoignage des cultivateurs qui l'ont appliqué , des résultats fort remarquables. Les quantités employées n'étaient cependant pas considérables et variaient entre 100 et 200 kilogrammes par hectare ; quant h la manière de répartir le sel , j'ai indiqué deux méthodes qui , toutes deux , ont bien réussi. La première, la meilleure sans contredit, consiste à dissoudre le sel dans une grande quantité d'eau , et à arroser ensuite le sol avec cette solution ; cette méthode est commode quand l'eau se trouve aux limites du champ à amender. La seconde méthode , qui convient surtout quand on n'a pas de ruisseau ou

de pnits à proxinuté, eoDsiste à mélanger le sd «Hmo*-nîaque avec de la terre et à semer ce mélange k la relée; la répartitîoa de l'engrais n'est point alors aussi égale, mais la différence n'est néanmoins pas très sensible. J*ai toujours fait appliquer cet amendement dans le mois de mars et le commencement d'a?ril , jamais avant Thiver , afin de ne point perdre une partie notable de Tengrais par l'action des grandes pluies , ou lors de la fonte des neiges. C'est particulièrement sur les graminées , c^est-4dire sur les prairies naturelles et sur les céréales , que les résultats ont été admirables; sur les prés , surtout , les herbes avaient quelquefois une hauteur et une énergie de végétation remarquables qui doublaient presque la récolte. Sur le froment , le seigle , etc. , Teffet se manifestait avec une grande promptitude , la verdure prenait une teinte foncée , l'accroissement devenait rapide et les épis participaient largement à cette splendeur de leurs tiges. Il 7 aurait même de l'inconvénient à mettre sur les champs de céréales plus de sel ammoniaque qu'il ne serait nécessaire , car, alors , les grains pourraient verser, ou , dans tous les cas, donneraient peu d'épis. A eôié de ces résultats avantageux , je dois placer une observation singulière faite également par M.' Sehaltenmann ; c'est que le sel ammoniaque ne produit aucun effet utile sur le trèfle et sur la luzerne; il est arrivé assez fréquemment que les parties amendées souffraient et ne rendaient pas autant; je puis citer néanmoins, aujourd'hui, un exemple du contraire, observé à Vieux-€ondé.

Un avantage qu'a présenté remploi du sel ammoniaque sur les engrais ordinaires, c'est de ne point donner lieu à cette végétation parasite, issue des graines de mauvaises herbes que les fumiers renferment si fréquemment; de

là, Ift âîmiâutton des frais de sarclage, ce qui n'est pornt à dédaîgDer dans une grande exploitation. Les vers , Tes ImacesY paraissent aassi être détrnfls pfus ou moins complètement p«r Tusage de ee sel , surtout quand il est aippliquë par arrosemenl.

M/ Schattenmann a également expérhnentë remploi du sulfate et de l'hydrochlorate d'ammoniaque y ces sels ont été introduits dans le sol en dissolution dans Teau marquant un degré à Taréomètre de Beaumé , à la dose de iOG hecEolttres par hectare. M." Scbattenmann oivtlnt des résultats semblables à ceux que j'ai mentionnes plus haut ; les prairies naturelles rendirent jusqu'à 10,000 kilogrammes de foin par hectare. M. Kulhmann,delitte, a fait des essais dans le même sens et a obtenu des résultats analogues. Enfin, M.' Boussingault , dans le but d'arugmenter la proportion des grains de mais , a employé du phosphate d'ammoniaque et de magnésie dans la culture du maïs quarantin; le sol renfermant déjà de la chaux, les grains furent plus abondants parce qu'ils trouvèrent dans le terrain les phosphates de chaux et de magnésie en même temps que Yammoniaque , principes indispensables à leur constitution chimique.

Il est une considération qui n^est pas sans importance et qui milite en faveur de l'usage des sels ammoniacaux; c'est l'extrême facilité des transports dans toutes les localités. En effets un cheval porte aisément la quantité de sel nécessaire à la fumure d*un hectare, même sur les champs dont l'accès est le plus pénible. La dissolution dans l'eau ou le mélange avec la terre se font sur les lieux mêmes. Une donnée de la question , qui domine en quelque sorte toutes les autres , c'est le prix de revient des sels ammoniacaux. Ce prix est assez variable aujour-

dliuî; le sulfate d^ammoniaque peut s'acheter à raison de 60 à 70 francs les iOO kilogrammes ; ï hydrochlorate ^ammoniaque , qui , d'après Schattenmann , est plus actif et plus énergique , peut être obtenu dans le commerce au prix de 70 à 80 centimes le kilogramme; j'en ai fabriqué jadis et je le livre encore à ce prix.

437."« Q. — Gomment pourrait-on employer les eaux ammoniacales des usines & gaz ?

R. — Dans la fabrication du gaz d'éclairage par la distillation de la houille , il se produit, en assez forte proportion, de l'eau d'une odeur infecte et renfermant beaucoup de carbonate et d^ hydrosulfate d^ammoniaque. On pourrait utiliser ces eaux d'une manière très simple et fort peu coûteuse. Il sufBrait de les traiter par du sulfate de fer, du plâtre, ou mieux par de Tacide hydrocUoriqtœ ( esprit de sel ) ; quelques kilogrammes de ce dernier par hectolitre a eau , suffiraient pour fixer tout l'ammoniaque. Cet acide ne coûtant en Belgique que 5 à 8 francs les cent kilogrammes , la dépense serait peu sensible , car les eaux du gaz s'obtiendraient à très bas prix puisque les établissements doivent souvent louer un terrain hors ville pour les jeter, faute de pouvoir s'en débarrasser autrement. 50 à 60 hectolitres de celte eau ammo* niacale suffisent pour fumer un hectare de prairie.

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