PARTHÉNOGENÈSE
Le corps tout entier de l'embryon se dissocie de la sorte pour produire de nouveaux individus.
Des faits absolument analogues se passent chez les Insectes (1) ; la larve de certaines Cécidomyes {Heteropeza, Mialor) donne naissance par production endogène à une génération d'autres larves, qui peu à peu remplissent la cavité générale de la larve mère; celle-ci disparaît, et est remplacée par plusieurs larves filles. Mais un pas nouveau est ici réalisé. Les larves filles ne naissent pas au hasard, mais bien aux dépens d'un cprps particulier, d'un germigène, qu'on doit considérer comme l'ébauche de la glande sexuelle. Ce germigène se divise bientôt en un certain nombre de parties dont ciiacune renferme une cellule germinative et des cellules vitellines. Cet ensemble donne naissance à un embryon.
Nous n'avons plus qu'un pas à faire pour arriver au cas des Pucerons, et enfin à celui des Abeilles, où un œuf absolument formé et pondu, se développe en un nouvel individu.
La série que nous avons tracée est donc complète : La parthénogenèse doit être ramenée à une gemmation interne. Un fait toutefois mérite d'être mentionné : c'est que les germigènes, aux dépens desquels se développent les individus nés sans fécondation préalable, sont toujours construits exactement sur le môme type que les ovaires produisant des œufs destinés à être fécondés, ou n'en diffèrent que par la disparition des organes accessoires (Pucerons). Aussi a-t-on proposé de leur donner le nom de pseudovaires, et celui de pseudovum à leurs cellules germinatives. Les individus munis de pseudovaires ont de même les caractères extérieurs des femelles; on doit donc les considérer comme des femelles vierges et mères.
PoEDOGENÈSE. — Nous avons tout à l'heure montré que, contrairement à ce qui a lieu généralement, certains êtres pouvaient se reproduire avant d'avoir atteint l'état adulte. Ce phénomène, qu'accompagne toujours la parthénogenèse, a été désigné par von Baër et von Siebold sous le nom de pœdogénèse. Les Insectes nous en montrent de remarquables exemples. Les larves de Cécidomyes ont déjà été citées; les nymphes de Chironomus peuvent pondre des œufs qui se transforment en larves (2).
On en rencontre également chez les Vertébrés : Le Triton alpestris atteint sa maturité sexuelle alors qu'il a encore ses branchies. Il en est de même de l'Axolotl [Siredon pisciformis) qui n'est que la larve (VAmblystoma mexicanum, et de beaucoup de Poissons.
(I) Wauner, Z. \V. Z., t. XIII, 18G.3.
^2 V. IJarii. lîiill. Acad. Saiiit-Pôtcrsbonrg. — GmsiM. Die ungeschlechlHche Forlp/l(i7izung einer Cliivonomusarl. Saint-Pétersbourg, 1880.
Métagenèse. — Générations alternantes. — Hétérogonie. — Ea résumé deux cas sont h. distinguer dans le mode de reproduction des animaux : ou bien la fécondation est le seul mode employé ; chaque œuf donne naissance à un individu et à un seul; ou bien il existe un mode sexué et un mode asexué, et l'œuf donne naissance à plusieurs êtres (blastozoïdes, schizozoïdes) nés par bourgeonnement ou division d'un individu primitif (oozoïde).
On a donné à ce dernier cas, plusieurs noms : celui de digenèse (P.-J. van Beneden) indiquant les deux modes de génération (oogenèse et blastogenèse), celui de généagenèse (de Qualrefages) indiquant qu'après le développement de l'œuf, il y a eu production de plusieurs générations, et enfin celui de métagenèse (R. Owen) indiquant à peu près la même chose.
Lorsque l'œuf se développe dans un blastozoïde distinct de l'oozoïde primitif eL complètement séparé de lui, il arrive, en général, que cet individu porteur des éléments sexuels présente des caractères différents du premier. On dit alors qu'il y a alternance de générations : une génération sexuée succédant à une génération asexuée. Ce mot a été appliqué notamment aux Salpes et aux Hydroméduses. Nous verrons qu'il ne répond pas à la réalité; car dans ces deux cas l'individu prétendu sexué (Salpe agrégée, Médupe) n'a fait que recevoir le dépôt de l'œuf et mener à bien sa maturation.
Le nom précédent ne peut guère s'appliquer qu'aux Syllis, dont la seconde génération [Heterosyllis) produit réellement les éléments reproducteurs.
Enfin, alors même que la reproduction sexuée existe seule, il peut se faire que deux générations successives affectent des formes différentes. Il y a alors alternance de formes, ou, suivant l'expression de Leuckart, hétérogonie.
On en trouve des exemples chez quelques Insectes, mais les plus remarquables nous sont fournis par des Nématode-^, appartenant au genre Rhabditis. Le Rh. nigrovenosa vit à l'état libre et présente des individus mâles et des individus femelles; ces derniers fécondés donnent de 1 à 4 petits qui se développent à Tinlérieur de leur mère et sont mis en liberté par dissociation de celle-ci. Ils ont alors une l'orme différente et étaient rangés autrefois dans le genre Rhabdonema. Ils passent alors dans le poumon d'une Grenouille. Ces individus sont encore sexués, mais hermaphrodites. Leurs œufs se développent à leur tour et produisent de nouveau des Rhabditis, qui émigi'cnl à l'extérieur et vivent librement. De môme la forme Rhabdiiis stercoralis alterne avec la forme Rhabdonema strongyloïdes qui vit dans l'intestin de l'homme.