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I. — Les individus organiques de premier ordre

Les cellules sont les unités élémentaires du règne organique tout entier. Les innombrables espèces de végétaux et d'animaux que nous connaissons, ou bien persistent pendant toute leur vie à Tétat de cellules isolées, ou tout au moins se présentent toujours sous la forme d'une cellule au début de leur développement. Autant la systématique peut distinguer d'espèces dans le monde organisé, autant il doit y avoir de cellules spécifiquement distinctes ou d'espèces de cellules, c'est-à-dire de cellules spécifiques (Artzellen), différant les unes des autres par leur constitution matérielle^ par leur structure micellaire.

Comme nous l'avons dit dans notre chapitre : La cellule en tant qu'ébauche d'un organisme (Livre premier, p. 3i3), les caractères spécifiques, par lesquels deux mammifères ou deux oiseaux se distinguent l'un de Tautre, devaient déjà exister a l'état d'ébauche dans leur œuf. Lorsque dans la même couveuse artificielle on dépose un œuf de poule et un œuf de cane, il éclôt infailliblement après un temps déterminé, de l'un un poussin, de l'autre un caneton. Or, comme les deux œufs se sont développés en même temps, dans les mêmes conditions, il faut nécessairement que la cause pour laquelle se produisent les différences entre les deux espèces, réside déjà dans l'œuf avant le début de l'incubation. Cependant il faut nous garder de tomber dans une erreur, que l'on a si souvent commise, et d'admettre que toutes les différences spécifiques que l'on constate entre la poule et la cane arrivées à leur complet développement résident, comme telles, dans leur œuf, qui représenterait donc en miniature leur propre organisation. Mais phitôt il ne faut pas oublier que l'ensemble du développement d'un oiseau se décompose en une série infinie de processus, qui dérivent les uns des autres tout en se compliquant peu a peu, et que des différences, peu nombreuses et minimes, existant entre les deux ébauches au début du processus, peuvent, en s'accentuant régulièrement et en s'accumulant, déterminer la production de différences nombreuses et importantes entre les termes définitifs du développement.

Pour bien faire saisir la distinction qu'il y a entre les différences que présentent les œufs et les différences qui existent entre les es-

DEGRÉS D'INDIVIDUALITÉ DANS LE RÈGNE ORGANIQUE ii

pèces auxquelles ces œufs donnent naissance, Nabgbli, IIbring et WiGAND se sontservis d'une comparaison : la nature des lignes courbes. « Leurs formules analytiques se composent des mêmes termes ; mais « de légers changements dans la formule déterminent tantôt une « autre ligne de même espèce, tantôt une ligne d'espèce différente. « Leurs débuts, c'est-k-dire de courtes parties de leur tracé total, se <( ressemblent extrêmement et Tœil ne parvient guère à les distincc guer. Et cependant elles sont différentes en principe ; car si on les « prolonge, leurs différences s'accentuent de plus en plus nettement, <( de telle sorte que ces lignes finissent par constituer une circonféce rence de cercle, ou une ellipse, une parabole, une hyperbole, etc. a Ces figures géométriques ressemblent aux espèces végétales, en ce a sens que, si dans une formule compliquée nous faisons disparaître a certaines grandeurs, nous obtenons une ligne plus simple ; de « même l'espèce végétale d^un degré plus élevé se distingue de (c l'espèce d'un degré moins élevé, par ce fait que dans celle-là il c< existe un élément qui manque à celle-ci, ce qui revient à dire « qu'au stade monocellulaire certaines différences sont actives dans « celle-là, qui sont nulles dans celle-ci. » (Nabgbli, /. c, p. 67.)

La forme de l'organisme élémentaire ou de la « cbllulb spécifique » nous montre donc les caractères spécifiques de l'espèce organique dans leur formule la plus simple ; en réalité sous une formule telle que l'observateur ne peut encore la déchiffrer à ce moment. Cependant on peut dire que la structure micellaire d'une cellule sera tantôt simple, tantôt plus ou moins complexe, tantôt même extrêmement complexe, selon que l'espèce organique qu'elle représente réalise un état de développement plus simple ou plus élevé. Une cellule d'algue ou une cellule de champignon, qui, dans son cycle de développement, ne produit que des cellules d'algue ou de champignon vivant soit isolément, soit réunies en filaments ou en d'autres états simples, sera, dans son organisation, inférieure par rapport u des cellules qui constituent le point de départ du cycle de développement d'une plante supérieure ou d'un animal supérieur.

Étant donné que dans le règne organique toute pie procède d'une « cellule spécifique », que tout processus de développement débute as^ec elle pour aboutir à ellcy elle constitue donc la forme la plus générale et la plus importante sous laquelle se manifeste la pie organique, c'est-à-dire l'individu organique de l'espèce la plus simple.

<a ANÀTOMIE ET PHYSIOLOGIE GÉNÉRALES DES TISSUS

Lorsque nous disons ce de l'espèce la plus simple », nous ne voulons naturellement pas nier que la cellule elle-même puisse être une asso- •ciation d'unités vitales plus simples encore; dans le premier livre de cet ouvrage (p. 3i8) nous avons même dit qu'il est probable que l'avenir nous apprendra le bien fondé de cette hypothèse et qu'actuellement déjà on peut démontrer dans le contenu des cellules la présence d'unités matérielles plus petites, qui se multiplient par division. Mais nous ne pouvons les considérer comme des organismes élémentaires autonomes tant qu'il ne sera pas démontré que ces unités sont capables de vivre en dehors de la cellule, ou du moins qu'on peut les comparer h des organismes vivants, plus simples que des cellules et qui, dans le processus du développement organique, doivent être considérés comme les précurseurs des cellules. Pour le moment nous ne connaissons pas de faits qui puissent être invoqués -en faveur de cette hypothèse; nous devons donc, pour rester sur le terrain de l'observation pure, admettre que la cellule est la forme élémentaire la plus simple de la vie.

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