IMPORTANCE PHYSIOLOGIQUE DE CES DISPOSITIONS
L'importance ph^ysio logique des unions protoplasmiques entre les cellules peut être double.
D'une part, nous devons y avoir des voies, suivant lesquelles peutent se transmettre des excitations, A^une cellule à une autre. D'autre part, elles peuvent aussi servir au transport de la matière.
a) La conduction de l'excitation par les unions protoplasmiques.
Il est probable que, comparativement à la conduction par les nerfs, la transmission par l'intermédiaire des filaments protoplasmiques est beaucoup moins rapide et moins intensive ; mais par cela même peutêtre est-elle plus continue et, en raison de sa durée, plus efficace. Lorsque l'on considère le fonctionnement d'un téléphone et que l'on songe combien, pav l'intermédiaire d'un simple fil métallique, peuvent se transmettre h de grandes distances de sons et de mélodies compliquées, alors on ne peut nier qu'il soit possible que, par l'intermédiaire d'un fin filament de protoplasme bien plus hautement organisé, des états complexes d'un corps protoplasmique puissent se transmettre à d'autres corps protoplasmiques.
Par la voie expérimentale, il sera possible d'acquérir des notions plus complètes sur l'essence de la transmission de l'irritation par l'intermédiaire des ponts protoplasmiques, ainsi que le montre l'expérience suivante exécutée par Pfeffbr.
Dans la première partie du présent ouvrage (« La Cellule » p. 3o4), nous avons vu que le protoplasme d'une cellule végétale ne peut sécréter une membrane de cellulose que sous l'influence du noyau. Lorsqu'un corps protoplasmique, détaché, par plasmolyse, de la membrane cellulaire, se fragmente, sous l'action d'une influence externe, en une partie nucléée et une partie dépourvue de noyau, si la séparation de ces deux parties est complète, seule celle qui est nucléée s'entoure d'une nouvelle membrane. Par contre, la partie dépoun>ue de noyau sécrète aussi de la cellulose lorsqu'elle est restée unie au
fragment nu ûléé, ne fut-ce que par un filament proto pi asmique extrêmement fin.
On peut encore modifier Texpérience d'une autre façon. Pfeffbr n préparé des cellules d'un Protonema de mousse, etc., de telle sorte qu'une masse protoplasmique, dépourvue de noyau, fût complètement isolée du restant de sa cellule, mais restât unie au contenu nucléé de la cellule voisine, par Tintermédiaire de fins filaments traversant la paroi cellulaire. Dans ce cas, il se formait une membrane autour du fragment dépourvu de noyau. Mais la membrane ne se formait pas, si dans la cellule voisine la cloison de séparation n'était elle-même unie qu'à une masse protoplasmique isolée et dépourvue de noyau. Cette expérience prouçe que l'excitation nécessaire à la formation de la membrane peut aussi être transmise par les fins filaments unissants qui traversent la cloison interposée entre deux cellules.
Rien ne s'oppose à admettre qu'il se passe quelque chose de semblable pour la transmission d'autres états fonctionnels. Des observations et.des expériences entreprises dans cette direction permettraient de compléter nos connaissances sur ce sujet, encore peu exploré.
b) Le transport de la matière par l'intermédiaire des unions protoplasmiques .
Les unions protoplasmiques entre cellules voisines ne servent pas seulement h la conduction de l'irritation, mais encore, dans beaucoup de cas, au transport de la matière. Chez les végétaux, il est probable que, par elles, peuvent être transportés directement, d'une cellule à une autre, des grains d'amidon très petits, de fines gouttelettes de graisse, etc., comme l'admettent Klbbs, Russow, Pfurtschbllbr et d'autres botanistes. — Ainsi s'expliquerait qu'en automne, lorsque les feuilles meurent, les cellules perdent leur contenu, à l'exception des cellules des stomates (Kibnitz, Meyer). Barfurth dit avoir observé directement sur les cellules vivantes des pellicules, d'oignon le transport de fines granulations d'une cellule h l'autre, le long de filaments protoplasmiques unissant ces cellules.
Sur le sujet qui nous occupe on ne trouve que de rares observations pour ce qui concerne le règne animal. Plato a cherché à prouver que les cellules intersticielles du testicule du chat et de quelques
autres mammifères accumulent de la graisse à leur intérieur et qu^à un moment donné cette graisse passe dans les cellules de Sbrtoli, en traversant de fins canalicules de la membrane propre des tubes séminifères ; — des cellules de Sbrtoli, ces granulations graisseuses passeraient ensuite dans les cellules spermatiques, auxquelles elles serviraient de matière nutritive. De même beaucoup d'auteurs considèrent les ponts intercellulaires qui unissent l'ovule à son épithélium folliculaire comme constituant des voies nutritives.
III. Unions des cellules par l'intermédiaire de fibrilles nerveuses.
Chez les animaux, indépendamment des unions protoplasmiques et probablement h leurs dépens, s'est constitué un second mode, plus élevé, de connexion entre les cellules : ces éléments se sont mis en relation par l'intermédiaire de fibrilles nerçeuses. Les fibrilles nerveuses établissent un rapport direct, immédiat, entre des éléments très éloignés les uns des autres, en supprimant l'intermédiaire de tous les tissus interposés entre eux. — Des états d'irritation d'une partie du corps de l'organisme peuvent ainsi se transmettre, à grande distance et très rapidement, à une autre partie du corps. De celte façon l'état de dépendance fonctionnelle des parties élémentaires de l'organisme tout entier a acquis une forme plus spécifique. On peut juger de sa valeur, si l'on songe que, dans une foule de cas, la section des fibres nerveuses entraîne comme conséquence la dégénérescence des éléments cellulaires avec lesquels ces fibres nerveuses se trouvaient en relation physiologique.
IV. Relations établies entre les cellules par l'intermédiaire des sucs qui circulent dans l'organisme.
Il s'établit une relation matérielle, qui entraîne une dépendance mutuelle des parties élémentaires, par l'intermédiaire des sucs qui circulent dans les organismes multicellulaires. Cela est vrai pour les végétaux aussi bien que pour les animaux.
Chez les végétaux, les substances dissoutes dans l'eau, que les racines puisent dans le sol, se meuvent vers les parties de la plante situées au-dessus du sol et y sont employées à la formation des feuilles et des fleurs. Réciproquement, des substances, engendrées par assi-
milation dans les organes aériens de la plante servent aussi à la croissance des racines, lesquelles sont incapables d'élaborer de la substance organique à Faide des matières puisées dans le sol. Il doit donc s'exécuter constamment dans la plante, un double transport de matière, de bas en haut et de haut en bas. Il en résulte que, dans leur croissance, les parties aériennes et les parties souterraines de la plante se trouvent dans un état de dépendance réciproque. Les feuilles et les fleurs ne peuvent se former que pour autant que les racines se trouvent eu état de fournir les substances, eau ec sels, nécessaires à ce processus, et réciproquement.
Dans l'organisme animal, les relations sont beaucoup plus com<plexes. — Des sucs digestifs sont déversés dans le canal digestif, où ils font subir aux aliments qui y ont été introduits des transformations chimiques, qui les rendent absorbables ; les sucs nutritifs ainsi produits sont ensuite absorbés par les parois de l'intestin et amenés dans le torrent lymphatique et sanguin. La lymphe et le sang circulent dans toutes les parties du corps, recueillent des substances provenant des tissus et leur en fournissent d'autres. La composition du sang et de la lymphe doit donc varier constamment, attendu que dans les différents organes : glandes salivaires, foie, reins, glandes sexuelles, muscles, cerveau, os, l'échange des matières (nutrition) diffère selon la nature même de ces organes. Ici le sang reçoit et fournit telles substances; là, telles autres substances. La composition normale du sang dépend donc de l'état dans lequel se trouvent de très nombreux organes. Si l'un de ces organes, par exemple le foie, le pancréas ou les reins, a subi une modification dans sa structure et dans sa fonction, la composition du sang se trouve modifiée, ce qui influe naturellement sur la nutrition des autres organes les plus divers.
En introduisant des médicaments à l'intérieur du corps, soit dans le canal digestif, soit directement dans le torrent sanguin ou lymphatique, on peut exercer une action immédiate sur tel ou tel organe, sur tel ou tel tissu, selon que cet organe ou ce tissu possède des affinités spéciales pour les substances chimiques que l'on a introduites dans l'organisme. C'est ainsi que les narcotiques déterminent des phénomènes dans le système nerveux, que la pilocarpine agit sur les glandes les plus diverses, que les composés du fer et du manganèse agissent sur les corpuscules rouges du sang, et la tuberculine, sur les tissus dans lesquels se sont installés les bacilles de la tuberculose.
Dans sa théorie de la pangenèse, Darwin fait jouer un rôle bie» plus important encore aux sucs, dans les relations mutuelles des parties élémentaires. Pour expliquer les phénomènes de l'hérédité, Darwin admet que des cellules se détachent de très petites particules organisées (les gemmules ou pangènes), qui sont amenées par les sucs aux glandes génitales, oii elles s'accumulent. Le transport des gemmules est cependant une hypothèse fort invraisemblable, qui n'est nullement en rapport avec les faits. Au point de vue de la physiologie générale, il ne peut donc en être tenu compte. Nous en reparlerons toutefois dans notre dernier chapitre, qui est consacré à l'historique de quelques théories de l'hérédité.