CHAPITRE IV
Cette multiplication des races de valeur inégale, les unes primaires ou secondaires, les autres des espèces ou de simples races, sans parler d’une suite de types sans fin, chez les monogénistes ou chez les polygénistes, montre que la question des classifications de races était loin d’être mûre, qu’il ne s’agissait encore que d’essais et que par conséquent il est inutile d’entrer dans les détails, à moins de nous livrer à une analyse des raisons qui ont poussé chacun dans telle ou telle direction, analyse qui serait hors de saison dans un simple historique et que nous nous réservons de poursuivre plus tard lorsque nous aurons examiné les éléments divers sur lesquels reposent les classifications en général, et dans quelles limites on peut s’y lier.
Cependant afin de donner un aperçu de l’état de la science des races humaines à la fin du premier quart de ce dix-neuvième siècle avant 1a. fondation de la Société d'ethnologie, nous insisterons sur deux de ces classifications sur lesquelles du reste nous n’aurons pas occasion de revenir : celles de Desmoulins et de Bory.
Desmoulins admet, avons-nous dit, seize espèces humaines, et, dans quelques-unes, des races multiples : quatre espèces se rapportant à l’Europe, une aux Indes, deux à l’Asie, trois à l’Afrique, quatre à l’Océanie et deux à l’Amérique (1).
La première ou scythique comprend trois races : l’indo-germanique, dans laquelle sont inclus les Slaves ; la finnoise et la turque.
La seconde ou caucasienne concerne les populations du Caucase et cor' rige par conséquent le jugement prématuré de Blumenbach, puis de Cuvier, prenant le type de l’une des races de ce pays pour celui de la race européenne en masse, opinion venant de ce qu’à cette époque les femmes géorgiennes très estimées dans les harems passaient pour le plus beau type de l’humanité.
La troisième ou sémitique est pour la première fois ici mise à part avec justesse ; par malheur Desmoulins la partage en trois races : l’arabe, l’étrusco-pélasgique et la celtique. Voici la description singulière qu’il donne de cette dernière : « Les plus grands de l’espèce (sémitique) au nez séparé du front par une légère dépression, moins bien caréné que dans l’étrusco-pélasgique ; les plus velus après les Persans; indigènes de toute l’Europe à l’ouest du Rhin et des Alpes. »
La quatrième est l’espèce atlantique qui comprend les Berbers de l’Atlas, des Canaries et du Sahara, groupe très légitime, aujourd’hui confirmé.
La cinquième ou indoue comprend les autochtones de l’Inde.
La sixième est la mongole partagée en indo-sinique (Thibet, Indo-Ghine, Chine, Corée et Japon), mongole (Occidentaux) et hyperboréenne.
La septième est la kounlienne répondant à l’aïno et distinguée de la précédente avec beaucoup de raison.
(1) Cette classification parut pour la première lois, dans le Journal de Physiologie de Magendie, en 1825.