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CHAPITRE V

HISTORIQUE (SUITE

Notion d’espèce, suite : Lamarck, Ét. Geoffroy Saint-Hilaire. — Notion de race : A. Thierry W. Edwards. — Ethnographie et ethnologie. — Linguistique. — d’Orbignv.

Notion ii’espèce, suite (1). — Nous avons consacré dans cet historique on cette introduction, comme on voudra l’appeler, une grande part à la notion de l’espèce, et cependant nous n’avons pas fini. C’est qu’autour d’elle pivote tout le problème de la place de l’homme dans la série animale, et meme, comme on va le voir, le problème de ses origines dans le passé et de son développement dans l’avenir.

Il était admis, dans les pages qui précèdent, aussi bien parles monogénistesque par les polygénistes. que l’espèce est l’unité zoologique indiscutable, une forme organique défi nie, les monogénistes assurant qu’elle a des limites infranchissables tracées par la fécondité au dedans et la stérilité en dehors, les polygénistes contestant ces barrières qui font défaut entre différents groupes humains qu’ils considèrent comme des espèces; les uns et les autres acceptant sans contestation que les caractères essentiels de l’espèce sont permanents et que son origine remonte à un moment déterminé du passé lorsque les êtres vivants furent créés. Nous ne voulions pas compliquer la question si délicate déjà débattue entre eux. Mais à côté, attendant une heure favorable, couvait une autre doctrine déclarant que l'espèce n’existe pas, et n’est qu’une conception de notre esprit, une illusion de nos sens, un état relatif et de convention. C’est cette doctrine qui emplit le monde aujourd’hui, qui est le point de mire de l’anthropologie, et qui a nom le transformisme .

C’est sa première phase dont nous allons tracer rapidement l'histoire jusqu’en 1859.

Nous avons vu que Buffon, entraîné par ses opinions sur faction des milieux et l’absence de démarcation entre les groupes de la nature, et par ses doutes sur les limites entre la fertilité del’espèce au dedans et sa stérilité au dehors, en était arrivé à entrevoir la dérivation des espèces, leur réduction en un petit nombre des familles et la possibilité d’un point de départ com-

(I) Voir précédemment sur l’espèce : J. Ray, p. 24; Linné, p. 29; Buffon, p. 34; Cuvier,

HISTORIQUE. — LAMARCK

mim pour celles-ci. C’est vers 1760, qu’il laissa davantage percer ces dispositions de son esprit, comprimées par sa mésaventure antérieure avec le syndicat de la Faculté de théologie de Paris. Le système de la création de Linné conforme au récit de la Genèse n’avait obtenu du reste qu’un succès limité parmi les savants. Des signes précurseurs d'une réaction se manifestaient déjà en France, en Angleterre, en Allemagne : à la création par le miracle on sentait la nécessité d’opposer la formation par les causes naturelles. C’est en France que le mouvement fut. le plus accentué quoiqu’il ait peu duré et se soit arrêté sous la pression sédative de Cuvier. Les encyclopédistes, dont l’œuvre magistrale élait en voie de publication, avaient posé la question. Diderot se demandait si le principe de l’animalité n’avait pas de tout temps eu ses éléments épars et confondus dans la masse de la matière, et si ces éléments n’étaient pas arrivés à se réunir, simplement parce que cela était possible. Un géologue, de Maillet, de 1748 à 1758, avait conçu tout un système de l’univers et décrit la transformation des espèces marines en espèces fluviatiles et terrestres, des poissons en oiseaux, s’écriant : « Que cent millions d’individus aient péri avant de pouvoir contracterl habitude de vivre sur terre, il suffit que deux y soient parvenus pour donner lieu à l’espèce. » Dix ans après, en 1766 68, Robinet déclarait que l’espèce est une illusion des naturalistes tenant à la faiblesse de nos organes et qu’il n’y a que des individus: «Toutes les formes sont transitoires, et d’un bout à l’autre du grand tout régnent sans cesse le mouvement, la variation, le changement; » l’homme a été créé à la suite d’une série d’ébauches qui représentent les étapes de l’animalité. Mais pour la science, les conceptions philosophiques ne reposant pas sur des faits observés et rassemblés par soi-même n’ont qu’un intérêt de curiosité, et nous avons hâte d’arriver àLamarck.

Iiamarck naquit àBazentin, dans le département de la Somme, en 1744, et mourut en 1829, ayant perdu la vue par ses recherches sur les êtres infiniment petits. Il se consacra d’abord à la carrière des armes, qu’il abandonna pour la science, en particulier pour la botanique.

On a prétendu que dans sa célèbre doctrine, il avait cédé à la méthode de raisonnement qui, en Allemagne, engendra Shelling, Goethe, Oken, Carus. Le simple énoncé des faits prouvre qu’au contraire il y était préparé de longue main par des observations précises. Son premier travail est une Flore française entrois volumes, précédée d’une de ces C le fs dichotomiques dans lesquelles on est obligé d’analyser les caractères avec un soin extrême et de faire la part des moindres variations pouvant faire confondre deux espèces voisines. L’un de ses travaux suivants fut la série des articles de AàP consacrés aux plantes dans V Encyclopédie, plus une annexe intitulée Illustration des genres , dans laquelle il décrivit deux mille genres et donna neuf cents planches.

Sa vie de zoologiste ne commence qu’à l’âge de 49 ans, lorsque la Convention le désigna à la troisième chaire de zoologie qu’elle venait de fonder

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