CHAPITRE VII
Divisions de Uanthropologie. — Caractères. — Types. — Races, — Peuples.
— Nationalités. — Conclusions.
Les divisions à accepter dans l’anthropologie aussi bien pour les besoins de l’étude, afin de ne pas confondre des parties qui doivent ou peuvent être conduites dans un esprit différent, que pour satisfaire à la logique, découlent de ce qui précède : les objectifs successivement poursuivis les indiquent. L’homme physique est le point de départ, l’homme moral et social est le point d’arrivée; il y a des personnes qui s’adonnent spécialement à l’étude du premier et d’autres à l’étude du second. La séparation des deux est impossible, on ne peut traiter d’un caractère physique quel que soit le désir de s’y confiner, sans se préoccuper de ses conséquences physiologiques et par conséquent sans parfois se porter sur le terrain intellectuel et social. Réciproquement le chercheur qui se limitant au côté moral, social et physiologique, ne tiendrait pas compte des différences d’organisation du substratum physique, risquerait de perdre pied. Les deux aspects se tiennent, se consolident mutuellement, et l’homme qui a la garde du sol sur lequel l’édifice s’élève et des premières assises supportant le reste, celui-là est l’anthropologiste, bien qu’il ne s’attribue pas en propre les parties supérieures du monument. C’est donc le principe de la division et de la nature du travail qui préside à la répartition logique des matières inclues dans l’anthropologie, s’accordant du reste avec la nécessité qui veut qu’on aille de l’individu à la collectivité, de l’animal à l’être intelligent.
De là les divisions et la marche que j’ai adoptées dans mon Anthropologie et qui me paraissent encore les plus sages lorsqu’on veut suivre la succession logique des idées et embrasser la totalité de son sujet. Les masses compactes dans lesquelles on puise, où se rencontrent à la fois les individus et leurs caractères d’ordre divers, et où s’étudient les phénomènes complexes, je les laisse de côté, ce sont les peuples, l’objet particulier de l’ethnographie sur laquelle je m’expliquerai bientôt. Les sciences complémentaires, plus ou moins greffées sur l’anthropologie et qui viennent apporter leurs données propres, je les mets à part aussi. Ethnogra-
phie et sciences accessoires concourent avec les autres divisions à la solution des grands problèmes généraux qui dominent l’histoire naturelle des hommes.
Après ces éliminations, que reste-il? En premier lieu le genre humain dans son ensemble, considéré en lui-même et dans ses rapports avec les autres groupes zoologiques. En second lieu les races humaines comparées entre elles et dans leur relation avec le genre total. En troisième lieu les questions générales. Ceci est évident. Voyons ce que Broca en pensait.
En 1866, dans le Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales , à la suite de sa définition : « l’anthropologie est l’histoire naturelle du genre humain, » il ajoutait :
a Du genre humain considéré : 1° dans son ensemble ; 2° dans ses détails et 3° dans ses rapports avec le reste de la nature. » Et prenant ces trois divisions au rebours il disait : on peut ramener toutes les études qui ont pour but d’arriver à la connaissance du groupe humain, à trois chefs : sous le premier se range la considération de l’homme en tant qu’animal et sa comparaison avec les autres animaux, ce qui constitue « r anthropologie zoologique ou étude de groupe humain considéré dans ses rapports avec le reste de la nature organisée ». Sous le second se décrivent les caractères anatomiques, physiologiques, intellectuels, moraux, sociaux, qui, en s’associant, donnent naissance aux types caractérisant les groupes secondaires qu’il s’agit de classer ; c’est l' anthropologie descriptive ou ethnologie. Sous le troisième chef se rangent les questions d’ensemble, telles que les méthodes d’étude, la crâniologie générale, l’anthropologie générale, les questions de permanence des types et d’influence des milieux, d’unité ou de pluralité primitive des groupes secondaires, d’hérédité et d’acclimatement, d’hybridité et d’unions consanguines, de perfectibilité humaine et de civilisation, de transformation et d’évolution; c’est « Y anthropologie générale , troisième branche de l’anthropologie, insistait-il, la dernière dans l’ordre logique d’évolution scientifique régulière, mais la première en importance, qui a pour but l’étude du groupe humain considéré dans son ensemble », et qu’on peut encore définir d’une façon moins rigoureuse, mais plus frappante : « L’anthropologie générale est la biologie du genre humain. » C’est à peu près ce que j’ai dit dans mon Anthropologie , où en effet je me suis inspiré de ce passage, en coordonnant l’ordre des matières.
Mais dans la pratique la conduite souffre quelques différences lorsqu’un étudiant possédant du reste les premières notions indispensable en anatomie, physiologie, pathologie et histoire naturelle, veut se livrer à l’anthropologie et procéder prudemment, de façon à être toujours en mesure de se juger lui-même et d’avoir des idées siennes.
Son premier acte est de se donner une teinte générale de ce qui s’est dit et fait en anthropologie jusque-là, des discussions jugées ou pendantes, et surtout des acceptions dans lesquelles les mots doivent être pris.