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CHAPITRE VIII

et il m’arrive souvent à moi-meme d’employer le mot de race pour désigner tel ou tel peuple. Mais c’est un tort qui a des conséquences fâcheuses, une licence qui perpétue la confusion dans l’étude respective du peuple et de la race. L’anthropologie se réserve en toute propriété la partie de l’histoire naturelle qui concerne la zoologie brute, mais elle partage largement avec les spécialistes de tout genre, avec les esprits de toute nature, ce qui regarde les peuples, l’ethnographie. Elle admet que si son terrain central, l’animal humain dans son ensemble et dans ses races, impose des méthodes rigoureuses avec lesquelles on ne se familiarise que par une longue station sur les bancs de l’École de médecine ou du Muséum, son domaine accessoire, la vie des peuples, peut être exploité par des méthodes moins rigoureuses. En d’autres termes l’anthropologie est sévère et exigeante pour les races et facile pour les peuples. Aux ethnographes elle nie la compétence sur les premières. Le motsôvoç ne peut se partager: employé dans un certain sens par les ethnographes, il doit être rejeté par les zoologistes parce que, avec les mots, arrivent les procédés d’étude et les tendances contre lesquelles ils ont à se défendre.

Du reste le besoin d’un mot particulier pour désigner la partie de la zoologie de l’homme dans laquelle on dégage les races du milieu où elles sont noyées, ne se fait nullement sentir. Broca a cru devoir en faire une partie distincte sous le nom d 'anthropologie spéciale. J’accepte cette expression parce qu’elle ne prête à aucun malentendu, mais surtout parce qu'elle remplace celle d’ethnologie, dont je ne veux pas dans ce cas parce qu’elle est détournée de son sens logique et devient une source de dangers pour l’anthropologie véritable.

Le jour où je m’en servirai ce sera dans son sens logique, pour désigner ce qu’il exprime réellement, Y ethnographie générale, ou la partie de l’ethnographie dans laquelle se traitent les questions communes qui intéressent à la fois tous les peuples, et dans laquelle se dégagent les lois qui régissent l’humanité depuis son origine; en réservant le mot d’ethnographie non suivie d’épithète pour les éléments particuliers de cette étude, la description de chacun des peuples au point de vue de son histoire, de sa répartition, de sa religion, de son industrie, de ses coutumes, de son génie propre, etc. (1).

(1) On m’a reproché quelques hésitations sur la thèse que je soutiens. Examinons si elles sont justifiées.

Dans la première édition de mon Anthropologie , en 1876, je disais : l'ethnologie concerne les peuples considérés au point de vue général, l’idée de races en doit être exclue (p. 90).

Dans les deuxième et troisième, en 1877 et 1879, c’est la même pensée. Il y a deux parties dans l’étude de l’homme : dans l’une on s’occupe de l’homme et des races humaines, dans l’autre on s’occupe des peuples. Celle-ci se partage en ethnographie, qui est la description particulière de chaque peuple, de ses mœurs, coutumes, religions, traits physiques et origines dans l’histoire; et ethnologie, qui reprend les mômes points de vue dans leur ensemble, s’appliquant à tous ou à plusieurs peuples (p. 9).

Ces deux passages sont l’écho de la discussion que j’ai soutenue à la Société d'anthropologie dans les séances du 20 avril et du 1er juin 1876, à laquelle prirent part Broca, Quatrefages, Daily, Lagneau, Hovelacque, Gaussin, etc.

Conclusions. — De ces deux chapitres de généralités nous concluons qu’il est absolument nécessaire de maintenir la distinction fondamentale de l’anthropologie en deux branches, l’une qui s’occupe de l’espèce humaine et de ses variétés ou races au point de vue purement animal, essentiellement anatomique et physiologique, et l’autre qui s’occupe des peuples; bien que les deux doivent être réunies sous le nom général d’anthropologie parce qu’elles se complètent et ne peuvent vivre l’une sans l’autre.

La première estl’ anthropologie proprement dite , et ne peut être logiquement traitée que par des médecins et des naturalistes. La seconde est V ethnographie, qui n’exige pas de connaissances anatomiques et zooloo'iques et dont par conséquent les questions de races sont exclues.

L’anthropologie proprement dite se divise à son tour en deux parties, Y anthropologie générale qui embrasse l’espèce humaine dans sa totalité et par conséquent toutes les généralités du sujet (Broca), et Y anthropologie spèciale qui traite en particulier des races humaines (Broca) et par conséquent les dégage.

Sous le nom d 'anthropologie zoologique Broca séparait la partie de l’anthropologie générale qui concerne spécialement la comparaison de l’espèce humaine avec les animaux. Si cette dénomination n’avait pas été établie par mon illustre maître, j’avoue que je l’eusse appliquée, d une tout autre manière, à la totalité de l’anthropologie proprement dite, laquelle à égal titre dans ses trois divisions : zoologique de Broca, générale

En 1880 je reprends la question dans la Revue cV Anthropologie (p. 673-07 7). Les matières dont se compose l’anthropologie, dis-je, se partagent comme il suit : 1° l’Anthropologie proprement dite divisée en Anthropologie générale, ou étude du genre humain, et Anthropologie spéciale, ou étude de ses races; 2° l’Ethnographie ou étude des peuples presents.et passés, divisée en Ethnographie générale pour les questions communes, et Ethnographie spéciale pour les descriptions particulières de chaque peuple; 3° les Sciences annexes.

Où est donc le point faible signalé par M. Wyrouboff, dans la Revue de Philosophie positive de mai-juin 1880, à la fin de mon Mémoire sur La notion de race en anthropologie, parue dans la Revue d' Anthropologie de 1879, p. 589-660? .

Le mot ethnologie, pour désigner la science des races que je combattais, était employé par Broca, par habitude je pense, à la suite de sa création par W. Edwards; il m était profondément pénible d’être en désaccord avec le maître dont je me suis toujours ettorce de répandre et de défendre les idées. Lorsque dans ce Mémoire j’aboutis à la conclusion que les races sont des conceptions de l’esprit et les peuples les réalités palpables sur lesquelles l’anthropologiste opère, je me fis cette réflexion : Mais alors, le mot ethnologie pourrait être conservé dans le sens de Broca puisque pour arriver aux races il faut passer par les peuples; il désignerait ainsi la partie de l’ethnographie qui s’occupe de dégager les races des peuples.

Ce fut une faiblesse momentanée, je l’avoue, et cela prouve contre le système de la conciliation en matière scientifique. r ,

Ou l’ethnologie concerne le peuple, ou c’est un mot détourné de son acception, il . n y a pas de milieu. Tranchons donc dans le vif et supprimons-le puisque nous ne sommes divises que sur sa valeur. Les faits resteront, c’est-à-dire la distinction à établir entre 1 etude des races faisant partie de l’étude du genre humain et 1 étude des peuples faisant p ai îe

l’étude de l’humanité. #

Lorsqu’on aura oublié le sens vicieux donné au mot ethnologie depuis Edwar s, e q ^ se sera passé un temps suffisant, on pourra le reprendre, mais alors dans son accep ]on gique et non dangereuse, la seule à laquelle elle ait droit, celle d ethnograp ne &enoia

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