GÉNÉRALITÉS. — ETHNOLOGIE ET ETHNOGRAPHIE
figuration du sol, l’unité de langue et l’unité de la religion, cimentée par les habitudes, les souvenirs communs de gloire ou de souffrance et très accessoirement par l’intérêt. La notion de race lui est absolument étrangère. L’anthropologie n’a rien à voir avec les questions de nationalité.
Ethnologie et Ethnographie. — Il me reste, pour clore ce chapitre, à m’expliquer catégoriquement sur la valeur comparée de ces deux mots dont j’ai traité toutes les idées afférentes dans les pages précédentes. Je puis donc être bref.
Si l’on s’en tient à l’étymologie, il n’y a pas de doute sur l’acception à leur donner. Le radical tôvoç, commun aux deux comme au mot ethnogénie, signifie peuple, et nullement race, mot qui n’existait pas en Grèce et qui n’a pris naissance qu’à la Renaissance. Toute leur différence est dans le m-ot X<fyoç, discours, science et vpapï), description, qui implique le premier une idée générale et le second une idée particulière. Ethnologie est donc la science des peuples, comme ethnographie est la description des peuples, comme ethnogénie est l’origine ou la généalogie des peuples (1).
Mais les circonstances décident du sens des mots plus parfois que l’étymologie, ce qui est à regretter dans les sciences. A l’époque où le mot ethnologie apparut, créé de toutes pièces par W. Edwards, la confusion entre le peuple et la race était complète, on ne distinguait pas les deux notions. W. Edwards lui-même, quoique naturaliste, s’occupait non des races de l’histoire naturelle, mais des races de l’histoire ordinaire, des peuples de l’ère chrétienne dont il recherchait les restes. L’ethnologie, par le fait de W. Edwards, est ainsi devenue et est restée pendant cinquante ans synonyme de science des races. Une société a été fondée sous ce nom qui nécessairement lui a conservé ce sens.
Eh bien, cette dernière acception je ne puis l’accepter, elle est arbitraire, pleine d’inconvénients, et je m’en tiens à l’étymologie. Les races, qu’elles soient des conceptions de l’esprit ou des réalités palpables, peu importe ici, sont du domaine de l’histoire naturelle pure, et pour plus de précision de la partie de l’anthropologie qui s’occupe de l’animal. Les races sont les divisions naturelles du genre humain. On s éclaire de tops les moyens pour les dégager, mais on s’appuie essentiellement sur les caractères anatomiques. On ne peut donc séparer leur étude qu artificiellement et momentanément de celle du genre humain et de ses relations avec les autres groupes zoologiques. Elles appartiennent exclusivement au naturaliste préparé par ses connaissances spéciales aux discussions sur l’espèce, le genre et la place qu’elles comportent, dans la classification zoologique.
Assurément le peuple est le terrain dans lequel on va chercher les îaces,
(1) « L’ethnogénie, ou étude des origines primitives des peuples et de leur généalo0ie, dit Ampère.