CHAPITRE IX
MÉTHODES GÉNÉRALES
Divisions des caractères physiques : Programme do leur étude. — Observations sur levivant. — Recherches de laboratoire. — Anthropométrie : Méthodes des moyennes, de l’ordination, trigonométrique. — Comparaison des mesures sur le squelette et sur le vivant. — Crâniologie : Nomenclature, points crâniométriques, crâniométrie. — Méthode figurative : Photographie.
Ces explications données sur les divisions de l’anthropologie, sur la part qu’y joue telle ou telle science accessoire et sur le sens des mots qui reviennent le plus souvent, nous arrivons au corps même de notre tâche.
Quel que soit le but particulier que se propose le débutant en anthropologie, qu’il veuille s’attacher à la distinction de l’homme avec les animaux ou à l’histoire des races, il doit commencer par les éléments et étudier tout d’abord les caractères typiques de l’homme, leurs variations naturelles, les motifs de ces variations, leur étendue, leur valeur. Il sera ensuite en mesure de songer aux types et d’aller au delà. C’est à ces éléments que nous allons nous attacher, ainsi qu’aux méthodes par les-
MÉTHODES GÉlNËRALES.
quelles on parvient à les connaître et à en tirer le plus grand parti possible, tout en évitant les causes d’erreur.
Une autre raison, dans l’état actuel de la science, rend particulièrement nécessaire ce genre d’étude analytique avant de passer à la synthèse anthropologique, c’est la suivante.
L’histoire de l’homme, quoiqu’ancienne comme on l’a vu et entrant dans sa période adulte, a procédé jusqu’à ce jour, dans sa partie technique surtout, par tâtonnement, sans programme bien net, sans plan de conduite arrêté. Ce programme, ce plan, j’ai essayé de le tracer dès 1876 dans mon Anthropologie. Mais l’espace dont je disposais était trop restreint, plusieurs chapitres sont restés insuffisants et la science a marché, elle a mûri pour moi comme pour Broca qui est mort, hélas ! sans avoir pu livrer le fruit de ses longues recherches et de ses persévérantes méditations.
Les préjugés d’école ou de tradition ont, d’autre part, singulièrement paralysé les premiers efforts d’émancipation de l’anthropologie, ses méthodes d’études ballottées en tous sens n’ont pas été fixées, les idées qui les dirigeaient formulées. Une véritable anarchie règne en crâniométrie, la même mesure y est comprise autrement d’une frontière à l’autre, les nomenclatures diffèrent. Gomme il arrive dans toutes les sciences jeunes on a cru que tout était simple et facile, qu’il n’y avait qu’à regarder autour de soi, que les types humains tombaient sous les sens, que quelques crânes suffisaient pour les établir, qu’il n’y avait qu’à s’armer d’un compas, qu’enfin l’anthropologie technique était accessible à tous sans préparation.
La notion de race, telle que l’ont propagée les anciens polygénistes, de races que l'on touche du doigt et que l’on classe comme des objets matériels, a été préjudiciable. Enfin, faut-il le dire, les conséquences de la grande hypothèse du transformisme n’ont pas encore pénétré sérieusement dans notre science, l’anthropologie ne s’est pas adaptée au milieu nouveau, on y affirme plus qu’on ne prouve. Tl y a donc à revoir une grande partie de ce qui se dit et s’accepte, et peut-être même à revenir sur des idées anciennes, réputées arriérées, qu’on a peut-être trop facilement critiquées. Pour celait faut d’abord s’inquiéter des méthodes, les serrer de* près, se rendre individuellement mieux compte de la valeur de ses propres études, reprendre une partie de ce que l’on croyait acquis et aller plus au fond des choses. Sans remonter ab ovo , il faut en revenir aux éléments, aux principes, aux commencements.
Le présent volume me paraît répondre aux nécessités de la situation. Il a pour but d’apprendre à travailler, et si de temps à autre il donne des applications, émet des opinions sur les résultats et se prononce avec quelque apparence de hardiesse, ce sera plutôt afin de retirer au sujet de son aridité. Ce seront des jalons livrés à l’appréciation générale.
En somme je m’attacherai, dans les pages qui vont suivre, successive-