CHAPITRE IX
de côté la onzième qui a une moyenne de 78.9 et se présente dans des conditions différentes de provenance, celle des dix séries restant de 83.3.
J’ai indiqué précédemment une autre application de l’erreur probable h la détermination de la moyenne générale de plus haute probabilité de plusieurs séries qu’on réunit. Je m’en tiendrai à ces exemples et renvoie au mémoire sur le sujet de M. Goldstein (1).
Nous ne parlerons pas, d’une manière générale, des courbes et autres procédés graphiques rendant visibles par les yeux les rapports des nombres groupés par la sériation. Ils sont nombreux et varient presque à volonté. Ils sont applicables à toutes les parties de l’anthropologie, aussi bien aux caractères physiques, physiologiques ou pathologiques qu’aux phénomènes ethniques et sociaux. Nous aurons d’amples occasions, à propos des caractères pris en particulier, d'en donner des exemples. Du reste avec quelqu’babitude les sériations suffisent.
Comparaison des mesures sur le squelette et sur le vivant. — Je ne dirai rien, dans ces généralités sur l’anthropométrie, des méthodes de mensurations elles-mêmes, ni de l’instrumentation. Je me réserve entièrement pour les chapitres où j’entrerai dans la technique soit des proportions du corps, soit du crâne ou du bassin. Un seul mot ici.
L’anatomie est la base de la morphologie extérieure : avant d’étudier le nez on en étudie la charpente ; avant de chercher les mesures à adopter pour la longueur de la cuisse, on cherche les points de repère naturels dans la mensuration du fémur. Nous pouvons, dès à présent, dire que les mesures sur les os ont une précision que ne possèdent pas, et que ne posséderont jamais celles sur le vivant. Il vient donc naturellement à l’esprit que les premières doivent prendre le pas sur les secondes et les gouverner, et que les anthropologistes travaillant les uns sur le cadavre . et le squelette et les autres sur le vivant, doivent réunir leurs efforts, se compléter et se contrôler les uns les autres. Pour cela on a cherché sur le vivant d’abord les points les plus accessibles du squelette, puis ceux donnant le moins d’erreurs à cause de l’épaisseur des chairs et enfin ceux se prêtant le mieux à une conversion en mesures du squelette par l’addition ou la soustraction de certaines longueurs. Mais jusqu’ici les efforts ont échoué; il semble que non seulement il faille renoncer aux règles de conversion, mais encore qu’il n’y ait aucun avantage à chercher à concilier les deux sortes de mesures par des points de repère semblables. Ce qui est bon d’une part est souvent mauvais de l’autre, et à force de vouloir des concessions on finit par affaiblir la valeur des deux. Il me paraît donc que dans l’état de la science il y a lieu de laisser les
(1) Édouard Goldstein, Des Applications du calcul des probabilités à V anthropologie ; Hevue critique. Revue d’anthr., 1883. — Voir aussi : Ludwig Stieda, Ueber die Anwendung der wahrscheinlichkeitsreclmung in der antropologischen statistik ; Archiv fur Anthrop., t. XIX, 1882. — Ad. Bertillon, art. Moyenne , Dict. encvcl. sc. méd. 187G, 2e sér., t. X, p. 515.
MÉTHODES GÉNÉRALES. — GRANIOLOGIE. 245
deux sortes de mesures indépendantes, de ne les comparer qu’avec ellesmêmes, et de n obéir pour chacune qu’aux indications des nécessités opéiatoires. Ce sont deux sources de renseignements dont les chiffres sont sans relation, mais dont les verdicts séparés se confirment ou s infirment. Notre science commence à être assez riche de documents dans chaque genre pour qu’ils se suffisent à eux-mêmes séparément.
Les méthodes et les considérations qui précèdent concernent tous les caractères se prêtant à des mensurations. Nous insisterons un moment sur ceux qui regardent en particulier le crâne, autrement dit sur la crâniométrie, et par la même occasion sur la cràniologie dans son ensemble.
Crâsiioio^ie. — C’est l’étude du crâne par quelque moyen que ce soit: la crâniométrie est un de ces moyens.
La cràniologie est dite zoologique lorsqu’elle porte sur les bêtes, et anthropologique lorsqu’elle porte sur l’homme. Elle est dite comparée lorsqu’on embrasse à la fois tous les vertébrés pourvus de crâne et qu’on s’occupe de les comparer. Sous le nom de cràniologie médicale, doivent s’entendre les connaissances spéciales nécessaires dans l’art de guérir soit par la chirurgie soit par la médecine. Sous le nom de cràniologie anthropologique s’entendent de même l’ensemble des connaissances répondant aux besoins de l’histoire naturelle de l’homme et à toutes les questions relatives au crâne qu’elle soulève.
Le crâne, à ce point de vue, doit être étudié sur l’adulte sous sa forme typique, arrivé à son entier développement; puis chez le fœtus et l’enfant, ensuite chez le vieillard, enfin suivant les sexes aux différentes époques. 11 doit ensuite être comparé au crâne des animaux les plus voisins de l’homme, puis dans les divers types humains d’ordre primaire, secondaire, etc. La physiologie du crâne et des divers organes dont il est le réceptacle est inséparable de son anatomie si l’on veut comprendre le premier mot de la cràniologie. Certains chapitres de la pathologie du crâne en sont le complément, comme la tératologie ou étude de ses anomalies congénitales et troubles de développement pendant la vie intra-utérine; comme le rachitisme, la syphilis dans certains cas, l’hydrocéphalie, les synostoses prématurées, etc. L’étude des déformations crâniennes obtenues volontairement ou produites inconsciemment fait également partie de la cràniologie. Enfin ce qu’on peut appeler la philosophie de l’harmonie générale du crâne (d’autres ont préféré le mot architecture), de ses différences normales de conformation et de ses anomalies est à déduire de toutes les connaissances précédentes, notamment de la filiation des formes générales et particulières de l’organe dans la série des vertébrés jusqu’à l’homme et de leur ontogénie ou développement chez l’individu.
Le point de départ de la cràniologie est naturellement la connaissance