CHAPITRE X
petites boules plus ou moins grosses disséminées à la surface de la tête et laissant des intervalles qui semblent plus clairs. C’est la chevelure en grains de poivre (PL III, fig. 7 et 8).
Cette disposition a été remarquée pour la première fois par Barrow en 1800; il s’exprime ainsi à cet égard : « Les Hottentots ont les cheveux d’une singulière nature, leurs cheveux ne couvrent pas la totalité de la tête, mais poussent par petites touffes à une petite distance les uns des autres. Lorsqu’ils sont courts, ils ressemblent aux pinceaux d’une brosse à souliers avec cette différence que les touffes sont entortillées par petits paquets du volume d’un pois. » La seconde fois, ce fut par Burchell en 1815; il compare ces petits paquets à des buissons disséminés dans une plaine. La troisième fois par Livingstone en ces termes : « Chez les Boshimans et Hottentots la laine pousse sur le cuir chevelu en touffes avec des espaces glabres entre eux ; lorsque les cheveux sont courts, ils ressemblent à une suite de grains de poivre piqués sur la peau, tout autrement que dans les masses frisées, noires (toison) qui garnissent la tête des Maravis et des Balondas. » Mais Livingstone, qui le premier avait employé le mot glabre ( bare)y n’était pas familier avec la précision anatomique. Ce qu’il dépeignait était une apparence vraie, mais rien de plus. Dès lors, sans y regarder de près, les voyageurs virent de confiance partout des intervalles glabres en Tasmanie, en Nouvelle-Guinée, chez les Andamans, en Cafrerie et surtout dans leur terre classique, chez les Boshimans. Un linguiste, Freidrich Müller, se crut donc autorisé, pour servir de base à sa classification des langues, à partager les nègres en deux catégories : ceux à cheveux laineux simples et ceux à cheveux en touffes. Hœckel, de sa haute autorité, consacra la division en appelant les premiers des ériocomes ou en toison et les seconds des lop/iocomes ou en touffes.
Cependant Cuvier, si profondément observateur, n’avait rien décrit de semblable sur la Vénus boshimane ; Jeffryes Wyman, un naturaliste américain du plus haut mérite, rien de pareil non plus sur une Hottenlote qu’il a disséquée; Fritsh, qui a tracé le parallèle des Cafres et des Boshimans sur place, rien encore. Çà et là pourtant quelques protestations s’élevèrent de la part des voyageurs Moseley, Micklucko-Maclay, Meyer, Comrie et Alberti dans la Nouvelle-Guinée et d’autres îles de la Mélanésie. En 1867, Flower et Murrie s’étaient ainsi exprimés à propos d’une femme Boshimane disséquée par eux : « Un examen attentif du cuir chevelu nous . permit de nous assurer que les cheveux ne poussaient pas par places séparées par des espaces glabres ainsi qu’on l’a prétendu, mais que leurs racines étaient uniformément disséminées. » C’est alors qu’un nègre m’ayant été montré à la Charité, qui présentait au plus haut degré la chevelure en grains de poivre, je fis nommer une commission par la Société d’anthropologie qui coupa les cheveux avec des ciseaux et constata qu’il n’y avait aucune concentration de poils sur un point quelconque, que les poils s’agrégeaient entre eux à la façon des poils de la fourrure dite astrakan