‹ Éléments d'anthropologie généraleChapitre 285 sur 980 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

ont réunis en un petit cahier. Voici les noms qu’ils leur donnent et qui sont inscrits au haut de la page : très blond, blond doré, roux, rouge brun, brun clair, brun, brun foncé, noir, brun et foncé. Il est évident, en laissant de côté le choix et le nombre des types choisis, que ces dénominations sont confuses et ne sont pas heureuses.

Dans la seconde manière on admet un certain nombre de nuances fondamentales que l’on partage en tons. Telle est la partie du tableau de Broca qui concerne les yeux ; elle comprend quatre nuances: le bleu, le vert, le marron et le jaune, chacune partagée en cinq tons; ce qui aboutit à vingt échantillons.

Quelle est en somme la méthode à préférer? J’ai longuement médité sur le sujet, je prépare au laboratoire les voyageurs à leur départ et j’entends à leur retour leurs objections; j’ai en main tous les originaux sur lesquels Broca s’est guidé pour faire son choix, etdes milliers d’échantillons de cheveux ; pour ces derniers j’ai été en relation, à l’Exposition de 1878, avec les premiers négociants du monde, qui m’ont fait venir et confié tout ce que je leur ai demandé : je me crois le droit d’avoir une opinion faite.

Eh bien ! je sais être l’organe de l’immense majorité en disant que le système des échantillons en grand nombre et ne se rattachant à aucun ordre logique est incommode et impratique, tandis que celui qui est suivi pour le tableau des yeux est jugé bon par tout le monde, sauf qu’il est plus compliqué qu’il n’est nécessaire. Il est donc utile de réformer le tableau des cheveux et de la peau sur le modèle de celui des yeux. D’autre part, il faut que les indications du tableau soient traduisibles en langage ordinaire, de façon qu’on puisse en peu de mots exprimer le caractère d’une race ou d’un groupe. Dans l’état actuel des choses, un voyageur revient avec cent observations de coloration rendue par des numéros; ces observations restent lettre morte par l’impossibilité d’en faire la synthèse et d’en exprimer la résultante dans un langage uniforme, compréhensible et ne prêtant pas à des malentendus. Au début du développement de l’anthropologie contemporaine, la couleur était en vogue, on sortait de ces discussions interminables des monogénistes et des polygénistes qui portaient presque tout entières sur les moindres nuances et les tons de la peau ; on ignorait ce qu’il y avait d’essentiel et d’accessoire dans ceux-ci et ce que l’avenir répondrait. Aujourd’hui l’expérience est suffisante, on sait que ces nuances et tons infinis sont liés à l’individu, à l’action passagère ou prolongée des milieux, qu’ils n’ont pas l’importance qu’on s’imaginait comme caractère de race, et que quatre ou cinq nuances et trois tons suffisent à tous les besoins de la pratique, pourvu que le voyageur y apporte un peu de son jugement. Avec les statistiques surtout, que l’on veut avec raison instituer partout, la réduction et la simplification des types sont indispensables. Il importe essentiellement qu’après avoir obtenu laborieusement ces statistiques, on puisse s’en servir, c’est-à-dire parler de ce qu’elles donnent.

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