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CHAPITRE XI

des cheveux et des yeux clairs, est trop forte. Passé l’âge adulte, en allant vers la sénilité, un phénomène inverse dû à d’autres causes se produit: les cheveux blanchissent, les yeux s’éclaircissent ; cependant la peau est plus sensible aux divers accidents dont nous parlerons, qui aboutissent à une augmentation du pigment. Rappelons sans y insister que chez l’adulte la quantité de pigment varie d’un point du corps à l’autre. Pour ne parler que des régions non exposées à l’air, la face dorsale du tronc et des membres ainsi que les organes génitaux mâles et femelles sont plus foncés chez l’Européen. Chez le nègre la plante du pied et la paume des mains semblent blanches par rapport à leur face dorsale.

Mais avant d’aller plus loin, c’est-à-dire de passer aux variations de la couleur physiologique et pathologique, procédons à la description même du caractère, c’est-à-dire, dans ce cas, à la nomenclature s’appliquant aux individus comme aux races.

Nomenclature. — La couleur est l’impression que produisent sur la rétine les rayons décomposés et partiellement réfléchis par lesobjets extérieurs. Il y atrois impressionsou. couleurs fondamentales irréductibles: le jaune, le rougeetlebleu. Mélangées deux à deux, ces couleurs donnent naissance à trois couleurs secondaires, l’orange, le vert et le violet. En y ajoutant l’indigo, variété de bleu, on a ainsi les sept couleurs du prisme. Mélangées entre elles par deux ou trois en proportions diverses, elles donnent naissance aux nuances qui sont en nombre infini dans les arts et que Chevreul a cru pouvoir réduire à soixante-douze principales. Si l’on ajoute à l’une quelconque de ces nuances plus ou moins de noir, c’est-à-dire qu’on la fonce ou qu’on l’éclaircisse par l’addition de plus ou moins de blanc, on obtient une série ou gamme de tons. Le nombre des tons est considérable, Ghevreul les a réduit à vingt par gamme (1).

Or, dans l’organisme nous rencontrons le rouge du sang, le noir du pigment et le jaune de labile; d’autre part le pigment, outre le noir, donne par réfraction du rouge, du jaune ou vert. En voilà donc assez pour se rendre compte par leur mélange de toutes les nuances et de tous les tons signalés dans l’humanité.

La première façon de s’exprimer à l’égard de la couleur de la peau est celle où l’on associe deux ou trois mots. Exemples : les Boshimans sont jaunes-bruns, dit Barrow; les Foulbes (Afrique centrale) sont jaunesrougeâtres, dit Barth ; les Yoloffs sont noirs-bleuâtres ; les Polynésiens sont d’un brun olivâtre clair (Cook). Burchell dépeint un albinos cafre, en disant que sa couleur offre un mélange de blanc pur et d’une petite quantité de vermillon, sans addition d’autres couleurs. Le mot de brun revient souvent et semble vague ; il est indécis si l’on n’y ajoute pas une épithète : brun-rougeâtre ou jaunâtre; ce n’est en effet que du noir médiocrement foncé, inclinant vers l’une ou l’autre de ces deux nuances.

(1) Ch. Blanc, Grammaire du dessin. Paris, 1876, p. 560. — Dict. encycl. se. mcd. Art. Couleur.

LA COULEUR

NOMENCLATURE

Mais une cause d’erreur commune se présente avec ce système. Je ne parlerai pas de l’infirmité individuelle appelée daltonisme ou achromatisme qui fait qu’on confond certaines couleurs comme le vert et le rouge, là il n’y a pas de remède. Je fais allusion aux habitudes prises. Un voyageur dans l’Afrique centrale, vivant depuis longtemps avec des nègres, trouve blanc un nègre moins foncé ou d’une nuance différente des autres. Ainsi Stanley a parlé de blancs dans sa traversée de l’Afrique; pressé de questions par moi, il me répondit qu’ils étaient ocres comme les Coptes de l’Égypte. Par la même raison, comme je l’ai dit, les Anglais passent pour bruns aux yeux des Ecossais, tandis que nous les regardons comme des blonds. M. d’Abadie a jadis montré à la Société d’anthropologie un Abyssin du plus beau noir qui ne passait pas pour tel dans son pays.

La seconde façon, que je préfère dans le langage courant, consiste à comparer la nuance à celle d’un objet connu. Exemples : les Boshimans sont couleur cuir neuf (Burchell) ; les Foulbes sont couleur rhubarbe (Barth) ; les Indiens de la côte de Yancoover, couleur brique bien cuite (Pinard) ; les Mandingues, couleur chocolat. Les comparaisons avec le cigare havane, l’acajou, le bois de chêne vieux, le café au lait, le grain de café brûlé sont fréquentes, mais on comprend qu’il faille leur ajouter quelque épithète, surtout pour indiquer le ton. Ainsi, il y a le havane clair, foncé, moyen, le café plus ou moins brûlé, la rhubarbe rougeâtre et la rhubarbe jaunâtre. Le mot olivâtre, qui veut dire comparable à la couleur de l’olive, exige de même un mot de plus: l’olive fraîche, brune, foncée n’a pas la même coloration. Le mot de café au lait appliqué à la peau des Makololos par Livingstone, et des Fans par Burton, est insuffisant, il n’indique pas davantage le ton .

La troisième méthode ne se préoccupe pas du langage, mais seulement des observations à recueillir par les voyageurs et de l’unité que doivent avoir ces observations. C’est celle des échantillons typiques pourvus chacun d’un numéro d’ordre que l’on inscrit à la place d’un mot, ou des tableaux chromatiques. Un seul tableau a été imaginé jusqu’à ce jour, celui de Broca, qui a cours dans le monde entier, excepté en Allemagne. Nous indiquerons la manière de s’en servir lorsque nous en serons aux Instructions aux voyageurs ; nous nous bornerons à parler du choix qui a été fait de ces échantillons et de la manière dont ils sont présentés et disposés sur le tableau chromatique.

Dans une première manière on avoue l’impossibilité de disposer ces nombreux échantillons dans un ordre logique, et même d’en réduire le nombre, et on renonce à les classer logiquement. Telle est la partie du tableau de Broca qui concerne la peau et les cheveux, et comprend trentequatre échantillons, ou mieux, en comptant ceux des yeux dont on fait usage aussi le cas échéant pour la peau et les cheveux, cinquante-quatre échantillons. Les Anglais ont jugé que les échantillons regardant les cheveux méritaient d’en être distingués et en ont séparé dix types, qu’ils

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