CHAPITRE XII
INDICE CEPHALIQUE.
Indice craniométrique. — Méthodes de Baer, Broca, Davis, Flower, Ihering, Welcker. — Divergences. — Nomenclatures. — Indice céphalométrique. — Variations suivant l’âge, le sexe, les individus et les race3. — Sériations et moyennes. — Application à la classification des races.
La coloration nous a conduit au second ordre de caractères à employer j dans une classification systématique des races. L’indice céphalique, à ce titre cependant, eût mérité de passer avant. Autant le caractère couleur est vague et difficile à relever, à rendre et à mettre en œuvre, autant celui' ci est simple, facile à formuler et se prête à l’application de toutes les méthodes d’analyse et de synthèse qui font la science sérieuse. Et ! pourtant il va nous fournir l’occasion d'emblée de mettre le doigt sur l’une des plaies de l’anthropologie pratique. Bien qu’il soit une des plus ! précieuses conquêtes de la craniométrie moderne, qu’il soit fécond en ap- \ plications de toute sorte et soit constamment en usage, il s’en faut qu’on puisse le donner comme un exemple de l’entente entre savants que ne I devrait animer qu’un seul sentiment, l’amour de la science.
Nous avons débuté, dans le chapitre de la craniométrie, par des géné- j ralités, comptant que les occasions ne manqueraient pas ensuite d’entrer : dans les détails et d’insister sur ses parties principales. Le premier a été ) l’indice nasal. Le second sera l’indice céphalique, qui nous fera pénétrer . au cœur du sujet.
(1) Cette mesure, de la racine du nez à la nuque, a été prise aussi par Richard Cull i en 1849, Baer à un certain moment, Weisbach jusqu’en 1864, Man et Sasse pendant quelque temps, etc.
On sait déjà ce qu’exprime l’indice céphalique : la forme générale du crâne par le rapport de sa largeur à sa longueur maximum. Et pour plus de précision : la forme générale de la portion de la tête qui est située en haut et en arrière et correspond à la boîte de l’encéphale, ou ovoïde crânien.
Yesale, avons-nous dit page 67, a le premier entrevu la division des formes de la tête ou du crâne en rondes et longues. Blumenbach n’y songea pas lorsqu’il imagina sa méthode de la norma verticalis. Elle n’attira pas davantage l’attention de Camper et de l’école d’Édimbourg. Yan der Hoeven en approcha en 1837, lorsqu’il mesura le diamètre antéro- postérieur du crâne, de la racine du nez (1) au point le plus reculé de l’occipital, et le diamètre transverse maximum ; Morton, également, lorsqu’en 1839 il adopta le diamètre antéro-postérieur maximum et le diamètre bipariétal.
Ce fut en 1842 qu’un compatriote de Linné, A. Retzius, prenant le diamètre antéro-postérieur de Morton et le diamètre transverse de Yan der Hoeven, calcula le rapport millésimal du second au premier et créa les mots de dolichocéphale et de brachycéphale. Les Suédois étaient dolichocéphales comme 773 : 1,000; les Finnois brachycéphales comme 808 : 1,000; le s Lapons comme 865 : 1,000. Mais où commençaient les uns et finissaient les autres? Retzius ne s’expliqua à ce sujet cfu’en 1852, sur la demande directe du professeur Duvernoy, de Paris (1). Chez les dolichocéphales, dit-il, la longueur excède la largeur de 1/4 environ; chez les brachycéphales, elle l'excède de 1/5 à 1/8. Sous cette forme vague, la division dichotomique de Retzius eut un plein succès. Mais les uns placèrent la séparation des deux à la fraction 3/4, ou comme 750 : 1,000; les autres à la fraction i/o, ou comme 800 : \ ,000; d’autres, et de ce nombre fut Cari Yogt en 1853, à 7/9 ou comme 777 : 1,000.
Broca intervint en 1861 en remplaçant le rapport millésimal de Retzius par le rapport centésimal, lui donnant la dénomination d 'indice céphalique et créant un groupe moyen qu’il appela mêsaticéphale , compris entre la fraction 4/5 ou 80 : 100, et la fraction 7/9 ou 77,7 : 100.
L’indice céphalique est quelquefois accompagné du mot horizontal , pour être distingué de l’indice céphalique vertical dont nous parlerons. Il estparfois aussi désigné sous le nom d’indice de longueur, pour s’opposer encore à l’indice de hauteur. Appliqué à l’origine au crâne seulement, ce n’est que dans ces derniers temps qu’on en distingua deux sortes : le craniométique sur le crâne, et le céphalométrique sur le vivant. Sa formule est, en somme, la suivante :
D Tr x 100 D AP
= Ind. céphalique.
Les indices, dit Broca en 1861 à propos de l’indice céphalique, ne sont
(1) A. Retzius, De la forme du crâne des habitants du Nord. Stockolm, 1842, trad. frauç. en 1846, in Ann. des sc. nat. 3e sérié, Zool. vol. VI, p. 133.