INDICE CÉPHALIQUE. — MÉTHODE DE IHERING
plus petit et son diamètre transverse que d’être plus grand, il en résulte que l’indice aura toutes les chances d’être augmenté, c’est-à-dire qu’avec lui les crânes seront moins dolichocéphales, plus brachycéphales.
Effectivement un jour, avec le professeur Meyer, du musée de Dresde, j’eus occasion de mesurer comparativement deux crânes de Papous avec le craniomètre de Spengel et par la méthode ordinaire. Nous y mîmes toute l’attention en notre pouvoir, sachant la gravité de l’épreuve. Les indices céphaliques furent de 80,2 et 75,7 par la méthode Ihering et de 76,4 et 74,7 par la mienne (1).
Les indices céphaliques obtenus par les deux méthodes répondent en somme à des idées différentes et ne peuvent être réunis et comparés. La longueur de Ihering est égale ou plus petite que la longueur de Morton, Baer, Broca et autres. La largeur de Ihering est égale ou plus grande que la largeur de Baer et Broca. L’indice céphalique correspondant est égal ou plus grand.
La méthode de Ihering n’a fait heureusement que peu d’adeptes et en Allemagne seulement. Elle est suivie notamment par MM. Spengel, Meyer, de Hôlder, Kollmann, Krausse. Elle fait intervenir sans raison, une idée esthétique. Ce n’est pas le rapport des deux diamètres du crâne cérébral, obliquement couché d’avant en arrière et de haut en bas, comme l’encéphale, au-dessus de la colonne vertébrale et de la face, qu’il faut connaître, dit-elle, mais le rapport des deux diamètres horizontaux du haut de la tête. Soit! qu’on prenne cette mesure, je la comprends sur le vivant, mais ce n’est plus l’indice céphalique dans lequel l’idée anatomique de l’ovoïde crânien dicte la conduite à tenir. La méthode des projections a ses raisons d’être, la méthode ancienne de Morton et de Baer a les siennes. Mais assurément, aucune des premières ne convient à l’indice céphalique.
M. Ihering n’a du reste, donné aucune preuve qu’il ait étudié à fond l’une et l’autre. Dès ses débuts en craniométrie, il s’est fait révolutionnaire; il a expliqué comment devait être construit l’instrument qu exigeait sa méthode géométrique, ou mieux celle de Camper, et a laissé à d’autres le soin del’expérimenter. Depuis on a publié quelquesmoyennes obtenues avec cet instrument, mais combien? La plupart de ceux qui parlent de la méthode géométrique de Ihering ne possèdent pas l’instrument qu’il demande, ni aucun autre pouvant le remplacer.
A vrai dire, la méthode est suivie de deux manières, sur lesquelles on ne saurait trop insister. Les uns se contentent de l’appliquer en principe, c’est-à-dire qu’ils orientent le crâne par approximation, et prennent le diamètre antéro-postérieur, au jugé, parallèlement à la ligne d’orientation. Les autres se servent de l’instrument coûteux, compliqué et méticuleux qu’elle exige lorsqu’on veut la suivre correctement. On s’étonne vraiment que dans ces conditions elle ait obtenu les suffrages d’un certain nombre
(1) Topinard, Discussion sur la méthode de Ihering , in Bull. Soc. Ant'hr. 1880, p. 351. On y trouvera l’opinion de Broca sur cette méthode.