TAILLE. — INFLUENCE DES MILIEUX
français de 1808 à 1810 en Hollande et dans la Haute-Italie. La moyenne, dans le premier cas, est de lm,677 et dans le second de lm,560. Il en conclut que les uns sont plus grands parce qu’ils habitent un pays de plaines subvenant largement à leurs besoins, tandis que les autres sont plus petits parce qu ils sont dans un pays de montagnes moins bien partagé ; la vérité est que les Hollandais sont grands parce qu’ils appartiennent à une race de haute taille et les Italiens petits pour la raison inverse. Il faudrait aussi se demander dans ce genre de comparaison-, si à l’âge observé les soldats sont à la même période de développement par rapport au terme final.
Chaque jour les auteurs anglais, très disposés à faire une large part à l’influence des milieux, commettent cette faute vis-à-vis des indigènes des races exotiques. Il ne leur vient pas à l’idée, pour les Australiens par exemple, que la race australienne est formée de deux éléments, l’un grand, l’autre petit; que le premier, plus intelligent, se réserve les endroits favorisés, et le second, plus inférieur dans l’échelle des races, est repoussé sur les points dont le premier ne veut pas. De même en Afrique où le nègre relativement petit représente la race inférieure paria, et le nègre grand, la race supérieure cafre ou bantou. Lorsque d’Orbigny, confirmant l’aperçu de Villermé, a attribué la petite taille des Péruviens des hautes vallées à l’altitude, et la haute taille des Patagons à leur pays de plaines basses, il commit la même faute. En France, les Picards et les Champenois sont grands, non parce qu’ils occupent des plaines, mais parce qu’ils sont de la race de haute taille et blonde du Nord de l’Europe ; tandis que les Auvergnats et les Savoyards sont petits parce qu’ils sont Celtes et non parce qu’ils habitent des montagnes. Lorsque Quételet compare les gens de la ville et ceux de la campagne, en Belgique, et trouve que les premiers ont une taille plus élevée, il ne songe pas non plus qu’il y a deux races en Belgique par la taille, que la petite a des goûts sédentaires et agriculteurs qui la retiennent dans les campagnes, tandis que la grande, blonde et dolichocéphale, a des goûts de mouvement et d’initiative qui la poussent dans les villes. M. Beddoe est arrivé à un résultat inverse en Angleterre : il trouve la taille plus petite dans les villes, mais il comprend de suite que les causes en sont multiples et en doivent être analysées. L’influence de race, la sélection variable suivant les circonstances qu’opèrent les villes, l’hygiène différente des enfants, l’abus des alcooliques et du tabac sont discutées tour à tour par lui.
Dégager la cause principale qui amène la différence plus ou moins certaine entre deux groupes comparés, au point de vue de la taille ou de tout autre caractère, est l’une des opérations les plus délicates de l’anthropologie. Il faut donc dans les pièces de l’enquête apporter une grande circonspection, ne comparer que ce qui est dans des conditions semblables sauf par le point examiné, et ne pas étendre ses conclusions au delà de ce que les faits apportés permettent, à l’exemple de mon honorable collègue