‹ Éléments d'anthropologie généraleChapitre 401 sur 980 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

statisticien, après avoir mis en parallèle les relevés administratifs de la taille des conscrits en 1811-12, en 1828-37 et en 1872-79, arrive à la conclusion que la taille s’est élevée de 6 centimètres et 2/3 d’une période extrême à l’autre, c’est-à-dire en soixante-quatre ans. 11 cite même des groupes de communes dans lesquels cet accroissement dépasserait 16 centimètres. Le travail de M. Carret est très consciencieux ; il cherche à prévoir toutes les objections, ses conclusions sont écrasantes et cependant, je l’avoue, elles ne me convainquent pas. Cette moyenne de presque 7 centimètres, pour ne rien dire de celle de 16 centimètres, est absolument trop forte pour être vraie. Il doit s’être glissé dans les termes de comparaison quelques-unes de ces grosses erreurs dans lesquelles on tombe si facilement lorsqu’on a affaire aux chiffres des administrations européennes. Ainsi M. Carret raconte qu’aujourd’hui il y a deux listes de taille, l’une faite au conseil de révision par un même sergent pour tout le département, et l’autre çà et là, tantôt par l’un, tantôt par l’autre, souvent au juger, sans toise. Est-il certain qu’en 181 1-12 on ne procédait pas avec cette légèreté, même au conseil de révision? La question des exemptions pour défaut de taille et infirmités laisse aussi des arrière-pensées. Napoléon voulait des hommes à tout prix, il les prenait jusqu’à lm,52 et anticipait volontiers sur l’âge de vingt ans. En 1804, dit M. Carret, la taille minimum réglementaire pour les recrues était, suivant Yerneilh, delm,598. Cependant, suivant le DrMorache, en 1800 elle était de lm,544, en 1813 de i,m520, et dans l’intervalle de lm,544 pour le moins. Comment ensuite sont établies les moyennes des époques de 1811-12 et de 1872-79. On mesurait certains des exemptés pour défaut de taille, mais les autres? Manquent-ils dans les moyennes? A quelle règle obéissait-on dans la première époque, surtout pour mesurer ou non tel ou tel exclus? Nous attendrons, par conséquent, avant d’accepter la conclusion de M. Carret. Si la taille s’est ainsi exhaussée dans la Savoie il doit en être de même dans les départements voisins; c’est à étudier ! (1).

Les arguments les plus graves en faveur des milieux non sur les individus, ce que personne ne saurait contester, mais surla race, nous viennent del’Amérique, aux statistiques delaquelleilfauttoujours recourir lorsqu’on veut s’affranchir des illusions provenant des écarts individuels. Il y en a deux : le premier rentrant encore dans l’ordre des précédents, mais redoutable par les nombres sur lesquels il repose ; le second réellement grave.

Le travail de statistique anthropologique se poursuivait avec activité dans toute l’étendue de l’armée du Nord lorsque, parmi les fournées ou comptes envoyés de New-York, on en remarqua dont les moyennes différaient des autres d’une façon singulière. Après examen on reconnut que cela venait de 25,000 marins qui avaient été confondus avec les soldats de

(1) Dr Jules Carret, Etude, sur les Savoyards , broch. de 108 pages. Chambéry, 1882.

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