CHAPITRE XIII
Ces trois ordres de considération, rapprochés du fait constaté chez les Américains eux-mêmes qui émigrent à l’Ouest avant le terme final du développement de leur taille, disposent donc à accepter celui d:un exhaussement analogue de la stature lorsque les Anglais, les Irlandais ou toute autre race de l’Europe, se transportent dans leur enfance en Amérique. La vie si active des États-Unis, que ceux qui y ont habité seuls comprennent, serait l’agent de cette transformation qui s’opère : 1° par un accroissement du taux de la croissance à tous les âges, 2° par une prolongation du terme final de cet accroissement. Cette dernière cause paraît être la plus efficace dans le cas actuel, de même que la diminution de la croissance le serait davantage sur la taille amoindrie des marins.
Quelques objections ont été adressées à ces propositions. Pour les marins, on a dit que la vie particulière de la mer exigeait une conformation plus favorable ; c’est possible, mais lorsqu’on s’engage, on songe peu à cela. Les goûts pour la marine sont d’ailleurs plus développés chez les races de haute taille d’Europe que chez les races petites ; il suffit de citer les Normands du moyen âge et les Anglais.
Pour les Européens plus grands en Amérique, M. Baxter a dit que cela tient à ce qu’on les compare avec des moyennes des cadres militaires européensdans lesquels la taille n’est pas arrivée àson terme de développement. Évidemment cet argument est à considérer : les tailles de nos recrues sont données de 20 à 21 ans, celles des armées américaines appartiennent à tous les âges. Mais il ne résout pas tous les cas. Les âges sont mis à part dans les statistiques américaines, le ry thme de la croissance et le maximum n’en restent pas moins en avance en Amérique qu’en Angleterre et en Irlande.
M. Roberts a dit, d’autre part, que les habitants des îles Britanniques
devenus habitants des Etats-Unis sont pris dans les classes laborieuses et par conséquent sont plus petits; mais ce serait une raison au contraire pour qu’ils fussent moins grands que dans la mère patrie. Il y a une confusion dans cet argument.
Il semble réellement, en somme, que la taille s’accroisse dans l’Amérique du Nord directement ou indirectement, par le fait du déplacement et des conditions de vie nouvelle qui en résultent. Mais l’exhaussement estil appréciable dès la première génération, c’est-à-dire sur celle qui s’est déplacée? Ce n’est acceptable qu’à la condition que l’émigrant soit parti très jeune. Pour que l’exhaussement se transmette à la seconde génération et aux suivantes, il faut qu’il devienne héréditaire ; or on sait que la règle c’est que les caractères acquis restent localisés à l’individu.
Si des conditions hygiéniques défavorables, un mauvais régime, suffisent pour diminuer le taux de l’accroissement, à plus forte raison lorsque la santé sera détériorée et qu'il y aura maladie. Quetelet a donné la taille desjeunes gensdeO à 21 ans détenus au pénitencier de Ruysselède dans laFlandreoccidentaîe, au nombrede 465 sujets dont plus de lamoitié scrofuleux ou rachitiques. Voici les renseignements qu’on en peut tirer :