CHAPITRE XIV
Dans la Lozère, au temps de la pierre polie, deux races sont en présence bientôt après, l’une habitant les grottes des hautes vallées, dolichocéphale ; l’autre mélangée à la précédente dans les dolmens, les deux du reste en lutte. La première, représentée dans le tableau ci-dessus par lesgrottes de Baumes-Chaudes et de l’Homme-Mort, était décidément petite, de lm,60 à lm,62 en se fiant au tableau d’Orfila. La seconde au contraire était plus grande, mais sans atteindre les dimensions de la race précédente de l’âge du renne. Trois races différentes existaient donc déjà à cette époque, se distinguant notamment par la taille : une grande, une moyenne, une petite.
Toutefois il importe d’être très réservé avec les documents que nous possédons. Dans une grotte ou un dolmen, on ne peut que rarement dire à quel squelette appartenait un os donné et quel était son sexe. La reconnaissance des sexes est facile sur le crâne, mais fort difficile sur les oslongs ; le groupe des incertains est généralement plus fort que celui des certains dans un sens ou dans un autre. Ainsi les deux sexes des troglodytes de Bray et d’Orrouy sont par la taille de la même race que les troglodytes plus anciens de la Lozère; mais le chiffre en est peut-être abaissé par l’exclusion de fémurs que j’ai pu considérer indûment comme féminins. Soit la série d’Orrouy: H fémurs étaient masculins de l’avis de M. Chudzinski, très compétent en pareille matière, et de moi, leur longueur moyenne était de 436 millimètres; 11 autres, positivement féminins ou douteux, avaient une moyenne de 412.
Pourtant il y a une considération qui a quelque valeur dans les mensurations de ce genre : c’est la comparaison des deux moyennes réputées avec une grande probabilité de sexes différents. Si elles conduisent séparément à la même conclusion, celle-ci en reçoit une confirmation. C’est ainsi qu’avec mes séries de fémurs, et en tenant compte des os écartés eux-mêmes, je suis arrivé aux inductions ci-dessus. Par la taille, la race de l’Homme-Mort et celle de Baumes-Chaudes, celle d’Orrouy et celle de Bray étaient congénères et différentes de celle des dolmens. Quant à la taille de la race du renne, je ne m’engage pas personnellement, les pièces dont j’ai disposé étant trop peu nombreuses.
A l’époque des dolmens, je ne dis pas seulement de ceux de la Lozère mais de tous, il règne cependant des contradictions qui obligent à une grande réserve. Sous le couvert de la civilisation qu’ils représentent, il y avait sans doute des races multiples. Ainsi, en Angleterre, Thurnam donne aux squelettes des long-barrows ou dolmens une taille moyenne de lm,65 et à ceux de round-barrows ou tumuli de l’époque du bronze une moyenne de lm,75. Rolleston admet de même que ces derniers étaient à la fois grands, vigoureusement bâtis et brachycéphales ; ce n’est donc pas le type que nous rencontrons chez nous, où la haute taille semble toujours s’associer à la dolichocéphalie à l’époque du bronze, en tout cas dans le Nord et l’Est. Chez nous un voile est jeté sur cette période de transition. On ne
TAILLE EN FRANGE
voit pas comment la masse des brachycéphales, de taille plutôt petite, atout à coup remplacé la race plus petite encore de la Lozère. Les dolmens ne renfermentpas la proportion de brachycéphales qu’exigerait leur prise de possession du pays, au cours même de l’époque de la pierre polie. Au contraire, une suite de considérations plaident en faveur de la thèse que les dolmens ont été importés par des dolichocéphales de haute taille, et blonds comme les Kymris à venir. Serait-ce que les habitants de la Vézère, à l’époque du renne, grands et dolichocéphales, étaient blonds? Mais alors pourquoi n’y a t-il pas une plus forte quantité de dolichocéphales de haute taille dans le centre de la France et d’où viennent et à quel moment sont venus les brachycéphales de taille relativement petite ? Mais en ce moment nous empiétons sur les questions relatives à la taille actuelle en France, auxquelles nous allons passer.
France. — zA titre de transition et sans nous occuper des autres auteurs qui parlent des Celtes et des Gaulois, nous rappellerons ce que César dit de la population de notre pays 50 ans avant l’ère chrétienne. « La Gaule, dit-il, est partagée en trois régions habitées l’une par les Belges, l’autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui dans leur langue se donnent le nom de Celtes. Ils diffèrent entre eux par la langue, les coutumes et les lois. La Garonne sépare les Celtes des Aquitains; la Marne et la Seine les séparent des Belges. La région occupée par les Celtes commence au Rhône (c’est-à-dire à la province romaine) ; elle s’étend du côté des Helvètes (Suisse) et des Séquanes (chaîne du Jura) jusqu’au Rhin. »
Dans cette reproduction libre, nous avons supprimé un membre de phrase qui eût jeté de la confusion : « Ceux qui dans leur langue se donnent le nom de Celtes et que nous appelons Gaulois, » dit César.
Dans toute population et d’autant plus qu’on remonte dans un passé barbare où la force prime le droit, il faut distinguer deux parties profondément distinctes et souvent contraires : l’une superficielle, véritable pellicule parfois qui cache l’autre, et l’autre profonde qui est la masse. La première emplit le monde de ses exploits et de son nom, elle civilise, fait le mouvement et règne ; sa consistance et sa durée varient suivant les circonstances et l’habileté de ses chefs, elle s’assimile une épaisseur plus ou moins grande de la masse sous-jacente, ou s’en isole avec inintelligence. Dans cette occurrence, où est la nationalité, où est le pays? La nationalité, devant l’histoire écrite ou chantée, est avec la première ; le pays, pour l’anthropologie, c’est la seconde. En France, dans la protohistoire, on distingue des guerriers grands et blonds, tourbillonnant d’une extrémité à l’autre de l’Europe et poussant des incursions en Afrique et en Asie. Sous quelque nom qu’on les désigne çà et là, ce sont en fin de compte des Gaulois, les congénères des Germains, mais plus anciens dans la carrière. D’où les premiers, peut-être les Tamahou connus des Égyptiens 3,000 ans avant notre ère, sont-ils venus? Descendaient-ils de l’une de nos races autochtones? Avaient-ils seulement un centre, un point de