CHAPITRE XV
Autres causes d'erreur. — Aux divergences entre les auteurs provenant des différences de procédés opératoires, il est d’autres causes de malentendus à ajouter. Tout d’abord il faut écarter les cerveaux malades par eux-mêmes et atteints par exemple d’apoplexie, de ramollissement, de tubercule, d’œdème, d’hypertrophie proprement dite. C’est ce qu’ont fait Broca,Peacock et quelques autres. En revanche, Boyd etBischoff, dont les statistiques sont si précieuses par le nombre, pèchent sous ce rapport. La différence de conduite est mise en relief par la double épuration à laquelle se livrèrent Broca et Welcker en 1861, sur la liste de Wagner. L’un écarta tout ce qui est insolite, irrégulier, les maladies du cerveau, les aliénés, etc., l’autre n’écarta que les âges après 60 ans.
Mais, sans être directement en cause, l’encéphale peut se ressentir de la maladie à laquelle le sujet a succombé, aigue ou chronique, et surtout des accidents ultimes précédant et accompagnant l’agonie. C’est une cause d’erreur contre laquelle il n’y a pas à lutter. Jusque dans ces derniers temps, il était établi sur l’autorité de Haller, Sœmmering, Cuvier, Desmoulins, que l’encéphale est le seul organe qui ne se ressente pas des variations que l’état de santé ou de maladie, d’embonpoint ou de maigreur, détermine dans le reste du corps. Sans en être affecté autant que les autres organes, il est certain aujourd’hui qu’il reçoit leur contre-coup. Le sang et la matière grasse diminuent dans l’anémie et le marasme; le tissu cérébral se congestionne, se décolore et s’œdématie dans la phase de l’agonie. Il n’y a qu’à consulter les listes de poids publiés avec la maladie finale en regard, pour s’en convaincre. Les quelques pesées de cerveaux de sujets morts d’inanition que l’on possède, indiquent que la réduction peut aller loin. 20 encéphales de sujets morts d’une façon violente pesés par Huschke avaient 120 grammes de moins que 20 dans les conditions ordinaires. Les 10 guillotinés de Lélut tombés en pleine santé, inversement, avaient, en tenant compte du déficit venant du procédé, une moyenne au-dessus de la normale.
On pèse parfois des cerveaux qui ont été conservés dans l’alcool ou dans des liquides astringents. La reconstitution de leur poids réel devient une question d’appréciation. Broca parlant du cerveau de l’assassin Provost, qui pesait 1,422 grammes à l’état frais avec ses membranes, remarque qu’après conservation dans le liquide de Müller, son poids s’élevait à 1,822 grammes et que, s’il eut été conservé dans l’alcool, il se serait abaissé à 1,100 grammes. Le cerveau d’Ataï, chef de la dernière insurrection Néo- Calédonienne, après deux ans de séjour dans l’alcool, avait perdu 28 p. 100. Marschall reçut le cerveau de sa femme boshimane, durci dans l’alcool et débarrassé de ses membranes; il pesait 616 grammes (21ozs,77). Il estima la perte à 7/24es et admit 11 grammes pour les membranes (ce qui n’est pas assez). Le poids fut ainsi de 892 grammes (31ozs,5).
Je ne saurais entrer en matière sans signaler une dernière cause d’embarras lorsqu’on veut comparer les poids obtenus dans des pays différents.
POIDS DE L’ENCÉPHALE. — DENSITÉ
Dans les ouvrages d’il y a une trentaine d’années, cet embarras était plus grand encore et l’on voit souvent des auteurs renoncer entièrement à se servir de certaines observations, parce qu’il leur est impossible de savoir le genre des mesures indiquées. Au delà c’était pis encore. Aujourd’hui la méthode décimale se répand partout. Les Américains et les Allemands font usage du système métrique à peu près constamment ou le donnent à titre de synonyme. Les Anglais sont plus rebelles, et ce qu’il y a de plus fâcheux, c’est qu’ils emploient parfois un système mixte sans qu’on puisse en être certain dans certains cas. Ainsi leur once avoir du poids vaut 28sr,3465; ils la divisent en 16 drachmes, chaque drachme valant !gr,772. Peacock, par exemple, s’exprime en onces et drachmes. Mais beaucoup, comme Boyd, remplacent les drachmes par une ou deux décimales. C’est au lecteur à ne pas faire de confusion.
D’autre part, la putréfaction soit à l’air libre, soit à la longue dans les liquides, diminue le poids. -C’est frais et le plutôt possible que l’opération doit être pratiquée, il n’est pas certain qu’en vingt-quatre heures, dans quelques cas, il n’y ait pas déjà une altération sensible à la balance.
Une autre cause d’erreur se produit dans l’embaumement lorsque, comme c’est la règle, les liquides sont astringents : le tissu se resserre, expulse de l’organe une plus grande quantité de sang et de sérosité, et diminue le poids d’autant.
Mais l’écueil le plus grave des études sur le poids de l’encéphale, comme pourtant d’autres caractères, est l’insuffisance des nombres qui obligent à des concessions, c’est-à-dire à réunir des pesées de diverses provenances qu’on préférerait laisser à part. Nous citerons davantage les statistiques de Broca, mais nous les associerons forcément d’abord avec celles de Bischoff, puis avec celles de Boyd.
Densité «lu cerveau. — Avant de commencer distinguons le poids et le volume, deux expressions que l’on emploie sans cesse comme synonymes et sans inconvénient, et qui cependant sont différentes. Le volume, c’est la place qu’occupe un corps dans l’espace, il s’obtient en divisant le poids par sa densité. Lorsqu’on met un cerveau dans un seau d’eau, il tombe au fond parce que la quantité d’eau qu’il déplace est plus légère que sa propre masse. Le surplus de son poids ajouté à celui de l’eau déplacée constitue sa densité.
La densité de la matière cérébrale a été trouvée de 1,028 par Leuret et Métivier, et de 1,031 par Muschenbroeck. Mais l’étude en a été poussée bien plus loin en Angleterre par MM. Bucknill en 1852-55 sur 125 cerveaux d’aliénés, Aitken en 1853 sur 10 sujets sains, Sankey la même année sur 73 cerveaux divers sains et malades, Skae en 1854 sur 62 aliénés, Peacock en 1861 sur 37 cerveaux sains et Ch. Bastian en 1865 sur 40 divers.
Les expériences très délicates, mais conduites avec habileté, ont porté sur l’encéphale dans son entier et ses parties : cerveau, cervelet, lobes, circonvolutions diverses, parties intérieures ; elles ont distingué le côté