CHAPITRE XVI
Suit la sériation des cas individuels de deux de ces groupes de même taille.
Variations pour une même taille , de 30 à 35 ans. (Hommes.) Taille de lm,65. Taille de lm,70.
1215 gr.
1220 gr.
Moyenne des huit. 1388 gr. Moyenne des onze. 1356 gr.
J’avais choisi ces deux exemples un peu au hasard. Il se trouve que les moyennes sont en contradiction avec la loi générale, que les cerveaux sont plus gros chez les sujets plus grands et plus petits chez les sujets plus petits. En rapprochant ce fait des écarts des variations du tableau précédent, on arrive à comprendre que la loi posée souffre de nombreuses contradictions dans les cas individuels comme dans les moyennes reposant sur peu de nombres.
Fig. 61. — Relation du poids de l’encéphale et de la taille, en serrant la question de près.
Trait plein : diagramme de 22 cas de poids de l’encéphale de 31 à 36 ans, provenant exclusivement des hôpitaux de Saint-Antoine et de la Pitié (Broca) ; l’échelle du poids du cerveau lui appartient. Ligne ponctuée : diagramme de la taille de ces mêmes 22 cas ; l’échelle de la taille à gauche lui correspond.
Le schéma ci-dessus corrige cette impression en montrant sur 22 hommes de 31 à 36 ans, ayant des tailles croissant progressivement de lm,58 à lm,79, la distribution des poids du cerveau également croissant malgré leur épar-
POIDS DE L’ENCÉPHALE SUIVANT LES CLASSES SOCIALES. 543
pillement extrême autour de la ligne des tailles. C’est la confirmation de la loi qui veut que, toutes choses égales, les grandes tailles aient absolument parlant plus de cerveau, et les petites tailles moins de cerveau.
Ce diagramme met en relief la question qui reste à traiter. La part de la taille et de l’âge étant ainsi faite, sous quelle influence se manifestent les variations qui persistent?
L’état de maladie du cerveau, la fin par une mort violente, l’influence de la criminalité, et même le rôle de la position sociale sonthors de cause dans les deux séries de tout à l’heure, puisque les cerveaux dans l’une ou l’autre de ces catégories ont été mis de côté par Broca auquel ces cas sont empruntés. Il ne s’y agit que de sujets morts à l’hôpital de maladies ordinaires.
Les registres de Broca portent, pour les hommes, sur deux sortes d’hôpitaux. L’un est Bicêtre, ou l’on est admis pour des infirmités à tout âge et par conséquent où il s’agit de sujets que ne stimule plus la lutte contre l’existence. L’autre est Saint-Antoine et la Pitié, où sont reçus les combattants de tous les jours, excités par la nécessité de suffire à eux-mêmes et à leur famille. De 15 à 35 ans, les premiers ont le cerveau plus gros, ce qui paraît contradictoire, mais s’expliquerait cependant (1) ; de 35 à 85, où le nombre des sujets est plus grand à toutes les étapes au nombre de dix, les moyennes sont au contraire invariablement et notablement plus faibles. On en conclura que les cerveaux de Bicêtre que l’activité normale de l’existence n’excite plus, sont moins gros, c’est-à-dire se développent moins que ceux soumis à cette excitation (2).
Peacock a publié en 1847 les résultats de ses pesées de cerveaux à l’Infirmerie royale d’Édimbourg, dans laquelle sont reçus des sujets d’une classe supérieure à celle qui fréquente l’hôpital de Mary-le-Bone, à Londres. Or, la moyenne de ses 157 cerveaux de 20 à 60 ans est de 1,417 grammes, tandis que celle des 425 du même âge, pesés dans le second hôpital par Boyd, est de 1,354. Différence de 63 grammes qu’on peut rapporter en partie à la différence des classes; je dis en partie , parce que Thurnam pense que les Écossais ont le cerveau un peu plus gros que les Anglais. (Leur taille supérieure l’expliquerait.)
Le genre de vie, la profession, les pensées habituelles, l’éducation pendant l’enfance et l’adolescence, le mode d’activité cérébrale après 20 et 30 ans, l’hérédité dans les familles, sont causes certainement de variations dans le poids de l’encéphale. Mais, dans cette voie, la science a à peine fait quelques pas, elle s’est contentée jusqu’ici de peser des cerveaux dans les hôpitaux, brutalement, sans tenir compte des occupations du sujet. Là
(1) Ce groupe, de 15 à 35, ne comprend que 7 cas.
(2) Dans le tableau n° V, page 11, de mon Mémoire sur le poids de l’encéphale d’après les registres de Broca, inséré dans le volume de 1882 des Mémoires de la Société d’anthropologie, l’imprimerie a ajouté, sous le titre de : Saint- Antoine et Pitié, 8G ans et plus, la mention de 5 cas = 1,279, qui est à effacer. Un blanc devrait se trouver à sa place.