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CHAPITRE XVI

épreuve, un honneur ; il ne faut pas avoir l’esprit sain pour se mettre en désaccord avec les lois que l’on a acceptées en signant le contrat qui vous admet dans cette société.

La question des cerveaux et capacités crâniennes d’assassins, a été très agitée dans ces dernières années, mais spécialement à propos de la craniologie, où nous aurons à la reprendre. Mais le moindre aperçu avec le poids même de l’encéphale vaut mieux que tous les cubages de la cavité crânienne et toutes les mensurations de la tête extérieurement.

Sur 18 guillotinés, comprenant les cas de Lélut, de Parchappe et de notre laboratoire, l’âge varie de 19 à 46 ans et est en moyenne de 33 ans ; tandis que le poids de l’encéphale varie de 1,183 à 1 ,596 et est en moyenne de 1,350 grammes (1). Ce qui, comparé avec la moyenne correspondante de 1,374 ou de 1,386 de la courbe Broca-Bischoff, donne un déficit de 24 ou de 36 grammes.

Sur 16 autres assassins avec préméditation, de Bischoff, la moyenne est de 1,272, tous les cas étant au-dessous de la normale de cet auteur, moins un. Ces données conduisent donc à la conclusion que les assassins ont, en général, un poids de cerveau moindre, ce qui est en contradiction avec l’opinion s’appuyant sur la craniométrie, que quelques-uns ont soutenue. Toutefois il y a des assassins de catégories diverses, les uns, poussés par une impulsion active au meurtre, les autres, faibles au contraire et ne sachant pas résister à des tendances favorisées par une prédisposition héréditaire.

Bischoff a pesé les cerveaux d’une autre série de criminels divers : meurtriers simples et voleurs; le poids était de 1,373 en moyenne. Un peu moins de la moitié était au-dessus de la normale, dont 14 au-dessus de 1,400, sur lesquels 5 au-dessus de 1,500. La seule déduction à en tirer, c’est que les sujets qui se livrent à des actes contradictoires avec notre civilisation ont des cerveaux très divers.

Broca a cité dans sa discussion de 1862 sur le cerveau, les pesées de 20 sujets ayant succombé à une mort violente, parmi lesquels se trouvaient quelques criminels et suicidés. Les suicidés sont des esprits forts par exception, mais en général des esprits faibles, qui n’ont pas en eux la force de réagir contre une situation et de prendre une détermination virile. La moyenne de ces 20 était de 1,445, c’est-à-dire élevée, comme si l’acte précédant la mort avait été engendré par une suractivité plutôt que par une dépression cérébrale.

Cette étude de l’influence des déviations intellectuelles diverses et surtout de celles tenant à l’aliénation avérée, tend donc à faire rejeter toute règle générale absolue. Une excitation aiguë, répétée ou continue, produit, toutes choses égales, une augmentation de volume des parties et, dans certains cas, de consistance. Toute maladie du cerveau se prolon-

(1) Campi, âgé de 32 ans, ajouté par nous en imprimant ces pages, avait 1,350, exactement la médiane que nous avons adoptée.

POIDS DE L’ENCÉPHALE. — ALIÉNÉS

géant, à plus forte raison lorsque dès son origine ou peu après elle est asthénique, tend à amener la raréfaction du tissu et l’œdème, ou la sclérose, la dégénérescence graisseuse et l’atrophie. Voilà ce qu’on entrevoit déplus général et de plus certain. L’activité pathologique et l’activité physiologique se côtoient, l’une conduisant à l’aliénation et parfois à l’échafaud, l’autre conduisant au génie et à la gloire.

Les variations anormales du poids de l’encéphale diffèrent, en effet, de celles que nous avons constatées pour la taille. De part et d’autre s’observent le procédé de la prolongation du terme de la croissance ou de son activité plus grande, et le procédé de l’arrêt ou du ralentissement de développement. Mais dans le cerveau, l’excitant extérieur joue un plus grand rôle. Le squelette, une fois terminé ou à peu près, se repose, la nutrition elle-même l’agite peu, il attend sa sénilité; le cerveau n’est jamais au repos, il est l’âme du corps, il lutte sans cesse, recevant les excitations et réagissant; tant que la résistance des parois osseuses le lui permet, ce dont nous parlerons bientôt, il s’hypertrophie en raison du travail qu’il fournit. A défaut d une augmentation pai sa masse, il se perfectionne dans son intimité et à sa surface; mais paifois aussi, il ploie sous le fardeau, tombe malade et s atrophie. L existence du cerveau est un drame prolongé dont l’un seulement des résultats est 1 augmentation ou la diminution de sa densité ou de sa masse.

Un cerveau présenté par M. Ftey à la Société d anthropologie en 1882 pesait 1,700 grammes. C’était celui d’un aliéné enfermé depuis 7 ans à l’asile de la Villa-Evrard, qui dès son enfance avait la tête énorme. Avant même de pouvoir être qualifié d’aliené, il avait été exempté du service militaire à cause du volume de sa tete ; peu a peu apparurent les symptômes de l’aliénation. A l’autopsie, ses circonvolutions parurent grosses, celles du lobe frontal étaient comme gonflées, pressées les unes contre les autres, assez üexueuses. Ce que je veux retenir de ce fait, c’est que l’aliénation y est consécutive au développement de la tête ; le sujet est devenu fou parce qu’il avait trop de substance cérébrale. Ce n est donc pas un avantage toujours d’avoir un gros cerveau.

Parmi les maladies de l’enfance qui retardent l’ossification des os du crâne et donnent lieu dès cette époque à une grosse tête que le sujet conserve plus ou moins le reste de la vie, se trouve l’hydrocéphalie, non celle qui tue ou laisse l’individu imbécile, mais l’hydrocéphalie modérée, qui passe à la rigueur inaperçue et laisse la boîte crânienne plus large qu’elle n’a besoin d’être. Une cavité ainsi agrandie soutient mai le pourtour de l’encéphale, elle ne résiste pas à la pression et laisse l’hypertrophie se produire. Gratiolet a cité de nombreux cas de maladies du cerveau pendant l’enfance, comme l’hydrocéphalie, qui se sont accompagnées d’accidents plus ou moins graves, ont guéri et ont laissé la cavité cérébrale distendue et la tête anormalement conformée; cependant, disait-il, 1 intelligence s’est accrue et parfois même est devenue très remarquable. On

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