‹ Éléments d'anthropologie généraleChapitre 483 sur 980 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

conçoit ainsi qu’une tête grosse accidentellement dans l'enfance conduise plus tard à une grande masse de cerveau et que celle-ci, suivant la façon dont elle se développe, aboutisse à l’aliénation ou favorise les circonstances aidant l’augmentation de l’intelligence. « S’il était possible, disait Gratiolet, de déterminer des hydrocéphalies ou des hypertrophies, ménagées de manière à augmenter le poids futur du cerveau, je ne conseillerais pas l’emploi de cette méthode; ce serait jouer trop gros jeu. »

Telle est peut être l’explication du cerveau de 1,830 grammes de Cuvier. On dit qu’il a été hydrocéphale dans son enfance. Plus tard, à côté de l’esprit d’observation et de l’activité intellectuelle prodigieuse dont il a fourni tant de preuves, on aperçoit chez lui des faiblesses d’esprit, des traits d’infériorité cérébrale que l’on aurait peine à comprendre autrement. Cuvier a été l’homme de travail dont la France s’honore, malgré la masse de substance cérébrale qu’il possédait, et a peut-être côtoyé le plus grand écueil qu’un homme puisse redouter. Byron, esprit tout différent, d’une imagination vive, était dans le même cas que Cuvier sans qu’on sache le poids exact de sou cerveau, et fait songer qu’on a souvent présenté le génie poétique comme un délire physiologique. La nature se joue de nos distinctions, elle ne se préoccupe pas si le fonctionnement exagéré d’un organe conduira au génie ou à la folie.

De cette dissertation, concluons qu’un cerveau hypertrophié, qu’il soit cause ou effet d’une activité d’un ordre quelconque, est un périlleux honneur. « Une tête ni trop grosse ni trop petite annonce, toutes choses égales, un esprit beaucoup plus parfait qu’une tête disproportionnée », disait Lavater. « Ce ne sont pas les individus à grosse tête et à gros cerveau qui sont les plus remarquables, soit par l’universalité, soit par la supériorité spéciale de leur esprit, » ajoute Desmoulins. Une bonne moyenne ou un exhaussement modéré, soit d’environ 100 grammes audessus de la normale de la classe qui fréquente les hôpitaux, voilà ce que l’on peut désirer. Avec davantage on sera plus brillant, mais on courra des risques. Broca était dans les bonnes conditions: son cerveau pesait 1,484 grammes (1).

iiacrocéphaies. — Il me reste à établir la ligne de démarcation entreles encéphales normaux dits gros ou petits, et les encéphales anormaux méritant la qualification de macrocéphales ou de microcéphales. Les gros cerveaux normaux qui précèdent, nous conduisent à commencer par les premiers.

Yoici d’abord la liste des plus forts poids quenous ayons pu rassembler. Celui de 2,222 grammes du nommé Rustan signalé par Rudolphi, et dont le crâne, atteint d’hyperostose, est au musée de Berlin, est douteux et n’y figure pas ; ceux de Cromwell et de Byron, dont l’authenticité laisse à désirer, non plus.

(1) J’avoue que je n’ai pas eu le courage d’assister à l’autopsie de celui que je considérais à la fois comme un maître et un ami. Je tiens ce chiffre, de 1,484, de M. Kuhff qui a pesé le cerveau. La personne qui passait les poids m’a dit 1,482. Une troisième 1,485. Ce sont de faibles différences.

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