CHAPITRE XVII
violente et de ne pas convenir aux crânes fragiles. Pour ceux-ci, Broca employait la graine de moutarde et institua une méthode spéciale, calquée sur celle du plomb, qui se trouve exposée au long dans son mémoire ci-dessus.
Une autre objection que je signale, mais que personne ne lui a jamais adressée, sans doute parce que toutes les autres, substances employées sont dans le meme cas et qu’avec le plomb elle est beaucoup moins motivée, c’est que le plomb neuf ou vieux ne donne pas les mêmes chiffres. Le plus exact des deux, le seul qu’il faille employer, est le plomb vieux ou vieilli artificiellement. Le neuf, lisse et poli, fuit dans le crâne, coule trop vite dans les entonnoirs et ne se tasse pas avec une parfaite uniformité. Un plomb est réputé vieux lorsqu’il est devenu terne et a opéré cinquante cubages au moins. A partir de ce moment, il est bon et donne des résultats fixes.
Reste à savoir si l’on ne peut pas vieillir le plomb neuf. La recette suivante m’a donné d’excellents effets : On prend un litre d’étain dans lequel on verse une cuillerée de vinaigre, on brasse le plomb dedans pendant cinq minutes et on l’expose à l’air pendant quarante-huit heures, ou davantage, étendu en nappe mince sur un drap. On brasse alors ce plomb à sec dans un vase, on le contusionne en quelque sorte avec un corps quelconque par le mouvement. Puis on recommence la première opération et même la seconde. Dès lors, le plomb est bon. Il me serait facile de donner une formule particulière d’entonnoir et de jaugeage pour se servir du plomb neuf ; mais c’est inutile et moins sûr. Il s’agit d’user et d’oxyder suffisamment le plomb avant de s’en servir, voilà tout.
Un plomb qui a fait 1,000 cubages est encore bon, meilleur même que du neuf; toutefois il faut le tamiser de temps à autre à la passoire pour en extraire la poussière.
Une dernière objection a été adressée récemment à la méthode de Broca. Elle est préférable à toute autre, dit le Dr Schmidt, mais elle ne donne pas le volume absolu, ses chiffres sont trop faibles. Cette objection concerne, en réalité, non la méthode, mais le crâne étalon sur lequel Broca s’est guidé. Déjà, à mon retour de Londres en 1880, quelques mois avant sa mort, j’avais exposé à Broca qu’entre les cubages par les méthodes soit de M. Busk, soit de M. Flower et ceux obtenus par la sienne sur les mêmes crânes, j’avais trouvé une différence moyenne qui me surprenait. « Ne continuez pas, s’écria-t-il, je vais vous dire la différence que vous avez trouvée : 70 grammes. » C’était en effet à peu près ce chiffre. « Nous allons faire un nouvel étalon, » ajouta-t-il.
L’objection avait donc été prévue par Broca, mais il passait outre. Elle ne touchait pas à ce qui constituait l’essence de ses recherches et de sa méthode: la combinaison raisonnée de moyens physiques divers en vue d’obtenir un résultat final fixe. Nous ne voulons pas obtenir le volume et