‹ Éléments d'anthropologie généraleChapitre 592 sur 980 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

elles appartiennent, mais le plus souvent dans la seconde circonvolution frontale.

Les bosses pariétales ont une position si variable qu’on ne saurait établir de règle générale sur leur correspondance exacte : toujours cependant la fiche de leur sommet tombe dans lapartie antérieure de la seconde circonvolution pariétale ou branche présylvienne du pli courbe de Gratiolet. Là elle est plus ou moins rapprochée du sillon pariétal et parfois même sur son prolongement antérieur, mais sans jamais passer au-dessus.

Rien du reste à la surface du cerveau ne décèle ses rapports avec les bosses soit frontales, soit pariétales. A la face interne même du crâne on ne peut reconnaître où se trouvent exactement ces bosses. Si les reliefs de la surface des hémisphères donnent lieu anormalement parfois à des empreintes à la face interne du crâne, les reliefs anatomiques de la surface externe du crâne, comme les bosses ou les crêtes, ne se retrouvent pas en creux à l’intérieur. Les bosses frontales et pariétales, qui prennent une si grande part à la configuration générale externe du crâne, rentrent donc dans la règle. Ce seul fait suffirait à démontrer que si la lame interne du crâne est appelée à se modeler sur le cerveau, la lame externe est en rapport avec d’autres fonctions et obéit à d’autres lois.

Si la fiche des bosses pariétales pénètre sans cesse dans la seconde circonvolution pariétale transverse, la fiche de l’obélion de son côté toujours pénètre dans la première, mais en des points variables en haut, plus près en général de sa partie antérieure, effleurant parfois le sillon postrolandique.

Revenant à Gratiolet il est évident que sur les deux points dont il s’est occupé, il a été induit en erreur. Le lobe frontal du cerveau ne répond pas dans son entier à l’écaille de l’os frontal ; un tiers environ de la surface convexe du lobe frontal est dissimulé sous l’os pariétal; la circonvolution frontale ascendante tout entière et le commencement des trois circonvolutions frontales longitudinales échappent aux craniologistes qui, en mesurant la courbe du front de la glabelle au bregma, s’imaginent mesurer le lobe antérieur du cerveau. La scissure occipitale, d’autre part, se trouve par compensation correspondre à la suture lambdoïde.

On ne saurait se dissimuler que, grâce à Broca et à ses disciples, la topographie cérébro-crânienne a déjà fait de sérieuses acquisitions ; ce ne sont cependant que des aperçus, il reste beaucoup à déterminer, en particulier tout ce qui concerne les variations de cette topographie suivant les âges et suivant les races.

Suit un bien modeste tableau, qui concerne exclusivement la race nègre et donne les plus importantes distances des scissures aux sutures, parmi celles qui ont été énumérées :

CORRESPONDANCES CRANIO-CERÉBRALES.

Rapport des scissures cérébrales avec les sutures crâniennes chez les Nègres

(Laboratoire Broca).

Boubou.

Derigny

Guadeloupe.

Fatalari

Égypte.

Égypte.

Moyennes des 4

Sexe .

Dist. rolando-coron. supér. .

— — moy .

— — infér .

— occip.-lambdoïd. infér.

— sylvio-temporal .

Il serait contraire à tous nos principes de vouloir tirer des conclusions de ces quatre cas, quoique nous en donnions les moyennes. Si l’on compare celles-ci avec les moyennes que nous avons reproduites dans les races blanches, l’extrémité supérieure de la scissure de Rolando serait plus en arrière chez le nègre tandis que son extrémité inférieure se porterait en avant. Mais dans les différences entre individus aussi bien que dans celles entre races, il y a à tenir compte de la forme du crâne, ou mieux du cerveau. Dans les crânes hauts ou hypsicéphales la situation respective des scissures et sillons cérébraux qui se dirigent dans le sens longitudinal est nécessairement un peu différente de celle dans les crânes bas ou platycéphales. De même les rapports doivent-ils varier chez les dolichocéphales et les brachycéphales pour les scissures et sillons qui vont de haut en bas ou de dedans en dehors.

Suit le second point de vue : les différences suivant les âges.

Rapport des scissures cérébrales avec les sutures crâniennes suivant les âges.

Moyennes (De la Foulhouze).

Naissance

Ages .

à fin

1er mois.

t 1/2 à 3 ans.

5 à 13 ans.

35 à 50 ans.

73 à 76 ans.

Nombre de sujets .

Dist. roi. -coron, supér. (G »’)....

— — moy. (G V) . . .

— — infér. (G'Vq. .

— occip.-lambd. supér. (Lo).. .

— — infér. (L'o'). . .

— sylvio-temporale (s' T) .

— lambdoïdienne (s"L') .

La scissure de Rolando, à la naissance et dans les années suivantes, est située en arrière de la suture coronale, absolument comme chez l’adulte ; par les progrès de l’âge elle reculerait encore. La scissure occipitale est au contraire plus rapprochée de la suture lambdoïde dans l’enfance que dans l’âge mûr; par les progrès de l’âge elle avancerait. Telles sont les propositions qui se dégagent de ce tableau. Mais il ne porte que sur des chiffres absolus, tandis qu’on ne peut tirer des

GI1APITBE XVIII.

déductions certaines que des chiffres relatifs. La distance rolando coionale moyenne est de 20 millimètres dans les premières semaines et de 33 millimètres de 33 à 50 ans, mais le cerveau est plus du double de volume dans le second cas ; la scissure n’a donc pas reculé en proportion de l’accroissement de l’organe.

Si l’on compare les planches I et II de la thèse de Foulhouze représentant, l’une la topographie cranio-cérébrale demi-schématique d un enfant de huit jours, et l’autre celle d’un vieillard de 75 ans ; et que l’on tienne compte des proportions seulement, ce qui est possible pour les yeux, on ne découvre pas en effet, entre les deux, de différences saisissantes. La scissure de Rolando, la scissure de Sylvius et ses deux branches ascendante et postérieure, la scissure occipitale, tout est à peu près a la môme place dans les deux figures. On ne remarque guère que les diffé¬

rences suivantes :

La bosse frontale répond à la seconde circonvolution frontale, tandis que chez l’adulte elle répond au premier sillon frontal, ce que M. Foré confirme, en ajoutant une réflexion que nous exprimerons ainsi . Cela prouve qu’après la soudure de la suture médio-frontale, la distance crânienne entre les deux bosses frontales croît peu, tandis que la distance cérébrale entre les deux points sous-jacents continue à grandir. La déduction est rigoureuse : le cerveau grossirait encore en certains points où l’os qui les recouvre ne grandirait plus. Et cependant la boîte crânienne n’apporte aucun obstacle à l’accroissement du cerveau! Ce serait donc sur d’autres points que la boîte cède; ces autres points sont évidemment les sutures. Rien ne démontre mieux qu’on ne saurait chercher une correspondance exacte entre la configuration de l’os et l’organe sous-jacent.

Les bosses pariétales présenteraient le même phénomène ; elles seraient moins écartées dans l’enfance qu’à un âge avancé, ce qui indiquerait encore que la portion cérébrale intermédiaire sous-jacente s’est accrue proportionnellement plus que l’os. En effet, dans la figuie de la Foulhouze représentant l’âge mûr, la scissure de Sylvius est à la fois plus écartée delà ligne médiane et plus abaissée que dans 1 enfance. Si la suture temporale répond chez l’adulte en moyenne a la scissuie de Syhius, chez l’enfant elle répond plutôt au premier sillon temporal ou sillon parallèle de Gratiolet. Il est vrai qu’il y a ici une cause d’erreur dont il faut

se défier, c’est que l’écaille temporale grandit beaucoup par les piogtôs de l’âge et s’élève aux dépens surtout du biseau de sa suture, laible chez l’enfant, considérable chez l’adulte.

De ces faits on peut rapprocher quelques autres considérations, comme le plus grand volume de la voûte du crâne par rapport à sa base dans la i seconde enfance, la fréquence des synostoses prématurées de la voûte, : tandis que celles de la base, et en particulier de la suture temporale, sont rares. Il en résulterait que dans le crâne comme dans le cerveau le ) mouvement de croissance est d’abord prédominant à la voûte par compa-

CORRESPONDANCES CRANIO-CEREBRÀLES.

raison avec la base; puis qu’il diminue à la voûte et tend à s’arrêter dans le crâne en continuant dans le cerveau; tandis qu’à la base au voisinage des sutures du pourtour, il se maintient dans le crâne.

M. Féré a poursuivi les rapports respectifs, suivant les âges, d’autres points du crâne tels que le bregma et la même suture temporale ; il les compare aux plans et axes généraux du crâne et arrive à la même conclusion, qu’il n’y a pas de relation exacte entre le développement de chacun des os du crâne et celui des organes cérébraux sous-jacents (1).

Conclusions. — De tout ceci il résulte que si le crâne dans son ensemble se comporte aux diverses périodes de son développement comme une enveloppe de l’encéphale et n’apporte aucune entrave à son accroissement, dans ses parties il conserve son individualité et sa vie propre. Les solutions de continuité de cette enveloppe, appelées sutures, assurent le libre jeu de ses différentes pièces les unes sur les autres ; il est nécessaire qu’elles restent libres le plus tard possible, mais il est indifférent qu’elles siègent un peu plus ou un peu moins loin, leur fonction n’en est nullement affectée. D’où le défaut de correspondances fixes entre les pièces de la boîte et les divisions naturelles de son contenu. Si l’on considère le tout, il y a subordination générale du crâne à l’encéphale, mais si l’on s’attache aux parties, il n'y a que parallélisme. Solidaires dans leur volume et leur forme générales, les deux organes reprennent leur indépendance dans leurs parties.

De là en craniométrie la possibilité de suppléer aux mensurations d’ensemble de l’encéphale par des mensurations d’ensemble du crâne ou de la tête, tandis que dans les mensurations de détail il faut se garder de voir une correspondance suffisante pour qu’on en conclue du contenant au contenu et réciproquement.

Le mot d’enveloppe du cerveau appliqué au crâne n’est absolument vrai que pour sa lame interne ; la lame externe appartient à l’appareil locomoteur. Le crâne se trouverait réduit à la première que la craniométrie

(1) Gratiolet, Anat. syst. nerveux , t. II. Paris, 1857. — P. Broca, Sur le siège de la faculté du langage articulé , Bull. Soc. anat., 1861, 2e série, t. VI. Sur la déformation toulousaine du crâne, Bull. Soc. d’anthr., août 1871. Sur la topographie cranio-cèrébrale ou sur les rapports anatomiques du crâne et du cerveau , Pievue d’anthr. 1876. — Ch. Féré, Sur quelques points de la topographie cérébrale , Bull. Soc. anthr., déc. 1875. Sur le développement du cerveau considéré dans ses rapports avec le crâne , Revue d’anthr. 1879. Nouvelles recherches sur la topographie cranio-cèrébrale , Revue d’anthr. 1881. Contribution à l’étude de la topographie cranio-cérè braie chez quelques singes. Journ. d’Anat. et de Physiol. Paris, 1888. — De la Foulhouze, Recherches anatomiques sur les rapports du cerveau avec la voûte du crâne chez les enfants. Paris, 1876. — F. Heftler, Circonvolutions cérébrales chez l'homme et leurs rapports avec le crâne. Saint-Pétersbourg, mai 1873. — Rapports des circonvolutions du cerveau humain avec la surface externe du crâne et de la tête , Journ. anat, et physiol. Édimbourg, nov. 1873. — Th. Bischoff, Sur les circonvolutions cérébrales de l’homme. Munich, 1868. — A. Ecker, Les rapports topographiques entre le crâne et le cerveau à Vétat normal in Déformations artificielles du crâne. Brunswick, 1876. — A.-W. Hare, Situation de la scissure de Rolcmdo, Journ. anat. and physiol. Édimbourg, 1884.

Page 1