HISTORIQUE. — ORIGINES DU MONOGÉNISME ET DU POLYGÉNISME
Mais il nous faut auparavant revenir un moment sur nos pas et remonter aux sources de l’une des questions les plus agitées de l’anthropologie : celle qui a mis en jeu le plus de passions et contribué le plus en même temps au développement de la science, la grosse question du monogénisme et du polygénisme.
iionogénistes et poiyg-énistes. — L’emploi, dès à présent, de ces deux épithètes demande àêtrejustifié. De fait elles n’ont pris naissancequ’assez récemment avec l’école dite polygéniste de l’Amérique du Nord. Mais la question même de l’unité et de la pluralité des races humaines primitives remonte loin. Suivant M. de Quatrefages, elle a été posée pour la première fois par Buffon au nom des monogénistes, et par Virey, Bory de Saint- Vincent et Desmoulins au nom des polygénistes ; mais déjà elle était très agitée en 1744 avec Guillaume Rei, en 1721 avec Fabricius, en 1655 surtout avec Lapeyrère, et en 1520 avec Paracelse. Et son véritable point de départ est plus loin encore. Nous la prendrons donc à son origine même, en nous servant par anticipation, pour faciliter l’exposition, de ces deux termes de monogéniste et de polygéniste.
Dans les légendes des peuples sauvages ou ayant quelque teinte de civilisation, les origines des dieux et des hommes sont le plus souvent réunies. Dans l’antiquité égypto-grecque elles sont généralement séparées : parmi ses philosophes, les uns remarquant qu’on ne peut dire lequel a préexisté, de l’œuf qui a produit l’animal ou de l’animal qui a produit l’œuf, affirmaient que les hommes aussi bien que la terre n’ont pas eu de commencement et n’auront jamais de lin ; tels étaient Platon et peut-être Aristote. Les autres croyaient à la formation première des hommes par une cause unique, accidentelle, simple (Épicure, Lucrèce), ou par un concours de circonstances favorables et naturelles, par exemple une terre convenablement préparée émergeant des eaux et donnant naissance à des hommes de la façon qu’apparaissent au printemps
des myriades d’insectes sous l’influence du soleil. Les Egyptiens, eux, racontaient que le Nil jouissait d’une telle puissance de fécondation qu’il faisait éclore des hommes, comme tous autres animaux, et qu’on voyait sur ses rives des rats entre autres à moitié engagés dans la vase, leur partie antérieure s’agitant, tandis que la partie postérieure était encore inerte et sans forme. Ovide admettait une sorte de germination et de maturation dans le sein de la terre comme dans un utérus maternel. D’autres, à la façon des Stoïciens, croyaient à une flamme divine venant animer les corps bruts de la nature, comme dans les fables de la statue de Prométhée et des pierres de Deucalion.
Le commun des mortels n’y regardait pas de si près. Les hommes avaient pris naissance dans les pays où ils étaient venus à leur connaissance pour la première fois; c’était la doctrine des autochtones. En général, un héros ou un demi-dieu présidait à cette naissance, croyance qu’on retrouve aussi dans les légendes juives et qui se traduit Topinard. — Anthropologie. 4