CHAPITRE XX
de l’intelligence, le plus ordinairement chez des nains, l’autre avec idiotie ou imbécillité. L’histoire de ces derniers seuls est bien connue (1).
Sa cause immédiate est un arrêt de développement de l’encéphale pendant la période intra-utérine. M. Virchow a soutenu que cet arrêt était habituellement consécutif à un trouble de développement du crâne lui-même, se manifestant par des synostoses très prématurées. J’ai rencontré au musée de Cambridge, en Angleterre, un cas que m’a montré M. Humphry et qui est favorable à la thèse de l’illustre anthropologiste allemand. La pièce venait de l’Inde, sans renseignement; quoique je ne l’aie pas cubée, j’estime, autant que mes souvenirs me le permettent, sa capacité à 900 centimètres cubes environ ; toutes les sutures de la voûte étaient totalement et très anciennement soudées, et il ne fut l’objet d’aucun doute pour moi que ces synostoses n’eussent été dès l’origine l’obstacle à l’accroissement ultérieur du crâne. Cependant, même dans ce cas, la maladie interne du cerveau et la maladie externe du crâne peuvent avoir été parallèles et liées à la même cause générale. Quoi qu’il en soit, c’est une exception. Les sutures sont libres sur tous les microcéphales du musée Broca, au nombre de 40 et plus dont 6 cas extrêmes. Du moins, les quelques commencements de soudure sur 3 ou 4 cas sont-ils manifestement dus au progrès de l’âge et non à des synostoses anticipées.
La microcéphalie consiste intérieurement en une réduction de volume de la masse cérébrale portant sur le tout, ou sur les parties postérieures ou antérieures de préférence; une simplification des circonvolutions cérébrales ; et des lésions accessoires telles que des kystes qui ont pu être la cause déterminante de l’arrêt de développement. Extérieurement, ce qui la caractérise est d’une part le petit volume de la totalité du crâne, de sa partie faciale comme de sa partie cérébrale, et de l’autre, une disproportion entre ces parties. C’est l’inverse de ce que l hydrocéphalie nous a montré ; là la face était petite et disparaissait sous le crâne tandis que le crâne débordait au-dessus de tous côtés, surtout en arrière; ici c’est la face qui appelle toute l’attention et se projette en avant, tandis que le crâne fuit en arrière, s’aplatit de haut en bas et s’allonge. Quoiqu’on observe des microcéphales brachycéphales, ils sont en règle générale dolichocéphales, abstraction faite de leur race.
La microcéphalie est pour le craniologiste une expérience de la nature à son profit, comme l’hydrocéphalie. Dans toutes les questions de morphologie philosophique du crâne, de subordination des parties, etpar con-
(1) P. -J. Gall, Sur les fonctions du cerveau. Paris, 1822, en ce volume p. 324 et 332, t. II. — Cari Vogt, Les microcéphales ou hommes singes , I8G7, Genève. — L. Montané, Étude anatomique du crâne chez les microcéphales. Paris, 1874. — E. Ducaste, La microcéphalie au point de vue de l'atavisme. Thèse de Paris, 1880. — C. Taruffi, Délia microsomia. Bologna, 1878. — P. Topinard, Sur deux microcéphales , Bull. Soc. anthr., 1874, p. 82G,
et 1875, p. 36. — Hamy. Quelques observations ethnologiques . au sujet de ces deux
microcéphales désignés sous le nom d’ Aztèques. Bull. soc. anthr., 1875, p. 39.
MICROCEPHALIE.
séquent de caractères dépendant les uns du crâne, les autres de la face, il fera bien de s’adresser à elle. Ainsi, pour se rendre compte du mécanisme de la position du trou occipital plus ou moins en arrière, de la direction du plan de ce trou, des causes des variations insolites des divers plans d’orientation de la tête osseuse, de celles des divers angles dépendant du mouvement qui s’opère suivant le plan de séparation ou d’adossement du crâne et de la face, de la mégasémie et de la microsémie orbitaire, du prognathisme et de l’angle facial, des rapports de l’appareil maxillaire avec la boîte crânienne, etc.
Ce sera donc çà et là que je parlerai de la microcéphalie crânienne ; je me borne ici à quelques mots sur le volume.
Broca distinguait les microcéphales vrais des demi-microcéphales, les premiers cubant dans les environs de 500 centimètres cubes, les seconds dans les environs de 1000. La séparation est arbitraire et cependant nécessaire. Dans une série de crânes sur lesquels il n’y a pas de renseignements, elle l’est plus encore, car on ne peut y tenir compte de l’âge et du sexe comme on le voudrait.
La microcéphalie n’étant, sur le crâne comme sur le cerveau, que la persistance d’un état infantile, les différences sexuelles y font défaut à l’âge adulte. D’autre part, la dentition étant généralement troublée et retardée, et les synostoses physiologiques qui indiquent la terminaison de la vie du crâne étant précoces et en dehors des règles, les moyens habituels de diagnostiquer l’âge se dérobent. Sous ces réserves, voici la liste des capacités crâniennes des microcéphales plus ou moins accusés que le musée Broca possède ; chez quelques-uns, cependant, 1 observation du vivant existe.
Microcéphales proprement dits. (Musée Broca.)
Européens, H. adulte (Dumoutier) . . 400 cc.
— F. 23 ans — . . . 402
— H. adulte (Patrix.) . A . 475
— H. 17 ans 1/2, taille lm44 (Lunier).. 650
— H. 8 ans (Dumoutier) . 560
— H. 2 ans 1/2 . 437
Négresse, F. 17 ans, taille de lm05 (Baillarger). 387
Demi-microcéphales. Moyennes. (Musée Broca.)
Européens, 9 H. adultes . 1,085
— 1 F. 1 7 ans . 1,150
— 2 F. 50 et 70 ans . 1,205 (1)
Il en résulte que le maximum de capacité crâniennne mesuré par nous étant chez l’adulte de 3,880 centimètres cubes, et le minimum de
(1) Le musée Broca possède en outre 4 ou 5 demi-microcéphales de races diverses, 4 calottes crâniennes et 7 moulages d’autres microcéphales vrais. Total 41 ou 42 cas.